Beyond : Two Souls (2015)

  Sorti en 2013 sur PS3, et 2015 sur PS4, Beyond : Two Souls est un jeu vidéo développé par Quantic Dreams, dans la lignée des jeux-films interactifs tels que Heavy Rain ou Until Dawn. Il présente, à travers un fil non-linéaire de souvenirs, l’histoire de Jodie Holmes, une jeune femme liée psychiquement depuis sa naissance à une mystérieuse entité, et possédant de ce fait des pouvoirs surnaturels. C’est toute sa vie qui nous est relatée, des scènes quotidiennes à des événements bien plus tragiques…

I. Un immense film interactif

Beyond : Two Souls pourrait être un film. Tant d’éléments vont en cette faveur : tout d’abord le fait que les personnages soient modélisés d’après du motion-capture, avec notamment Ellen Page pour Jodie, et Willem Dafoe, au point qu’on reconnaisse aisément les traits et regards des deux acteurs. Autant dire que ceux-ci apportent non seulement leur savoir-faire et une puissance réelle aux personnages, mais aussi de belles émotions et une sacrée conviction. Vient ensuite la mise en scène de ce jeu : en choisissant un parti non linéaire (même si on peut choisir de le jouer chronologiquement), le jeu s’oriente vers le récit de vie, le thriller, la science-fiction/fantastique, mais avant tout le film-puzzle à énigmes, où chaque souvenir de Jodie nous permet de reconstituer les fragments de sa vie. Et l’ensemble, par la mise en scène, la musique, le choix de plans et d’images, font irrémédiablement penser à un film grandiose, une pensée renforcée par les dernières secondes de fin du jeu.

Mais comme dans Heavy Rain, Beyond se démarque de ce côté film interactif en proposant au joueur de contrôler tant Jodie que Aiden, l’entité liée à elle. Ce partenariat se révèle on ne peut plus intéressant, car on a la possibilité de choisir nombre de dialogues ou d’actes décisifs avec Jodie, qui vont orienter la fin de son histoire et la fin du jeu, que ce soit du côté de ses relations sociales, de sa lutte avec les entités de l’autre monde, de son passé… Mais Aiden a également la même possibilité d’action : selon nos choix, il peut être agressif et tourmenteur, ou bien amical et passif. Cela aura également une influence sur la fin du jeu. Et ces fins sont au nombre d’une vingtaine : autant dire qu’il y a de la marge quant au fait de rejouer plusieurs fois à ce jeu. Par ailleurs, Jodie étant mêlée à de nombreuses situations du fait de ses dons particuliers, le jeu permet de flirter avec plusieurs genres. On a ainsi des passages d’infiltration quand elle travaille pour la CIA, ou des scènes bien plus quotidiennes dans son enfance et adolescence, ou encore des scènes purement fantastiques et oppressantes, quand elle doit lutter contre des entités semblables à Aiden, mais nettement moins amicales.

Les contrôles ne sont pas toujours parfaits et sont parfois rebutants, ce qui est peut-être le seul défaut du jeu (avec certaines jérémiades de Jodie). Outre cela, il est à noter que les graphismes sont très beaux, et achèvent l’immersion dans le jeu.

II. L’odyssée magistrale d’une vie (ou de deux)

L’intrigue de Beyond : Two Souls est si prenante qu’il s’agit sûrement d’un des jeux vidéos que j’ai pu finir le plus rapidement, ayant vraiment du mal à me raisonner et à me dire de poser ma manette. En vérité, déjà que The Last of Us m’avait donné une claque émotionnelle, j’en ai pris une seconde avec Beyond. Car l’histoire de Jodie et d’Aiden est intrigante, émotionnelle, tragique, sombre et extrêmement mature. Si le personnage de Jodie en elle-même peut exaspérer par ses crises de colère, Aiden se révèle bien plus mystérieux, et je l’ai quasiment tout de suite adoré ; même si, en le jouant, on se rend compte qu’il pourrait tout à fait être un de ces poltergeist qui terrifient dans les films d’horreur. Le troisième personnage secondaire, Nathan Dawkins (Willem Dafoe) n’est pas en reste, étant à la fois un père de substitution bienveillant et protecteur pour Jodie, mais aussi son ennemi.

