Into the Woods – Rob Marshall, Stephen Sondheim & Disney

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Les contes de fées se croisent. Une sorcière accepte de lever la malédiction de la famille d’un boulanger afin que sa femme ait un enfant, à condition qu’ils lui ramènent plusieurs objets magiques : la cape du Petit Chaperon Rouge, une vache blanche comme le lait appartenant à Jack, le soulier d’or de Cendrillon et les cheveux blonds de Raiponce…Mais si les souhaits de chacun s’exaucent, il n’est pas sûr que le prix à payer soit aussi heureux que les fins des contes de fées.

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Into the woods était un film que j’attendais depuis longtemps, notamment après avoir manqué de peu le spectacle musical à Paris. Si le concept même de l’histoire m’intriguait, je dois bien admettre que c’est aussi le casting et le côté simplement musical qui m’attiraient. On pouvait craindre une grosse édulcoration étant donné que c’est Disney qui est à la barre pour ce film, mais au final, il est passé bien mieux que je ne pensais. Après, les puristes du musical d’origine trouveront sans doute à redire – il y a un nombre conséquent de coucheries et de morts en moins dans le film – mais l’ensemble demeure néanmoins sombre, féerique, inquiétant et magique à la fois, servi par de très beaux décors et costumes. Pour les amateurs de comédie musicale, il est sûr que ça leur plaira en tout cas, et si vous aimez les relectures des contes de fées, celle-ci peut également séduire. Il se dégage du film une atmosphère vraiment prenante.

Tout d’abord, pour des acteurs-chanteurs, le chant passe très bien. Voire même mieux que dans Les Misérables. Certes, ça n’est pas du chant lyrique qu’on pourrait voir sur scène, mais j’ai trouvé que tous les acteurs chantaient honnêtement et même très bien, profitant tant de leur capacité de jeu pour appuyer leurs airs, qu’ajoutant de touches personnelles à leur chant, parlant parfois plus que chantonnant. Aucune voix n’est à décrier et toutes sont très agréables, de Meryl Streep (fascinante et déjantée) à Johnny Depp (malsain, c’est le mot), en passant par Emily Blunt (drôle et charmante) ou encore Chris Pine (de qui on rit, ou qu’on a envie de maudire). De même, aucun jeu n’agace particulièrement. Les seuls reproches qu’on pourrait fournir sont que le film paraît parfois un peu long : une première partie entièrement heureuse et joyeuse, humoristique, laisse place à une deuxième plus sombre et glauque, plus adulte. Cela donne l’impression de deux films en un. De plus, si j’avais beaucoup aimé sans réserves la musique de Sweeney Todd du même compositeur, j’ai trouvé plus de difficultés à adhérer à celle-ci. Certaines chansons restent dans la tête ou peuvent se repasser en boucle ; cependant, d’autres ont des crissements, des mouvements d’instruments (violons et autres) stridents et lancinants, ce qui n’est pas toujours agréable à l’oreille et fait un peu sortir de l’atmosphère du film. Hormis ces quelques longueurs et la musique particulière à laquelle il faut s’habituer, c’est presque un sans-faute, même si ce n’est pas un total coup de coeur.

Car il y a beaucoup de charme à voir tous ces contes de fées mélangés, INTO THE WOODSmême si celui du Boulanger et de sa femme est sans doute le moins connu, alors qu’ils sont les deux personnages perturbant les autres histoires. On passe ainsi de Cendrillon au petit Chaperon Rouge, de Raiponce/Rapunzel à Jack et les haricots magiques… le plus brillant étant que tous ces personnages se croisent avec le plus de naturel possible ! Difficile de ne pas rire quand on entend le Grand Méchant Loup dire bonjour au Petit Chaperon Rouge, qui répond on ne peut plus simplement et sans peur « Good day Mister Wolf ! » De même, Cendrillon croise à plusieurs reprises la Femme du Boulanger et sympathise avec elle, ou la Sorcière va tenir compagnie à Raiponce… les relations entre personnages sont revisités et cela fait plaisir à voir. On en profite d’ailleurs pour avoir une relecture se jouant à la fois des contes de fées (quiconque ne rit pas devant la chanson « Agony » des deux Princes Charmants n’a pas le sens de l’humour ni le sens de la dérision –>) avec par exemple Cendrillon qui s’enfuit du bal à plusieurs reprises, un côté parfois féministe… bref, les codes se brisent et se moquent d’eux-mêmes, et c’est vraiment sympathique à voir, digne de quelques fous rires ! On retrouve les couleurs de Disney pour certains personnages (Raiponce, superbe, mais pas assez développée) mais aussi nombre d’éléments originaux des contes de Grimm (comme certains détails morbides de Cendrillon).

Si la première partie du film fait vraiment penser à un conte de fées avec humour, la deuxième est donc plus angoissante et plus glauque, et pour cause : tout ce qui allait bien jusque-là tourne mal, très mal, avec les histoires se mélangeant et prenant de nouvelles tournures. La forêt passe d’un lieu enchanté à un lieu où tout peut arriver, comme sous un sortilège étrange qui ne distingue plus le bien du mal, le juste du déraisonnable. Les personnages subissent davantage leurs défauts que leurs qualités, et chacun a sa part de méchanceté ou de faiblesse. C’est la forêt, « the woods » qui semble un lieu qui attire tous les protagonistes, comme pour les inviter à sonder leurs âmes et ce qu’ils désirent vraiment, un lieu « à mi-chemin » qui les révèle un peu à eux-mêmes, qui les enferme et les libère à la fois. Ce n’est pas d’ailleurs le seul élément malsain du film : pour un Disney, je ne dirais pas qu’ils ont assez édulcoré le film, car il y a des chansons où les sous-entendus demeurent vraiment très présents, à mes yeux en tout cas. Du coup, il me paraît difficile de classer ce film à destination d’un jeune public, car c’est tout, sauf enfantin. Comme le musical d’origine d’ailleurs. C’est un conte magique, certes, mais aussi sombre et empli de maturité, de différents messages et de plusieurs thématiques adultes. INTO THE WOODS

Just a moment,
One peculiar passing moment…
Must it all be either less or more,
Either plain or grand?
Is it always « or »?
Is it never « and »?
That’s what woods are for:
For those moments in the woods…

Oh. If life were made of moments,
Even now and then a bad one-!
But if life were only moments,
Then you’d never know you had one.

First a Witch, then a child,
Then a Prince, then a moment-
Who can live in the woods?
And to get what you wish,
Only just for a moment-
These are dangerous woods…

Let the moment go…
Don’t forget it for a moment, though.
Just remembering you’ve had an « and »,
When you’re back to « or »,
Makes the « or » mean more
Than it did before.
Now I understand-

And it’s time to leave the woods.


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