Watching Challenge | Les films d’avril 2018

Pour ce nouveau mois du Watching Challenge avec F. de l’O., partons découvrir une comédie musicale déjantée, un film d’horreur historique et folklorique, une adaptation badine des Liaisons dangereuses, et une parodique de Notre-Dame de Paris

Repo ! The Genetic Opera, Darren Lynn Bousman – 2008 | Un film avec un anti-héros

Repo ! The Genetic Opera est une comédie musicale rock de science-fiction horrifique… digne d’une série B ou Z. Dans un futur un peu apocalyptique, une épidémie a décimé les organes des gens, donnant naissance à une entreprise qui propose des implants sains, à condition de pouvoir les payer. Et les mauvais payeurs se retrouvent pourchassés, et éviscérés des organes payés, par une mystérieuse créature, the Repo Man. Repo Man qui, toutefois, n’est autre que le héros de l’histoire, un père, Nathan Wallace, qui protège depuis des années sa fille d’une maladie incurable. Repo ! The Genetic Opera est une bizarrerie certaine, qui mêle vedettes imposantes (Terrance Zdunich, Sarah Brightman, Anthony Stewart Head) et de guests stars étranges (Paris Hilton). Si les mélodies ne sont pas de celles qu’on réécoute vraiment en-dehors du film, il faut admettre que cette comédie musicale est délicieusement excentrique et, à défaut d’être noble, assume jusqu’au bout son côté grand-guignolesque, ses défauts, ses absurdités. En fait, cela fait diablement plaisir de voir un scénario mis en scène de façon assez originale, en mélangeant des images style bande dessinée, tout en étant capable de faire des scènes assez réussies, dans des décors glauques, et de parsemer le tout de quelques jets d’hémoglobine. Repo ! The Genetic Opera n’est pas du tout à prendre au sérieux, et que c’est jouissif de voir un film assumer son délire jusqu’au bout ! Notre anti-héros n’est autre que le personnage principal, Nathan Wallace, qui en est même temps, paradoxalement, le « méchant », The Repo Man, mais aussi pour d’autres raisons propres au scénario (que je ne spoilerai pas). Il a un petit côté Jekyll/Hyde assez séduisant, puisque ce double visage est assumé au cours des chansons avec deux styles de voix différents. Et si on comprend très bien son désir de protection de sa famille, de culpabilité et de rédemption, il n’empêche qu’il commet des actes peu acceptables et qu’il est loin de l’image d’un héros traditionnel.

The Witch, Robert Eggers – 2015 | Un film avec un lapin

Dans la lignée des films horrifiques vus ces derniers temps, se trouve The Witch…dans laquelle figurait, à ma surprise, un lapin dans un rôle relativement important et malsain. Au XVIIe siècle, une famille de colons se retrouve isolée de la société et vit à côté d’une forêt où rôde, dit-on, une sorcière. Évidemment, le film débute par l’enlèvement du bébé de la famille, et ce n’est que le début d’événements étranges. The Witch ne m’a honnêtement pas trop plu : je l’ai trouvé lent, certes inventif et même poétique dans sa mise en scène et ses décors. Et prévisible, peu efficace. Mais les personnages sont difficilement identifiables, et on a en fait très envie de les secouer quand c’est à la limite plus la superstition, que la véritable présence d’une force maléfice, qui les fait accuser l’adolescente de la famille d’être une sorcière. État qui est d’ailleurs une métaphore de la puberté et de sa transformation en jeune femme. Mais le film respecte une certaine idée de la sorcellerie, celle d’un ancien folklore : alors oui, la sorcière vit dans les bois, et peut être une vieille femme autant qu’une belle jeune femme désirable. De même, les apparitions du diable se manifestent par la possession de divers animaux : en premier le fameux lapin, qui semble présager à chaque fois d’un événement atroce, mais ensuite un bouc, un corbeau… Jusqu’à ce que l’histoire se renferme en un huis-clos où tous meurent les uns après les autres. A noter que la fin du film est plutôt réussie, avec ses dernières images d’un sabbat des sorcières, mais aussi en le fait que la jeune héroïne finit par devenir une sorcière et signer un pacte avec le diable, à force d’avoir été injustement accusée et acculée.

