Lectures de décembre 2017

Un mois où se mélangent lectures personnelles, professionnelles (pour conseiller les lecteurs de ma bibliothèque dans des styles que je ne lis pas habituellement), et parfois les deux en même temps…

Moonfleet – John Meade Falkner, 1898

Le topo : John Trenchard est un jeune garçon vivant au petit village de Moonfleet. Près de la côte, il observe les villageois risquer leurs vies pour récupérer les marchandises des navires échoués. Hanté par les superstitions autour du fantôme de Barbe-Noire, il se lance à la poursuite du diamant du célèbre pirate, avec pour compagnon l’ambigu Elzevir…

Le résultat : J’ai bien plus accroché à ce roman autour de l’univers des pirates qu’à l’Île au trésor. Pourtant, à sa manière, il se passe bien plus sur terre que le roman de Stevenson, tout en évoquant davantage cette ambiance gothique un peu oppressante, si propice aux romans anglais. Moonfleet ne restera pas énormément marquant dans ma mémoire, mais son jeune narrateur en est appréciable, par son courage lors de sa chasse au trésor, tout comme par son évolution lorsqu’on le voit passer du jeune garçon à l’adulte mûr, marqué par les épreuves et les aventures. Son compagnon de route, Elzevir, n’est pas en reste (ils ont tous deux des petits aspects de Valjean qui ne sont pas désagréables) par sa bonté et sa force d’âme. L’aventure en elle-même n’est pas dépourvue d’intérêt, puisqu’elle s’appuie beaucoup sur les thèmes de destin, de superstition et de malédiction, propres aux aventures marines. L’ambiance décrite se montre aussi assez impressionnante, et ce n’est donc pas étonnant qu’un film ait été tiré de cette œuvre, par Fritz Lang.

Autre jour, autre endroit – Melissa Scanu, 2017

Le topo : Valentine et Anthony se rencontrent à l’aéroport, alors qu’ils sont chacun sur le point de démarrer une nouvelle vie dans des pays étrangers. Charmés l’un par l’autre, ils décident de se donner rendez-vous au même endroit, un an plus tard. Mais un an plus tard, aucun des deux n’est au rendez-vous pour des raisons professionnelles et personnelles. Commencent plusieurs péripéties et rebondissements pour que les deux jeunes gens retrouvent trace de l’autre.

Le résultat : Autre jour, autre endroit appartient aux romans chick-litt qui ne sont pas clairement pas mon domaine de prédilection. Pourtant, j’ai été agréablement surprise par cette lecture, dont on tourne les pages assez vite. Si l’histoire est par moments trop rapide et aurait mérité un peu plus d’approfondissements, les deux personnages sont suffisamment sympathiques et ont tous deux un passé, des motivations, assez étoffés pour qu’on ait envie de les voir se retrouver ou franchir les obstacles sur leur route. L’intrigue permet d’ailleurs de se balader de pays en pays, de découvrir plusieurs cultures (notamment par leur gastronomie) et ce petit côté dépaysant, multilingue, est plaisant et original, surtout quand on aime bien cuisiner comme moi. Le roman parvient aussi à éviter les clichés habituels du genre, tout en gardant le traditionnel happy ending et en restant réaliste, dans des situations de vie de tous les jours, sans l’extravagance irréaliste d’autres romances contemporaines. Ce roman est donc sympathique, et tout en légèreté.

Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher, 2017

Le topo : Lubin est un artiste de cirque. Après une chute malencontreuse, il réalise qu’il ne vit plus qu’un jour sur deux, un autre prenant possession de son corps. Si cette double vie semble parfois bienvenue, son double prend de plus en plus d’emprise sur lui et grignote de plus en plus de jours, rendant son existence bien plus courte…

