Lectures de septembre 2017

Ce fut un petit mois de lecture, en septembre ! Tant pis.

Le dernier vœu (Le Sorceleur, tome 1 : Ostatnie życzenie) – Andrezj Sapkowski, 1990-1993 (parution VO) / 2003 (parution VF)

Le topo : Un recueil de nouvelles relatant les aventures de Geralt de Riv, sorceleur dans un monde d’heroic fantasy inspiré de la mythologie slave. Ce dernier est un mutant – un homme dont les capacités physiques ont été améliorées grâce à des potions alchimiques. Tantôt méprisé pour sa nature, tantôt demandé pour ses services de chasseur de monstres, Geralt est un personnage solitaire et cynique, au destin aussi ambivalent que celui des hommes et créatures qu’il rencontre…

Le résultat : Le premier tome de la saga du Sorceleur relate diverses aventures de Geralt, reliées entre elles par un lien parfois ténu, outre la présence du personnage principal. A noter que la parution française a choisi de présenter les nouvelles dans un ordre diégétique et sans tenir compte de l’ordre de parution des récits. Ces nouvelles permettent une mise en place du personnage de Geralt et de son univers, une présentation de son caractère, par une succession de touches qui n’a pas été sans me rappeler les histoires autour de Sherlock Holmes. Chaque nouvelle a son histoire principale, une affaire à résoudre, et par les discussions entre Geralt et les personnages, on découvre peu à peu la personnalité du sorceleur, son besoin d’argent qui n’empêche pas un certain sens de l’honneur et de la morale, les réflexions qu’il porte sur la nature humaine et monstrueuse, ou encore sur l’idée qu’il se fait de lui-même et de sa profession de sorceleur, maudite et nécessaire en même temps. A ce niveau, on retrouve le sel qui a donné naissance au jeu vidéo The Witcher, avec un personnage ni blanc, ni noir, et des créatures, des humains, tout aussi ambivalents, aux motivations légitimes même si parfois terribles, ou la volonté d’absence de toute morale définitive et bienséante. C’est donc avec plaisir qu’on croise des histoires fantastiques, parfois inspirées de contes (Blanche-Neige, la Belle et la Bête) mais dont les dénouements et les résolutions sont très différents. On ne cesse donc pas d’être surpris par le retournement de chacune des nouvelles, ou par les dilemmes auxquels doit faire face Geralt. On a également le plaisir de déjà croiser le poète Jaskier ou encore la magicienne Yennefer, aussi insupportable que dans le jeu vidéo. Et la dernière anecdote qui donne vraiment l’impression de retrouver l’univers de Geralt, c’est de constater que les titres de nouvelles ont également donné naissance aux titres des quêtes dans The Witcher : Le dernier vœu, Le bout du monde, Une question de prix

Annihilation (La trilogie du Rempart Sud 1, Annihilation) – Jeff Vandermeer, VO 2014 / VF 2016

Le topo : Une expédition de quatre femmes aux métiers différents (biologiste, psychologue, anthropologue, géomètre) sont envoyées dans la mystérieuse Zone X, pour cartographier et explorer cette zone réputée en expansion. Perdues dans une nature sauvage, elles doivent y survivre, là où les membres des onze premières expéditions ont échoué ou sont morts.

Le résultat : Voilà un livre OVNI qui fait irrésistiblement penser à la Maison des Feuilles (autre OVNI dans la littérature fantastique et qui parle d’une zone mystérieuse en extension), et qui a son petit effet durant la lecture. La biologiste est la narratrice de ce roman, à la première personne du singulier, pour une bonne raison : elle nous fait partager sa découverte de la Zone X, ses réflexions, tout en repensant à des morceaux de son passé expliquant ses motivations pour cette expédition (son mari, décédé, a participé à la onzième). De la même façon, on se rend vite compte que sa vision est un mélange de froideur analytique, de découverte et de vision solitaire, désabusée du monde. Elle a en somme toutes les caractéristiques d’une survivante, quoiqu’il arrive, même si on se rend vite compte que le personnage n’est pas fiable, et que ce qui la rend capable de survivre, démontre en même temps un caractère renfermé, isolé, peu enviable. Quant à cette Zone X, arriver au bout du livre n’en enlève guère de mystères et d’interrogations, ce qui est très plaisant. Territoire sauvage et mystérieux, où les humains semblent se fondre à la nature, on y découvre une tour aux niveaux souterrains angoissants, parcourus d’une écriture sans fin, et un phare tout aussi empli de mystères et de côtés morbides. Plus que tout, dans ce roman, on ressent l’angoisse de la narratrice dans ce monde inconnu, le côté organique, diffus et humide de l’atmosphère et des lieux, le tout porté par des impressions subjectives parfois délirantes, et sans jamais de réponses claires. Le monde extérieur, sauvage et dangereux, s’explore en même temps qu’on en apprend plus sur la narratrice et ses obsessions. Le livre semble également avoir un côté dystopique intéressant, mais qui reste en arrière-plan tout en étant perceptible. Annihilation est très étrange, il faut accepter d’entrer dans son univers délirant (et d’y rester), mais son côté fantastique et mystérieux donne inévitablement envie de découvrir la suite. Le prochain tome sort ce mois-ci.

