Le Moine – Dominik Moll (2011)

le-moine-le-moine-the-monk-13-07-2011-13-g  Ou comment Ambrosio, moine vertueux, se retrouve mis face à face à son égoïsme et son désir, chute dans le péché de chair et d’hypocrisie jusqu’au point de corrompre Antonia, pauvre demoiselle innocente qui ne demandait rien de mieux qu’on la laisse vivre tranquille, avant de finalement se damner par peur du jugement de Dieu et de vendre son âme au Diable. Bon, je simplifie beaucoup l’intrigue, je sais. Mais…pas plus que le film.

Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est une adaptation. « Librement basé » ou « inspiré de » me paraîtrait plus juste, tant les trois quarts du bouquin sont passés à la moulinette. Et quand je dis trois quarts, c’est vraiment trois quarts. Résumons donc : nous avons droit à un petite introduction avec Ambrosio qui entend la confession d’un débauché (Sergi Lopez) dont on apprend au passage qu’il profite de sa nièce plusieurs fois par jour. Ce à quoi notre rigide Ambrosio répondra « Le Diable n’a le pouvoir qu’on veut bien lui donner. » Ensuite, petit flash-back racontant comment Ambrosio a été déposé au monastère, un jour de la Saint-Ambroise (tiens, tiens…) et aurait failli se faire dépecer par les corbeaux (ils auraient dû) si seulement un gentil prêtre ne l’avait pas entendu pleurer à temps. Du coup, évidemment, le prêtre pense qu’il est un cadeau de Dieu et l’élève comme son fils. (Non, un léger écho avec une autre histoire ne se fait pas du tout dans ma mémoire.) Gentil Ambrosio qui appelera son « papa »…. »mon père »…tout le temps du film…prononce ses voeux à 18 ans et est admiré pour sa vertu et son exemplarité et blablabla.

Des années plus tard, Ambrosio entend à confesse la pauvre Agnès, entrée au couvent pour on ne sait quelle raison alors qu’elle est enceinte de son Cristobal, et qui évidemment, ne trouve rien de mieux à faire que laisser échapper sa lettre alors qu’elle allait sortir du confessional. La simple lecture des trois premiers mots suffit à Ambrosio pour la condamner. Allez, hop, emmurée vivante, la pauvre Agnès, elle a même pas le droit de sortir mot pour mot la malédiction qu’elle lance à Ambrosio dans le bouquin (ça avait la classe, pourtant, comme malédiction.)

Et puis on a le fameux Valerio qui se ramène, échappé d’un incendie qui a détruit sa famille, mais l’a défiguré et brûlé à vie, ce qui le condamne à porter un masque qu’il ne peut enlever que dans l’obscurité de la musique de la nuit. (Tiens, au fait, on le verra même pas chanter ou jouer de la harpe, dommage, et d’ailleurs, Ambrosio n’a pas portrait de lui, j’ai vérifié dans sa cellule, c’est pas le visage de Valerio qu’on voit sur le seul tableau accroché.) Et puis bien sûr, Valerio est très intéressé par Ambrosio et ira jusqu’à lui dévoiler la vérité, qu’il est une femme venue dans le but de se rapprocher du moine. A ce moment-là, s’il vous plaît, j’applaudis le jeu de Vincent Cassel qui a décidément bien du mal à nous tirer autre chose qu’une expression impassible. (Pis ça lui va franchement pas la barbe.)

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Bon, sinon, tout se suit un peu comme dans le roman, Ambrosio piqué par un insecte, Valerio (dont on ne saurait jamais le prénom féminin, Mathilde) aspire le venin. Sauf qu’en plus, elle en profite après pour violer Ambrosio, encore assommé par le poison (si si…il croit que c’est un délire qu’il voit au début, mais c’est vraiment ça…). Une fois que Ambrosio accepte qu’elle reste au couvent – et, excusez du peu, on a limite l’impression qu’Ambrosio est sincère quand il dit ça. « Utilisez le moyen que vous voulez pour vous sauver, et je vous autorise à rester en tant que Valerio. » Serait-ce de la sincérité dans la voix de ce type, pour une fois ? Un réel désir de voir simplement celle qui l’a sauvé être sauvée à son tour ?

