Notre-Dame de Paris | Revival de la comédie musicale, 2016

Notre-Dame de Paris

Cette critique du spectacle est écrite en miroir avec celle de F. de l’O.. Toutes les images du spectacle sont issues du site PurePeople, © BestImage.

La comédie musicale Notre-Dame de Paris revient sur scène après 15 ans d’absence et trois concerts symphoniques à Bercy en 2011. 15 ans d’absence du moins sur le sol français, puisque depuis sa création en 1998, elle a connu de multiples déclinaisons dans de nombreux pays, depuis l’Italie jusqu’au Japon, en passant par la Corée et la Pologne, et bien d’autres. Après autant de temps, inutile de préciser qu’elle était très attendue et qu’on ne peut donc pas s’étonner de l’engouement pour ce retour d’une année, d’abord sur les planches du Palais des Congrès, où est née Notre-Dame de Paris, puis en tournée dans toute la France pendant un an.

Cet engouement est d’autant plus impressionnant que la comédie musicale revient après tout dans une forme presque semblable à l’originelle : si les costumes sont partiellement renouvelés, les décors, la mise en scène de Gilles Maheu, ne subissent que des modifications plus légères, parfois bien subtiles. Le changement de casting est également de mise : à Hélène Segara, Garou, Bruno Pelletier, Julie Zenatti, Patrick Fiori, Luck Mervil, se succèdent de nouveaux chanteurs restés dans l’ombre jusque-là, même si certains ont déjà une petite carrière derrière eux. Seul Daniel Lavoie reprend son rôle de la troupe originale, tous les autres sont des « inconnus » : Angelo Del Vecchio pour Quasimodo (rôle qu’il aura joué en italien, anglais et français), Richard Charest pour Gringoire (ancien Phoebus et Gringoire lors d’autres tournées francophones), Alyzée Lalande pour Fleur-de-Lys, Martin Giroux pour Phoebus, Jay pour Clopin et enfin, Hiba Tawaji pour la nouvelle Esmeralda.

Gringoire le Temps des Cathédrales (Notre-Dame de Paris)

Esmeralda tu sais, Clopin et Esmeralda (Notre-Dame de Paris)

Mais c’est en étant au cœur du public pour une des premières nouvelles représentations, qu’on prend sans doute conscience à quel point cette comédie musicale a été mythique et tellement bien accueillie dans le cœur des gens, pendant plusieurs années, et pourquoi elle s’est jouée quasiment à guichets fermés en 1998. L’extinction des lumières, les premières notes de l’Ouverture, du Temps des Cathédrales ou encore de Belle, suscitent des applaudissements enthousiastes dès les premières secondes, comme au retour de vieux amis. Et c’est pareil entre chaque chanson. Et bien que je connaisse le spectacle par cœur, grâce au DVD enregistré de 98, par les chansons écoutées en boucle, j’ai redécouvert complètement le spectacle ce soir-là, et je me suis enfin rendue compte de la pleine force et de l’engagement qu’il dégageait. Être près de la scène a aussi permis de voir de nombreux détails qui se perdent dans l’enregistrement vidéo, tout comme de remarquer les légers changements apportés à la mise en scène.

Le procès et la torture (Esmerada, Notre Dame de Paris)

Ainsi, même si on retrouve un ordre des chansons un peu différent de la version de 1998 – certains changements datant du passage de la troupe au théâtre Mogador en 2001 et qui ont été ensuite gardés pour les versions internationales – il est indéniable que le spectacle est différent et semblable à la fois à celui d’origine. Les danses changent, les relations entre les personnages sont plus proches et plus naturelles, et on sent une équipe de chanteurs et de danseurs investis différemment qu’en 1998. Cette chaleur humaine rajoutée rend d’autant plus percutant et marquant les différentes thématiques véhiculées par la pièce, notamment sur les sans-papiers, leur exclusion et leur désir d’un monde plus uni et fraternel (toujours autant d’actualité aujourd’hui), mais aussi les sentiments plus romantiques de l’histoire de Victor Hugo. Le dilemme entre foi et amour de Frollo paraît encore plus viscéral qu’avant, tandis que Déchiré de Phoebus semble également plus fort, plus sincère, comme une véritable interrogation. Des chansons comme Vivre ou Dieu que le monde est injuste qui sont parfois moins agréables à écouter que d’autres, prennent bien plus de force sur scène et nous touchent beaucoup plus. En somme, la puissance retransmise par le spectacle est bien supérieure à l’écho retransmis par le DVD, mais d’une façon bien plus significative que je ne l’imaginais pour une comédie musicale aussi minimaliste. Le show se retrouve extrêmement fluide et bien mené, bien plus dynamique aussi : une totale redécouverte. La sobriété des décors se comprend enfin totalement, l’abstrait et la symbolique étant majeurs dans ce spectacle, cela trouvant encore plus de sens lors de chansons comme Déchiré ou Florence, que j’ai particulièrement aimé redécouvrir – le tout restant toujours aussi fidèle à l’esprit de Victor Hugo. Quant aux costumes, plus détaillés, plus chargés encore de beauté qu’avant – mention spéciale à ceux de Frollo, d’Esmeralda et de Fleur-de-Lys, même si les danseurs eux aussi ont de nouveaux vêtements – ils sont tout simplement superbes.

