Star Wars VIII : L’épisode de la division

Inutile de le nier, il était attendu, ce Star Wars VIII : The Last Jedi. L’épisode VII, bien que reprenant exactement le canevas scénaristique d’Un nouvel espoir, m’avait beaucoup plu, à la fois un hommage, un épisode indépendant relançant du sang neuf, en intensité et en mystères. Et ce malgré quelques doutes, comme la capacité de Kylo Ren à s’imposer comme un nouveau grand méchant, ou les quelques facilités scénaristiques présentes. A l’épisode VIII de répondre aux questions laissées évasives lors du précédent opus. Rey allait-elle devenir l’apprentie de Luke ? Qui est Snoke ? Le Premier Ordre va-t-il réussir à dominer la galaxie, ou être écrasé par la Résistance ? Luke lui-même reviendrait-il combattre les nouveaux antagonistes de la saga ? Kylo Ren sera-il sauvé du côté obscur, ou bien Rey elle-même sera-elle attirée par cette noirceur dans la Force ?

(Il n’y aura pas de gros spoilers dans cet article.)

Côté lumineux

Pour ce huitième épisode, nous retrouvons Rey auprès de Luke ; Poe Dameron qui agit au sein de la Résistance telle la tête brûlée qu’il est ; Finn se réveillant de son coma et aidant également les rebelles ; quant à Kylo, il poursuit sa montée au sein du Premier Ordre, soutenu par Snoke. Dans cet épisode, chaque personnage a au final son propre arc narratif, certains s’entrecroisant, comme ceux de Rey et Kylo, non sans un certain succès. J’ai particulièrement apprécié « l’apprentissage » de Rey aux côtés de Luke. Ce dernier se révèle à la fois lucide et ironique, parfois moqueur, mais toujours empli d’une certaine sagesse. A son sérieux et sa gravité, se mêlent mélancolie et distance sur la destinée des Jedi et de l’univers. Rey saura heureusement le sortir peu à peu de son ermitage. L’évolution prise par le personnage de Luke, plus mature que dans sa jeunesse, m’aura incontestablement séduite, d’autant qu’il a certaines scènes particulièrement spectaculaires et intimistes.

L’arc narratif se faisant croiser Rey et Kylo n’est pas négligeable et demeure un des plus intéressants de cet épisode. Certes, on aurait été en droit d’attendre peut-être encore davantage, ou une relation encore plus ambiguë et intense entre ces deux personnages qui se retrouvent attirés l’un par l’autre. Mais cette tournure est assez fascinante à regarder, les deux se révélant plus proches qu’on ne le pensait, et emplis de davantage de compréhension l’un envers l’autre. Peut-être que cet aspect sera encore plus approfondi dans la suite, car ici, on reste malgré tout un peu sur sa faim concernant le potentiel de ce lien entre ceux que tout opposait dans l’épisode 7. Quant à Kylo, son personnage prend une excellente envergure, et je suis assez curieuse de savoir ce qu’il deviendra par la suite.

Autre point fort de ce film, le retour des musiques épiques et grandioses auxquelles on avait été habitués, après un épisode 7 où on entendait très peu (pour ne pas dire, pas du tout) la bande originale. Il y a là plusieurs thèmes qui mériteront de se retrouver aux côtés des grands morceaux musicaux de cet univers. Si l’humour est parfois trop présent, il est néanmoins bienvenu. Il est également très appréciable de revoir certains personnages comme Phasma, ou surtout Leia, avec une pointe au cœur certes, pour les dernières apparitions de Carrie Fisher, aussi immergée dans son rôle que Mark Hamill l’est pour Luke – ils partagent d’ailleurs tous deux une scène assez émouvante.

La grande nouveauté de cet épisode VIII, c’est également le parti pris de vouloir surprendre, dans tous les sens du terme. Les Derniers Jedi prend un malin plaisir à casser les codes de l’univers, et des films en général, ce qui fait certains retournements de situation sont complètement inattendus, et que le film ne peut être hué comme une copie d’un des épisodes précédents. Il y a des choses qu’on ne voit absolument pas venir, et c’est vraiment très agréable.

