Watching Challenge | Les films de février 2018

Et nous voici mine de rien au sixième mois du Watching Challenge organisé avec F. de l’O., et donc à la moitié du défi ! La variété des films vus et croisés serait sans doute amusante à voir, si on jetait déjà un regard en arrière. Pour ce mois de février, je vous invite à lire le compte-rendu de F. de l’O. sur son blog. Pour ma part, mes visionnages m’auront fait visiter un bunker, admirer la peinture et la vie d’un certain Van Gogh, croiser le chemin d’une relecture de la Petite Sirène (et/ou la Belle et la Bête) et aussi le mythe de Peter Pan à la sauce hispanique. En somme, la plupart des découvertes de ce mois auront été plutôt agréables. Bonne lecture !

The hole, Nick Hamm – 2001 | Un film où le méchant gagne

The hole appartient sans doute à cette vague de films horrifiques/oppressants nés avec Scream, Le Projet Blair Witch, etc, avec plus ou moins de succès. Avec un début légèrement teen movie toutefois plus mature et en apparence prometteur, The hole présente l’escapade de quatre élèves d’une école britannique huppée dans un bunker, où ils s’enferment pendant trois jours. Sauf que la porte se referme sur eux et qu’un seul membre du groupe en sortira vivant… The hole n’est pas toujours mauvais dans les dialogues, le jeu des acteurs est correct (le doublage, moins) et le petit côté huis-clos dans le bunker n’est pas si mauvais que cela. Malheureusement, le film est trop mal dirigé pour faire aujourd’hui l’effet qu’il a dû avoir à sa sortie, et surtout trop de films à twist ending sont sortis depuis. On devine le méchant au bout d’une trentaine-quarantaine de minutes, et d’ailleurs le retournement de l’histoire a lieu vers les trois quarts du film et non la fin. En donnant à voir plusieurs versions des jours passés dans le bunker, le doute est entretenu, mais pas suffisamment, et pas avec assez de suspense. Les personnages sont trop légers pour qu’on s’y attache vraiment, et le thème de l’amour obsessif qui devient maladif, fait rouler les yeux aujourd’hui par son traitement un peu ridicule. En somme, bien qu’il ait visiblement eu des prix à sa sortie, le film a très mal vieilli, et demeure assez anecdotique. Il n’en demeure pas moins qu’ à la fin de The hole, même si c’est avec une ficelle relativement grosse, c’est quand même le méchant qui gagne, et qui s’en sort royalement bien.

La Passion Van Gogh (Loving Vincent), Dorotha Kobiela & Hugh Welchman – 2017 | Un film avec un sentiment dans le titre

J’avais repéré ce film l’an dernier pour son esthétique visuelle toute particulière. Loving Vincent (le titre original est plus proche de l’humanité que veut retranscrire le film) est exceptionnel par la façon dont il a été créé et dont il se construit. Il permet de relater la vie et surtout les circonstances de la mort de Van Gogh, en se basant sur sa correspondance, et en intégrant les paysages et personnes qu’il a peints au cours de son existence. C’est un film donc entièrement peint à la main et ensuite animé, avec l’apport de jeu de différents acteurs dont la ressemblance physique avec les personnes peintes par Van Gogh est frappante. On y trouvera ainsi notamment Saoirse Ronan (que je n’ai reconnue qu’à son regard après plusieurs minutes) ou encore Jerome Flynn (directement reconnaissable, pour sa part). Dans cette intrigue, Armand Rolin, fils du postier à qui Van Gogh confiait ses lettres à destination de son frère, part remettre la dernière lettre du peintre… sa quête le mènera à rencontrer diverses personnes ayant côtoyé l’artiste, chacune ayant son propre regard sur la mort trouble de ce dernier.

