Harry Potter and the Cursed Child | J.K. Rowling

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Être Harry Potter n’a jamais été facile et ne l’est pas davantage depuis qu’il est un employé surmené du Ministère de la Magie, marié et père de trois enfants. Tandis que Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, son plus jeune fils, Albus Severus, doit lutter avec le poids d’un héritage familial dont il n’a jamais voulu. Le destin vient fusionner passé et présent. Père et fils se retrouvent face à une dure vérité : parfois, les ténèbres surviennent des endroits les plus inattendus.

Des spoilers sont présents en deuxième partie de l’article – après la première image.

Harry Potter and the cursed child est la huitième histoire de JK Rowling dans l’univers du sorcier ; une histoire d’autant plus attendue qu’elle prendrait cette fois place sur les planches du théâtre, promettant une expérience différente d’une simple lecture et des films, peut-être plus de libertés aussi. Décomposée en deux parties, la pièce commence là où se terminait l’épilogue du dernier tome, sur le quai 9 ¾, lors de la rentrée à Poudlard pour le plus jeune fils d’Harry, Albus Severus. Cette histoire – dont l’idée revient à JK Rowling – est toutefois écrite par Jack Thorne, scénariste. Ce détail est sans doute salutaire dans le sens où on ne doit par conséquent pas s’attendre à un écrit aussi profond et élaboré que les précédents livres. Par ailleurs, pour ceux hésitant à le lire en anglais, ce dernier est très accessible – sans doute plus que dans les livres.

Que pouvait-on attendre de cette pièce de théâtre, sachant qu’une pièce est par essence incomplète, tant qu’on ne la voit pas sur scène ? J’ai évité autant que possible les rumeurs sur cette huitième histoire, ne lisant aucun spoiler, ni même l’intrigue, de près ou de loin, avant d’avoir le livre entre les mains. Ce qui ne m’a pas empêché d’entendre dire ici et là que la pièce était moyenne et comparable à une fanfiction. C’est donc avec ce seul écho mitigé que j’ai commencé à lire, et en gardant à l’esprit que sans la mise en scène, l’attitude des comédiens, le ton, les gestes faits sur scène, ce ne serait en quelque sorte qu’une histoire incomplète. Les lieux sont en effet très nombreux dans cette pièce et il doit être fascinant de voir les différents décors, ainsi que les actions qui y sont liées : c’est quelque chose qui manque vraiment, tout comme le jeu non-verbal des comédiens, voire des minutes sans paroles mais uniquement avec des déplacements, qui apportent forcément un plus et de la profondeur à l’histoire mise en scène.

C’est tout de même un grand plaisir de retrouver des héros qui m’ont fait partager des années de lecture et d’imagination, de retrouver un des univers magiques si liés à mon enfance et mon adolescence. On s’y sent à nouveau un peu comme chez soi, à retrouver une ambiance adorée, même si le rythme de la pièce est forcément très rapide et les scènes courtes. C’est un plaisir aussi de voir comment les personnages ont évolué avec les années, que ce soit avec un Harry plus mature qui appréhende avec difficulté sa paternité, face à un fils rebelle, Albus, et qui doit supporter la célébrité de son père tout en étant à Serpentard ; une Hermione fidèle à celle du roman, impressionnante et toujours juste, déterminée, d’autant qu’elle est Ministre de la Magie ; Ginny apparaît avec plus de profondeur et de maturité, s’équilibrant parfaitement avec la maladresse d’Harry ; Ron est quelque peu décevant car surtout là pour le comique. On voit Drago faire un retour plaisant, ayant visiblement bien évolué et gagné en richesse, avec la perte prématurée de sa femme et le désir d’être le meilleur père pour son fils. Harry et Drago se rejoignent en miroir dans cette pièce, chacun maladroit avec la paternité, alourdis par leur passé, craignant que leurs fils ne soient attirés ou submergés par les ténèbres évoquées dans le synopsis ; et franchement cette nouvelle relation entre les deux anciens ennemis est un plaisir à découvrir d’autant qu’ils ne sont pas pour autant les meilleurs amis du monde. Bien sûr, les deux nouveaux héros, Albus (fils d’Harry et Ginny) et Scorpius (fils de Drago) ne sont pas en reste, ces deux-là étant des amis très proches (et très so gay), déterminés à ne pas se perdre. Le premier est un peu tête à claques (comme son père plus jeune) à se rebeller contre son passé, même si on le comprend, torturé par le fait d’être à Serpentard et ce que cela symbolise ; le second est simplement adorable, à la fois intello/geek, solitaire, et pourtant doué d’humour et de décalage complet.