Le résultat : Je ne suis peut-être pas particulièrement fan du dessin de Timothé Le Boucher, mais force est de constater que son récit parvient à mélanger émotion, thriller, suspense, fantastique, psychologie…Je n’ai pas accroché à l’histoire non plus tout de suite, mais vient inévitablement un point où on n’a qu’une envie en tête : finir cette histoire, savoir sa conclusion. Ça fait bien longtemps que je n’ai pas été émue comme ça à la lecture d’une bande dessinée, jusqu’à avoir un petit pincement au cœur devant certains événements. Si quelques questions restent sans réponses dans cette bande dessinée, cela n’est guère grave, tant cette histoire arrive à faire passer plusieurs émotions et plusieurs thématiques : dualité du corps et de l’esprit, dualité des esprits, conflit entre une vie de jeunesse et une vie plus réfléchie, l’amitié, l’amour, le temps qui passe, la famille… Je me suis plusieurs fois imaginée à la place de Lubin et c’est là toute la dureté, l’intelligence et l’émotion du récit… Que ferait-on si comme lui, on ne vivait plus qu’un jour sur deux, devant gérer une vie en parallèle, des amitiés, une vie de couple, un travail, quand on n’est pas là la moitié du temps ? Que fait-on de ses rêves, qu’est-ce qui compte le plus dans une vie ? Comment voit-on le monde évoluer ? Autant de questions très intéressantes et poignantes, d’autant que l’entourage de Lubin se montre la plupart du temps très attaché à lui. Le fait d’avoir une certaine variété de genres/sexualités autour du protagoniste principal, en les intégrant naturellement au récit, offre à cette bande dessinée une qualité supplémentaire.

Joyeux suicide et bonne année – Sophie de Villenoisy, 2016

Le topo : Sylvie a quarante-cinq ans et se trouve à un tournant bien solitaire et amer de sa vie. Elle prend la décision de mettre fin à ses jours le 25 décembre. Son psy lui donne alors plusieurs missions à faire d’ici là, pour lui redonner confiance en elle et dans la vie.

Le résultat : Ce roman fait penser au livre de Raphaelle Giordiano, tout en étant plus travaillé et plus…romanesque, évidemment. Il s’agit là d’un des livres « feel-good » qui sortent souvent pour les fêtes de fin d’année (d’où le titre ambigu mais la couverture colorée qui montre le côté humoristique et détente de l’oeuvre). Il se lit évidemment très vite, sans qu’on se prenne particulièrement d’affection pour la narratrice. C’est une lecture qui va vite, qui fait figure de « pause » entre deux romans difficiles par exemple, de la même manière que certains feuilletons télévisés qui ne se prennent pas au sérieux, tout en revendiquant un côté déluré. Certes, de l’humour, il y en a, des péripéties amusantes, parfois un peu osées ou délirantes, des rebondissements, suffisamment pour que le roman se termine vite. En somme, agréable sur le moment, mais qui ne restera pas dans les mémoires.

Ma génération connaît le bruit des balles – Julien Vélu, 2017

Le topo : Le récit entrecroisé de différents personnages le lendemain des attentats du Bataclan.

Le résultat : Ma génération connaît le bruit des balles fait partie de ces ouvrages écrits après les attentats de novembre 2015, en mémoire de cette tragédie. Je n’en ai pas lu d’autres sur le sujet, et je manque donc de comparaison, mais je n’ai pas été séduite par celui-ci. Le côté polyphonique, avec plusieurs points de vue qui permettent de voir « l’après » attentat aurait pu être très intéressant, permettant de voir comment chacun a perçu cet événement dans la société et les différentes classes. Mais en dépit de sa brièveté, le parti pris ne m’a juste pas plu et je l’ai trouvé sans âme, avec insuffisamment de profondeur chez les personnages pour réellement toucher le lecteur, sans réels fils liant les points de vue les uns aux autres – et les quelques fautes d’impression/d’orthographe assez visibles n’ont pas arrangé cela.

Eleanor Oliphant va très bien (Eleanor Oliphant is completely fine) – Gail Honeyman, 2017

Le topo : Eleanor Oliphant est une jeune femme dont la conscience des conventions sociales est inexistante, comme pour compenser sa culture générale plus haute que la moyenne. Sa vie est rythmée par le travail la semaine, par la boisson le week-end et par ses conversations avec « maman ». Mais quand elle tombe amoureuse d’un chanteur pour midinettes, elle découvre que même une « entité autosuffisante » comme elle peut avoir besoin d’amis pour la guider dans l’existence.

