Manderley for ever – Tatiana de Rosnay

Manderley for ever Tatiana de Rosnay La première biographie française de Daphné du Maurier a le privilège d’être à la fois vaste, probablement exhaustive et très riche. Les photos qui l’accompagnent permettent tant de donner un visage au célèbre auteur, qu’aux autres membres de sa famille et de son entourage, ainsi qu’aux lieux qu’elle a habités, et qui ont hanté son imagination : autant la France que les Cornouailles, sans compter le fameux Menabillly, l’inspiration de Manderley, le manoir de Rebecca.

Tatiana de Rosnay peut se targuer d’avoir écrit là une biographie plus qu’intéressante, même si on ne peut parfois s’empêcher de se demander (comme dans toute biographie) s’il n’y a pas d’événements romancés. Qu’importe, le regard plutôt neutre, écrit au présent, porté sur Daphné du Maurier permet de la découvrir de son enfance jusqu’à sa mort, tant dans sa vie d’écrivaine que sa vie privée. Ainsi, pêle-mêle, on croise ses premiers essais littéraires, son enfance et adolescence masculines, les enfants Llewelyn Davies (ceux qui inspireront Peter Pan, les cousins de Daphné), ses créations de romans, les rencontres qui marquent sa vie, son éducation, sa vie de famille, de mère, d’auteur. Ce regard un peu reculé, mais toujours affectueux, n’est pas sans souligner les défauts aussi bien que les qualités de l’auteur. Téméraire, ironique et effrontée, indépendante et ambiguë, Daphné du Maurier se révèle aussi parfois timide, maladroite, une mère de famille partiale et distante envers ses filles, une écrivain dont les œuvres l’absorbent pendant des mois par l’écriture et la recherche avant qu’elles ne s’éloignent de plus en plus. On voit aussi chez elle un certain égoïsme, à privilégier ses écrits à sa famille, tout en la comprenant.

On se plaît donc beaucoup à découvrir le portrait intime de cette femme, son caractère, son chemin de vie. Et également à apprendre comment sont nées ses différentes oeuvres. Chaque nouvelle, chaque roman, part d’une idée fixe, de thèmes récurrents, de « porte-manteaux » des gens qui la fascinent et l’obsèdent et dont elle se « débarrasse » par l’écrit. Rebecca naît ainsi de sa propre jalousie envers l’ancienne fiancée de son mari, dont elle retrouve des lettres ; Ma cousine Rachel, de son adoration pour son éditrice américaine ; La Maison sur le rivage, de sa dernière demeure jusqu’à sa mort, le manoir de Kilmarth ; les romans où elle s’exprime par un narrateur masculin sont un reflet direct du côté masculin de sa personnalité, etc. Et ses nouvelles les plus sombres naissent même dans les moments les plus joyeux de sa vie. Elle a également des centres d’intérêt très variés qui expriment la richesse diverse de ses romans, tantôt psychologiques, tantôt sombres, tantôt romantiques, historiques, biographiques envers d’autres membres de sa famille…elle qui se refusait à être cantonnée « auteur romantique » depuis Rebecca, le roman dont les critiques ne lui ont jamais pardonné le succès considérable. L’auteur paraît alors assez paradoxale, humaine, parfois froide, parfois totalement compréhensible. On en découvre beaucoup sur elle et ses sources d’inspiration, avec grand plaisir.

Un autre point non négligeable, en lisant cette biographie, est de voir ses réactions lors des différentes adaptations cinématographiques ou théâtrales de son œuvre, du succès ou non de ses publications, ou lorsqu’elle lit elle-même les romans de son grand-père George du Maurier. La famille, ses ancêtres proches et lointains, sont aussi une des inspirations majeures de ses romans, qui expliquent – en plus des lieux où elle a vécus – son attrait pour l’océan, la France, les Cornouailles, l’Italie, l’histoire généalogique ou encore le milieu du théâtre d’où vient son père.

Cependant, tout au long du livre, Tatiana de Rosnay laisse demeurer un regard délicat, fasciné, attaché et pourtant juste sur l’auteur britannique, ne plaidant ni pour ni contre elle, et relatant parfois ses visites sur les lieux importants de la vie de Daphné du Maurier. Le plus triste est sans doute « d’assister » au lent décès de l’écrivain, que celle-ci semblait pressentir, et qui n’en est pas moins désolant en voyant la vie active et profondément remplie qu’elle a menée. On apprend au passage que les premières traductions françaises de l’auteur, dont Rebecca, étaient considérablement amputées. On se demande aussi comment Tatiana de Rosnay a pu obtenir la permission des héritiers de Du Maurier, de révéler une part très privée de la vie de l’auteur, écrite dans son journal intime qu’elle tint jusqu’au jour de son mariage, et qu’elle avait elle-même enlevée de la publication de cette autobiographie. Et fait promettre de ne dévoiler que cinquante ans après sa mort. Peut-être était-ce aussi une manière de faire taire des rumeurs propagées par d’autres biographies sur Daphné du Maurier. Quoiqu’il en soit, cette biographie demeure plus qu’enrichissante à lire, et ravira ceux qui veulent en savoir plus sur cette auteur parfois si contradictoire, ou découvrir la création de ses oeuvres.


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