The Last of Us, Remastered Edition | PS4, 2014

        Sorti sur PS3, puis remasterisé sur PS4 avec l’ajout du DLC « Left behind » en 2014, The Last of Us m’a été offert par une personne qui connaît bien mes goûts et qui ne s’y est pas trompé. Il fait aussi partie de ces jeux devenus cultes, et il en mérite amplement le titre.

En 2033, la société ne se remet toujours pas de l’apocalypse ayant eu lieu vingt ans plus tôt : une infection d’un champignon transforme les gens en sortes de zombies monstrueux et les amène à s’entre-tuer. Les villes se sont désertées et la nature y a repris ses droits. Joel, qui a vu sa vie bouleversée comme tous les autres, survit en participant à divers trafics dans des zones contrôlées par l’armée. Il est alors chargé par le chef des Lucioles, l’autre groupe contrôlant des zones sécurisées, de transporter un colis vers une autre zone. Le colis en question n’est autre qu’Ellie, une jeune adolescente de quatorze ans, n’ayant jamais connu le monde pré-apocalyptique. Tous deux vont devoir s’entraider pour traverser les États-Unis…

I. Un air de Walking Dead

Bien sûr, il était impossible d’entrer dans ce jeu vidéo sans penser à The Walking Dead Telltale. Tout d’abord parce qu’on retrouve là encore deux personnages principaux plus ou moins dans les mêmes tranches d’âges : le parallèle entre Joel/Ellie et Lee/Clementine s’impose vite à l’esprit. Pourtant les personnages et les relations entre eux sont tout de même assez différentes. On ne peut s’empêcher de penser, aussi, au monde post-apocalyptique de la série et du jeu, qu’on retrouve avec encore plus de force ici, avec ses zombies, ses clans d’humains qui arrivent vite à se battre les uns contre les autres. Mais réduire The Last of Us à ce parallèle serait indigne, bien que de prime abord je le trouvais moins émouvant que The Walking Dead Telltale.

The Last of Us présente un monde post-apocalyptique totalement convaincant, désert, glauque, et en même temps majestueux. Les décors – beaucoup moins vides et moins « artificiels » que ceux de Uncharted, étant donné qu’il s’agit du même studio – sont impressionnants de beauté et de détails. On progresse dans une énorme variété de décors : zones militaires, maisons abandonnées, souterrains, routes envahies par une nature sauvage, anciennes usines, une contre enneigée, des musées et écoles abandonnées… D’immenses zones, d’immenses endroits, immergés de végétation, et où pourtant les multiples traces de l’humanité sont encore bel et bien présentés. Le jeu a un petit côté road-trip à la fin du monde qui est intensément immersif et nous pousse à explorer les moindres recoins, à contempler les paysages de toute beauté. A imaginer les anciennes vies des occupants des maisons et appartements abandonnés, surtout quand on trouve les cadavres des habitants. Chacun semble raconter une histoire, qu’on peut toujours essayer de deviner au gré des indices laissés, des lettres, de l’état des lieux. La plupart des personnages que l’on croise ont d’ailleurs des histoires poignantes, chacun ayant vécu l’enfer de voir sa vie bouleversée, à commencer par Joel, mais aussi Tess, sa camarade, ou encore Bill, qui a perdu son compagnon lorsque nous le rencontrons, mais Ellie elle-même a eu son lot d’épreuves. Les histoires de ces survivants n’en deviennent que plus émouvantes et tristes, et plongent davantage le joueur dans le jeu.

II. Solitude et survie

Les images désertes et magnifiques du jeu sont soulignées et encore davantage mises en valeur par les musiques. Les mélodies sont belles, paisibles, désolées, mais avec un étrange côté mélancolique et triste. Bien sûr, le rythme s’accélère quand on affronte des zombies ou des humains d’autres factions. Les bruitages, par ailleurs, ne sont pas en reste : et même s’ils ne me faisaient pas vraiment peur, il est toujours glaçant d’entendre les claqueurs (les zombies de ce monde) pousser leur bruit caractéristique, nous avertissant d’un danger proche – particulièrement quand on se retrouve à traverser un souterrain ou des égouts sombres. Les doublages en français sont quant à eux tout à fait respectables, respectant bien la personnalité de chaque personnage, et parvenant à donner encore davantage de singularité à nos deux héros.

En ce qui concerne les ennemis, les claqueurs ont plusieurs formes, et les vaincre (ou les fuir) ne sera pas toujours d’une simple paire de manches. A varier les armes et les stratégies, comme lors des combats avec des ennemis humains, on y arrive, mais la difficulté du jeu en mode normal me semble tout à fait honnête et corse le jeu de manière palpable. The Last of Us est, à ce niveau, bel et bien un survival-horror, et il convient de ne surtout pas gaspiller ses munitions. On peut opter pour la furtivité et l’étranglement, à condition de ne pas se faire repérer, ou foncer comme un bourrin, mais cela devient extrêmement ardu quand ce sont des hordes de claqueurs ou d’humains qui vous tombent dessus. En cela, le jeu a des phases assez délicates. Heureusement, on dispose quand même d’un bon arsenal d’armes, et de bombes en tous genres qu’on peut améliorer au fur et à mesure, en même temps que les compétences de Joel.

