Watching Challenge | Les films de septembre 2017

Le premier mois du Watching Challenge lancé avec F. de l’O. s’achève ! Il aura été l’occasion de quatre découvertes, certaines aimées, d’autres non. Au programme, de la comédie musicale pas si musicale que ça, un film de mafia mythique, un portrait de femmes espagnoles, et le retour très attendu d’un clown qui a peut-être hanté votre enfance. Et vous, quelles ont été vos découvertes, si vous avez suivi le challenge ?

La La Land, Damien Chazelle – 2016 | Un film musical

Un jeune pianiste féru de jazz (Sebastian) et une serveuse rêvant de devenir comédienne (Mia), se croisent et tombent amoureux, à Los Angeles. Ils s’entraident pour atteindre leurs rêves respectifs, mais cela n’arrivera pas sans de nombreuses déceptions ou le sacrifice de leur amour.

La La Land possédait d’ores et déjà un défaut à sa sortie, celui d’avoir été matraqué par la publicité à tel point que je m’attendais forcément à quelque chose de superbe et d’envoûtant, pour avoir eu un tel succès. Pourtant, je n’étais pas allée le voir au cinéma, pressentant que ce ne serait pas vraiment une bonne comédie musicale. Et j’ai cependant choisi de voir ce film musical pour le Watching Challenge, par curiosité. Le fait est que je n’ai pas aimé La La Land, sans trop de surprise, en fait. J’avais entendu tellement de bien de ce film qu’il est forcément arrivé en-dessous de mes attentes, bien qu’il ne soit pas dénué de qualités, et qu’il soit très loin du « feel good movie » auquel il a été associé.

On trouve ainsi une ribambelle de clins d’œil aux comédies musicales, des Parapluies de Cherbourg à Chantons sous la pluie, un intéressant jeu sur l’esthétique du film. Les couleurs présentes dans les vêtements et les décors représentent l’évolution des personnages, passant de l’enthousiasme et du fantasme à une réalité plus triste et plus convenue. La scène d’ouverture avec une chanson chorale est sympathique, ainsi que la chanson de Mia pour son audition, et certes il y a une belle scène de fin avec un épilogue rêvé et amer. Tout est beau, esthétique, en atmosphère parfois, soigneusement mis en place, avec des scènes parfois fantaisistes. Et ce sera tout, pour moi en tout cas. Car en négatif, à aucun moment je ne me suis attachée aux personnages (malgré le jeu appréciable de Ryan Gosling, et surtout à cause des mimiques exagérées de Emma Stone), aucune chanson ne m’est restée en tête, pas plus que des dialogues ou des chorégraphies, et la fin, aussi joliment amenée soit-elle, m’a laissée assez indifférente. D’ailleurs, aucune chanson ou presque ne me semblait réellement servir l’histoire comme un musical doit le faire.

Certes, le côté acidulé et coloré est contre-balancé par la fin du film : les deux personnages ont choisi de ne pas lutter pour leur amour respectif mais de se consacrer à leur carrière, et leur vie commune ne sera qu’un rêve entre deux regards échangés à la fin. Donc, on trouve toute une critique d’Hollywood et des carrières professionnelles pour lesquelles on se sacrifie, se dénature, et des choses auxquelles on renonce. La La Land est plus une comédie dramatique qu’un film musical, au final, et malgré quelques jolies scènes, on n’en prend pas plein les yeux, ni on ne se sent submergé par la beauté d’un morceau musical et de l’émotion qu’on y associe.

Le Parrain, Francis Ford Coppola – 1972 | Un film que vous avez honte de ne pas avoir encore vu

Fresque s’étendant de 1945 à 1955, Le Parrain dépeint l’ascension de Michael Corleone. Celui-ci se bat pour prendre la succession des affaires mafieuses de sa famille lorsque son père, Don Vito Corleone, est affaibli par les autres familles de New York.

Je n’avais jamais, jamais vu Le Parrain, bien que ce long-métrage fasse partie des films mythiques, à l’instar de Psychose ou des Temps modernes, dont tout le monde connaît au moins un plan voire une scène (celui sur l’image ci-dessus). Les films de mafia, j’en ai peu vu et ça n’a jamais été trop ma tasse de thé. C’est pour ces raisons, et par l’intimidation créée par ce mythe du cinéma, que j’ai toujours reculé le moment de le regarder, de peur de ne pas l’apprécier. Et pourtant j’ai aimé plonger dans ces presque trois heures de film, dans une atmosphère sombre et pesante, insidieuse, parfois tout en lenteur, et pourtant en images qui glacent presque le sang.

