Watching Challenge | Les films de juin 2018

Et voici les quatre découvertes du mois permises par le Watching Challenge, entrepris avec F. de l’O. ! Horreur, science-fiction, western enneigé et nuances de noir et blanc sont au programme du compte-rendu de juin.

The Thing, Matthjis van Heijningen Jr., 2011 | Un remake

Pour ce critère, je voulais pousser l’exigence de voir un remake d’un film dont j’avais déjà vu l’original. Mais je n’ai pas pu trouver l’original de Funny Games, et je n’avais finalement pas très envie de tenter l’expérience de Psycho par Gus Van Sant. Alors, je me suis tournée vers le remake-prequel (oui, c’est les deux) de The Thing, par le réalisateur néerlandais Matthjis van Heijningen Jr. The Thing, version de 2011, se déroule un peu avant le film de 1982, mettant en scène la découverte du monstre par une équipe scientifique, de son vaisseau, et ensuite la façon dont le monstre a pu fuir vers un autre endroit du continent austral. Globalement, le prequel permet de découvrir les origines de la créature, extra-terrestre, mais se transforme ensuite en remake en reprenant le parti pris du film d’origine : un huis-clos orienté vers la survie, la paranoïa entre les divers membres du groupe, la chasse à la créature. Si ce n’est que, le temps et les mœurs étant passés par là, le leader de la petite troupe est cette fois une femme, et qu’on reconnaîtra l’acteur de Tormund de Game of Thrones, avec sa célèbre barbe rousse. Ce remake de The Thing n’est pas mauvais : il a un bon rythme, malgré un scénario déjà connu, des acteurs assez convaincants, y compris le premier rôle féminin, et une sobriété sortie tout droit du premier film, sans la moindre trace d’humour. Certes, la créature est créée de façon numérique, majoritairement, mais avec suffisamment de contorsions de corps et d’horreur pour être convaincante et évoquer celle du film d’origine. Le remake montre ici beaucoup de respect à son modèle, notamment en insérant, au générique, la musique du premier film en montrant l’arrivée du chien-créature au second camp scientifique. Mais justement, il ne transcende pas son modèle, tout en se laissant plutôt bien regarder, et échoue à donner totalement la même impression d’isolement, de conflits des personnalités, etc.

2001, l’odyssée de l’espace, Stanley Kubrick, 1968 | Un film dont vous ne connaissez qu’un plan ou qu’une image, mais qui vous hante

Outre la célèbre image du personnage principal marchant dans le couloir spatial blanc de son vaisseau, un autre plan de 2001, l’odyssée de l’espace, m’était resté à l’esprit : David Bowman perdant une partie d’échecs contre CARL / HAL 9000. Contre cet ordinateur de bord qui tuera ensuite les membres de son équipage… cette supériorité de la machine intelligente sur l’homme, se retournant contre lui, est au cœur de nombreux mythes de la science-fiction, et l’une des images les plus représentatives du genre. Outre cela, c’est aussi un classique du cinéma que je n’avais jamais vu et dont je ne connaissais même pas tellement l’histoire. Autant dire que quand je me suis retrouvée à regarder le premier segment de l’histoire, avec la tribu d’australopithèques pendant vingt minutes, je me demandais si je ne m’étais pas trompée de film. Je ne savais pas vraiment quoi m’attendre, avec ce film, et j’ignorais même qu’il était aussi conceptuel et métaphorique. 2001, l’odyssée de l’espace, retrace l’évolution de l’homme, passant de l’australopithèque au voyage dans l’espace et sur d’autres planètes, ses avancées technologiques. Il est difficile aussi de ne pas être troublé devant CARL, l’ordinateur à l’intelligence artificielle si évoluée, qu’il cherche à tuer ses créateurs quand ceux-ci menacent de le déconnecter, ce qui revient à le tuer, et qui, par ses paroles et supplications, semble plus humain que les hommes du film. Les scènes dans l’espace, avec les immenses vaisseaux et les musiques majestueuses, n’ont également pas pris une ride, du moins me semble-t-il. En revanche, le dernier segment du film m’a mis mal à l’aise d’une façon quasi-physique à laquelle je ne m’attendais pas, entre fascination et répulsion, même si c’est cliché. Il y avait quelque chose de terriblement dérangeant, glauque et angoissant à voir le « voyage » extra-terrestre de Bowman dans des tourbillons de lumières, des paysages désaturés, aux couleurs inversées, comme un délire psychédélique mais horrifiant, au vu des plans fixes sur le visage déformé de terreur du personnage. Et le moment où il se voit vieillir de façon accélérée dans le faux hôtel, sans jamais se quitter du regard en quelque sorte, m’a encore plus glacée. En dépit de sa fin « positive » (je suppose, le film étant libre à toute interprétation, dont les cycles d’évolution, de renaissance, de vie et d’au-delà), 2001, l’odyssée de l’espace m’a laissée avec un terrible sentiment de solitude et d’isolement, de vacuité (pas forcément existentielle, mais ça en tient), d’immensité effrayante, de silence imposant et écrasant.

