Quelques représentations en avril 2012…

Avril fut un mois particulièrement musical ; aussi, même si je n’en parle qu’avec retard, il vaut bien un petit article…

Au cinéma :

Manon (Massenet)

 Manon - Massenet

Synopsis : Manon, une jeune fille de quinze ans, s’arrête dans une gare, pour que son cousin l’emmène au couvent. Le chevalier de Grieux, en la voyant, en tombe amoureux et lui propose de l’enlever pour qu’ils aillent vivre ensemble à Paris. Si cette vie d’amour et d’eau fraîche convient à la jeune fille pendant un temps, peu de semaines passeront avant que son penchant pour l’argent et la vie aisée ne l’emporte, et qu’elle aille séduire d’autres hommes, pendant que de Grieux tente de se faire prêtre pour se racheter aux yeux de son père…

Le Manon de Massenet fut encore une occasion toute particulière d’admirer le talent de l’incroyable Anna Netrebko. Non seulement cet opéra avait l’air d’être mythique (pour preuve, un des airs chanté par Manon et les choeurs font partie de ces airs qu’on peut qualifier de « moi j’aime pas l’opéra, mais j’aime et je connais cette musique ! » Je ne compte plus le nombre de fois, dans ma boulimie d’opéra de cette année, où j’ai eu l’occasion de pouvoir me dire « je sais enfin d’où vient cette musique ») mais ce fut le 2e opéra diffusé par le MET cette année où elle a pu montrer l’incroyable charisme et caractère qu’elle parvient à donner de chacun de ses personnages. Elle parvenait déjà à tirer des larmes en jouant la folie et la perdition dans Anna Bolena, et elle parvient à nouveau à diffuser une incroyable émotion en jouant Manon, le personnage créé par l’Abbé Prévost, et en la rendant même bien plus sympathique et compréhensible que dans l’histoire originelle. Y compris quand on songe qu’elle parvient à jouer pendant tout un acte de manière ô combien crédible une gamine de 15 ans capricieuse. Il faut dire que l’histoire de l’opéra en lui-même n’a déjà plus grand-chose à voir avec le roman d’origine, mais en plus, le contexte était déplacé à la Belle Epoque. Et ce avec la plus grande réussite. (Mention spéciale à la scène frollienne où l’abbé de Grieux se laisse séduire par Manon dans l’église, ahaha, et le pire c’est que c’est une amie à côté qui m’a dit « oh, c’est Frollo ça », c’est même pas ma faute :p) Cette représentation faisait partie de celles où l’on ne s’ennuyait pas et dont on ne souhaitait pas voir la fin…

La Traviata (Verdi)

Synopsis : La Traviata est l’histoire d’une courtisane, consumée par une maladie mortelle, qui choisit d’abandonner sa vie de plaisirs pour épouser un homme amoureux d’elle et prêt à l’accepter malgré son passé. Toutefois, le père du jeune homme s’oppose résolument à ce mariage, et sème le trouble dans le jeune couple.

 La Traviata

La Traviata, qui appartient encore à ces opéras dont on connaît un air sans le savoir (« Sempre libera »), fut aussi très intéressant, bien que moins poignant que Manon. Je n’étais pas partie sur un a priori positif de l’histoire (surtout que Verdi n’avait fait qu’un peu me barber avec ses autres opéras, Rigoletto et Ernani), même si j’avoue que le fait de découvrir que l’histoire est tiré de La Dame aux camélias de Dumas m’intrigue beaucoup maintenant. La dernière représentation du MET termina donc superbement la série des douze opéras diffusés avec cette oeuvre, déplacée dans un contexte moderne et complètement symbolique, l’horloge géante sur scène n’étant que le reflet du temps restant à vivre pour Violetta alias Traviata, l’héroïne condamnée à mourir de maladie. S’il fut difficile de s’attacher énormément aux personnages (on parle d’opéra dit très psychologique, bon, bah j’ai pas eu l’impression de pénétrer tant que ça dans la tête des personnages, enfin passons), l’ensemble en valait la peine. Et puis au moins une oeuvre de Verdi à laquelle je ne suis pas allergique, je commençais à désespérer…^^

A l’opéra et au théâtre des opérettes de Budapest :

Il barbiere di Siviglia (Rossini)

 Synopsis : Le comte Almaviva, tombé amoureux d’une jeune orpheline, Rosine, est prêt à tout pour l’arracher à Bartholo, son vieux tuteur, qui a depuis toujours pour projet de l’épouser. Tandis que, déguisé, il tente de mener son projet à bien, il tombe sur son ancien valet Figaro, persifleur mais entremetteur, qui l’aidera dans ses desseins.