Silent Hill Omnibus 2 – Tom Waltz, Stephen Stamb, 2015 (en VO)

Le topo : Trois comics se déroulant dans l’univers de Silent Hill, cette ville fantôme brumeuse qui reflète l’inconscient des personnes qui y sont irrésistiblement attirées.

Le résultat : La première histoire, Sinner’s Reward, met en scène un couple à la Bonnie & Clyde, où le héros fuit son employeur non sans embarquer avec lui la femme de ce dernier. Attirés dans Silent Hill, ils sont rattrapés par les hommes de main de l’employeur. Mais si le héros est plongé dans les hallucinations de la ville, c’est bel et bien pour expier un crime, l’assassinat d’une jeune fille et de ses parents, lorsqu’il travaillait encore pour son employeur. La seconde histoire se révèle plus originale, remontant au temps où Silent Hill, au XIXe siècle, était tout juste habitée. Là, un couple emménage, un homme au passé criminel et sa femme enceinte. Le héros pensait avoir trouvé la rédemption sur son passé, mais en vérité, il ne se trouve dans cette ville uniquement pour que son enfant à naître soit offert à une vieille Indienne aux pouvoirs étranges. La troisième histoire, enfin, est en fait un aperçu de l’histoire de l’antagoniste du jeu vidéo Silent Hill Downpour. On découvre pourquoi la policière Annie se retrouve à autant poursuivre le héros du jeu, Murphy Pendleton : elle souhaite venger son père policier qui aurait été grièvement blessé par Murphy. Mais la ville la hantera également, avec des souvenirs de la relation avec son père. Ces trois histoires sont somme toutes proches de l’esprit de la série Silent Hill, avec une qualité graphique exprimant plutôt bien le côté brumeux ou sanglant de la ville, ses hallucinations et ses ombres, ainsi que ses monstres. Les couleurs rouge, cuivre, bleu et gris sont dominantes, reflétant bien l’atmosphère poisseuse et étouffante de cet univers. Si les histoires ne brillent pas par leur originalité – toutes tournent autour du meurtre, de l’adultère ou de relations familiales très ambiguës – elles sont néanmoins plaisantes à parcourir et avec des retournements de situation bienvenus. Les dessins rugueux et symboliques collent aussi bien à l’atmosphère de l’univers. Tout lecteur autre qu’un fan de Silent Hill ne trouvera pas cette lecture forcément marquante, elle est en tout cas plaisante.

L’épée de la providence (Le Sorceleur, tome 2 : Miecz przeznaczenia) – Andrezj Sapkowski, VO 1992 / VF 2008

Le topo : Le deuxième recueil de nouvelles autour des aventures de Geralt de Riv, sorceleur.

Le résultat : J’ai mis plus de temps à finir ce livre que le premier, certaines nouvelles s’avérant parfois moins passionnantes que d’autres, notamment celle ouvrant le recueil. Mais cela n’empêche pas de retrouver tous les ingrédients qui ont fait du premier livre un très agréable moment de lecture, entre l’action, la morale ambiguë, les contradictions des personnages, des dialogues parfois savoureux, un Geralt toujours aussi sarcastique et cynique, mais non dénué de cœur (il en montre au contraire de plus en plus), une Yennefer parfois toujours aussi insupportable même si on la comprend mieux, tant elle est hautaine, et d’autres personnages connus, comme Jaskier ou Triss Merigold, et surtout, Ciri, la fille adoptive de Geralt, ou plutôt l’enfant de la Providence. Elle ne devient la fille adoptive de Geralt que grâce à un stratagème utilisé par les sorceleurs pour renouveler leurs rangs : quand l’un d’eux sauve un mari, le sorceleur lui demande « le cadeau qu’il ne s’attend pas à retrouver une fois de retour chez lui », soit le futur enfant à naître de sa femme. Outre cela, encore une fois, on retrouve des références et des relectures à des contes bien connus, comme la Petite sirène ou la Reine des Neiges, bienvenues et avec finesse, pour tout dire, parfois humour. Sans la métaphore filée de l’éclat de glace « présent » en Yennefer et Geralt, j’aurais continué à trouver Yennefer insupportable. On croise également la génitrice de Geralt, non sans une certaine surprise, car la relation entre les deux est loin d’être paisible. Dans sa globalité, ce recueil m’a moins plu que le premier. Mais pourtant, il est assez touchant tout en offrant de belles visions d’aventures, notamment quand on voit la complexité de la relation entre Yennefer et Geralt, ou le lien grandissant entre Ciri et Geralt, liés par la Providence à jamais, et ce même si Ciri est au début une petite peste en vu de son jeune âge. Voir Geralt s’éveiller à l’humanité et aux contradictions de la vie, aux réflexions sur le destin, le bien et le mal, est poignant.


