Orphan Black – Retour sur la saison 5

Sarah Manning, Cosima Niehaus, Alison Hendrix, Helena

Bien qu’un article entier ait déjà été consacré à la série, j’aurais difficilement manqué de reparler d’Orphan Black et de sa saison finale. En dépit de ses hauts et de ses bas, il s’agit d’une des séries que j’ai le plus appréciées ces dernières années, et qui a eu de plus la chance de terminer son histoire sans rajouter de saisons superflues pour simplement faire de l’argent. Orphan Black a connu cinq saisons, ni plus ni moins, et a terminé son histoire en beauté, en revenant à ce qui fait le cœur même de la série. Il y a des spoilers dans cet article pour quiconque n’a pas vu la dernière saison.

La saison 4 m’avait laissée dubitative : assez orientée sur le personnage de Beth grâce à des flash-back, on remontait certes aux origines de cette histoire de clones, mais en plongeant trop en avant à mon goût dans une histoire touffue et complexe. On découvrait alors qu’il ne s’agissait pas que de simples clones féminins issus du projet Léda, mais aussi de clones masculins (projet Castor), et qu’il existait toute une mythologie autour de la néolution. Le but de l’organisation scientifique n’était pas que de faire avancer le clonage humain, mais également de créer une Fontaine de Jouvence, de modifier les gènes de foetus ou d’autoriser des manipulations génétiques de masse.

Cependant, la saison 5 a eu de quoi me réconcilier totalement avec la série, et de finir de répondre à toutes les interrogations posées par l’histoire. On rencontre ainsi PT Westmorland, la tête des néolutionnistes, un scientifique obsédé par l’idée d’immortalité, se servant des clones aussi bien que de la fille naturelle de Sarah Manning, pour arriver à ses fins. Mais heureusement, ce leader finit par tomber, et en rendant toute l’histoire de l’organisation Dyad publique, les personnages de la série sont enfin libres, de cette liberté qu’ils recherchaient depuis le premier épisode. Car toutes les clones de la série sont des produits artificiels, possédant un copyright dans leur ADN, ayant été surveillées toute leur vie comme des souris de laboratoires, utilisées à divers desseins, manipulées sans savoir qui elles sont vraiment, y compris Rachel Duncan, la seule clone élevée avec la conscience d’en être une et travaillant pour les néolutionnistes.

Rachel Duncan

Si la saison 5 se retrouve finalement réussie, c’est non seulement parce qu’elle met un point final à toutes ces intrigues politiques et scientifiques complexes, mais également parce qu’elle permet de mesurer le chemin parcouru par chaque clone. Sarah Manning, l’héroïne égoïste et criminelle du début, trouve enfin la paix après s’être battue de toutes ses forces durant cinq saisons pour être libre, découvrant ses « soeurs » clones, en voyant mourir certaines. Elle a trouvé une famille complète et n’a plus ce besoin de fuir pour échapper à cette sensation de perte de contrôle de sa vie. Cosima Neihaus a retrouvé Delphine Cormier avec qui elle pourra vivre son amour, tout en partant à la recherche de tous les autres clones Léda (plus de 270 dans le monde entier) pour les guérir de la maladie génétique inévitable chez chacune. Alison Hendrix, freak control des premières saisons, fait également la paix avec elle-même, se libérant du regard de son voisinage et des injonctions sociétales incitant à la perfection. Helena écrit l’histoire de toutes ses sœurs dans un carnet, Orphan Black (touche méta un peu too much, peut-être) et a ses jumeaux, étant bien loin de la fanatique religieuse et meurtrière des débuts, quoique encore sauvage. Rachel Duncan, froide manipulatrice et ennemie depuis le début de la série, a enfin pris conscience que même en travaillant pour la néolution, elle était sans cesse manipulée au même titre que les autres clones. Cessant de chercher une figure paternelle parmi ceux l’ayant tourmentée, elle choisit d’aider ses sœurs à être libres et débute une nouvelle vie, tout en sachant que jamais elle n’appartiendra vraiment à cette famille.

En somme, presque chaque personnage trouve la paix et la rédemption, avec plus ou moins de doutes, et après des sacrifices d’autres personnages secondaires (et chers au spectateur). On voit le chemin parcouru pour chaque protagoniste, notamment pour Sarah, Alison, Helena et Rachel, chacune avec leur propre complexité, leur propre histoire. Et c’est là qu’on revient à ce qui fait le charme même d’Orphan Black, dans les dernières images de la série : chacun de ses personnages, pourtant joués par la même actrice, a sa vie propre, tout en tissant une famille étrange et issue du hasard. Le discours du frère adoptif de Sarah dans l’épisode 8 reflète alors bien l’esprit et les questions essentielles de la série. Au-delà des expériences de clonage, des limites éthiques, c’était deux sujets qui revenaient : la différence entre l’inné et l’acquis, et la liberté de l’être.

