Daniel Lavoie à la Cigale (13/11/12)

Daniel Lavoie

« 40 ans de carrière pour ce soir, dans cette salle à Paris, pour vous messieurs-dames. C’est plus rentable pour vous que d’acheter tous mes albums ! […] Les comiques, ils aiment bien que vous riez à leurs blagues…nous les chanteurs, on veut que vous pleuriez. Alors si vous pouviez nous gratifier de quelques larmes… »

Concert bien plus difficile à raconter que celui d’Elina Garanca, mais néanmoins, il le mérite…

Deux ans après sa dernière tournée en solo, presque un an après Bercy, Daniel Lavoie est donc revenu en France pour « quelques » tournées. Sa visite à Paris lui a au moins apporté un public chaleureux. Après une courte première partie par un chanteur breton, François Raoult, Lavoie est entré en scène avec son groupe de musicien. Commençant immédiatement par Jours de plaine, suivi de Où la route mène. Avant d’enfin saluer le public et de commencer à s’adresser à lui, et ce pour tout le reste de la soirée.

Enchaînant des tubes « des tubes d’or, des tubes d’argent, des tubes de métal, des tubes connus et même des tubes que vous ne connaissez pas », c’est un peu sa carrière qu’il revisite. D’où le fait que le chanteur se laisse aller, entre deux chansons, à quelques explications autobiographiques, des récits de parts de sa vie, des références à l’actualité, des anecdotes, des adresses au public. Un peu d’humanité entre deux musiques, de l’humour pince-sans-rire sur un visage toujours sérieux, et pourtant avec un regard chaleureux, une manière innée d’être simple sans paraître ridicule. C’est plus que de la classe, c’est du charisme qui se dégage de sa personne. Du dynamisme, une assurance certaine. De la chaleur et du rire, et à travers ses jeux de mots, ses piques, ses chansons, on perçoit toute la réflexion, toute la philosophie qui doit exister dans la tête de ce chanteur.

Daniel Lavoie

« Et quand je retourne chez mes grands-parents, au Canada, là où personne là-bas connaît même le nom de ce village où ne passait pas la radio…et bien c’est encore plus loin qu’avant. » Pour introduire J’ai quitté mon île, dans laquelle il met énormément de coeur et de voix, commençant à rendre probablement humides les yeux de quelques spectateurs. Puis du rire, en chantant La danse du smatte (« avant de vous faire pleurer, on va quand même rire un peu ! ») En passant par Je pensais pas, Qui Sait, Je voudrais voir New York (empli de force mélancolique, poignant). Quelques autres chansons que je ne connaissais que peu ou pas, comme Docteur tendresse (« Qui va nous sauver ? Les kalachnikoffs ? La haine ? Barack Obama ? Pas notre pays…François Hollande ? de moins en moins certain…l’amour ? Mais non…c’est la tendresse. ») 

Tension attention, ou encore Que cherche-t-elle, qui a été la chanson sur laquelle il peut se gratifier de mes larmes ^^’. Moment drôle avec Viens que je te violoncelle avec tous ses jeux de mots, chanson qu’il a présentée avec humour, encore : « J’aime pas les chansons d’amour. » (Public qui rit) « Non mais c’est vrai, je suis pas un romantique, j’ai une tête de romantique ? Mais j’aime bien les chansons multi-fonctions. Y en a une, ça peut être la chanson d’un mec pour sa fille, d’une fille pour son gars, d’un père pour sa fille, d’un fils pour sa mère, d’une soeur pour son frère, d’un grand-père pour son petit-fils…et vice-versa. Alors vous imaginez, une chanson à 12 fois double facette comme ça. Ca me fait déjà un double album. Economique. » Heureusement qu’il a une manière de dire les choses qui les rend drôles et non pas ridicules ! Et ça, c’est véritablement unique. Il a sorti tellement de perles durant ce concert…