Bref, à part ça, on a Lorenzo qui a récupéré une Antonia tombée dans les pommes après avoir entendu un prêche d’Ambrosio (quel effet il fait aux filles, celui-là….) et puis c’est tout mignon comme tout comme il la courtise et attend qu’elle soit d’accord avec sa mère pour le mariage et qu’il demande la permission à son propre oncle de l’épouser. Limite, il faisait penser à un Marius. Même degré d’ennui, je veux dire, et même tête tout aussi détestable. (Je sors ^^) Par contre, Antonia…ah, la petite Antonia, elle a du cran. Elle va chercher toute seule Ambrosio au monastère pour lui demander d’aller apaiser sa mère malade. Elle est toute courageuse toute adorable, cette jeune fille. Et puis l’actrice, Joséphine Japy, elle est sublime, je veux dire. On aurait pas pu trouver de meilleure Antonia. Elle illumine l’écran de sa grâce. Lors de ses face à face avec Ambrosio, c’est un sacré contraste entre elle qui respire la joie de vivre, le courage, l’innocence, la beauté, et lui qui tire toujours une tête impassible limitée tout le temps froncée à cause de la barbe. Sauf…les yeux. Eh oui. Comme j’ai vu Cassel que dans des rôles d’action (Mesrine et Black Swan), en fait, c’était trop bizarre de le voir jouer Ambrosio comme ça. Je m’attendais à retrouver un peu de la perversité qu’avait son personnage dans Black Swan, et même pas. Rigide, immobile, pas un seul sourire, pas un seul geste frénétique ou nerveux, tout au plus de la tension dans la respiration et le tremblement du corps. Non mais genre, on ne le voit pas piquer une colère à un seul instant, si ce n’est lorsqu’après avoir été rejeté par Antonia, il va retrouver son Valerio pour se jetter sur lui (et bam que Valerio le repousse en disant que ce n’est pas elle qu’il désire.) Là, ça faisait penser au personnage Ambrosio du roman. Alors que celui du film, il est tout crispé, il est tout mesuré, tout dans la retenue. Difficile, du coup, d’atteindre le côté sanglant et véritablement noir du roman.

Ah, et puis ces raccourcis dans l’histoire. Pas de nonne sanglante, l’abbesse n’est pas punie, en fait, le film se finit lorsqu’Ambrosio va voir Antonia qu’il ensorcele avec le rameau de je sais plus quoi, lui fait respirer ça, ce qui fait que, ô miracle, elle est consentante, donc ils passent la nuit ensemble, la maman se réveille en sursaut, s’aperçoit qu’un truc est louche, prend une paire de ciseaux et voit Ambrosio qui en déjà fini avec la pauvre Antonia. Et là, qu’est-ce qu’elle reconnaît, la maman ? La tache de naissance sur l’épaule d’Ambrosio, qui est la même que celle du fils qu’elle a abandonné des années auparavant. Enfin, comme si ça lui servait à grand-chose à part qu’elle a le temps de dire « Matteo », le vrai nom d’Ambrosio, avant de finir embrochée par les ciseaux. Han, et le visage de la pauvre Antonia qui se réveille en entendant la chanson que lui chante Lorenzo depuis la rue extérieure, et voit soudain sa mère morte par terre puis Ambrosio toujours tout nu dans sa chambre. Pas étonnant qu’elle sombre dans la folie après. Procès d’Ambrosio, Valerio revient le voir en cellule pour le présenter au Diable, et le moine passe évidemment son marché avec le Diable (qui n’est autre, en fait, que le dépravé qu’il a en entendu en confession au début.) Bon, il a une mort moins gore que dans le roman, mais j’avoue que mourir de soif dans le désert pour finir dépecé par les corbeaux, c’est…..eurk.

