Partage de midi (extraits) – Paul Claudel

C’était Clelie qui m’avait recommandé ce texte parmi d’autres de Paul Claudel ! J’ai également lu L’annonce faite à Marie, mais il m’a beaucoup moins plu. Tandis que le Partage de Midi est certainement l’un des textes les plus forts que j’ai pu lire en théâtre. Quatre personnages, l’histoire classique de la femme qui trompe son mari, certes : mais ajoutez-y une écriture à trous, celle si coutumière au théâtre, doublée d’une grande force d’écriture, et des personnages tels que Mesa et Ysé…C’est une histoire toute nouvelle qui s’offre. Du reste, la petite critique sur le plat du livre résume tout bien mieux que moi :

« C’est un feu dévastateur, c’est un viol immense de la paix humaine, avec tout à coup de ces agenouillements au bord de l’abîme dont le seul Claudel a le secret ; c’est aussi un ramage sublime. » (Stanislas Fumet)

C’est un texte magnifique, malgré la lenteur du premier acte…Les deux autres sont des bijoux. Je rêverais de le voir mis en scène ! Pourquoi on n’avait pas droit à ce genre de texte dans l’option théâtre ?

« YSE : Et moi, je voulais vivre aussi, et revoir ce soleil de la terre, et revivre, revivre La vie qui est celle de tous et sortir de cet amour qui est la mort ! Et cela est arrivé : j’accepte tout. »

 « MESA : Et j’ai vu que je ne pouvais me passer de toi et tu es mon cœur, et mon âme, et le défaut de mon âme, Et la chair de ma chair, et je ne puis être ainsi sans Ysé. »

Et surtout…

MESA :

« Ah ! Je sais maintenant !
Ce que c’est que l’amour ! Et je sais ce que vous avez enduré sur votre croix, dans ton Cœur,
Si vous avez aimé chacun de nous
Terriblement comme j’ai aimé cette femme, et le râle, et l’asphyxie, et l’étau !
Mais je l’aimais, Ô mon Dieu, et elle m’a fait cela ! Je l’aimais et je n’ai point peur de Vous,
Et au-dessus de l’amour
Il n’y a rien, et pas Vous-même ! et Vous avez vu de quelle soif, Ô Dieu, et grincement de dents,
Et sécheresse, et horreur et extraction,
Je m’étais saisi d’elle ! Et elle m’a fait cela !
Ah ! Vous y connaissez, Vous savez, Vous,
Ce que c’est que l’amour trahi ! Ah, je n’ai point peur de Vous !
Mon crime est grand et mon amour est plus grand, et votre mort seule, ô mon Père,
La mort que Vous m’accordez, la mort seule est à la mesure de nous deux !
Mourons donc et sortons de ce corps misérable !
Sortons, mon âme, et d’un seul coup éclatons cette détestable carcasse !
La voici déjà à demi rompue, habillée comme une viande au croc, par terre ainsi qu’un fruit entamé.
Est-ce que c’est moi ? Cela de cassé,
C’est l’œuvre de la femme, qu’elle le garde pour elle, et pour moi je m’en vais ailleurs.
Déjà elle m’avait détruit le monde et rien pour moi
N’existait qui ne fût pas elle et maintenant elle me détruit moi-même. »


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