 Barbier de Séville

Le Barbier de Séville vu à l’opéra de Budapest, mérite lui aussi une mention particulière, non seulement pour son ouverture d’au moins dix minutes, mais pour son dynamisme, sa gaieté, sa panoplie de chanteurs plus doués les uns que les autres, ses anachronismes placés quand il faut (je me souviendrai toujours de Rosina tenue en laisse par son mentor, oui une vraie laisse de chien avec un bouton pour appuyer dessus) et ses décors superbes, avec ces rideaux blancs flottant au vent et faisant limite peur parfois, ses chandeliers et son adorable balcon. Et que dire de Figaro, l’un des rôles principaux, pour ne pas dire le rôle principal ? Comment décrire son entrée en scène, habillé en rouge comme une rock star, où il s’allonge nonchalamment par terre pour se mettre à chanter de manière indescriptiblement drôle et puissante ? Et que dire du charme du couple adorable formé par Rosina et le comte Almaviva ? Ou du sinistre et drôle Bartolo ? Le tout porté par une véritable énergie par les chanteurs, un humour perceptible même quand on ne suit pas les sous-titres hongrois (ils sont d’une grande utilité dans cette langue, il faut dire). L’opéra, ou du moins cette version, reflète parfaitement la vivacité et la fraîcheur de la pièce de Beaumarchais. On y retrouve son esprit et son essence, ses retournements de situation et sa drôlerie. Une petite merveille à tous points de vue…

Barbier de Séville

The Taming of the Shrew (Shakespeare)

 Synopsis :  Baptista, riche marchand de Padoue, décide un jour qu’il ne cédera point la main de sa fille cadette, la douce Bianca, tant que son aînée, la farouche Katharina, ne trouvera pas chaussure à son pied. Nouvellement débarqué de son Vérone natal, Pettrucio accepte d’épouser l’insupportable fille du marchand et de la dompter par le biais de moyens bien particuliers…

 La mégère apprivoisée

Une autre surprise fut celle du ballet La mégère apprivoisée (Goldmark, Hidas et Seregi) basé sur la pièce de Shakespeare (que je n’ai jamais lue, au passage – je doute de lire un jour les oeuvres complètes de Shakespeare – la honte je sais). Je ne suis pas férue des ballets, certainement pas une experte, mais celui-là fut brillant de bout en bout, portant non seulement une musique superbe mais aussi une belle dynamique, ainsi qu’une réelle imprégnation des personnages par leur mouvement de corps et leur rapidité. L’innocence, le tempérament rebelle de feu, la nonchalance et la défiance masculines sont incroyablement visibles par de « simples » pas de danse, et c’est probablement le plus merveilleux. Les ballets bien exécutés donnent l’impression d’être dans un rêve éveillé ; celui-là l’est tout du long des deux actes, où le héros parvient à domestiquer Kata, une fille rebelle refusant toute autorité. Et tout cela de manière époustouflante, avec drôlerie, sans le moindre mot prononcé : seulement la musique des corps et le mouvement de la musique.

Rebecca : A Manderley-haz asszonya

 Synopsis : Une narratrice anonyme, naïve et peu sûre d’elle, rencontre Maxim de Winter, veuf depuis un an. Malgré leur différence d’âge, ils tombent amoureux et se marient après quelques semaines. Quand Maxim emmène la narratrice dans son aristocratique demeure de Manderley, la jeune femme doit faire face non seulement à son nouveau statut, mais aussi à la présence persistante de l’ancienne femme de Maxim, Rebecca, dont l’ombre plane sur la demeure et dans les esprits, notamment dans celui de la gouvernante Mrs. Danvers…

 Rebecca musical

Impossible de décrire la merveille qu’a été le musical Rebecca – Maîtresse de Manderley en quelques mots. Il y aurait tant à dire sur les décors, la musique, les personnages, la mise en scène, les chansons choisies…si on ne peut que regretter certains aspects, comme le fait de rendre tel acte, que je ne citerai pas, de Maxim, comme involontaire, rend son personnage moins intéressant, ou le romantisme peu adapté à Beatrice, ou encore le côté comique de certaines chansons, le reste n’est qu’une pure merveille. L’atmosphère sinistre d’oppression et de fascination envers Rebecca est tellement bien rendue, tellement bien présente, que je me suis mise à être plutôt effrayée et terriblement fascinée dès que Mrs. Danvers apparaissait sur scène… ^^ Et ce même si on a quelques traces d’humour, notamment grâce à une Mrs. Van Hooper digne héritière de la Carlotta ! Ah, Mrs. Danvers…La chanteuse jouait et chantait son rôle avec tant de conviction, de fanatisme, de côté malsain, qu’on comprenait aisément comment elle parvenait à terrifier la narratrice, ramener des fantômes évoquant Rebecca, et à rappeler sans cesse à Maxim qu’il n’avait aucun droit d’être heureux. Le personnage de Maxim, quant à lui, passait de la réserve au sourire, de la colère subite à la tendresse, de la solitude à la tristesse, tout en étant ironique, de manière assez indescriptible. L’acteur habitait vraiment son personnage, à l’instar de la narratrice, douce et naïve au début, avant de devenir une femme forte et résolue par amour (la scène où elle fait nettoyer la chambre de Rebecca sous les yeux de Danvers est simplement impressionnante et superbement trouvée !). Les personnages secondaires ne sont pas en reste, bien que demeurant parfois trop peu présents pour donner une impression aussi forte que le trio principal. Et puis j’avais sous les yeux la moitié de la troupe originale *.* Les décors, tournant selon une plate-forme rotative rappelant celle des Miz, parvenait à donner de nombreux lieux de façon très réalistes, tout en étant secondés de temps en temps par un rideau permettant de projeter des images de Manderley, ou des tableaux, ou des scènes de la mer…Rêve éveillé pareil à celui des Misérables (notez le compliment, je vous prie) ce sont encore deux heures trente de musical dont on n’a aucune envie de sortir, aucune, tant les émotions et l’atmosphère rendues sont marquantes, tout en restant fidèle à l’histoire de Daphné du Maurier. Puisse la version anglaise connaître le même succès…les chanteurs ont été bissés pendant longtemps, et je peux dire qu’il y avait même des adolescents à cette représentation de l’après-midi.^^