7 réflexions sur “Lectures de septembre 2017

  1. Merci pour ces résumés, surtout ceux de The Witcher. J’avais essayé de lire le premier tome et je n’avais pas eu le courage de finir. Mais c’est intéressant de voir à quel point les jeux y sont fidèles, ou ce qu’on peut apprendre de plus, dedans.

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    1. Peut-être un autre jour pour le premier tome de The Witcher ! En tout cas, je tiendrai au courant de la suite dès que je la lis. Et oui, tout est très fidèle, et explicatif sur bien des points, parfois de façon un peu inattendue d’ailleurs. Après, je ne sais pas comment les deux premiers jeux se positionnent avec la série de livres.

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  2. Je reviens sur cette page car j’ai terminé Annihilation il y a quelques jours ! Ton article sur le film avec Natalie Portman m’a pas mal intriguée, donc avant toute chose, je me suis précipitée sur le roman de Jeff Vandermeer. A défaut d’avoir vu le film, je peux tout de même dire que le roman est une curiosité en soi. C’est un roman…organique, qui suscite pas mal de réactions et d’interrogations. J’ai été intriguée par la narratrice, personnage tellement solitaire, tellement peu fiable aussi comme tu le dis, qu’on ne sait jamais trop à quoi s’en tenir. Et puis cette zone X qui se nourrit de ceux qui l’explore, qui absorbe et transforme tout ceux qui l’approchent… J’ai trouvé ça très glaçant et en même temps très original. Dans un sens, c’est une lecture complètement cauchemardesque, mais qui n’est pas dénuée d’une certaine poésie. Merci d’en avoir parlé ici, parce que j’ai adoré ! Je pense tenter le film bientôt 😉
    Est-ce que tu as lu le tome suivant ?

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    1. Ravie de voir que le roman Annihilation t’a plu ! Effectivement, c’est une lecture très troublante, qui laisse avec plus de questions que de réponses, étouffante, en un sens, et en même très palpable. C’est suffisamment rare pour être souligné, et je trouve que c’est une vraie expérience de lecture, même si ça fait un peu WTF par moments. Et puis le concept est tout à fait original et cauchemardesque, en effet. La narratrice m’est aussi restée en tête pour ce côté tellement solitaire et peu fiable, c’est rare, pour un narrateur. Le film, je pense, devrait te plaire, même si tu risques de te crisper sur certaines infidélités au roman, au début.
      En fait, j’ai lu le tome suivant mais j’ai oublié d’en parler dans mes dernières lectures de mars. Autorité est…très différent, car il se passe dans le centre de recherches à côté de la Zone X. On retrouve cette impression de cauchemar à certains moments, mais c’est moins prenant, moins irréaliste, et cependant différent, quoiqu’avec le même esprit. Je ne l’ai pas autant aimé que le tome 1, mais il y a d’excellents passages, on revoit la biologiste, aussi. Et j’ai le tome 3 arrivé dans ma bibliothèque, donc j’ai hâte de le découvrir aussi.

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  3. Je vais recevoir le tome 2 dans quelques jours, j’ai hâte de voir ce que celui-ci réserve… Quant au film, je ne l’ai pas encore vu, mais je me demande vraiment dans quelle mesure la transposition à l’écran pour un tel roman est faisable…

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    1. Je te souhaite d’ores et déjà une bonne lecture ! Pour le film, il ne faut pas se leurrer, certaines choses étaient inadaptables. Mais à sa manière, je trouve que l’adaptation est plutôt fidèle (avec quelques libertés) et aussi trouble par moments. Il y a même des scènes ou images qui m’ont parues volées au tome 2.

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