La guerre entre familles mafieuses, les assassinats dans l’ombre, les menaces pesantes et à demi-mot, tout est là. Le jeu des acteurs, majestueux, et la musique, n’y sont pas pour rien, de même que la vision de tous ces rites du milieu mafieux, ces discussions faussement anodines où le mot de trop se révèle fatal. Pourtant, Le Parrain, je l’ai aussi vu comme une tragédie familiale, la lente destruction de la famille Corleone au fur et à mesure que Michael prenait la suite de son père. Le personnage même, que Don Vito Corleone aurait voulu tenir loin des affaires mafieuses, se retrouve obligé et contraint, presque contre lui, d’assumer ce rôle de successeur. Et puis au final Michael s’y plonge comme il s’enfoncerait dans une descente aux enfers dont il lui est impossible de ressortir, perpétuant les traditions familiales même si cela lui fait perdre des membres de son entourage proche, ou même sa femme à l’avenir. Étrange contraste aussi, que la mise en scène de moments heureux et ordinaires d’une famille (entre Don Vito et son petit-fils), quand le reste du film se montre noir et violent. Un film sombre et oppressant, mais fascinant, et superbe visuellement. Et je n’oublie pas qu’il a deux suites…

Julieta, Pedro Almodovar – 2016 | Un film du pays dont votre famille est originaire

Julieta croise au détour d’une rue l’ancienne amie d’enfance de sa fille, Antia. Cette entrevue l’ébranle et la pousse à coucher sur le papier, pour sa fille disparue depuis des années, toute sa vie : la rencontre avec le père d’Antia, la disparition prématurée de celui-ci, sa vie avec sa fille…

Le dernier film de Pedro Almodovar est loin d’être aussi excentrique ou dérangé que ceux que je connais du réalisateur (La piel que habito et Talons aiguilles entre autres). Pourtant, on y retrouve bel et bien la patte d’Almodovar, dans un portrait de femmes espagnoles tourmentées, le tableau d’une relation mère-fille incomprise et distante. Antia disparaît de la vie de sa mère du jour au lendemain, sans donner de raison. Julieta choisit alors de confesser, par écrit, ce qu’elle n’a jamais dit à sa fille, sur son père, ses doutes, sa tristesse. Un va et vient entre le présent et le passé se fait, avec le jeu superbe des deux actrices pour représenter Julieta jeune et mature, les menant parfois à se croiser presque dans le même plan par le jeu de la mise en scène. Alors, inévitablement, c’est un beau film, à la photographie superbe, avec un jeu appuyé sur les couleurs, une narration parfois nerveuse, mais qui prend toujours le temps de s’installer avant de distiller une émotion, un sentiment. L’héroïne ne peut avancer en occultant la présence de sa fille comme elle l’a toujours fait, et cette mise à nu lui est nécessaire pour continuer à vivre, bien que brisée, d’une certaine façon. J’ai apprécié ce film, sans pour autant l’adorer ou y accrocher totalement, tout en narration tranquille, regrets et souvenirs contés à une fille adulte qu’on ne voit jamais à l’écran. Mais la fin, elle, est ouverte, sur l’espoir d’une nouvelle relation entre les deux générations, et à imaginer.

Ça (chapitre 1), Andrés Muschietti – 2017 | Une adaptation de Stephen King

Ça, c’est Grippe-Sou, le clown dansant qui se nourrit d’âmes tous les 27 ans, le clown qui aura traumatisé des générations de spectateurs et lecteurs. Cette nouvelle adaptation de roman de Stephen King, met en scène, pour sa première partie, l’enfance des héros de l’histoire. Cette bande de six garçons et une fille, dans Derry, ville du Maine, est confrontée successivement à ses peurs en rencontrant Ça. Ce club des ratés décide alors de s’unir pour combattre et détruire cette entité maléfique.

Ça est un film attendu depuis son annonce. Je n’ai que commencé à lire le roman et vu la précédente adaptation en téléfilm. Et Ça ne m’a pas du tout déçue à sa sortie en salles. Peut-être y a-t-il un manque de fidélité au roman, mais à coup sûr, l’adaptation est fidèle aux thèmes de Stephen King, où l’horreur n’est qu’un prétexte pour aborder des sujets plus humains, tout aussi tourmentés et sombres, l’évolution vers l’âge adulte, les relations familiales, la découverte de l’amour ou de la sexualité. Si l’on croise les peurs d’enfance des personnages, incarnées par Grippe-Sou avec des visions saisissantes, on rencontre aussi leurs traumatismes bien plus terre-à-terre, en abordant les sujets de l’inceste, du deuil d’un petit frère, d’une mère maladivement possessive, de la nécessité de tuer ou d’être tué. Bien des personnages ont ainsi leur paquet de névroses, que la lutte contre Ça leur permet également de surpasser. Le film est donc bien glauque par moments, tout en étant étayé d’humour par ses interprètes, tous justes, et égayé par la nostalgie de l’ambiance des années 80, très bien rendue et immersive.