Valmont, Milos Forman – 1989 | Un film mettant en scène une aristocratie décadente

J’avais vu pour la première et seule fois cette adaptation des Liaisons Dangereuses, à l’époque du lycée, alors que nous étudions le livre pour le bac. Et elle m’avait semblé à l’époque à fois une adaptation libre, et en même temps légère et parodique. La revoir n’était donc pas une mauvaise idée. Bien que Valmont soit effectivement plus léger, plus badin, plus moqueur que le très noble et dramatique film de Stephen Frears, je l’ai tout autant adoré. Les décors y sont magnifiques, autant que les costumes, et les acteurs ont quelque chose de plus humain, de plus frais et drôle que dans l’autre film. Il est aussi amusant de voir l’histoire parfois détournée, ou certaines scènes projetées d’une autre manière. Cela me fait toujours autant sourire de voir Valmont faire semblant de se noyer pour attirer l’attention de Tourvel, de voir la naïveté entre Cécile et Danceny poussée à l’extrême… et puis quel délice, tout simplement, de voir Colin Firth aussi jeune (c’était un de ses premiers films) prêter ses traits au Valmont séducteur, tantôt émotif et impressionnable, tantôt calculateur et majestueux. Et Annette Benning, la Marquise de Merteuil, n’est pas moins admirable que Glenn Close : ses expressions varient en quelques secondes de l’hypocrisie à la moquerie, de l’innocence à la revanche, et il y a un je ne sais quoi qui rend l’actrice simplement formidable dans ce rôle. Certes, le drame devient parfois plus comédie, le libertinage est plus badinage, les relations humaines sont traitées avec plus d’humour et de simplicité que dans le film de Frears, mais on y retrouve vraiment l’esprit du roman de Laclos, malgré tout.

Quasimodo d’el Paris, Patrick Timsit – 1999 | Un film adaptant une de vos histoires favorites

Je recroise F. de l’O. pour le film adaptant l’histoire favorite, sans que ce soit prémédité… Notre-Dame de Paris étant aussi mon roman préféré. J’en possède toutes les adaptations, ou presque, et j’avais envie de revoir l’histoire revue sous la mise en scène moderne et parodique de Patrick Timsit. Alors, Quasimodo d’El Paris est effectivement une comédie, avec de l’humour bien gras, parfois plus fin, ce n’est pas l’adaptation la plus transcendante et il y a une fin heureuse (même si Phoebus meurt dans celle-là!). Mais je ne peux pas m’empêcher de rire devant à chaque fois, tant les acteurs sont plongés dans leurs délires et leurs personnages. De Richard Berry qui fait un Frollo très rock et très drôle, avec tout de même quelques aspects menaçants (hey, c’est le seul Frollo qui ressortira à Esmeralda, mot pour mot, son discours « Il faut être à moi, la belle, la tombe ou mon lit ! »), Mélanie Thierry qui est un peu chiante (comme toute Esmeralda, en fait) mais qui joue aussi bien l’innocence et la détermination, Vincent Elbaz qui est peut-être le meilleur des Phoebus tant il déborde de vulgarité, de stupidité et d’attitude beauf, Patrick Timsit qui n’est pas mal non plus dans son rôle de Quasimodo, quoique niais… Et puis, même si c’est situé à l’époque moderne, de façon parodique, et que le scénario se permet des libertés, cette adaptation est excentrique et plaisante à la fois. Car elle se permet d’exploiter des choses pas forcément visibles dans le roman, des confrontations entre personnages (Phoebus/Frollo, par exemple), de se moquer des personnages, tout en respectant plusieurs scènes-clés du roman. Même si tout est tourné en dérision, par la façon dont sont campés les personnages, c’est par la multitude de détails tirés du roman ou des clins d’oeil (j’en ai encore redécouvert à ce visionnage), qu’on sent un profond amour pour le roman d’origine, et cela aide le délire du film à être à la fois perspicace et drôle.

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9 réflexions sur “Watching Challenge | Les films d’avril 2018

  1. Ce mois-ci, tu n’as objectivement pas vu des chef-d’œuvre, mais c’est très bien d’avoir des petits plaisirs coupables ou de découvrir d’autres types de qualités à certains films. Puisque tu me l’as prêté, je regarderai sans doute Repo Man, et te donnerai mon avis. J’imagine que c’est le genre de film où « ça passe ou ça casse ». Quant à The Witch, j’ai trouvé le lapin très effrayant en effet ! J’ai un mauvais souvenir de Valmont car notre prof de littérature disait que c’était la version bidon des Liaisons Dangereuses (pas avec les mêmes mots). Mais je devrais le revoir, ne serait-ce que pour Colin Firth, et surtout s’il t’a plu. Je m’en souviens à peine, en fait. Quant à Quasimodo d’el Paris, j’ai beaucoup de mal avec les comédies française… Mais je l’ai aussi vu une seule fois, il y a très longtemps, et je pourrais sans doute retenter. Mais c’est cocasse qu’on soit tombés sur le même thème, et la même histoire, ce mois-ci.

