The Americans | 2013

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Alors que la saison 4 de The Americans s’achève, je me rends compte que je n’ai pas encore fait de véritable article sur cette série, dans ce blog. Cette fin de saison permet d’en saisir l’occasion, sachant que la série a très exactement encore deux saisons devant elle, ni plus, ni moins. Encore maintenant, c’est une série qui reste encore relativement confidentielle et qui n’est également que peu récompensée – à tort.

Série historique avant tout, The Americans est le quotidien d’agents du KGB infiltrés en Amérique, mais aussi de l’ambassade de Russie dans la même ville, du bureau du FBI, pendant la Guerre Froide. Le réalisateur, Joe Weiseberg, s’est à la fois inspiré de son ancienne expérience au CIA pour cette histoire, mais aussi de la plus récente affaire des Programmes des Illégaux, qui a mené à l’arrestation d’agent soviétiques infiltrés aux Etats-Unis. C’est parce que la série pioche dans ces racines historiques, qu’elle parvient à avoir autant de force, même si de l’aveu des créateurs, aucun agent KGB de l’époque n’aurait pu faire tout ce qu’accomplissent Elizabeth et Philip Jennings, nos deux protagonistes centraux.

THE AMERICANS -- "March 8, 1983" Episode 313 (Airs Wednesday, April 22, 10:00 PM e/p) Pictured: (l-r) Matthew Rhys as Philip Jennings, Holly Taylor as Paige Jennings. CR: Patrick Harbon/FX

De manière plus précise, le sujet de la série concerne ce couple : Elizabeth et Philip Jennings, deux anciens Russes qui se sont engagés à devenir des espions, à devenir des citoyens américains, à se marier et à fonder une famille, pour livrer informations sur les Etats-Unis à la Russie, à risquer des opérations difficiles. L’essence de la série repose sur ce mariage non désiré, mêlé aux affaires d’espionnage. Sur comment il va ensuite évoluer, au point qu’après vingt années de vie commune, les deux agents tombent vraiment amoureux l’un de l’autre, resserrant leurs liens, permettant la réalisation de meilleures missions, leur solidité face à leurs enfants qui ne connaissent rien de leur identité secrète.

The Americans est aussi une série centrée sur la représentation de l’ennemi, sur ce qu’est l’ennemi. Présent au sein du couple des deux espions quand ils ne se font pas encore totalement confiance ; quand leurs enfants en arrivent à suspecter quelque chose ; quand leur nouveau voisin est un agent du FBI avec qui Philip se lie d’amitié ; quand leurs superviseurs russes se révèlent incapables de comprendre leur motivation ou leurs souhaits familiaux… L’ennemi, dans cette série, prend différentes formes, et n’est jamais véritablement loin. Cependant, l’ennemi n’est jamais non plus binaire, il est humain. L’Histoire – du point de vue français – ferait qu’on se sentirait du côté des Américains, et pourtant c’est à cette famille des Jennings, au couple des deux espions, qu’on s’attache le plus. Bien que les autres personnages ne soient pas dénués d’intérêt ou difficiles à apprécier, cette histoire démontre encore comment les séries d’aujourd’hui ont réussi à détruire cette perception de bien et de mal, pour ne réussir à donner qu’une appréciation de points de vue. Rien n’est noir ou blanc dans The Americans, tout est gris, des actes les plus sombres d’Elizabeth, aux multiples visages de Nina (une Russe de l’ambassade obligée de rendre service à Stanley, l’agent du FBI, contre son gré), Stanley lui-même avec ses doutes, ou encore Martha, une secrétaire du FBI approchée et manipulée par Philip. C’est aussi là que se situe la richesse de la série.

the-americans - Nina

The Americans est aussi une série lente, qui prend le temps de se construire, ce qui explique qu’on doit persévérer un peu, pour accrocher. Les évolutions des personnages s’en ressentent, bien qu’on pose les jalons de leur changement dès les premiers épisodes. Ainsi, Philip est le premier du couple à se sentir plus américain que russe, à tâcher d’expliquer que la meilleure solution pour leur famille, est de se rendre au FBI et de profiter d’une véritable vie américaine, en échange de livrer leurs secrets. Elizabeth, bien plus pugnace, ne commencera à douter de ses idéaux, de ce qu’ils doivent à la Russie en s’oubliant eux-mêmes, en risquant la vie de leurs enfants, que bien plus tard. C’est aussi cette vie secrète qui affecte leurs relations, qui les empêche d’avancer, de véritablement communiquer. Difficile de décrire tout cela sans spoiler, mais il y a énormément de sujets, d’idées, qui passent dans cette série, tout en se raccrochant à l’Histoire et à un côté universel pour nous toucher. L’amour, l’identité, le devoir, l’honneur, les vies secrètes, la loyauté, le mensonge, la religion, la famille, se révéler soi-même… Tous les personnages sont extrêmement intéressants à leur manière, jamais stéréotypés, prenant plusieurs degrés de force et de faiblesse, forçant à se demander comment on aurait agi, à leur place. Tout est en un équilibre instable, demandant de gérer à la fois les affaires d’espionnage, sans jamais cesser de rendre le quotidien crédible et valable.

A ce niveau de révélations, de changements, de traumatismes, c’est sans doute la saison 3 qui a été la plus éprouvante – choquant à presque chaque épisode – la saison 4 semblant retrouver un rythme plus tranquille, moins transgressif, pour une histoire clairement étalée sur six chapitres distincts. Et c’est sans doute normal, car tout aussi attaché qu’on soit aux personnages, à Philip et à Elizabeth, à souhaiter qu’il ne leur arrive rien, on tend à oublier qu’ils ne vont pas gagner. L’Histoire est écrite, et ils perdront. Reste à savoir comment, même si c’est la saison 4 qui nous dit le plus ce qui va faire basculer cette partie de la guerre en faveur des Etats-Unis.

Tout est savamment travaillé dans cette histoire. On ne peut que souligner la psychologie des personnages, les acteurs qui jouent sans un seul faux pas, parvenant à nous faire capter les moindres états d’âmes des protagonistes. On ne peut oublier non plus le réalisme des décors, la justesse et la cohérence des déguisements enfilés par les espions soviétiques, la finesse de l’écriture des dialogues, l’utilisation des musiques de l’époque et l’omniprésence de symboles, de mise en abîme lors des paroles des personnages. Tout est soigné, presque parfait, suffisamment pour qu’on se retrouve à suivre passionnément un univers qui n’est pourtant pas facile à exploiter en séries. Et ce sans avoir le côté épique d’un Game of Thrones, ni le même niveau de comique qu’un Orange is the new black, loin de là. C’est un humour plutôt noir qui parcourt la série, souvent ironique, mais il y a bel et bien de l’humour dans cet univers de Guerre froide, et aussi beaucoup d’humanité. Et c’est cet aspect qui rend la série aussi superbe, nerveuse et attachante, avec autant de grands pics émotionnels.

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