Jane Eyre – Charlotte Brontë (1847)

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J’aurais enfin ouvert l’un des classiques du XIXe siècle anglais : le Jane Eyre de Charlotte Brontë, qui m’intriguait depuis que j’en avais vu l’adaptation avec Charlotte Gainsbourg à la télévision. Et puis une certaine Clémentine m’a dit tellement de bien de ce livre, alors je n’avais pas de raison de passer à côté de ce chef d’oeuvre.

Car c’en est un. Avec L’Homme qui rit, Jane Eyre aurait certainement été la deuxième meilleure découverte de ces vacances-ci. Loin des Hauts de Hurlevent dont je ne garde pas un bon souvenir, différent de Emma d’Austen, je ne m’attendais pas à ce que l’histoire d’amour entre une institutrice et son employeur m’envoûte autant. Car dès les premières pages, nous revoilà plongés dans cette atmosphère sombre et si particulière du XIXe siècle. Dracula, Dorian Gray, Jane Eyre, etc, tous ces livres de la même époque ont un attrait, une ambiance particulière propres qu’on ne retrouve plus nulle part aujourd’hui. Ca se ressent, si vous voulez…Enfin, passons. Charlotte Brontë a une plume particulière, un style dynamique et recherché, et pourtant si fluide à lire : on ne voit pas défiler les 500 pages de l’oeuvre. Maniant son histoire avec rebondissements et péripéties, on ne peut que s’attacher à Thornfield et ses habitants, ô combien charismatiques.

Jane Eyre, en tout premier, narratrice de l’histoire à la première personne (chose assez inhabituelle pour les romans du XIXe non épistolaires, si je ne me trompe ?) qui présente un caractère bien défini et pourtant étranger à ceux des héroïnes de la littérature de l’époque. Féministe selon les analyses qu’on fera plus tard du roman, Jane est en effet une femme avant tout indépendante, docile en apparence mais avec un esprit et une langue aiguisées. Presque rebelle, en tout cas, fière et ne se laissant pas faire. Décrite comme laide et petite, Jane a une opinion d’elle-même arrêtée : elle se tient à ses principes ; à défaut d’être belle, elle fait tout pour être correcte. Sans doute, cette expression qui revient plusieurs  fois la décrit en grande partie. Sous sa réserve, on trouve un tempérament pourtant ardent ; simplement, la vie n’avait pas donné au début à cette femme le potentiel qu’elle aurait pu avoir totalement. C’est  un grand esprit, qui se retrouve étriqué par la société, et qui ne demande qu’à s’épanouir. Chose qui lui sera accordée lorsqu’elle ira enseigner à la petite Adèle, pupille de M. Edward Rochester, dont elle va vite tomber amoureuse…

« Je puis vivre seule, si le respect de moi-même et les circonstances m’y obligent ; je ne veux pas vendre mon âme pour acheter le bonheur. J’ai en moi un trésor, infus avec la vie, qui sera ma raison d’exister, si tous les plaisirs de ce monde doivent m’être refusés, ou s’il me faut les obtenir à un prix que je ne puis donner. (Chapitre XIX) »

Vient ensuite, bien entendu, un personnage byronien, qui aura marqué nombre de lecteurs : Edward Rochester. Que je qualifierai volontiers de frollien ^^. Propriétaire du manoir où Jane enseigne, l’histoire du personnage n’est révélée que petit à petit, lui faisant garder son mystère et sa séduction. Lunatique, bourru, fier, moqueur, peut-être cynique, parfois froid, parfois trop ardent, il a multiples facettes du fait de son passé éprouvant. Non pas un gentleman, mais un homme dur qui se plie de mauvais gré aux convenances, n’hésite pas à manipuler, à être extrême…et pourtant, il pourrait être détestable, mais comme il le dit, il n’est pas né avec le vice dans le coeur..son passé explique tout, mais au fond de lui, il a quand même un coeur pur et un désir de paix intérieure.

« Jane, je ne suis pas un homme doux de mon naturel ; vous oubliez que je ne suis pas très patient, que je ne suis ni froid ni sans violence. Par pitié pour moi et pour vous-même, posez le doigt sur mon pouls, sentez comme il bat…et prenez garde ! (Chapitre 27) »

Enfin, arrive le troisième personnage que Charlotte Brontë parvient à décrire de manière saisissante, et sur lequel, étrangement, s’achève le livre : St-John Rivers. Portrait d’une sainteté, et de l’envers d’une sainteté. Peut-on être un saint tout en restant un homme ? Jane partage l’étrange admiration et fascination du lecteur pour ce personnage. Ambitieux, sage, intelligent, froid, St-John se distingue par le fait qu’il est bien au-dessus des hommes par son dévouement aux autres et à Dieu. Et pourtant, il n’est pas en paix : comme Jane, comme Edward Rochester, ses inclinations ne le poussent pas dans le sens de sa vocation. Au lieu d’être immobile, immuable, humble, comme il devrait l’être, serein, St-John ne peut s’empêcher d’agir, rempli d’ardeur et d’une grande force de vie. Mais son caractère, poussé par l’absolu religieux, poussé par le fait que tout doit être réalisé en faveur de Dieu, le pousse également à oublier quelque peu son humanité. Ainsi, son remarquable portrait charismatique l’éloigne des hommes en même temps qu’il ne peut que forcer l’admiration.

« St-John était un homme vertueux, mais je commençais à croire ce qu’il avait dit sur son compte lorsqu’il avait déclaré qu’il était dur et froid. Les douceurs, les délicatesses de l’existence n’avaient pour lui aucun attrait ; ses joies paisibles, aucun charme. L’ambition était, à proprement parler, le seul but de sa vie ; sans doute n’aspirait-il qu’à ce qui était bon et grand, mais il n’admettait pas le repos, pas plus pour son entourage que pour lui-même. (Chapitre 34) »

Mais par-dessus, Jane Eyre, ce sont des centaines de pages dont on a du mal à s’extirper avant la fin. Roman d’apprentissage, histoire d’amour aux déclarations passionnées, échos gothiques, péripéties… L’auteur nous donne une atmosphère qui ne peut que nous séduire, à travers également divers passages philosophiques, malgré le côté moral de l’histoire, dû au contexte de l’époque. C’est un univers dont on ne sort qu’avec la volonté de vouloir s’y replonger !


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