Difficile d’être concise avec ce film qui mériterait plus que quelques lignes ; visuellement, il est magnifique, se formant d’après des peintures souvent connues, et son esthétique est vraiment mémorable. Voir s’animer des tableaux célèbres, constater le travail qui été fait pour donner vie à un film aussi respectueux de Van Gogh… La musique est aussi plaisante (Clint Mansell aux commandes), accompagnant le voyage d’Armand, de Paris à Auvers-sur-Oise. Surtout, ce qui en ressort, c’est la passion et l’enthousiasme qu’avait l’équipe du film pour créer ce petit chef-d’œuvre, quand une seconde nécessitait la peinture et/ou la copie de douze toiles. Mais aussi, l’amour visible qu’éprouvait Van Gogh pour son frère, certaines personnes de son entourage, et la façon dont il ne laissait personne indifférent. Certains l’aimaient beaucoup et le considéraient comme un homme bon et tranquille, étrange seulement dans sa peinture ; d’autres comme un fou ou un névrosé, au premier regard ; d’autres encore le persécutaient, certains le prenaient pour un homosexuel, un homme dérangé… Il est certain que plus que de répondre à la question de ce qui a causé la mort de l’artiste (une balle perdue ou volontaire, ou un suicide), Loving Van Gogh est davantage une tentative de compréhension, un hommage à l’homme troublé qu’il était, à ses peintures, à sa vision de la vie, à travers des extraits de ses lettres, ses réflexions sur l’art, ses doutes d’artiste et d’humain.

Pour vous rendre davantage compte de la beauté du film, je vous invite à jeter un coup d’oeil sur son trailer, car vraiment, l’image fixe au-dessus ne lui fait pas honneur.

La forme de l’eau, Guillermo del Toro – 2018 | Un film dont l’un des personnages principaux est atteint d’un handicap physique ou mental

Cette relecture des histoires d’amour féeriques et fantastiques mériterait un article à venir. Mais je vais tâcher d’être synthétique avec La forme de l’eau. Elisa est une employée modeste, muette depuis son enfance, faisant le ménage dans un laboratoire aux projets top-secrets, sous fond de guerre froide entre les Américains et les Russes. Elle rencontre bientôt la créature que les Américains ont ramené d’Amérique du Sud : un soi-disant dieu aquatique, semblable à un triton humanoïde. En l’apprivoisant, elle tombe amoureuse de lui et cherche à le faire s’évader…

Autant il y a quelque chose qui m’a empêchée d’adhérer totalement au dernier film de Guillermo del Toro (j’ignore quoi exactement), autant je peux en reconnaître toutes ses qualités et ça ne m’a pas empêché de l’apprécier. Cette histoire d’amour fantastique n’est pas que romantique ; en utilisant le contexte de la guerre froide, La forme de l’eau est aussi une ode à la différence. Elisa est muette, ce qui la rend isolée de la société et prompte à subir des harcèlements de la part de ses supérieurs ; sa meilleure amie, afro-américaine, n’est pas moins méprisée, insultée et obligée de supporter un mari fainéant et lâche ; le meilleur ami d’Elisa est gay et subit également la peur, la solitude et l’hostilité dues à ses attirances sexuelles. Sans oublier la fameuse créature, certes une divinité, mais rejetée, terrifiante, par son aspect hors du commun, qu’on croit être un simple animal qu’il faut dresser. Au milieu de ces minorités se dresse un de ces antagonistes purement salauds que del Toro semble affectionner, le plus normal de tous, mais pourtant névrotique, soumis à la performance et au rêve américain. Le handicap d’Elisa dans ce film n’est pas là pour rien : bien que muette, elle sera la première à communiquer avec la créature, par gestes, et se sentira enfin aimée telle qu’elle est, et non « incomplète » par cette créature qui la juge uniquement pour ce qu’elle est, sans conscience de sa différence. Quant au film, il est parsemé d’humour, de moments fantastiques, de thématiques solides au milieu du conte de fée des deux héros principaux, d’un petit hommage au genre de la comédie musicale : il mélange beaucoup de choses et pourtant ne se perd pas en route, accordant de beaux moments visuels et des vrais instants de tension. En mélangeant fantastique et réel, il est assurément marquant, critique dans ses sujets, sans oublier pour autant le côté poétique et étrange qui fait la marque du réalisateur.

