The Wicked + The Divine | Comics, Kieron Gillen

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Il est rare que je m’enthousiasme beaucoup pour une bande dessinée : ou celle-ci me plaît énormément, comme The Walking Dead, ou je l’aime bien, ou c’est un moment de lecture sympa sur le moment mais dont je n’aurai pas beaucoup de souvenirs ensuite. De manière générale, ce n’est pas un domaine littéraire (comme les mangas) où je connais beaucoup de titres, de toute façon.

Every ninety years twelve gods return as young people. They are loved. They are hatred. In two years, they are all dead. It’s happening now. It’s happening again. / Tous les quatre-vingts dix ans, douze dieux se réincarnent en de jeunes gens. Ils sont adorés, ils sont haïs. En l’espace de deux ans, ils meurent. Et cela arrive de nouveau, maintenant.

Le premier tome de The Wicked + The Divine est intitulé The Faust Act, reposant sur un scénario par Kieron Gillen, et des dessins par Jamie McKelvie et Matt Wilson. Il présente dans un court prologue les incarnations des dieux dans les années 1920, juste avant leur mort. Puis il repart à notre époque, en suivant la quête d’une jeune fille, Laura, fascinée, plus que fascinée, par ces dieux dont elle entend parler et qu’elle a réussi à apercevoir d’une manière ou d’une autre. Elle se rend à un concert d’une des déesses, Amaterasu, qui plonge dans un état de transe totale les spectateurs. A son réveil, Laura trouve à ses côtés un des autres dieux : « Luci », Lucifer. Ce dernier est sous l’apparence d’une jeune femme androgyne. Elle/il lui propose alors d’assister à l’interview qu’Amaterasu donne à une journaliste, dans le but de bien prouver que les dieux sont sur terre. Mais les événements se précipitent quand une tentative d’assassinat sur Lucifer se déroule, et que ce(tte) dernier(e) riposte par le feu, se condamnant à retrouver en prison. A Laura d’essayer de le sortir de là, avec l’aide d’autres dieux…

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Cette bande dessinée – ou ce comics – est bien plus originale et surprenante que je ne m’y attendais. Pas de clichés vus et revus sur les dieux, orientant vers une toute-puissance ou un côté enfantin et peu mature : certes, les dieux ont l’âge de leurs corps humains, mais ils conservent le souvenir de leur vie d’immortels. L’humanité de leur visage et leurs expressions toujours bien dessinées, émouvantes par un détail, font qu’on s’attache à eux. Bien sûr, Lucifer est cabotin(e), ment et a de mauvaises habitudes ; pourtant, le personnage est très attachant (c’est même un coup de cœur), sans doute dû à son traitement très byronien : il est plus écrit et dessiné comme l’ange déchu, que comme un diable. D’ailleurs, il n’y a aucun manichéisme dans cette histoire : nul besoin pour les dieux de se battre, qu’ils soient plutôt du ciel ou de l’enfer. Leur apparence humaine est visiblement choisie en référence à des pop-stars : Lucifer fait penser principalement à David Bowie, mais je lui trouve un air très proche de la chanteuse d’Eurythmics.

Les autres dieux que l’on croise ne manquent pas de charisme, bien qu’on s’attarde moins sur eux. Le scénariste a en tout cas pris le parti de prendre des dieux peu communs, si bien que, n’ayant pas capté tout de suite que Minera désignait Athéna, le seul autre dieu que je me retrouvais à connaître en-dehors de Lucifer était Ananke. Le clin d’oeil à Victor Hugo, voulu ou non, était trop beau ! Ananke est le gardien de ces douze dieux, les éveillant à leur divinité. La chanteuse du tout début est Amaterasu, une déesse japonaise du soleil et de l’univers, qui emprunte ses traits à Florence Welsh (Florence + The Machine). Sakhmet correspond à la Sekhmet égyptienne, la déesse femme à tête de lionne, et évoque Rihanna ; Baal, autre dieu égyptien, a un aspect faisant penser à Kanye West, et dans son attitude, m’a rappelé Ozymandias de Watchmen. On croise également Inanna, la déesse de l’amour et de la fertilité sumérienne, ou encore Morrigan, une déesse celte stupéfiante par le fait d’avoir trois aspects et trois personnalités différentes, donc. D’autres dieux sont également présents, quoique vraiment secondaires ou encore à découvrir, comme l’intrigante Tara : personne ne sait qui elle est.

A l’instar des personnages, l’intrigue ne sombre ni dans la facilité, ni dans les clichés. Pas de lutte entre dieux, pas de désir de dominer l’univers : ces dieux n’ont que deux ans à vivre pleinement sur terre, pour laisser une trace, notamment par l’art. Mais cela n’empêche pas le grand public de les considérer comme de véritables divinités : Laura, le personnage principal, ne semble vivre que pour les rencontrer et vouloir être comme eux ; Cassandra, un autre personnage récurrent, est sceptique et les étudie de près, après un doctorat effectué sur ces dieux et leur retour tous les 90 ans. Que des gens essayent de tuer Lucifer n’est pas une surprise. En somme, les dieux provoquent des réactions prévisibles chez les humains, mais d’autant plus intéressantes qu’avec leur apparence de pop-stars, il s’agit d’une satire envers l’idolâtrie présentée envers certaines célébrités aujourd’hui, ou la folie de certains fans prêts à tuer leur idole. L’ambiance du comics est volontairement colorée dans ce sens. C’est évidemment un petit miroir de la société actuelle et de la pop culture, bien que l’intention du comics soit aussi de simplement présenter une histoire dynamique, des personnages charismatiques, et des dessins superbes.

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Le premier tome ne suffit pas pour le dire en détail, mais d’après les intentions de l’auteur lues ici et là, et certaines répliques, ou événements du récit, The Wicked + The Divine met aussi l’accent sur les thèmes de la vie et de la mort. Quand on présente des personnages immortels mais voués à mourir dans deux ans, la thématique ressort forcément, ainsi que ce qu’on laisse derrière soi de manière à être éternel. Cela englobe aussi les thèmes de la création et de l’art. Même si la thématique de la mort est présente, que du sang jaillit ici et là, The Wicked + The Divine est pourtant tourné vers la vie, le rythme, l’action, la dérision et l’humour. Par ailleurs, une autre de ses fortes caractéristiques est que la majorité de ses personnages ne sont pas du tout carrés dès le départ, et qu’ils représentent la diversité humaine. Les personnages sont de couleur et pas que caucasiens ; il y a plus de femmes que d’hommes et ils sont à égalité ; la diversité sexuelle est également présente, aucune ne se définissant de manière tranchée, et il y a même un personnage trans, information qu’on apprend après des dizaines de pages et qui ne change strictement en rien le statut du protagoniste. Autant de diversité naturelle, mise sur un même plan et sans stéréotypes, est quand même à souligner dans les productions actuelles.

The Wicked + The Divine, pour toutes ces raisons, est un coup de cœur inattendu, par son inventivité, sa dynamique, sa volonté de sortir des sentiers battus. La BD avait reçu en 2015 le prix de meilleure série aux British Awards et un projet d’adaptation en série est à l’horizon. Les comics semblent partis pour faire environ 10-12 tomes (entre 30 et 60 issues, le dernier publié étant le 22) , quatre étant déjà disponibles en anglais. Pour la publication française, celle-ci tombera le 26 octobre 2016 pour la version simple, et le 2 novembre pour la version collector, chez Glénat éditions.

Just because you’re immortal, doesn’t mean you’re going to live forever.

« Why me ? » « Because Lucifer is in hell. And you’re the only one who came. »

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