Jamaica Inn (BBC 2014)

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Jamaica Inn – L’auberge de la Jamaïque – est un des romans les plus connus et les plus prenants de Daphné du Maurier. Située en 1820 et dans les Cornouailles, lieu récurrent de l’auteur, l’histoire est celle de Mary Yellan perd sa mère et n’a donc d’autre choix que d’aller se réfugier chez sa tante Patience, une femme joyeuse coquette, qui a rejoint son mari à l’Auberge de la Jamaïque. Mais Mary ne tarde pas à regretter son choix : Joss Merlyn, le propriétaire de l’auberge, est un alcoolique menaçant et inquiétant, sujet aux sautes d’humeur. Qui plus est, non seulement il réduit sa femme, Patience, à une misérable ombre, mais il est aussi le chef d’une troupe de contrebandiers et de naufrageurs. L’Auberge de la Jamaïque, malfamée et gothique, n’est fréquentée que par sa troupe de pirates. Mary ne peut donc que se fier à elle-même, et aux deux alliés qui croisent son chemin : le petit frère de Joss, Jem, et le vicaire de la région, Francis Davey.

 Le gothique est une ambiance qui traverse quasiment toute l’oeuvre de Daphné du Maurier, depuis Rebecca jusqu’à Ma cousine Rachel, en passant par le recueil de nouvelles La poupée. Atmosphère encore une fois particulièrement présente ici aussi : entre les paysages de landes désertes, les marécages, la mer, l’auberge elle-même hostile et sombre, délabrée, on se laisse transporter dans un endroit bien éloigné de nous, et dans lequel on devient oppressé par les évènements arrivant, ainsi que la présence de plusieurs personnages. Il y a un peu de Jane Eyre ici aussi, il faut l’avouer, dans ce huis-clos angoissant et renfermé, où les landes désolées, la mer nourrice et meurtrière, fantasme récurrent chez l’auteur, n’ont que de fausses allures de liberté et d’échappatoire. Les personnages, perdus, sont tous attirés, et retournent, à l’Auberge de la Jamaïque (celle-ci existant par ailleurs vraiment.)

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Quant aux personnages, ils nous séduisent, nous agacent ou nous mettent mal à l’aise. Si Mary Yellan (Jessica Brown Findlay) est une jeune femme innocente mais non naïve, déterminée et douée du sens du bien et du mal, on ne peut assister qu’à sa perdition dans un endroit aussi sombre et sans âme. Prise au piège par sa propre famille, par les contrebandiers, elle n’a d’autre choix que de devenir des leurs pour espérer survivre, et s’enfuir peut-être…tout en contemplant le reflet de ce qu’elle deviendra, dans sa tante Patience (Joanne Whalley, qui a réussi à rendre son personnage plus intéressant que dans le livre d’origine), une femme pâle, craintive, soumise à son mari, le craignant comme l’adorant, incapable de se séparer de lui, lui mangeant dans la main et souillant son âme autant que son époux. On a aussi, là encore, deux des types de femmes qu’on retrouve le plus chez Daphné du Maurier : celle fière et indépendante, sûre de ses droits et de ses pensées, quasiment masculine, et celle qui ressemble à une petite souris perdue, capable de force parfois, mais bien trop craintive, effacée dans l’ombre d’un homme.

Jamaica InnJem Merlyn

Le propriétaire des lieux, Joss Merlyn (Sean Harris), fait partie de ces personnages qui hantent l’imagination et les mauvais rêves. Alcoolique, chef des contrebandiers, insaisissable, tantôt incroyablement « bénéfique », tantôt plus que menaçant, tantôt également, perdu à sa manière. Il figure une présence digne du roman gothique certes, une ombre noire, l’homme qui revient là où on s’y attend le moins, capable du pire, et n’y hésitant pas. Il serait en effet risqué de le croire aussi idiot et apathique qu’il le laisse paraître… Son petit frère Jam (Matthew McNullty) est certes moins antipathique, sorte de vagabond et voleur à double face, meilleur qu’il n’y paraît (meilleur que son frère sans doute). Honnêtement, c’est le seul personnage dans cette oeuvre qui m’agace et me fatigue un peu, tellement il est assez « facile » par rapport aux autres, malgré sa subtilité, et je ne lui ai jamais trouvé grand intérêt. Enfin, le dernier n’est pas le moindre dans cette galerie de personnages, puisqu’il s’agit du vicaire Francis Devey (Ben Daniels) qui joue magnifiquement son personnage. Peut-être un hommage au pasteur St John Eyre Rivers de Charlotte Brontë, lui aussi aura marqué l’esprit des lecteurs, dans ce portrait de pasteur albinos, distant mais au regard acéré, qui lit les âmes mieux que personne, et qui devient le seul allié de Mary avec Jem. Solide et inébranlable, il ne peut laisser indifférent…

0748_Jamaica_Inn_03Nov13Et son bien moins sympathique mais plus intéressant grand frère, Joss.

En dire plus serait hélas gâcher tout l’intérêt de l’histoire, comme pour Rebecca. Mais oui, plongez-vous dans cette histoire tantôt romantique et gothique, avec cette mini-série qui a su y rendre si bien justice. Je suis encore étonnée, alors que j’avais lu le livre en anglais, de me souvenir aussi bien des personnages, de certaines scènes, et de les avoir toutes retrouvées au visionnage. La lecture m’aura marquée bien plus que je ne le pensais…et voir cet univers rendu si bien rendu est parfait. Impossible de voir les trois heures passer (même si j’ai trouvé le deuxième épisode peut-être un peu plus long que les trois autres.) Une petite merveille qui hante l’esprit, alors que je ne m’attendais pas à être tant séduite que cela…

Jamaica InnEt on se souviendra toujours du vicaire Francis Delvey… ^^

 


2 réflexions sur “Jamaica Inn (BBC 2014)

  1. On voit que tu as été véritablement séduite par cette mini-série made in BBC… ! Merci pour ce bel article ! Comme toi, j’ai parfaitement retrouvé l’ambiance du roman, lu il y a longtemps, et comme je te l’avais dit, qui reste une des lectures marquantes de mon adolescence, avec Jane Eyre et Rebecca. C’est certain, Jem Merlyn a toujours été un peu transparent, mais il suffit d’avoir un Joss Merlyn, lui-même écrasé par un Francis Devey, pour trouver ensuite tous les personnages masculins un peu fades… Ben Daniel est parfait dans ce rôle trouble, et j’ai vraiment hâte de recevoir le dvd dans quelques semaines pour poursuivre le visionnage !

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    1. Oh oui, et je ne m’y attendais pas tant que ça en fait ! Même si j’avais aimé le livre en le lisant, je ne pensais pas qu’il m’avait autant marquée..mais je sais qu’il a fait sur toi une très forte impression, alors ça doit être encore plus fort ! Et puis ce trio de livres, il faut l’avoue, est tout à fait un trio du gothique romantique, avec des personnages mémorables et des atmosphères troublantes… C’est vrai que Jem est beaucoup écrasé par les deux autres après tout. que ce soit en série ou dans le bouquin. Il va falloir que je me mette à l’autre série, de mon côté, dont tu m’as parlée. Et je suis certaine que tu vas apprécier tout le jeu de l’acteur de Francis Devey..il est vraiment parfait, tu as raison.

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