« My sister and I are orphans, you see, and we could’ve ended up anywhere. We could’ve ended up in any family. And if we had, we would’ve ended up being entirely different people. But my mom, Siobhan, this woman — she chose us as her own. We are who we are because she carried two little London urchins on her wings to Canada. Watching her raise my sister, watching my sister raise her own daughter, finding my biological sister, it’s quite mad. It’s taught me that we are all mysterious works of chance. Of choice. Of nature vs. nurture. So to my galaxy of women — thank you for the nurture. »

Toutes les clones Léda sont issues du même bagage génétique, tout en ayant vécu chacun dans des milieux très différents, et étant des personnes totalement différentes, parfois par nature, parfois par le hasard de la vie. Donnant naissance à des personnalités aussi variées les unes des autres. Quant à la liberté, toutes se sont battues pour être libres et maîtriser leurs existences, pour cesser d’être des sujets d’expérimentation, mais également pour cesser d’être tourmentées par leurs démons personnels, tout simplement, et avoir leur libre-arbitre définitif. Bien sûr, on pourrait parler de la façon dont la série a le mérite de croiser les genres : la science-fiction est dominante, mais également avec une part d’humour et d’auto-dérision (notamment avec le clone secondaire Krystal), parfois de moments quelques peu flippants. Ou encore de son côté « féministe ». Mais ce qui ressortira avant tout de la série, c’est cette famille de clones, incarnées par la même actrice avec brio, et ces questions de l’inné versus l’acquis, de la liberté de l’être humain, dans un futur froid et sans éthique. On retrouve là l’avertissement propre au genre de la science-fiction mettant en scène expérimentations génétiques amorales. Orphan Black s’est bien finie, et au milieu de toutes les autres séries où nombre de personnages meurent à tour de bras, parfois pour rien, c’est un plaisir de savoir que cet happy ending n’est ni fade, ni démérité, en dressant une paix satisfaisante pour ses héroïnes.

Tatiana Maslany improvisant quatre des clones réguliers de la série au Comic-Con de 2016.


4 réflexions sur “Orphan Black – Retour sur la saison 5

  1. Pour ma part j’avais aimé le penchant masculin des Castor, même si la saison 4 m’avait paru s’essouffler. Mais j’ai vu les quatre premières à la suite, je pense que je manque un peu d’objectivité. J’étais quand même un peu perdue entre les différents courants, et surtout le personnage de Beth que je n’appréciais pas trop (roh et puis laisser ses soeurs comme ça 😦 j’ai eu beaucoup de mal à l’accepter).

    Mais je suis entièrement d’accord avec toi sur la saison 5, que j’ai vraiment adorée. (Peut-être un peu moins pour Delphine qui m’a agacée dès le début :P) J’ai eu tellement peur que la fin, la belle fête d’Helena, soit un rêve … alors que leur évolution (lol ^^,) était tellement bien pensée !

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    1. Ah, j’avais bien aimé le projet Castor aussi. C’est seulement le côté touffu des différents courants qui me gênait et m’embrouillait, d’autant que comme les clones féminins sont séparés, elles ne savent pas forcément tout au même niveau, ce qui t’embrouille davantage (ça a aussi été le cas, plus rarement, dans cette saison 5 d’ailleurs). J’aimais bien Beth, mais elle était très sombre et anxiogène. Enfin, vu sa fin, on ne s’en étonne pas. J’ai bien aimé l’hommage rendu en saison 5 d’ailleurs.
      Delphine m’a toujours un peu agacée : elle fait beaucoup de volte-face de camps, avec des secrets à garder, de façon irritante, par rapport à Rachel où ses hésitations en font un personnage complexe. Delphine, on veut juste lui dire de se décider une fois pour toutes ! xd Ah oui, la fête d’Helena était un tel écho à son rêve de saison 3, j’ai eu un doute moi aussi. La série se conclut très bien, en tout cas.

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  2. Génial cette vidéo d’impro c’est vraiment impressionnant! Il faut vraiment que je me mette à jour dans mes série et que je commence enfin Ophan Black.

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    1. Même en connaissant bien la série, j’en suis toujours surprise ! On finit par oublier que c’est la même actrice derrière six ou sept personnages différents. Ses auditions pour les rôles étaient vraiment ancrées sur l’impro d’après ce que j’ai lu. Je ne peux que te conseiller la série, même si parfois elle a un côté science-fiction un peu trop touffu !

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