Retracer l’histoire de Jodie, en cherchant ce qui a pu mener à la fin dont elle nous parle au début du jeu, est passionnant. On découvre ses premiers instants de véritable conscience avec Aiden, on suit l’histoire d’une famille qui la rejette, on découvre comment elle a été embarquée par la CIA à cause de ses dons ; on vit avec elle (et Aiden) des scènes de l’adolescence, une guerre civile, la précarité et l’hostilité d’une vie de sans-abri, on poursuit sa quête d’identité, ses instants d’apaisement bref dans une famille indienne au milieu du désert, ses romances, son sentiment d’être à part et différente… Le tout avec toujours la présence d’Aiden, dont elle se plaint comme d’une présence envahissante, omniprésente. Les instants où elle déteste Aiden sont contre-balancés par des moments complices entre eux, où ils s’aident l’un l’autre. Cette relation entre les deux est bien évidemment d’autant plus forte et fusionnelle que nous jouons Aiden et qu’on peut faciliter la vie de Jodie, ou au contraire, la compliquer. A noter qu’Aiden peut être joué en mode Duo avec un autre joueur.

Avec ces deux personnages, on vit à la fois des moments du quotidien, et des moments que nous n’aurons jamais l’occasion de vivre. A ce titre, le jeu propose une réflexion sur la perception qu’on se fait des sans-abris, sur les guerres civiles, puisque Jodie est impliquée au cœur de ces situations. Mais il y a aussi un au-delà bien plus philosophique et fantastique que le jeu nous propose de découvrir, celui de l’infra-monde. La présence d’Aiden mène à penser et à imaginer un au-delà, le sujet sur lequel porte les recherches de Nathan Dawkins : ce dernier en devient d’ailleurs un personnage tourmenté et bouleversant. Alors, qu’y a-t-il de l’autre côté ? Le jeu nous apporte une réponse certes fantastique (et pour laquelle il faudrait refaire le jeu une deuxième fois, multiples fins obligent), mais nous amène aussi à réfléchir sur le deuil, la perte des êtres chers, le bouleversement d’une vie, sur le potentiel tant merveilleux que dangereux de l’au-delà. Il y a également une critique d’un telle recherche scientifique, qui propose une avancée pour l’humanité, mais à ses dépends, du point de vue de la folie personnelle et de l’utilisation à des buts militaires.

Beyond : Two Souls pourrait être un film magistral, mais il perdrait de sa puissance émotionnelle car nous n’aurions pas la possibilité de nous impliquer autant dans les choix de Jodie, d’Aiden, et de nous identifier autant à eux. C’est aussi cette immersion qui permet toute la beauté et tout le tragique, tout l’attachement émotionnel envers les personnages. Les différentes séquences font passer d’une ambiance à l’autre, entre l’adolescence, le road-trip, l’infiltration, l’enfance, les moments émotionnels, l’action réaliste ou fantastique, notamment lors de la lutte (oppressante) contre d’autres entités. Et quelle fin, tout simplement, superbe, après des heures où vous avez l’impression de faire les montagnes russes au niveau émotion. C’est à regretter qu’il n’y ait pas de suite à cet opus, mais peut-être vaut-il mieux que l’expérience reste unique, magnifique comme elle est.

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6 réflexions sur “Beyond : Two Souls (2015)

  1. J’avais beaucoup aimé ce jeu, et je ne doutais pas que tu l’adorerais, même si on ne peut jamais prévoir un tel coup de cœur. Je suis d’accord avec toi, bien sûr. Je te l’ai déjà dit, mais j’ai eu du mal à m’identifier au personnage principal, sans compter que, malgré son jeune âge, elle traverse des situations toutes si différentes les unes des autres, que ça retire un peu de la crédibilité (et donc de l’immersion) qu’on peut trouver dans Heavy Rain, par exemple. Ces bémols passés, c’est bien sûr un excellent jeu.

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  2. Je vois que tu as apprécie le jeu (c’est peu de le dire ^^). Il faudrait que j’y rejoue car j’ai la mémoire qui flanche avec le temps mais je sais que j’avais beaucoup aimé l’expérience moi aussi. Place à Detroit désormais ! Tu vas adorer !

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    1. Totalement, ça a été un gros coup de coeur. J’avais vraiment du mal à me convaincre d’arrêter le jeu….et j’ai très hâte et envie de découvrir Detroit, qui a tous les prémices d’une sacrée expérience…et puis rejouer à Beyond te permettra sans doute une autre fin ?

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      1. Oui en fait j’avais refait le jeu plusieurs fois mais il faudrait que je relance une partie à neuf histoire de me replonger dedans car ça fait un bail (façon de parler) !

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      2. Je suis sûre que l’expérience sera encore une fois magistrale…je pense qu’il doit faire partie de ces jeux qui vieillissent bien et avec autant d’émotions. C’est ce qu’il faut pour en faire un classique…

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