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    1. C’était pas vraiment le mois des chefs d’oeuvre, c’est sûr. Mais ça change… Oui, Repo Man, ça passe ou ça casse, c’est vraiment du délire, mais je l’ai trouvé plus accessible que The rocky horror picture show, qui nous avait laissés de marbre. Le lapin de The Witch était flippant. Tu sens qu’il faut pas s’en approcher à trois mètres. A un moment on le voit même à la tête de « l’armée » des animaux possédés. Glaçant. Alors, oui Valmont c’est un peu la version bidon des Liaisons dangereuses, en un sens (pourtant le film a coûté beaucoup plus cher que celui de Frears en terme de décors et de costumes), parce qu’il n’y a vraiment pas le même sens dramatique, menaçant, noble, empoisonné des Liaisons dangereuses. Mais tout en étant différent, il y demeure fidèle, et intéressant. Et puis avec Colin Firth, ça va te faire sourire. Tu avais vu la version des années 60 ? Celle avec Jeanne Moreau et je ne sais plus qui, dans un contexte moderne ? Je ne l’ai vue qu’une fois, et même si elle n’était pas inoubliable, elle était intéressante aussi.
      C’est très cocasse ou le signe de la fatalité, d’être tombés sur Notre-Dame, le même mois. red Quasimodo d’El Paris, après, ça peut être à retenter. Au moins pour rire…même si là non plus ce n’est pas très noble.

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      1. Je n’en ai vu que des passages, au lycée aussi probablement; mais comme le disent les autres, il y a une autre version contemporaine, même s’il y a pas mal de libertés je crois. Mes souvenirs sont très vagues. Oui, c’est cocasse – et pas si étonnant en y réfléchissant – qu’on ait parlé de NDDP.

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  2. J’aime aussi beaucoup cette version des « liaisons dangereuses » ! Dans une adaptation plus moderne, il y a aussi le teen movie « Cruel intention », où cette histoire est retransmise à notre époque dans un campus ! Avec Sarah Michelle Gellar dans le rôle de la garce pour changer ! Une très bonne surprise !

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    1. Exact ! Cruel Intentions est pas mal du tout ! Cette version moderne des Liaisons Dangereuses est je trouve beaucoup plus « digeste » que tous les autres métrages. Et c’est vrai que Sarah Michelle Gellar joue son rôle à merveille 😉 Je me souviens également de la fin assez imprévisible du film !

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    2. Je n’ai jamais vu Cruel intentions, j’avais un peu peur du résultat je l’admets ! Mais c’est à tester : c’est la seule version que je n’ai encore pas vue ! (Il y a aussi une adaptation asiatique qui existe…très belle, beaux costumes, mais qui n’apporte pas véritablement grand-chose dans mon souvenir)

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  3. Ahah ! Repo ! Mince, cela fait des lustres que je l’ai vu, et je dois dire que j’étais ressortie un peu hallucinée de ce visionnage. Il s’agit vraiment d’une comédie musicale d’un format très outrancier, c’est le moins que l’on puisse dire… Je ne m’attendais pas du tout à ça en fait, mais j’avais bien aimé le style BD des plans, et j’avais adoré le personnage de Nathan Wallace. Par contre, je n’avais pas du tout accroché à la BO, comme tu le dis bien, les musiques ne restent pas du tout dans l’oreille. Si je me souviens bien, c’était assez récitatif. Quant à Valmont, je l’ai aussi vu il y a longtemps, et je l’avais beaucoup aimé, sans doute à cause du ton plus léger, effectivement que l’adaptation plus sombre de Frears. Et puis, Quasimodo d’El Paris, quelle perle… ! Rien que pour le Frollo de Richard Berry, qui sort des répliques terribles tout en gardant une expression d’un sinistre très de circonstance… Et puis la manière dont il prend Phoebus pour une tanche est extrêmement jubilatoire…(« Oh le con, il est en train de retourner le cimetière… » est une réplique qui restera graver dans ma mémoire, je pense… :p) Film et adaptation improbable, qui a finalement très bien cerné Frollo, non ? 😀 Quant à The Witch, je ne connais pas du tout…

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    1. Repo, ça passe ou ça casse, incontestablement. C’est très outrancier, très déjanté, mais il reste une comédie musicale plutôt sympa, tant qu’on la prend au second degré, sinon c’est du n’importe quoi. Il n’y a effectivement pas de lyrisme particulièrement marqué dans les chansons, toutefois.
      Richard Berry campe un magnifique Frollo mine de rien. Très décalé d’un côté, et très sérieux d’un autre, et très frollien…les répliques sur le cimetière font aussi partie de mes favorites. C’est improbable, c’est vrai, mais l’adaptation rend parfois plus hommage au roman et aux personnages, que d’autres, pourtant plus sérieuses et réalistes.

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