Les Misérables – Tom Hooper (2013)

   Les Misérables

Bien que la France ait attendu plus de semaines que certains pays (on se demande pourquoi, vu que finalement il n’ y a pas eu de doublage français) Les Misérables est finalement sorti au cinéma. Basé sur l’adaptation musicale anglaise de Boulbil et Schönenberg, et non directement du livre lui-même (les choses étant posées) on était en droit de s’attendre à une réussite ou un échec. Les films musicaux ne sont pas toujours bons, et de manière générale, ne parlent pas à tous les publics. En tout cas pas à celui de la presse française, qui a critiqué le film en long, en large et en travers. A se demander si vraiment cela n’a pas parlé à beaucoup ou si cela tient au fait que les Français ne sont guère comédie musicale, et particulièrement celles anglaises (puisque la manière de les réaliser est loin d’être la même que pour celles françaises.)

 Anne Hathaway Hugh Jackman

Mais laissons tomber la presse pour se tourner côté spectacteur et considérons le résultat. On peut plutôt se réjouir de cette nouvelle adaptation de Victor Hugo, après celle très moyenne et peu profonde de L’Homme qui rit d’Améris sortie en décembre. Il faut bien 2h30 pour une histoire aussi gigantesque que celle des Misérables et une nouvelle vision pour la raconter. Tom Hooper a donc fait le choix de porter à l’écran la comédie musicale qui court depuis 26 ans à Londres. Par où commencer ? La fidélité à l’histoire originale ne sera peut-être pas flagrante, voire déconcertante pour certains, puisque le film est fidèle à la comédie musicale avant tout. Acceptons donc une histoire qui ne soit pas forcément linéaire mais qui passe autant par des chansons narratives qu’intérieures, exprimant les sentiments des personnages.

Car c’est les personnages que Hooper a sans doute choisi de mettre en avant, par le biais des cadres resserrés sur les visages de ces acteurs, entre quelques plans larges ou monumentaux (notamment la scène du navire au début). Car ce sont après tout ces personnages qui mènent l’histoire et subissent l’Histoire. Les Misérables est la rédemption de Jean Valjean, le bagnard qui choisit, après dix-neuf ans d’emprisonnement pour avoir volé un morceau de pain, de d’abord déclarer sa haine au monde. Jusqu’à croiser l’évêque de Digne (on admire le premier clin d’oeil au musical, puisque Monseigneur Bienvenue est incarné par Colm Wilkinson, alias le premier Valjean britannique du musical, choix tout symbolique) qui rachète son âme à Dieu pour le tourner vers le bien. Valjean devient alors M. Madeleine et devient le maire d’une petite ville, où il aidera brièvement Fantine, une femme-mère devenue prostituée pour assurer la survie de sa fille Cosette. Enfant qui sera par la suite adoptée par Valjean, et qui grandira. On les redécouvre plus tard lors des Trois Glorieuses, la révolution de 1830, au milieu des révolutionnaires…Mais qui ne connaît pas, même de loin, l’histoire des Misérables ?

 Russel Crowe Javert

Saluons donc en premier le risque qu’ont pris les acteurs de chanter directement devant la caméra, eux qui ne sont pas forcément habitués à chanter, d’où la voix presque trop aïgue de Hugh Jackman ou parfois très douce de Russel Crowe, les notes qui ne sont pas tenues assez longtemps…Certes, je me suis crispée pendant au moins dix minutes en entendant tout d’abord les chants. Mais il faut accepter qu’ils ne soient pas professionnels, et que cela serve de nouveau relief aux personnages. On tombe ainsi sur une autre interprétation des protagonistes, personnelle aux acteurs, par le biais de moments plus parlés que chantés, d’intonations différentes, de jeu d’acteur se mêlant à celui de chanteur. Voilà quelque chose qui ne plairait pas à tout le monde mais qui reste très intéressant à voir, et nul doute qu’Anne Hathaway mérite bien son Oscar, pour ses chansons « I dreamed a dream » ou encore « Lovely Ladies ». Elle est l’une des meilleures Fantine jamais vues, au cinéma en tout cas. De manière générale, le casting s’en sort très bien, notamment avec Hugh Jackman qui parvient à faire un excellent portrait de Valjean, tout en sentiments et nuances, et Russel Crowe, qui apporte une mélancolie inattendue au personnage, au-delà de son premier aspect très métallique et froid. Marius et Cosette ne servent comme d’habitude à rien, et bien que les chansons et présence des Thénardier aient été atténués et sans doute un peu édulcorés pour faire surtout ressortir de l’humour, ils s’en sortent plutôt bien.

On notera les quelques références au musical : Samantha Barks dans le rôle d’Eponine (il s’agit de l’Eponine de Broadway, et il y a sûrement des chanteurs dans les choeurs^^), les décors en clin d’oeil à la mise en scène du 25e anniversaire (le début avec les galères ; les prostituées qui ont leur repaire près d’une plage, dans une ancienne épave en ruine ; Enjolras qui finit les bras en croix avec le drapeau sur lui à sa mort) sans oublier les clins d’oeils au livre, dont le non moins célèbre éléphant de Gavroche ou le rappel de sa chanson « Je suis tombé par terre… » qui apparaît dans les sous-titres, à l’encontre des paroles anglaises. Enfin, quelques moments rajoutés par rapport au musical sont à noter, comme l’apparition de Fauchelevent, du grand-père de Marius, ou Javert qui donne l’un de ses insignes à Gavroche mort.

S’il est certain que le film ne plaira pas à tous, par ses quelques raccourcis, sa mise en scène (il est vrai qu’il faut s’habituer aux plans resserrés et que le côté bien christianisé m’est resté un peu en travers…) et les coupes des chansons mais surtout par son aspect chanté, il n’en demeure pas moins empreint de la même émotion que le musical qui est la force des Misérables. Au risque de me répéter, les seules oeuvres m’ayant jamais autant donné envie de vivre une vie meilleure, donnant des modèles d’existence, demeurent Les Misérables et Doctor Who. Aussi serait-il dommage de passer à côté de la lumière et des allégories représentées par Valjean et les histoires, personnages s’entrecroisant autour de lui, de même que la seule occasion de « voir » la comédie musicale jouée depuis 27 ans à Londres…

 Les misérables

La lumière est dans le coeur des hommes
Mais s’épuise de brûler pour personne
Aimez-vous pour vaincre les ténèbres
Tant qu’il y aura partout orgueil, ignorance et misère
La lumière, au matin de justice
Puisse enfin décapiter nos vices
Dans un monde où Dieu pourrait se plaire
S’il décidait un jour de redescendre sur la terre
Cosette, aime-le
Marius, aimez-la
Qui aime sa femme, sans le savoir, aime Dieu.

[And remember the truth that once was spoken
To love another person is to see the face of God.]


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