The Hours – Stephen Daldry

The Hours

 The Hours fait partie de ces films qu’on peut qualifier de parfaits. Il est d’ailleurs ex-aequo avec Les Visiteurs du Soir, dans mes films préférées. Histoire entrecroisée de trois générations de femmes (Virgina Woolf, Laura Brown, Clarissa Vaughan), toutes liées par des liens d’échos, de miroirs, de gestes, de mots. Le film se construit sur un jeu de miroirs, de hiérarchie. On a l’histoire première, véridique, de l’auteur Virginia Woolf, qui tente de lutter contre la folie qui l’envahit, alors qu’elle écrit son chef d’oeuvre, Mrs. Dalloway. Une vingtaine d’années plus tard à Los Angeles, Laura Brown, mère de famille, enceinte, lit ce livre qui va décider du reste de sa vie. Et en 2001, apparaît la troisième incarnation, Clarissa Vaughan, surnommée Mrs. Dalloway, organisant une réception pour son ami poète atteint du sida. Clarissa Vaughan est un avatar de la Clarissa Dalloway du livre, un modèle dont elle ne peut se détacher ni même s’éloigner, depuis que son ami poète Richard l’a surnommée ainsi. Laura Brown est une ombre, qui erre quelque part entre la détermination de Virgina Woolf, et le choix de vie que n’ose faire Clarissa.

L’histoire serait difficile à décrire, parce qu’elle ne fait que s’entrelacer autour de ces trois portraits de femmes, chacune en écho des deux autres Succession des plans, des répliques, des visages et des regards, en alternance entre les trois époques : un montage et une mise en scène parfaite, comme pour montrer que Virginia Woolf, morte pourtant depuis longtemps, semble diriger la vie de ces deux femmes qui l’ont suivie. Son livre influence leurs vies, et ses propres dilemmes font aussi naître les leurs. Toutes trois ont leur existence racontée au cours d’une seule et même journée ; une journée qui résume leur vie toute entière, la journée où leurs vies peuvent basculer pour le reste de leurs jours. Une façon de montrer les choses, complètement minimaliste (ce à quoi la musique tout autant minimaliste et répétitive de Philip Glass est idéale), de montrer la surface de ces trois femmes, et de laisser comprendre, deviner leurs intentions et leurs réflexions. Celles-ci sont bien sûr, plus explicites dans le livre dont est tiré le film. Mais celui-ci a pour mérite de laisser l’implicite donner réflexion au spectateur. Ne pas tout montrer, ne pas tout exprimer par des mots, ou alors seulement des regards, donne aussi tout son mystère, tout son inachevé à cette histoire.

Et c’est sans doute aussi cet implicite, ces portraits faits sans jugements autres que par les mots de ces trois personnages principaux et de leur entourage, qui fait que chaque spectateur s’identifie de façon différente à ce film. On notera les présences de John Reilly, vu dans Chicago, et Jack Rovello pour le mari et le fils de Laura ; Allison Janey et Claire Danes pour la femme et la fille de Clarissa, Ed Harris pour Richard ; Stephen Dillane pour le mari de Virginia – je maintiens : méconnaissable Stannis Baratheon ^^ – et Miranda Richardson pour la soeur de Virginia. Et il reste encore des seconds rôles dont le talent n’est pas à démontrer. Seconds rôles qui bien souvent, apparaissent comme les seuls êtres « normaux » du film, surtout autour des trois personnages féminins qui partagent tous une certaine folie ou panique intérieure face à leur vie, à sa signification. C’est là aussi qu’on parle d’identification, ou de symbolique différente pour chacun.

Virginia Woolf, l’auteur à la « double vie » – celle qu’elle vit, et le roman qu’elle écrit – qui se débat « seule dans l’obscurité », sous la pression des médecins et de son mari qui veulent la garder éloignée de ce Londres qui causera sa perte, elle qui finit par étouffer dans une vie monotone de banlieue qu’elle n’a aucune envie de vivre, dont elle souhaite s’échapper.

Laura Brown, la mère de famille qui n’aurait, semble-t-il, jamais dû en être une ; figure anonyme, simplement influencée par le roman de Woolf, qui lutte avec l’angoisse d’une vie qu’elle ne peut supporter, où elle n’effectue que les choses mécaniquement, avec difficulté, parce que cela doit en être ainsi.

Clarissa Vaughan, dont le destin est tracé pour être celui de la Clarissa du livre, qui « organise des réceptions pour couvrir le silence », pour laquelle les heures ne sont qu’une succession de tâches pour éviter de penser à elle-même, à sa famille.

Trois portraits qui sont bien plus que le peu de mots que j’arrive à mettre dessus : le côté minimaliste est ineffable. Trois femmes hantées par les fantômes et leurs proches, en tout cas, liées par les mêmes thématiques : être entourées par les médecins, devant vivre une vie qu’elles n’ont aucun désir d’avoir, chacune soumise à la tentation de fuir, de craquer, chacune devant recevoir un visiteur inattendu. De multiples échos sont encore plus présents dans le film, entre les regards par la fenêtre, les fleurs, les oeufs…Chacune est confrontée face au choix de vivre, mais qu’elles ne se décident à prendre que face à un évènement extérieur, qui les oblige à cesser de vouloir couvrir le silence, pour se recentrer sur elles-mêmes : « Someone has to die in order that the rest of us should value life more. It’s contrast. » Vous comprendrez que si le film est empreint d’une beauté indéniable, il n’est par contre vraiment pas conseillé de le regarder en cas de déprime…C’est aussi, bien entendu, un immense hommage à Virginia Woolf, et à son oeuvre maîtresse, Mrs. Dalloway.

The Hours (Meryl Streep)

« Sally, I think I’ll buy the flowers myself. »

The Hours (Julianne Moore)

« We’re baking the cake to show him that we love him. » « Otherwise he won’t know we love him? » « That’s right. »

The Hours (Nicole KIdman)

« A woman’s whole life in a single day. Just one day. And in that day her whole life. It’s on this day. This day of all days. Her fate becomes clear to her. »

The Hours (Stephen Dillane & Nicole KIdman)

« If I were thinking clearly, Leonard, I would tell you that I wrestle alone in the dark, in the deep dark. And that only I can know, only I can understand my own condition. You live with the threat, you tell me you live with the threat of my extinction. Leonard, I live with it too. This is my right; it is the right of every human being. I choose not the suffocating anesthetic of the suburbs but the violent jolt of the Capital. That is my choice. The meanest patient, yes, even the very lowest is allowed some say in the matter of her own prescription. Thereby she defines her humanity. I wish, for your sake, Leonard, I could be happy in this quietness. But if it is a choice between Richmond and death, I choose death….You cannot find peace by avoiding life, Leonard. »


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