(Je ne peux pas résister à mettre trois autres photos…*.*)

Rebecca - musical

Rebecca Musical

 Rebecca

Cigany szerelem (Lehar)

Synopsis : Quelque part en Transylvanie, vivent dans une même région Hongrois, Roumains et bohémiens. Zorika est sur le point de se marier à Gabor, homme riche, mais doute soudain d’une existence heureuse avec lui, et préfère s’enfuir avec le violoniste et bohémien Joszi. Mais la vie bohème se révèle complètement différente de ce qu’elle espérait, surtout quand Ilona, ancienne amante de Joszi, refait son apparition…

 Zigeunerliebe

Moins plaisant – bien qu’intéressant à plusieurs points de vue – fut Cigany szerelem, alias Zigeunerliebe, alias « L’amour bohème ». La grande particularité de cette opérette est d’appartenir au répertoire et à la tradition hongroise par son compositeur, Ferenc/Franz Lehar. Les costumes sont hongrois, les danses sont hongroises, la musique est hongroise, on parle de la Hongrie et des bohémiens, bref, tout est hongrois de chez hongrois. Ce fut un plaisir de découvrir quelque chose qui tenait vraiment de ce pays, du moins ! Surtout que la plus grande surprise de ce spectacle a été de voir dans le public des gens de tous âges, des enfants aux personnes âgées, riant à coeur joie devant les passages drôles, suivant l’histoire avec passion, preuve à quel point cette opérette est ancrée dans la tradition du pays. Incapable de suivre les sous-titres allemands, bien que connaissant globalement l’histoire, c’est cette incompréhension, aussi bien devant les passages parlés que chantés, qui m’a fait moins apprécier que je le voudrais. Par contre, quel moment magique que la dernière chanson…dont les paroles prennent un sens tout particulier quand on comprend qu’elle s’adresse à la fois aux Hongrois et bohémiens, qui sont issus de la même tribu(les Hongrois étaient des nomades aussi, et la Hongrie, à cette époque, s’étendait jusqu’en Transylvanie) mais ont choisi des chemins différents. Je ne sais comment décrire l’impression que cela fait, quand les premières notes mélancoliques de la chanson vénérée « Hor’Ich Zymbalklange/Messze a nagy erdo » en hongrois, ont résonné, et que tout le monde, je dis bien tout le monde dans la salle, s’est mis à murmurer les premières paroles….Oo. Et que dire quand les gens ont bissé les chanteurs : la chanteuse incarnant Ilona et qui chantait donc cette fameuse chanson, qui clôt le spectacle, a repris pas moins de quatre fois les dernières quarante secondes de cette chanson. Quand on voit le niveau vocal que ça demande…c’est grandiose.

Carmen (Bizet)

Synopsis : Le destin de l’officier probe Don José sombre dans la déchéance, quand il croise la route et la séduction de la gitane et manipulatrice Carmen, et abandonne tout pour elle.

 Carmen

Carmen, en vérité, fut la seule déception véritable de ce mois musical. Au moins m’aura-t-elle appris que les places dans la fosse, ce n’est pas très bien sauf si on est aux premiers rangs (je préfère mon bon vieux 3e balcon centré comme il faut, il est parfait, je l’aime dix fois plus). J’aurais pu supporter le manque de changements de décors (ou pas), mais certainement pas la présence d’un José ne correspondant ni physiquement, ni vocalement à l’idée que je m’en faisais. Le chanteur était probablement enroué ; je le plains beaucoup d’être passé pour une version hongroise de Garou, mais je plains beaucoup moins les gérants du théâtre (ou le metteur en scène, je ne sais à qui il faut s’adresser) pour l’avoir laissé monté sur scène avec une voix qui ne tenait pas les notes, même s’il a tenté de se rattraper au dernier acte. (Il y a des gens devant moi qui ne sont quand même pas revenus après l’entracte. Je ne pensais pas que ça se faisait vraiment, d’ailleurs, de partir parce que l’opéra est mauvais.) Quant à l’interprète de Carmen, c’est avec tristesse que je n’en garde aucun souvenir particulier, son personnage n’étant remarquable d’aucune manière, et restant juste correct et crédible. Tant pis…


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