Lectures d’avril 2018

  Autorité (Authority), La trilogie du rempart sud tome 2, Jeff VanderMeer – VO 2014, VF 2017

Le topo : John Rodriguez, dit Control, se retrouve à la tête du Rempart Sud. Mais cet établissement scientifique est tout aussi mystérieux, empli de non-dits et d’interrogations que la zone X qu’il étudie. C’est dans un contexte de paranoïa, de découvertes macabres et de suspicion envers tous ses employés, qu’il va essayer de trouver la vérité sur la Zone X, en rencontrant notamment la biologiste du premier tome.

Le résultat : Après la lecture du cauchemardesque et prégnant Annihilation, il fallait bien découvrir la suite de la trilogie, avec ce roman lu en vérité en mars plutôt qu’en avril. Autorité m’a moins plu que le tome 1, mais il n’en demeure pas moins intéressant, avec un côté espionnage/thriller plus prononcé. Il se passe cette fois à l’intérieur du Rempart Sud, dédié à l’exploration scientifique de la Zone X. Trouve-t-on enfin les réponses laissées en suspens lors du tome 1 ? Non, du moins pas à toutes, et c’est un grand plaisir de continuer à voguer dans le mystère entourant la Zone X. Car de ce côté de la frontière, tout reste aussi toujours aussi poisseux, dans une ambiance de paranoïa instable et palpable, avec des non-dits, des événements étranges, des révélations qui poussent encore plus au côté lovecraftien des bouquins… Si notre narrateur ne m’a pas autant touché que la biologiste du premier tome (qu’on retrouve au cours de l’histoire), il est malgré tout un personnage intéressant à découvrir, empreint de nombreuses contradictions, déterminé, mais fuyant un passé compliqué. Certaines images et scènes du livre demeurent aussi glaçantes, avec la poésie d’une écriture étrange et pourtant fluide. C’est un plaisir tout particulier d’expérience de lecture, que d’ainsi naviguer dans une histoire au mystère aussi épais. Et la fin a de quoi donner un certain frisson, en attendant le troisième tome !

Maliki, tomes 1 (Broie la vie en rose) et 2 (Une rose à l’amer), David Souillon – 2007 & 2008

Le topo : Recueil de webcomics publiés au cours des mois, l’auteur y aborde son quotidien, son art, des situations absurdes ou des voyages, le tout avec humour et une touche d’imaginaire.

Le résultat : Maliki est une série de bande dessinée à tendance autobiographique, reprenant les webcomics réalisés chaque semaine par son auteur. Contrairement à ce que laisse supposer les couleurs bien girly des couvertures, et le fait que Maliki soit une héroïne, l’auteur est bel et bien un homme. Ces petits comics relatent ainsi différents événements de la vie quotidienne, inspirés de ceux de la vie de l’auteur, de ses chats, de ses souvenirs d’enfance, d’anecdotes, de son travail… Il s’agit là d’une bande dessinée que j’ai prise pour le plaisir de la découverte, par le souhait d’une lecture plus légère, et il n’y a pas vraiment de déception de ce côté-là. Les dessins sont dynamiques et drôles, se moquant parfois d’eux-mêmes, faisant des références culturelles, cultivant aussi bien l’humour que l’absurde de la vie quotidienne. On y trouve même une touche de fantastique qui nous rappelle que les dessins flirtent aussi du côté de l’imaginaire.

A comme aujourd’hui (Every day), David Levithan – VO 2012, VF 2013

Le topo : Chaque matin depuis le début de sa vie, A se retrouve dans le corps de quelqu’un d’autre. Au fil du temps, il a appris à vivre sans fracas pendant une journée, la vie d’un ou d’une autre, continuant son existence nomade. Mais tout change quand il tombe amoureux de la petite amie de son hôte du jour, et pour la première fois, son mode d’existence lui paraît insupportable.

Le résultat : J’ai déjà eu l’occasion de faire une critique plus complète pour A comme aujourd’hui, ici. Et avec le recul de ma lecture, je crois que le roman fait indéniablement partie des romans ados les plus originaux que j’ai pu lire. Le concept en lui-même est diablement original, et l’histoire d’amour, le côté fantastique, ne sont après tout que des prétextes à des réflexions plus existentielles et philosophiques, sur la conception de l’amour, sur l’identité, sur ce qu’on aime chez quelqu’un, sur comment on se définit et se voit soi-même. Sans oublier toute la thématique sur la différence, et toutes les vies possibles qui existent et se valent autant qu’une autre.

Je suis le genre de fille, Nathalie Kuperman – 2018

Le topo : Par des chapitres commençant par « Je suis le genre de fille », la narratrice nous donne à voir différentes scènes, réflexions de la vie quotidienne, dans la peau d’une femme qui souvent s’efface au profit des autres.

Le résultat : Bien que la narratrice soit l’héroïne du roman, on suppose sans doute qu’il a une certaine portée autobiographique pour Nathalie Kuperman (comme pour beaucoup de romans français contemporains). Ce recueil de nombreux chapitres courts se lisent assez vite, témoignant des réflexions et des situations de vie où la narratrice a tendance à ne dire que trop oui aux autres, pour le regretter après, et à faire passer les demandes d’autrui avant les siennes, même si cela la répugne. D’où un écho certain avec nombre de situations quotidiennes (toujours tenir la porte aux autres, aller à une fête où on n’a pas vraiment envie d’être, etc) mais aussi une répétition un peu trop présente du style d’écriture, de scènes un peu agaçantes au du manque de personnalité de l’héroïne. Et si la satire sociale est bien là, elle ne marque toutefois pas assez pour que le roman en soit percutant.