Ces diamants là Fleur de Lys Phoebus (Notre-Dame de Paris)

Cette puissance est due à la mise en scène, parsemée de détails ici et là, parfois presque trop discrets pour qu’on s’en rendre vraiment compte, parfois plus visibles, comme l’ajout des lits au Val d’Amour. Mais le spectacle doit aussi beaucoup au charme et à la fraîcheur de ses nouveaux interprètes, qui se différencient totalement du casting original et rendent inutile toute comparaison : ils sont leur interprétation du personnage et ils sont parfaits dans le rôle. Martin Giroux incarne un Phoebus plus romantique par moments, plus sincère, qu’hypocrite, mais ne perd pas de son égoïsme, avec une voix puissante et claire. Richard Charest offre un Gringoire narrateur tantôt émerveillé, tantôt cabotin, au parti pris sincère pour chacun des personnages de l’histoire, et qui se retrouve à s’incruster un peu partout, avec sérieux et drôlerie, et une voix phénoménale. Angelo Del Vecchio est parfaitement à l’aise dans son rôle, avec un timbre parfois rocailleux mais tellement juste et touchant, et impressionnant.

Daniel Lavoie et Angelo Del Vecchio, Quasimodo et Frollo

On ne peut pas oublier Jay qui assure totalement en tant que Clopin tant au niveau de la voix, que des chorégraphies et de l’engagement qu’il veut nous faire ressentir. Les deux voix féminines ne sont pas en reste : Hiba Tawaji campe une Esmeralda merveilleuse, à la fois innocente et mature, sensuelle et enfantine, au timbre profond et plein de vie. Alyzée Lalande, claire et cristalline, est très bien dans son rôle, parvenant à faire une Monture à double sens, aussi sensuelle qu’emplie de vengeance, passant du statut d’enfant à femme. Enfin, Daniel Lavoie, même s’il a économisé sa voix de façon perceptible au premier acte, se révèle magnifique et tragique au second, notamment durant un Etre prêtre et aimer une femme encore plus tourmenté qu’auparavant. Son personnage est différent tout en restant le même : davantage tourné vers les regrets, plus dur et intransigeant, moins adolescent et moins sentimental, mais toujours aussi passionné et intense. Impérieux et humain à la fois, son timbre reflète tous les états d’âme de son personnage, avec profondeur et richesse. Le nouveau costume ne peut que l’y aider : une lourde soutane noire et argentée, officielle, avec un jeu de cape visiblement apprécié du chanteur, qui devient bien plus humaine quand il enlève la cape lors de Être prêtre et Tu vas me détruire. Il est probable que personne d’autre que Daniel Lavoie n’aura le mieux incarné Frollo jusqu’à présent, avec toutes ses subtilités et ses facettes, et une voix aussi riche et superbe.

Daniel Lavoie (Frollo), Notre-Dame de Paris

Ces interprétations ont par ailleurs donné le frisson à bien des moments, peu importe le fait de savoir par cœur toutes les paroles. Le plaisir que prennent les chanteurs et les danseurs à être sur scène est clairement là et se ressent, imprégnant chaque chanson du spectacle. Les deux heures en défilent bien trop vite entre airs romantiques et chansons bien plus poignantes, et des danses impressionnantes. Il peut sembler difficile de qualifier le spectacle de parfait, quand on voit que d’autres comédies musicales ont des mises en scène et des décors plus majestueux, mais en son genre, la comédie musicale Notre-Dame de Paris est parfaite, dans un minimalisme symbolique qui épouse au mieux les dilemmes de ses personnages et l’engagement de ses thématiques. Il n’y a aucun faux-pas dans cette reprise qui mérite son statut de mythique, tant pour l’histoire que Notre-Dame de Paris raconte, avec ses personnages mémorables, que pour la place qu’elle a dans le cœur du public, qui a d’ailleurs repris Le Temps des Cathédrales avec chaleur lors du bis des saluts, et dans une ovation méritée pour toute la troupe.

Belle (Frollo,Phoebus, Quasimodo)


6 réflexions sur “Notre-Dame de Paris | Revival de la comédie musicale, 2016

    1. Merci beaucoup ! Je suis contente de t’avoir croisée, et j’espère que le spectacle t’a autant plu qu’à nous ^^ Daniel Lavoie est évidemment le meilleur !!

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