Il est évidemment possible de récupérer de nombreux indices, laissés ici et là, pour approfondir davantage le jeu et le scénario, ou encore récupérer les comics qu’Ellie dévore. A ce niveau, le système de prise en main du jeu, d’objets à trouver, et même de bataille, est très proche de celui de Uncharted 4, mais m’a paru plus fluide et plus équilibré. La plupart du temps, on incarne Joel, mais Ellie est aussi un personnage jouable à part entière. Et ce notamment dans le DLC « Left behind », mettant en parallèle passé et présent, permettant d’en savoir plus sur elle et son amie Riley, membre des Lucioles, mentionnée dans le jeu principal.

III. Les derniers d’entre nous

Toutefois, j’ai parlé principalement des aspects techniques de The Last of Us, pour l’instant. Et ce serait passer à côté du potentiel émotionnel du jeu. Cela fait indéniablement quelque chose de traverser des maisons abandonnées où l’on voit encore des traces de vie ; de rencontrer des personnages qui vivront ou mourront ; de passer dans des musées ou des universités où la vie semble encore pouvoir reprendre. Ici, les traces d’anciennes œuvres d’art ; là, des matelas qu’on a déplacés dans les pièces les plus stratégiques pour survivre ; ici, les lettres d’amour ou d’amitié laissés par des personnages condamnés à mourir ; là, la vision d’un couple enlacé qui a choisi de mourir plutôt que de se laisser dévorer et contaminer… Ce sont des images silencieuses, devant lesquelles il faut prendre le temps de s’arrêter, de décrypter, mais c’est indéniablement poignant et triste. C’est aussi pour cela que The Last of Us est terriblement réaliste et humain, au-delà d’échapper aux claqueurs et d’affronter des factions humaines poussées par leur instinct de survie, et leurs désirs les plus bas (cannibalisme ou luxure en vue). Si les différentes phases du jeu donnent l’impression d’un road trip par moments, cette quête se déroule dans une atmosphère pesante, triste, emplie de dangers, et où on ne peut que trouver des vestiges d’un monde qui a bel et bien disparu.

Si au départ j’ai progressé dans le jeu sans trop m’attacher aux personnages, malgré un prologue coup de poing, l’affection envers Joel et Ellie est venue peu à peu. Joel est un bourru, un solitaire, un homme qui garde en lui une profonde colère et une grande agressivité. Quelqu’un qui a trop enfermé ses émotions, faisant passer la survie au point d’être associable. Ellie lui permettra de s’ouvrir de nouveau, lentement. La jeune fille n’a en effet jamais connu le monde d’avant, et si elle est une dure à cuire – elle a suivi un entraînement physique et aura également les mains salies de sang – elle demeure avant tout une adolescente. Alors, c’est avec elle et ses exclamations qu’on redécouvre le monde. Elle s’interroge sur le comportement des gens d’avant, sur l’utilité de certains endroits, décontracte l’atmosphère en sortant des blagues dignes des Carambar (« Je suis tombée amoureuse un soir d’orage. C’était un vrai coup de foudre. »). L’insouciance se mêle à la maturité, pour elle. Et plus l’aventure continue, plus on voit les conséquences de ce monde sur elle : elle devient de plus en plus dure et forte, et en même temps, on a le cœur serré de voir son innocence se perdre. Car à force de voir que Joel ne fait pas dans la dentelle, elle suit le même chemin. Si bien qu’aux trois quarts du jeu, ces personnages que j’ai appris à aimer, je m’en suis bizarrement sentie mal à l’aise : le survivalisme avait tant pris le dessus que les meurtres semblaient devenir gratuits et la preuve d’une folie naissante chez nos deux héros. En ce sens, la fin du jeu n’en est pas moins amorale et terrible, même si on la comprend amplement, et qu’elle est simplement très humaine.

Conclusion

The Last of Us est, à n’en pas douter, une excellente expérience de jeu vidéo, et peut-être l’une des plus intenses et immersives, malgré un début de jeu que j’ai fait assez en retrait de l’histoire. Pour ses graphismes, ses lumières, sa mise en scène d’une Amérique dévastée, le jeu vaut assurément le détour et l’investissement émotionnel, mais aussi pour son ambiance, son scénario et ses personnages. Mentionnons d’ailleurs la présence d’au moins deux protagonistes LGBT, introduits très naturellement et sans que cela change le jeu d’un iota. Autant dire que je retrouverai très certainement les aventures d’Ellie et Joel dans le deuxième opus, prévu pour fin 2018 (peut-être). The Last of Us est superbe, bien que pas parfait. Et à sa fin, il laisse la même impression que The Witcher 3 : prendre une pause avant de se mettre à un autre jeu vidéo, tant l’expérience a été intense et mérite de ne pas être remplacée tout de suite par une autre aventure…

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3 réflexions sur “The Last of Us, Remastered Edition | PS4, 2014

    1. Merci beaucoup ! Oui, cette fin du jeu m’a laissée assez mal à l’aise, et en même temps, c’était émouvant…
      Pourtant, j’admets qu’au début j’ai vraiment eu peur de ne pas réussir à rentrer dans l’histoire. ET puis le charme de Last of Us est arrivé… en tout cas, il est de ces jeux qu’on a envie de refaire.

      Aimé par 1 personne

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