Bien entendu, impossible de passer le concert sans un hommage à Notre-Dame de Paris. « Y a 12 ans de ça, Luc Plamondon me passe un coup de fil pour me dire « tu veux pas être prêtre ? » Alors j’ai dit « Luc, j’ai pas dit non à ma mère pour te dire oui à toi ! » « Mais tu connais les prêtres, t’as été chez les jésuites ! » « Oui mais Luc, justement ! » « Oh, et ça s’appelle comment ton affaire ? » « Il dit : Notre-Dame de Paris. » « Oh Luc…la religion, ça marche plus. » « Ecoute je t’envoie une cassette… » Oui à l’époque on envoyait des cassettes, pas des fichiers, et dans une vraie enveloppe avec du vrai papier…j’ai écouté et j’ai trouvé ça pas mal…franchement, c’était bien. Mais je pensais, ça marchera jamais..mais s’ils sont assez fous pour le faire, alors moi aussi. Je le rappelle et je lui dis « je veux bien être prêtre, on va faire deux semaines dans un théâtre obscur de Paris et après je rentre chez moi »…Deux années plus tard !…J’étais le père pervers le mieux connu de tout Paris ! Je faisais peur aux enfants messieurs-dames, et aux femmes – ah mais un peu moins aux femmes ! – pour quelqu’un de timide comme moi, ça me faisait bizarre de jouer un méchant comme ça…J’avoue que…j’aimais ça. » Et il embarque alors sur Tu vas me détruire à la guitare, puis Belle en accoustique, accompagné de ses musiciens. Avec une petite bénédiction pour le public à la fin, comme s’il jouait encore le rôle de Frollo.

Daniel Lavoie

Et les chansons continuent à défiler, entre quelques mots d’introduction, de remerciements. J’écoute la radio qui est magnifiée et prend bien plus de beauté qu’en simplement l’écouter sur le cd, avec ces échos qu’il offre à la salle et qui font frissonner. La vérité sur la vérité. Sauvez ; La voilà notre armée. Des ballades mélancoliques aux chansons plus énergiques et rock, il passe de l’une à l’autre sans effort, avec toujours le même sourire et la même façon de saluer quand le public applaudit longtemps. Quand arrive Je voudrais voir New York, il s’éclipse avec ses chanteurs. Pour revenir cinq (longues, je peux vous le dire) minutes plus tard après des applaudissements frénétiques, pour terminer sur Boule qui roule, transposé de poésie et de douceur, et enfin Ils s’aiment, accompagné du fameux morceau à la flûte. Ils s’aiment qui conclut le concert de façon émouvante et magnifique, toute en beauté. C’est presque deux heures qui se sont finies, et on croirait qu’à peine une heure vient de s’écouler. Portées par l’humour parfois ironique et la présence non pas imposante, mais simplement remarquable de Daniel Lavoie. Comme il le dit, il « n’aurait pas dû être chanteur car il est un homme timide ». C’est peut-être cela qui fait qu’il n’écrase pas la scène de sa présence, mais est pourtant empreint de ce charisme qui le rend élégant et superbe. Même si on entendait que sa voix, on sentirait le sourire qu’il a en chantant, un sourire dans son timbre, comme on dit. Puis il recueille encore quelques bouquets de fleurs, des drapeaux du Québec (eh si !), ces cadeaux dont il se retrouvait embarrassé entre les chansons et ne savait où déposer, si ce n’était à ses pieds, près du piano.

Daniel Lavoie

« Je ne voulais pas terminer ça sur une chanson triste sur la vie alors on va finir ça avec une chanson joyeuse sur la mort. » Et Daniel et sa troupe reviennent avec des guitares dans les mains, après une ovation debout de la part du public. Le concert s’achève sur une version accoustique et country de « Je m’envolerai. »

Daniel Lavoie

Il est revenu effectuer une petite dédidace de cds/affiches/photos ensuite (et tant pis pour la logeuse qui disait que ce n’était pas prévu, celle qui vendait les cds était mieux au courant, na !). Pour preuve que c’est un homme discret, je dois dire que je ne me suis aperçue qu’il était revenu dans le hall d’entrée, que au bout de deux minutes, il est vraiment venu en toute discrétion. Avec chaque personne il a pris le temps d’échanger des mots, et surtout des sourires, qu’il a gardés chaleureux. C’est sans doute ce qui ressort le plus de sa personne : son côté à la fois abordable et simple, alors qu’il garde les mêmes remarques qu’on pourrait croire acerbes, s’il n’y avait ce ton malicieux dans la voix et ce sourire. « Merci beaucoup pour ce concert, et vous avez réussi à tirer des larmes ! » « Mais de rien, c’est naturel… » Enfin, il a fini par s’éclipser pour de bon, en ayant affirmé à un moment qu’il reviendrait au printemps. Il n’y a donc plus qu’à attendre !


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