La chambre des merveilles, Julien Sandrel – 2018

Le topo : Thelma est une femme d’affaires bien occupée, mais qui prend malgré tout soin de son fils. Toutefois, tout bascule quand Louis se fait renverser par un camion et tombe dans le coma. Les médecins lui donnent quatre semaines avant de débrancher le respirateur. Thelma trouve alors dans la chambre de son fils un carnet des merveilles, où il a listé ses rêves à accomplir. Elle décide alors de les réaliser à sa place, en filmant tout et en lui offrant ces rêves, espérant que cela le sortira du coma.

Le résultat : Il est possible de faire des romans feel-good qui ne soient pas aussi niais et mal écrits que Ta deuxième vie commence quand tu n’en as qu’une : la preuve en est là avec le premier livre de Julien Sandrel. Alors, on se doute dès le début que l’histoire se terminera bien, que le roman débordera de bons sentiments. Mais il le fait avec une intrigue crédible, des personnages sympathiques à défaut d’être véritablement attachants, avec une bonne construction, y compris pour les secondaires. En réalisant les rêves de son fils, Thelma comprend aussi qu’elle a négligé sa propre vie au profit de son travail : elle voit cela comme une chance de remettre son existence sur les rails. Et c’est abordé avec humour, car les rêves de Louis sont évidemment ceux d’un garçon de douze ans. Bien sûr, il ne faut pas demander de grands retournements de situation ou une intrigue complexe, mais dans son genre littéraire, La chambre des merveilles fait passer un agréable moment de lecture, même si tout y est facilement prévisible (c’est aussi le principe du genre…).

Sauf, Hervé Commère – 2018

Le topo : Mat a toujours cru ses parents morts dans l’incendie de la maison familiale. Jusqu’au jour où à son magasin de dépôt-vente, une femme lui dépose un album photos, rempli d’images de son enfance…et d’une photo de sa mère encore en vie, après l’incendie. Il va alors replonger dans son passé, d’autant que d’autres que lui veulent cet album…

Le résultat : Sauf est plus un thriller psychologique qu’un vrai polar. Bien qu’il soit composé de chapitres courts, Hervé Commère mène son intrigue de main de maître, faisant aller le lecteur de rebondissement en rebondissement. Impossible de savoir où il va nous mener, et les péripéties de Mat et son entourage sont extrêmement passionnantes, nous encourageant à avoir le fin mot de l’histoire. A noter que les autres personnages autour de lui sont également esquissés de façon sympathique, et que pour une fois, le héros n’est pas une énième victime des circonstances peu sûre d’elle. Non, Mat est touchant dans sa détermination à vouloir percer le mystère de ses origines, même lorsqu’il perd son propre appartement et qu’il s’aperçoit que cette histoire pourrait mettre à un terme à sa vie. Sauf est très bien mené, de bout en bout, et inattendu dans ses tournants.

Normal(e) (The art of being normal), Lisa Williamson – VO 2015, VF 2017

Le topo : David est un garçon. Ou plutôt, une fille piégée dans le corps d’un garçon. Seuls ses deux meilleurs amis sont au courant, et surtout pas sa famille. Puis Leo, taciturne et secret, arrive dans son lycée. Les deux jeunes gens vont voir leur existence se croiser bien plus qu’ils ne le pensaient au premier abord.

Le résultat : Normal(e) est un excellent roman ado, qui parvient à aborder tant la thématique de la transidentité que les questionnements de l’adolescence en général. Il parle d’identité de genre, évidemment, mais aussi d’amitié, d’amour, de liens familiaux, du sentiment d’être différent, du harcèlement scolaire, de passer à l’âge adulte. Bien que ses péripéties restent dans un cadre quotidien tout en s’éloignant du lycée, c’est un livre écrit avec une profonde justesse par son auteur, et touchant autant dans ses thèmes abordés que par les personnages. J’ai ainsi notamment apprécié le traitement de Leo, taciturne et coléreux, loin des autres images traditionnelles des adolescents. Et le tout est bercé par une écriture fluide avec une alternance des points de vue de nos personnages principaux, même si au départ on ne les voit pas forcément se croiser beaucoup. Bref, un coup de cœur en littérature jeunesse, et qui montre aussi encore une fois que les romans ados sont parfois plus justes en abordant certains sujets, que nombre de romans adultes.

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2 réflexions sur “Lectures d’avril 2018

  1. Bon, pour une fois, j’en ai lu deux; même si tu n’y es pas pour rien. Comme tu le sais, j’ai beaucoup aimé Normal(e), et sans doute plus que le Point Cardinal, même oui. On s’identifie plus aux personnages, et sans que l’ambiance devienne trop pessimiste, la transition apparaît moins comme une évidence. Quant à A comme aujourd’hui, j’ai aussi bien aimé; même si je n’ai peut-être pas autant accroché que toi. L’article vient très bientôt.

    Aimé par 1 personne

    1. Les thématiques sont traitées avec beaucoup plus de légèreté et de quotidien, dans Normal(e). Ça fait simplement partie de la vie… J’attendrai ton avis sur A comme aujourd’hui alors 🙂

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