L’aventure vient de la mer (citations) – Daphné du Maurier

Cette fois encore, comme elle l’avait toujours fait, elle obéissait à une impulsion, vague murmure, suggestion, qui, soudain, la forçaient à agir. […] Maintenant, elle se rendait compte qu’après tout…Mais, ces choses, on ne les avoue pas, pas même à soi. Du reste, à quoi bon ? Ce qui est fait, est fait. N’avait-elle pas deux grands enfants ? Quoi qu’il en fût, elle aurait trente ans, le mois prochain. Non, ce n’était pas le pauvre Harry qu’il fallait blâmer, ni la vie absurde qu’ils menaient, ni les folles escapades, ni leurs amis, ni l’atmosphère suffocante d’un précoce été, venant transformer en poussière les boues de Londres, ni les vains bavardages du théâtre, ni les futiles, frivoles et lestes porpos que Rockingham chuchotait à son oreille. Non, elle ne devait s’en prendre qu’à elle-même.
Trop longtemps, elle avait joué un rôle indigne d’elle. N’avait-elle pas, cédant aux exigeances de son entourage, consenti à être cette créature superficielle, ravissante, qui, rieuse, acceptait avec un haussement d’épaules, adulations et louanges, comme un tribut naturel à sa beauté, insouciante, insolente, volontaire, indifférente, tandis qu’une autre Dona, étrange, semblable à un fantôme, l’épiait du fond d’un sombre miroir, et avait honte ?
Cette autre elle-même savait que la vie n’est pas nécessairement amère, indigne, bornée, mais qu’elle peut être illimitée, infinie – et que cela implique de la souffrance, de l’amour, du danger, de la tendresse, et plus encore, beaucoup plus. Oui, son dégoût d’elle-même lui était apparu dans toute son ampleur, ce fameux vendredi soir […] – comme si cela incarnait un monde mourant et las, dont elle devait se libérer, s’échapper, avant que le ciel ne s’écroulât sur elle, qu’elle n’en fut l’esclave à jamais.

(Chapitre II)

-Là-haut, sur la dunette, dit-il vous vous êtes souvenue que vous étiez Lady St. Columb.
-Oui, répondit-elle.
-Vous avez regretté la sécurité de votre demeure, souhaité n’avoir jamais posé les yeux sur la Mouette ?
Elle ne répondit pas ; si la première partie de la phrase était en partie vraie, la seconde ne le serait jamais. Comme le silence se prolongeait entre eux, elle se demanda si toutes les femmes, quand elles aiment, sont ainsi déchirées entre le désir, abandonnant toute pudeur, toute réserve, d’avouer leur amour, et la volonté farouche de le cacher, de se montrer froides, distantes, parfaitement détachées, de mourir, plutôt que d’admettre un sentiment aussi personnel, aussi intime.
(Chapitre XII)

« Tout ceci n’est qu’éphèmère », songeait-elle. « Un fugitif instant, qui jamais ne reviendra. Car hier est déjà entré dans le passé, il n’est plus à nous, et demain, encore inconnu, nous sera peut-être hostile. Mais, cette journée-ci est à nous, elle est notre bien ; le soleil nous appartient, et le vent, et la mer, et les hommes, en train de chanter, là en bas, sur le pont. Oui, cette journée demeurera toujours en moi ; sans cesse, je la chérirai, car, tandis qu’elle s’écoulait, nous aurons vécu, nous aurons aimé ; et rien d’autre ne compte, dans ce monde de notre création où nous nous sommes évadés. »
(Chapitre XV)


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