Quelques minutes après minuit | Patrick Ness

Quelques minutes après minuit, Ptarick Ness

Quelques minutes après minuit de Patrick Ness est un roman dont j’ai probablement entendu parler avec la sortie récente de son adaptation en film, même si je me demande si je n’avais pas lu ce titre quelque part avant. Il a reçu en tout cas le prix des Imaginales en 2013. D’autre part, Patrick Ness est un auteur que j’avais en tête de lire depuis un moment, car j’avais été très intriguée à sa sortie par le premier tome de sa trilogie intitulée La voix du couteau, toujours pas lu. Toutefois, il est à noter que l’idée originale de l’histoire provient de Siobhan Dowd, décédée malheureusement après avoir écrit le premier jet, d’un cancer du sein.

Le tout jeune Conor est en train de perdre sa mère, atteinte d’un cancer. Ils vivent encore tous les deux à la maison, aidés de temps à autre par la grand-mère de Conor, que le garçonnet apprécie peu. Le père est absent, remarié aux Etats-Unis. Conor supporte un jour après l’autre, maltraité à l’école par ses camarades le jour, attristé de l’état déclinant de sa mère le soir. Il fait un cauchemar qui le réveille en sueur, toujours le même. Et puis arrive l’Homme Vert, en fait l’if du jardin qui prend vie. Le monstre veut absolument raconter trois histoires à Conor, attendant que la quatrième sorte de la bouche de l’enfant. Conor a peur, n’y croit pas. Et puis bizarrement, il en vient à espérer éperdument que l’arbre va pouvoir sauver sa mère. Certes, un des traitements de la dernière chance est bien à base d’épines d’if, mais cette croyance va-t-elle suffire ?

Je n’ai pas été tout de suite emballée par Quelques minutes après minuit. Le charme n’a vraiment opéré qu’à partir du moment où le monstre d’if raconte la deuxième histoire. Et bien que l’histoire soit destinée aux pré-adolescents, comme j’ai versé une petite larme à un moment, il paraît clair que la plume de l’auteur parvient à nous emmener là où il veut, avec le charme de cette histoire, la poésie et la tristesse qui s’en dégage.

Chaque récit raconté par le monstre est certes symbolique et essentiel à la progression psychologique de Conor, un jeune héros auquel on s’attache plutôt bien, malgré sa solitude et son apparente distance (elle-même suggérée par une écriture concise, mais soigneusement choisie). Et ce qui change de ce à quoi on pourrait s’attendre, c’est que le monstre d’if raconte bel et bien des contes, mais non pas moralisateurs, seulement révélateurs de la vérité, de la complexité des personnages dont il parle, de comment l’être humain peut paraître contradictoire, comment le mal n’est pas aussi apparent que pourrait le croire Conor. La justice de ces contes est toujours biaisée, et si le monstre y exécute une justice à chaque fois (réparer un tort, détruire quelque chose), le jugement est laissé au lecteur. Certes, pour un lecteur adulte, il n’y a là pas grand-chose de novateur, mais le public auquel se destine le livre est jeune, et pour eux, j’ai trouvé cette manière de raconter des contes ambigus, de les détourner de leur apparente logique, est très bien trouvée et juste. Cela ressemble quelque peu aux contes d’Anderson, où la morale, le bon et le mauvais, ne sont pas aussi évidents qu’il y paraît.

A monster calls

D’autre part, ce livre, pour un public aussi jeune, est évidemment dur, mais très bien écrit et il traite de thématiques difficiles avec sensibilité. La façon dont réagit Conor à la maladie pesante de sa mère ne vire jamais dans le pathos, tout comme la solitude et la tristesse – ou l’espoir – qu’il ressent. Ses relations avec les autres – la distance qu’il met entre lui et ses camardes, la réaction de ses professeurs ou de ses amis face au cancer de sa mère – sont aussi bien traitées. On parvient sans peine à se glisser dans son esprit, à ressentir sa colère ou son impuissance, ou encore sa difficulté à ressentir réellement des émotions dans un monde qui devient sans repères, à ses yeux.

Quelques minutes après minuit est aussi, à sa manière, une ode aux histoires, à la puissance qu’elles possèdent et peuvent nous transmettre, pour aider à passer des épreuves difficiles de la vie, mais aussi pour apprendre à se connaître soi-même. Pour nous bouleverser et nous réveiller. Sans spoiler le livre, la fin est évidemment douce-amère, et la quatrième histoire, racontée par Conor et le monstre – ce monstre qui semble tout connaître de son âme et l’oblige à expulser sa colère et sa tristesse – est terriblement poignante. Poignante et dure, mais ô combien juste, et révélatrice de l’âme humaine aussi. La manière d’aborder le fait d’affronter la maladie de quelqu’un de proche, d’espérer face à cela ou de se donner des illusions, la souffrance qu’on ressent… Tout cela est vraiment écrit avec subtilité et finesse, d’une façon qu’on ne peut saluer. A ce titre, la quatrième histoire paraît vraiment terrible et emplie d’émotions : l’apogée du livre sans doute, et avec mérite.

Enfin, cet avis ne serait pas complet sans un mot sur les illustrations de JIm Kay qui accompagnent les différents chapitres. Elles nous plongent dans le quotidien et le monde imaginaire de Conor avec simplicité, mais efficacité. Elles correspondent parfaitement à l’atmosphère poétique, sombre et triste du livre, et le noir et blanc est essentiel dans une histoire avec de telles thématiques. Les illustrations rajoutent un côté également oppressant, et au final, très intérieur. Il s’agit indubitablement d’un de ces livres qui prennent un peu à la gorge sans prévenir, et dont les dernières pages se tournent très vite, tout en se suffisant à lui-même. Je ne suis pas persuadée que l’adaptation cinématographique y rend parfaitement honneur.

« La réponse, la voici : peu importe ce que tu penses, parce que ton esprit se contredira une centaine de fois par jour. »

« Les histoires sont importantes. Elles peuvent être plus importantes que tout. Si elles apportent la vérité. »

A monster calls


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