Mais le truc qui fige. C’est quand il passe le marché avec le Diable…le-moine-le-moine-the-monk-13-07-2011-3-g

 

« J’accepte de vous céder mon âme et de renoncer à tous mes droits au salut…si vous sauvez Antonia de la folie. Je veux qu’elle vive heureuse. »

 

 

Il en met quand même plein la vue, Cassel. Il a du mal à rendre son personnage aussi antipathique que l’Ambrosio du roman, et il a du mal à faire passer une émotion, aussi. J’avais même du mal à reconnaître sa voix, tant il la mesure, tant son timbre est lent et dépourvu de sentiment. Et pourtant…Il y a bien une fêlure, quelque chose de brisé dans son regard, à la fin du film. Il y a bien ce regard désespéré quand il voit Antonia hurler en devant le spectacle de sa mère morte. Il y a cette étrange adoration dans ses yeux lorsqu’il parle à Antonia dans le jardin, avant d’essayer de lui caresser la joue. Même qu’il se barre directement lorsqu’elle l’arrête d’un mot en lui disant de partir. Par rapport à la Mathilde/Valerio qui n’a rien de spécialement charismatique ni diabolique comme dans le livre (d’ailleurs, ô combien drôle, un moine dira à Ambrosio qu’il sait la relation coupable qu’il a avec « Valerio » ! Non, tu ne savais pas encore tout à fait, mon gars….)…Eh bien, là, respect, monsieur Cassel. Pour un peu, j’aurais cessé de détester le personnage d’Ambrosio. En fait, je crois que j’arrive pas à le détester dans ce film. Non, mais vous vous rendez compte qu’il respecte Antonia, dans le film ? Il a des remords….il est…humain. Révélation. En même temps, je lui en aurais voulu quand on voit le jeu de Joséphine Japy. J’ai déjà dit qu’elle était éblouissante de grâce ?

 

Mais sinon, qu’est-ce qui fait que je ne suis pas enthousiasmée par le film ? Eh bien, c’est triste, mais j’ai eu du mal à me faire au jeu de Vincent Cassel pour ce personnage. Il n’a quasiment rien de la démence du protagoniste original. Pourtant, ses sermons sont pas mal…quoique, on pourrait le penser dément quand au cours d’un prêche, il se fiche exprès une couronne d’épis pour imiter la souffrance du Christ. Ensuite, on a toute cette part du livre qui manque à l’histoire, Agnès qui finit morte (réapparaît en fantôme à Ambrosio, d’ailleurs) sans être vengée. Musique presque inexistante, belle mise en scène bien qu’aucunement terrifiante ni ne plongeant vraiment dans l’ambiance. Et puis qu’est-ce que c’est que cette manie que de faire des plans dont je ne me rappelle plus le nom, quand on a l’incrustation de l’image à travers un rond qui s’agrandit ou qui se resserre, comme dans les vieux films ? Ce n’est pas exceptionnel, et ce n’est pas totalement mauvais non plus, même si niveau adaptation on repassera.

 

Mais….il y a quand même ce petit moment magique entre Antonia et Ambrosio, juste avant qu’il essaye de lui caresser la joue et de l’embrasser. Quand elle lui demande innocement de réciter le sixième psaume, parce que son père le faisait pour elle avant de mourir. Il y a cette mélancolie et cette joie dans le regard de l’actrice. Cette clairvoyance incroyable dans les yeux. Et pour Ambrosio…il récite ces mots qui sont comme une superbe transposition de ses sentiments pour elle. Il y a quelque chose dans sa voix qui tremble, à cet instant. Et cette adoration, cette admiration dans son regard. C’est magnifique. Et sans doute la meilleure scène du film. Les regards qu’ils s’échangent….

 

« Je suis à bout de forces,
Mes os sont brisés,
Mon âme est bouleversée.
Reviens, et délivre mon âme,
Sauve-moi, en raison de ton amour.
Je songe à toi sur ma couche,
Mon âme se presse contre toi,
Ta droite me sert de soutien.
Protégez-moi des ouvriers du mal.

Voici qu’ils guettent mon âme,
Ils reviennent au soir, ils rôdent par la ville,
Tant qu’ils n’ont pas leur soûl, ils grondent.
Tu me tires du gouffre tumultueux,
De la vase, du bourbier.
Et moi, je chanterai ta force,
J’acclamerai ton amour au matin.
Oh ma force, pour toi je jouerai.
Oui, c’est toi ma citadelle,
Le Dieu de mon amour.« 


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