Bien entendu, on croise d’autres personnages tout au long de la pièce : Rose Granger-Weasley, la fille de Ron et d’Hermione, Delphi Diggory, Mimi Geignarde, Hagrid, Amos Diggory, McGonagall… et on retrouve aussi de vieilles connaissances telles que Dumbledore, Rogue, Lily et James Potter, Cédric Diggory, ou encore Voldemort. A partir d’ici, je détaillerai plus l’intrigue, et les spoilers sont de mise.

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Car en fait, c’est peut-être bien ce qui fait pécher le livre ici : l’intrigue. Elle manque à la fois de profondeur et de soin, par son format court et rapide, bien que cela puisse être rattrapé sur scène. Si l’ensemble demeure assez cohérent, ce sont certains détails ou certains rebondissements qui frustrent. Scorpius subit une rumeur depuis son enfance comme quoi il serait le fils secret de Voldemort, ce qui conduit Drago à demander en vain à Harry, de faire taire cette rumeur. Parallèlement, Harry a de nouveau mal à sa cicatrice, et ses rêves trahissent un futur sombre autour d’Albus, ce qui le conduit à l’éloigner du fils de Drago. Amos Diggory entre en scène pour reprocher à Harry la mort de Cédric ; Albus et Scorpius, avec l’aide de Delphi Diggory (nièce d’Amos) décident d’utiliser un Retourneur de Temps bien plus puissant que celui d’Hermione en son temps, pour essayer de sauver Cédric. Comme il ne faut jamais, jamais, jamais traficoter avec les histoires de retour dans le temps, leurs actes les conduisent à modifier leur présent : une chronologie où Ron est marié avec Padma Patil et Hermione seule, aigrie ; une autre, bien pire, où Harry est mort (et où Albus disparaît) et où Voldemort règne en maître ; enfin, le dernier retour dans le temps a lieu quand les choses redeviennent à la normale. Delphi se révèle alors être en vérité la fille de Voldemort et Bellatrix Lestrange, et utilise le Retourneur de Temps pour accomplir une prophétie afin d’éviter la mort de son père. S’ensuit un retour à juste avant la mort des parents d’Harry, où nos héros parviennent à neutraliser Delphi à temps.

Bien sûr, ce n’est qu’un résumé succinct, et lire la pièce permet de retrouver de nombreux passages savoureux : le tournoi des Trois Sorciers ; la révélation de qui est la dame vendant des bonbons sur le Poudlard Express ; les retours dans le temps permettent d’apprécier des versions alternatives des personnages, et d’en recroiser des morts (comme Rogue) ; les relations qui se tissent entre les pères et fils sont particulièrement bien écrites et emplies d’émotions, tout comme les amitiés entre Albus et Scorpius, ou Harry et Drago. Je repense aussi à un moment où Harry confronte le tableau de Dumbledore et où ce dernier lui parle vraiment – expliquant aussi pourquoi on ne peut pas converser avec les portraits des morts comme s’il s’agissait de la vraie personne.