Le résultat : Le roman de Gail Honeyman était un des rares ouvrages de la rentrée littéraire que j’avais vraiment envie de découvrir. Je n’ai pas été déçue de ma lecture, avec une héroïne originale, peu à l’aise dans les relations humaines, au caractère trempé et un peu d’un autre temps, qui change de l’ordinaire. En tombant amoureuse d’un chanteur très passable de rock, elle s’ouvre peu à peu aux sentiments humains, aux relations avec ses collègues de travail, à découvrir la vie, et donc à se découvrir elle-même en sortant de sa routine impersonnelle…le tout sur un ton assez lucide, humoristique, un peu timbré par moments. Le personnage en lui-même est assez intéressant, avec un point de vue qui permet quelques critiques sur la société actuelle, et un passé assez lourd à gérer, et sur lequel elle devra tourner la page au cours de l’histoire. Eleanor Oliphant va très bien a quelques sujets et moments dramatiques, mais l’ensemble est tourné plutôt vers l’humour et un côté surréaliste bien sympa.

Dysfonctionnelle – Axl Cendres, 2015

Lire la critique plus complète ici.

Le topo : Fidèle, alias Fifille, alias Bouboule, est loin d’avoir une famille comme les autres : une mère juive, un père kabyle, des frères et sœurs aux noms délurés. Elle vit dans le bar « Au bout du monde », se montre plus intelligente que ceux de son âge et rentre dans un lycée élitiste. De quoi créer une sacrée confrontations des classes sociales, mais aussi de rencontrer l’amour.

Le résultat : Si je ne devais avoir qu’un coup de cœur ce mois-ci, ce serait sans doute pour Dysfonctionnelle (mais suivi de près par Ces jours qui disparaissent). J’en ai fait une critique dans un autre article, et je me contenterai de redire que j’aurais encore plus adoré lire ce livre étant adolescente. Il est bourré d’humour, d’aventures un peu délurées et extravagantes, tout en gardant un fort côté réaliste, un traitement particulièrement fin de nombreux sujets touchant aussi bien les adolescents que les adultes : famille, conflits générationnels, poids du passé, homosexualité, apprentissage de la vie… Par son héroïne totalement attachante, et sa galerie de personnages secondaires hauts en couleur, c’est un roman jeunesse dont on voit arriver trop vite la fin, et qui fait passer par plusieurs émotions le lecteur, complètement en empathie avec la narratrice.

Viens plus près (Come closer) – Sara Gran, 2003 (VO) / 2009 (VF)

Le topo : Amanda est une jeune femme à la vie parfaite, avec un petit ami et un travail épanouissant. Mais tout change peu à peu lorsqu’elle entend des bruits bizarres dans son appartement, puis qu’elle commence à avoir des pensées agressives envers son entourage… La femme qu’elle voit dans ses rêves, sur une plage couleur sang, ne serait-elle pas en train de la posséder ?

Le résultat : Les éditions Sonatine jouent souvent à pile ou face. Ou leurs romans sont attrayants et passionnants (Le Voyage de G. Mastorna, Tout n’est pas perdu), ou bien ils sont attrayants… et retombent malgré tout comme du soufflé au bout d’un moment (La fille du train). Cela arrive aussi avec ce roman, Viens plus près, qui est tout simplement une histoire de possession (j’ai choisi de le lire ainsi plutôt que comme un récit psychologique, côté trop peu appuyé pour être cohérent). Le sujet aurait pu être très intéressant, car on voit rarement une possession de l’intérieur, telle que le subit la victime, et de façon aussi explicite, par rapport aux films d’horreur. On voit donc la dégringolade de l’héroïne, tout en comprenant pourquoi il lui devient impossible de finalement réagir et lutter face à l’entité qui l’envahit. Sa vie sociale, de couple, son travail, tout se détériore et elle ne contrôle plus son corps, ses pensées, ses impulsions. Et en même temps, elle est à la fois séduite et révulsée par le démon en elle. Mais, il manque simplement quelque chose pour que ce roman soit véritablement glaçant et effrayant – il ne l’était tout simplement pas. Intéressant, il l’était, mais il a raté son but pour moi.

Pour les accueils de classes en bibliothèque, j’ai aussi pu lire plusieurs albums pour enfants que je n’indique pas forcément ici. 😉


2 réflexions sur “Lectures de décembre 2017

  1. J’ai lu ta critique d’Autre jour, autre endroit en diagonale. Je le commence bientôt 🙂

    Tu me donnes très envie avec Dysfonctionnelle et Eleanor Oliphant ^^ et dommage pour les albums, c’est toujours tellement joli esthétiquement ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Dysfonctionnelle est vraiment très sympa, je pense que ça plairait à des lycéens d’ailleurs. Cool pour le livre Autre jour, autre endroit !

      Je noterai les albums la prochaine fois, en ce cas ^^

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