Les huit salopards, Quentin Tarantino, 2015 | Un film dans lequel la saison en cours a une importance

Un western huis-clos avec des personnages aussi horribles et peu moraux les uns que les autres, dans une cabane, pris au piège par une tempête de neige – et le tout avec des musiques d’Ennio Morricone. Il faut l’admettre, ici, la saison a bel et bien sa raison d’être et est nécessaire au déroulement du film. J’ai finalement découvert Tarantino assez tardivement, avec Inglorious Bastards (puis Kill Bill et Django), et j’ai retrouvé un plaisir non dissimulé à regarder Les huit salopards. Si tous ces personnages semblent réunis plus ou moins au gré des circonstances de la tempête de neige, au final, on vire à une enquête policière : l’un d’eux est là pour délivrer la prisonnière du bourreau, en tuant les autres s’il le faut. Et on se rend compte, au travers de nombreux dialogues, que les protagonistes se connaissent finalement, de loin ou de près. La division du film en chapitres me plaît toujours autant, tout comme la façon dont les acteurs incarnent les personnages (avec, sans surprise, un coup de cœur pour Jennifer Jason Leigh, très différente de son rôle dans Annihilation, et délicieusement effrayante et drôle en même temps), avec une délectation visible, sérieux, humour, et ironie en même temps… Sans compter qu’ils permettent d’évoquer des conflits entre ethnies, entre différents peuples, entre Sud et Nord de la guerre de Sécession, tant par leurs attitudes, que par leurs paroles et les histoires qu’ils racontent. Aucun personnage, au final, n’est à sauver côté morale ou éthique, tous ont tué, menti, triché, d’une façon ou d’une autre, et cela rend la cohabitation des personnages encore plus savoureuse et délirante. Les huit salopards est génial à regarder, en dépit de sa longueur que je n’ai pas vue passer, ne serait-ce que pour les dialogues brillants qui parcourent le film, et l’art de raconter de Tarantino, allié à sa mise en scène.

Carnival of souls, Herk Harvey, 1962 | Un film dont le personnage principal meurt

Au moins, l’avantage de ce spoiler étant posé, cela me permettra de raconter un peu ce film, que j’aurais juré plus ancien. Il faut dire qu’il est en noir et blanc, avec une certaine sobriété et un côté classique un peu vaporeux. Carnival of souls est passé relativement inaperçu à sa sortie, mais a été réhabilité depuis en tant que pièce maîtresse du cinéma horrifique. Mary, une jeune organiste, roule en voiture avec des amis. Un homme étrange leur propose une course : la voiture des jeunes gens finit dans un fleuve. Seule Mary en réchappe, et part ensuite dans une nouvelle ville, pour un nouveau travail. Assez distante et isolée des autres, elle se rend vite compte qu’elle est suivie par un homme étrange, qu’un parc d’attractions abandonné l’attire irrésistiblement…et parfois, les gens autour d’elle ne la remarquent pas. A la fin du film, elle se rend enfin dans le parc d’attractions, pour y découvrir des sortes de zombies ou de fantômes y dansant, y compris une version d’elle-même, avec l’homme inquiétant. Les créatures finissent par la poursuivre et l’assaillir. On se rend alors compte que le corps de Mary est retrouvé avec celui de ses amis, dans la voiture noyée du début du film. Le scénario de Carnival of souls paraît depuis le temps prévisible et téléphoné, et n’est pas le plus captivant de tous, bien qu’il mette en scène un personnage féminin étrangement misanthrope. Mais ce ne serait pas rendre justice à l’atmosphère soigneusement posée du film, en effets sonores ou en silence, avec ces silhouettes émaciées et pâles inquiétantes des zombies, ou encore au jeu de l’actrice principale, Candace Hilligoss. Celle-ci semble prise entre rêve et réalité, dans le même entre-deux que le film qui navigue du monde des vivants à celui des morts. Bref, il possède le charme et l’atmosphère irréelle des anciens films en noir et blanc, et de ses décors abandonnés ou urbains, ses lumières et ses contrastes aux échos expressionnistes. A noter qu’il existe une version colorisée du film, mais où les zombies demeurent en noir et blanc.

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2 réflexions sur “Watching Challenge | Les films de juin 2018

  1. En gros, qu’est-ce qu’apporte le remake à part rajouter un rôle féminin ? XD Bon, c’est la petite vanne en passant, j’ai bien lu les quelques différences majeures. Et de toute façon, je n’ai vu aucune version de The thing. Pour 2001, l’odyssée de l’espace, c’est (décidément) aussi un classique que je n’ai jamais vu. J’ai vraiment peur de détester, parce qu’il accumule : films dans l’espace + Contemplatif ? + hyper intellectuel. En tout cas c’est le préjugé que j’ai à son égard. Ah, en revanche, j’ai vu les huit salopards. Je l’avais trouvé peut-être un peu plus longuet que toi, mais dans l’ensemble, il m’avait plu. Tarantino écrit toujours des dialogues et des situations d’excellente facture, même si à mes yeux, mon préféré restera sûrement le plus vieux et pourtant plus simple : Reservoir dogs. Je ne connaissais pas du tout le dernier film. Et il doit être glauque rien que grâce à la façon dont les choses étaient filmées dans les années 60. Surtout en noir et blanc.

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    1. Hum, dans l’ensemble, mieux vaut préférer l’original au remake, de toute façon. Je crains que 2001 l’odyssée de l’espèce, te barde effectivement, au vu de ce que tu dis. C’est effectivement dans l’espace la majeure partie du temps, y a pas vraiment d’action, c’est du contemplatif-sensoriel (avec les musiques, les plans immenses, le côté symbolique, etc). Et y a effectivement un côté intellectuel dans le fait de vouloir donner une expérience à voir/ressentir plutôt qu’une histoire.
      Je n’ai pas vu du tout Reservoir Dogs, mais je veillerai à ce qu’il croise mon chemin. Et les maquillages outranciers du dernier film (visage blanc, têtes bizarres) t’auraient effectivement beaucoup plu. red Sans être glauque, y a une certaine atmosphère.

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