Ça n’est pas un film qui fait peur, il met mal à l’aise par son côté artistique dérangé, aux images pétrifiantes, par une sorte de poésie du macabre et de la noirceur. Si on peut regretter l’absence de véritable terreur, on ne peut qu’admirer la créativité artistique du film : plans aériens pour surplomber la ville maudite, images saccadées aux jeux de lumière glaçants pour les apparitions de Grippe-Sou, sans compter des visions certes belles, mais terriblement morbides. Le film se révèle aussi bien plus trash que prévu, et il est probable que le second chapitre aille plus loin encore, puisqu’on se retrouvera alors avec les personnages adultes, avec quelques flash-back revenant à l’enfance – un va et vient entre passé et présent qui manquait au premier film. Bref, même si l’histoire a été en partie édulcorée lors de son passage au cinéma, Ça est un film remarquable, fidèle aux idées de Stephen King, et étrangement beau, tout en montrant une horreur à la fois réaliste et fantastique.


6 réflexions sur “Watching Challenge | Les films de septembre 2017

  1. Merci pour ce compte rendu.
    Je n’ai pas entendu parler de Lalaland au point d’être écœuré, cependant, du peu que j’ai vu et qu’on ma dit, ça ne me disait rien de le voir. Je crois que ça m’agace un peu quand tout le monde vend d’un coup un film comme la meilleure comédie musicale de tous les temps, cela dit, alors qu’il ne doit pas arriver à la cheville de certaines. Bref, pas sûr que je tente.
    Ah, tu as enfin vu le Parrain. Comme peux-tu dire que les films de mafia ne sont pas ta tasse de thé, si tu en as peu vus ? D’ailleurs, le peu dont tu m’as parlés, à savoir Le Parrain et Casino, t’ont plu, selon toute vraisemblance. 😉 Les films de mafia (à part s’ils sont des films policiers en fait), sont effectivement souvent le récit de la déchéance d’un homme, ou d’une tragédie familiale. Bref, ce ne sont pas que des films de mafia. C’est un peu réducteur, c’est comme si on disait que Matrix est l’histoire d’un ingénieur informaticien. Mais bon, j’arrête de taquiner.
    Sinon, effectivement, le Parrain est un classique, même si la mise en scène est assez lente et lourde, à certains égards. Le deuxième opus est plus abouti, et je crois que j’ai beaucoup d’affection pour le trois, même s’il est plus critiqué.
    Sinon, j’aime beaucoup Almodovar, mais je pense pas que l’histoire de Julieta m’attire.
    Pour finir, Ca, que nous avons en commun. Très bonne analyse, je n’ai rien à y ajouter.

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    1. Ça a été effectivement vendu, pour La La Land, comme la meilleure comédie musicale de tous les temps…or à part les références, et quelques chansons qui servent à peine l’histoire, ça ne mérite pas d’être catégorisée en comédie musicale (ni d’être vu, d’ailleurs).
      Pour les films de mafia, peut-être est-ce simplement parce que je ne vais pas vers ce genre naturellement, et qu’ils nécessitent que j’y plonge bien dès le début pour être dedans. Après, tout ce qui est film dans ces milieux, comme les films policiers ou de gangsters ne sont juste pas ceux qui m’attirent naturellement. J’en verrai d’autres, de toute façon : le Parrain 2 et 3 ainsi que les Affranchis sont sur ma liste !
      Julieta était sympathique, mais sans plus. C’était plaisant d’entendre à nouveau de l’espagnol, d’ailleurs.

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  2. Julieta c’est un peu ma claque cinéma de ces derniers mois. Je pense que c’est le film de Almodovar le plus mature. J’avais trainé des potes au cinéma pour le voir et en échange j’acceptais de voir avec eux God’s of Egypt. Evidemment ils ont adoré Julieta et ont maintenant vu plusieurs films du monsieur… Par contre pour God’s of Egypt il n’y avait rien à sauver ^^ . Je me suis fait arnaquer je crois !

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    1. Je comprends ce que tu veux dire pour la maturité d’Almodovar, avec Julieta, on est vraiment sur une réflexion des liens entre mère et fille, des sentiments et des regrets, d’une certaine distance du passé, et puis, le travail sur les couleurs et les atmosphères est juste magnifique… le visuel me reste beaucoup en tête. Après, pour ce réalisateur, c’est vraiment La piel que habito qui m’avait fichu une claque, un de ces films que j’ai fini sans plus savoir quoi penser, avec vraiment une émotion viscérale et un bon retournement au cerveau. Mais c’est dans un tout autre genre, alors que Julieta est plus stable, « apaisé », plus en subtilités. Et avec plus d’émotion peut-être.
      Gods of Egypt, ça joue clairement pas dans la même cour XD ! La prochaine fois il faut un échange ciné plus équilibré des deux côtés.

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      1. La piel que habito est un film qui hante parce qu’il est traumatisant. Je l’avais vu en séance nocturne et je suis sortie choquée un peu amorphe ^^. Mon préféré de Almodovar c’est Parle avec elle 🙂

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      2. Je n’aurais pas mis mot plus juste dessus. J’étais bien choquée aussi après l’avoir vu la première fois. Je n’ai pas vu Parle avec elle, mais c’est un de ses plus célèbres, je croiserai bien son visionnage un de ces jours !

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