Certaines scènes de la réalité parallèle où Voldemort règne sont aussi très poignantes et empreintes de tensions, avec la description de ce monde noir et oppressant, où règnent les Sang-Pur, où Hermione et Ron ne se retrouvent amoureux à la toute fin, que pour mieux mourir. Ces scènes étaient tout à la fois glaçantes et prenantes. Ces principaux moments que je cite sont de toute manière ceux m’ayant beaucoup plu, là où certains préféreront d’autres passages. Que ce soit voulu ou non, Albus et Scorpius sont aussi très touchants dans leur amitié et leur détermination, comme leurs parents adolescents, au final, et on est à la limite de se demander s’ils ne sont d’ailleurs pas juste gays. D’autres personnages comme Ginny prennent un relief saisissant et juste, comme lorsqu’elle décrit avoir été jalouse de l’amitié unissant Harry, Hermione et Ron. Malgré qu’elle soit absurde, j’ai aussi apprécié la scène où Harry se fait passer pour Voldemort, face à Delphi.

Si certains ont comparé cette pièce à une fanfiction, c’est à la fois par la mise en place d’éléments un peu contradictoires ou difficiles à croire, ou encore parce que la pièce semble parfois elle-même faire des clins d’oeil aux fans. De plus, l’oralité de la pièce fait que certaines répliques tombent à plat à la lecture, et déplacées dans l’univers (Scorpius se fait traiter de « nerdy/geek » par Albus, par exemple) et que certaines émotions sont très grandiloquentes (notamment une des déclarations d’amitié entre les deux jeunes sorciers). Certains clins d’œil dits de fan service laissent la même impression de maladresse : une réplique qui fait penser à un couple Drago/Hermione, la réalité où Ron ne finit pas avec Hermione (le duo n’avait pas été toujours bien accueilli), le retour de Rogue un peu trop en héros (même si ce n’était pas déplaisant). Enfin, c’est les ficelles et rebondissements qui bloquent par moments. Pourquoi partir de Cédric Diggory pour avoir un retour dans le temps ? Comment Voldemort a pu avoir une fille, vu qu’il n’était plus qu’une carcasse de corps avec une âme déchirée en plusieurs morceaux, et absolument pas « physique » de ce point de vue-là ? Pourquoi Sirius n’est pas présent juste avant la mort de Lily et James Potter ? Pourquoi ne détruit-on pas juste le dernier Retourneur de Temps ? On ajoute à cela des répliques parfois écrites très maladroitement, ou encore des petites révélations qui n’ont guère de sens au final. La pièce n’est donc pas parfaite, mais pas non plus entièrement médiocre.

Alors, bien sûr, il faut s’adapter aux personnages plus âgés – ce qui n’est pas si évident que ça. On peut ressortir mitigé de la lecture aux vues des contradictions et maladresses, qui, espérons-le, sont corrigées sur scène : après tout, une autre version définitive du script est prévue à la publication. Mais on prend malgré tout grand plaisir à retrouver les personnages et cet univers magique, à savourer certaines scènes et à redécouvrir les relations entre protagonistes, ainsi que les thèmes qui ont toujours traversé l’oeuvre de Rowling : l’amitié, la loyauté, l’amour, la tolérance, les relations familiales, la différence entre une nature originelle et ses choix, le bien contre le mal, et la magie, simplement, pendant plus de trois cent pages.

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2 réflexions sur “Harry Potter and the Cursed Child | J.K. Rowling

  1. Vu que j’avais lu pas mal de résumés et critiques, je ne suis pas surprise pas la tienne. C’est clairement décevant pour du Harry Potter, mais en même temps, il y a de bonnes idées, qui peuvent être plaisantes à découvrir, surtout sur scène, en espérant que la pièce soit améliorée au fur et à mesure, comme Love Never Dies. A part si c’est un flop, ils feront bien un film, va.

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    1. Oui, j’en ai lu d’autres et tout le monde dit plus ou moins la même chose, même si je trouve certaines réactions très exagérées aussi (mais après, j’avais pris le parti de ne pas en attendre trop). Je pense que sur scène, ça doit vraiment bien rendre et être plus complet que le simple script, peut-être comme LND, en effet. Oh, certainement, ou ils enregistreront le spectacle, qui joue à guichets fermés jusqu’en 2017. Les deux en vaudront le coup, pour découvrir !

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