L’Orphelinat, J.A. Bayona – 2007 | Un film avec une twist ending

Je connais l’affiche et la réputation de l’Orphelinat depuis longtemps, mais j’ai toujours reculé le moment de voir ce film. L’affiche me mettait probablement mal à l’aise par son côté sinistre… et j’ai sauté le pas après avoir vu la Forme de l’eau. L’Orphelinat relate donc le combat de Laura, de retour dans l’orphelinat de son enfance, pour restaurer le bâtiment et en faire un lieu d’accueil pour enfants handicapés. Son propre fils, adopté, disparaît alors dans des circonstances mystérieuses : elle le soupçonne d’avoir été enlevé par des fantômes d’enfant hantant la bâtisse…

L’Orphelinat est un film riche, tout à fait dans la lignée étrange, psychologique et fantastique des Autres d’Amenabar. En fait, il n’est pas du tout aussi crispant que ce que j’imaginais, et demeure beaucoup plus surnaturel qu’horrifique, tout en dégageant un certain malaise, on ne peut pas le nier. L’histoire est une relecture de Peter Pan, avec plusieurs références qui y sont faites : le twist ending y est directement lié, et survient même pour moi à deux niveaux, avec le destin du fils de Laura, et la conclusion finale de l’histoire. J’étais loin de m’attendre à cela, une fin aussi glaçante et triste, émotionnelle, d’autant que l’intrigue s’axe d’abord sur une enquête policière, puis s’oriente vers le paranormal. Je ne dirais rien, pour ne pas gâcher la surprise de ceux ne l’ayant pas vu, mais l’Orphelinat vaut largement le détour, pour son ambiance, son esthétique lugubre et mystérieuse, ses acteurs complètement impliqués, ses thèmes d’enfance perdue, de drame familial, les souhaits, l’amour maternel et familial, et même la façon dont le surnaturel y est traité, la maison ne faisant que résonner de l’écho des événements passés.


4 réflexions sur “Watching Challenge | Les films de février 2018

  1. Je ne connaissais pas vraiment les deux premiers films. Je ne dirais pas qu’ils m’attirent particulièrement, mais ça corrige toujours des lacunes. Sinon, je serais curieux de voir La Forme de l’eau. C’est dommage qu’il ne passe pas dans ma ville. J’en lis du bien, même s’il ne semble pas être aussi fort émotionnellement que Le Labyrinthe de Pan, par exemple. (Le mal de l’époque). Sinon, j’adore L’orphelinat, qui est, comme tu dis, l’adaptation morbide d’un conte. Je dois avouer que certaines scènes m’avaient quand même mis bien mal à l’aise, surtout la première fois. (Je déteste le 1,2,3 soleil, depuis). :red:

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    1. The hole est vraiment anecdotique, pour le coup. Loving Vincent change et est très intéressant, mais je suppose qu’il ne faut pas être rebuté par l’artiste et ses peintures. C’est effectivement dommage que tu ne puisses pas voir la Forme de l’eau, il vaut le coup, même s’il manque d’émotion. Ah oui, la scène 1 2 3 soleil, je crois que j’ai pensé à toi en me disant que ça avait dû te plaire, ça. Je crois que personnellement, je ne bloquerai plus jamais de porte de placard de façon extérieure.

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  2. Je n’ai vu aucun des films dont tu parles dans ton article. Comme Flo, j’ai entendu beaucoup de bien de la Forme de l’eau, et il me fait vraiment très envie… Beaucoup de gens ont adoré Le Labyrinthe de Pan, or personnellement, ce film m’a glacée… C’est visuellement très beau, mais il m’avait mis mal à l’aise lors du visionnage… Je pense que je me retrouverai plus dans celui-là, enfin il me semble 🙂 Sinon, l’Orphelinat me paraît également très tenant ! Encore de belles découvertes dans ce Watching challege !

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    1. Je suis mal placée pour juger le labyrinthe de Pan, je suis restée longtemps en voyant tout sauf les 20 minutes de fin, et ensuite je l’ai vue, mais avec un tel décalage… je pense en revanche que la Forme de l’eau te plaira davantage, c’est plus ton genre, et malgré tout, il erre moins côté fantastique que le Labyrinthe. Et je pense que l’Orphelinat ne te déplaira pas non plus, dans le style conte gothique ! je crois que tu avais apprécié les Autres, ça y fait penser pas mal.

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