Côté obscur

Toutefois, autant cet épisode comporte des points positifs, autant il a également plusieurs aspects négatifs. Je parlais de plusieurs arcs narratifs au-dessus ; le problème, c’est que certains sont totalement inintéressants, ou maladroits (celui de Finn et Rose, complètement inutile, ou encore certains agissements de la Résistance). De plus, à vouloir suivre trop d’histoires, surtout avec un montage comportant trop d’alternances, le film ne prend pas le temps de se poser, et peine à gagner en intensité et en profondeur : on passe d’une scène à l’autre sans en ressentir la puissance, à quelques exceptions près. Il faut l’admettre, certains passages sont aussi quelque peu extrêmes et à la limite de l’absurdité, notamment concernant la Résistance, ou Leia.

L’humour parfois bienvenu est également parfois trop présent : cela contribue, avec le rapide enchaînement du montage, à nous maintenir hors du film, à distance. Je n’ai pas du tout retrouvé cette sensation d’immersion et de magnétisme ressentis lors du Réveil de la Force, et les rares moments où cela aurait pu arriver, étaient finalement trop courts. Sacrément dommage, surtout pour un film de près de deux heures trente !

Si certains personnages sont bien traités, montrant différentes facettes et niveaux d’évolutions (Luke, tantôt lumineux, tantôt amer ; Kylo et Rey, ambivalents ; Poe qui devient une force d’âme brute ; Leia fidèle à elle-même) d’autres semblent se perdre en chemin. C’est le cas de Hux, qui devient un ressort comique, de Finn et de Rose, assez inutiles dans cet épisode, de Phasma, ou encore du hacker qui aurait pu être plus intéressant que présenté. Cela est aussi dû à la trop grande volonté du réalisateur de vouloir montrer que chacun est capable de double-jeu, d’ambiguïté, que le bien et le mal sont des concepts relatifs. Quand un personnage retourne sa chemise pour la deuxième fois, et cela après que deux autres protagonistes l’aient également fait, cela devient redondant et bien peu subtil. Un peu à l’image des messages que le film souhaite transmettre, sur la notion de Force accessible à tous, ou de moralité sur la maltraitance animale : c’est bien, mais avec de trop gros sabots, ça passe mal et ça dessert le propos.

On peut également regretter certains choix scénaristiques, qu’on aurait voulus autres, mais on peut espérer que l’épisode IX saura exploiter ce qu’il y a de bien et de mal dans les Derniers Jedi, et répondre à certaines questions laissées toujours sans réponses.

Zones grises

Star Wars VIII est incontestablement un 50/50. Il est moyen ; il est frustrant. On est enthousiasmé par certaines idées, par certains pieds de nez à l’univers de Star Wars même, emballés par certaines nouvelles ambitions de se démarquer du passé ; et en même temps, on se demande bien où tout cela va finir. A rompre avec les codes, l’histoire fait voyager mais se retrouve dans un tournant inconnu, ce qui a certes l’avantage de laisser une marge de liberté à l’épisode suivant et de surprendre, au-delà de toutes les théories établies par les fans. Mais il est terriblement frustrant de ne pas voir davantage certains personnages exploités, qu’ils soient des piliers ou non de la saga, et certaines fins sont même décevantes. L’absence de réponses à des questions posées est parfois gênante (comme l’identité de Snoke), parfois bien trouvée (les parents de Rey). Celle-ci n’a d’ailleurs pas de véritable évolution durant ce film. De la même façon, il est encore un peu décevant de ne pas avoir davantage de moments parlant des Jedi, au détriment des nombreuses batailles spatiales. Car l’épisode VIII trouve ses moments de grâce quand il s’appesantit sur ses personnages, plutôt que sur ses péripéties parfois tirées par les cheveux.

Pourtant, il y a du potentiel, et certaines scènes sont très réussies : celles entre Kylo, Rey, Luke. Ou encore le moment où Rey se retrouve face à elle-même, seule, dans un endroit hanté par le côté obscur de la Force. Luke se révèle totalement savoureux, et Kylo ressort grandi de cet épisode, même s’il est peut-être moins subtil qu’avant. Mais on a des moments assez décalés, qui cassent l’immersion et empêchent d’éprouver une réelle empathie durant ce film. A trop oser, le film semble parfois tourner complètement le dos au reste de l’univers Star Wars (même si des éléments subtils paraissent dire le contraire) pour trouver du sang neuf, qui se trouve en terrain inconnu. Et pourtant il serait injuste de bouder cet épisode qui a tout de même ses moments épiques. Il n’y a plus qu’à voir si l’épisode IX saura rattraper les glissades de son prédécesseur…


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