Faust – Charles Gounod (MET, 2011)

2011_faustEn Allemagne, au  XVIe siècle. Le docteur Faust, vieillissant, se révolte contre la science, la foi et l »inanité de la connaissance. Quand il invoque le diable, celui-ci lui accorde la jeunesse en échange de son âme. Faust hésite mais la vue de la belle Marguerite le pousse à accepter…

 Première grande surprise, ce fut le contexte. En voyant que le metteur en scène avait placé l’histoire légendaire de Faust non plus au Moyen-Age mais en 1945, je me suis dit que j’allais bien moins apprécier. Ce fut faux : certes, cela peine peut-être à faire passer un message en particulier, mais l’ambiance reconstruite, froide et futuriste, mécanique, est tout aussi appréciable. On ne peut que frissonner en voyant les décors sans âme qui entourent ces personnages en perdition, voir que le retour des soldats est justifié, la recherche du savoir de Faust se condamner à une avancée maudite de la science, sans oublier cette terrifiante scène où Méphistophélès emmène Faust dans son antre…où travaillent ses anciens maîtres, devenus des monstres, autour d’une bombe atomique.

Seconde grande surprise, mais attendue, ce fut la vivacité de la musique. Je n’en attendais pas moins du chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin, qui avait également mené avec brio le Carmen avec Elina Garanca et Roberto Alagna. Il n’y a pas à dire, l’orchestration de ce monsieur démontre une magnifique force, puissance et vivacité.

Enfin, dernière surprise, ce fut les chanteurs. Jonas Kauffman campe un Faust presque impassible, fortement charismatique (« Il est beau et en plus il chante bien ! En fait, il vaudrait mieux dire dans le sens inverse… »), souvent passif aux évènements, spectacteur du monde, de sa propre déchéance, tout en luttant parfois pour s’octroyer le bonheur, sans hésiter à passer par la manipulation. Lui qui ne faisait qu’un Don José plutôt pâle bien que javertien, il se tire du rôle de Faust avec une force incroyable. Marina Poplavskaya, bien que probablement trop âgée pour faire croire à la jeunesse de Marguerite, tire de sa voix et de sa présence une puissance lumineuse, innocente, et désespérée, que ce soit lorsqu’elle lutte pour échapper à Faust, ou lors de la scène de l’église, où le monde la critique et où elle finit par noyer son bébé dans le bénitier, sans oublier la tragique scène où elle devient folle, en prison. Quant à René Pape, c’est un Méphistophélès superbe qu’il nous offre. Même si je garde en favori celui vu lors de la pièce de théâtre Urfaust, le voir mener le bal littéralement en faisant danser les protagonistes sur scène par magie, le voir se recroqueviller tel un vampire face à une croix géante, simplement admirer son machiavélisme, le hisse à la hauteur de ce personnage diabolique. Interprétation tout en charisme, là encore, avec une présence permanente et glaçante. Sa cruauté, lorsqu’il persécute Marguerite dans l’église, est crève-coeur et donne envie de tuer ce personnage.
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(La diabolique scène « Le veau d’or est toujours debout » où Méphistophèles fait danser grâce à son sceptre les figurants sur scène)

 Les personnages secondaires, Siebel, ou le frère de Marguerite, ne sont pas en reste, chacun magnifiquement campé, même si la cruauté du frère de Marguerite m’a brisé le coeur : même en mourant, il continue à maudire sa soeur enceinte qui n’a fait que subir les malheurs dans toute cette histoire.

L’air des bijoux est enfin découvert, tout comme les superbes solos ou duos A moi les plaisirs (Faust/Méphisto), Duet d’amour (Faust/Marguerite) ou l’endiablé Veau d’or (Méphisto). Quant à la fabuleuse scène de fin, le trio final dans la prison « Viens à moi, ange, je t’aime… » etc., ne m’est pas apparu comme je l’attendais, peut-être parce que je l’idéalisais trop, mais demeure très beau. Enfin, la scène finale, où Faust réapparaît en vieillard et boit la fiole chimique avec laquelle il voulait se suicider au tout début, laisse quelque peu songeur. Etait-ce un rêve ? A-t-il pu se racheter en se tuant après avoir causé tant de malheurs ?

La petite note humoristique : tout aussi inhumains qu’étaient Faust et Méphisto, ils gardaient leur sens de l’humour. Notamment grâce à leurs tenues étrangement symétriques. J’en garde le souvenir des deux l’un à côté de l’autre, faisant un ironique « hum hum » approbatif en voyant que Marguerite se laissait séduire par les bijoux plutôt que le bouquet de roses. Et ensuite, le cadre particulier de l’opéra semble de plus en plus devenir familier au public et aux interprètes. On voit le public dans l’opéra faire coucou à la caméra quand elle passe devant lui, ou encore, René Pape, lors de l’entracte, n’a pas hésité à dire face à la caméra : « Thanks for coming, guys. I hope you will have enough pop-corn for the third act. » Des petites perles comme ça, ça fait passer les quarts d’heure entre les actes, c’est moi qui vous le dis…

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