Helena | Jeremy Fel

La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue. Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial. Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres… Tous trois se retrouvent piégés chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire. Et il y a Helena…

Je n’ai pas lu le premier roman de l’auteur, Les loups à leur porte, mais en lisant des critiques ici et là, il semblerait que le précédent ouvrage était déjà un thriller psychologique / roman noir de style très américain. Ne serait-ce que par le contexte du pays dans lequel se passe Helena (les États-Unis), les personnages exemplaires du début (la jeune fille prometteuse, la famille modèle) ou encore les thématiques, cela se ressent. Tout est au début un peu comme un rêve américain, avec des compétitions de gloire et d’apparence (tournoi de golf, concours de mini-miss), avec des personnages a priori cordiaux, aisés et normaux, susceptibles d’agacer autant que d’attirer la sympathie. Sauf…Tommy. Quand la jeune Hayley tombe en panne de voiture, non loin de la maison de Norma, elle passe la nuit dans la maison de cette famille a priori idéale, pour y subir le pire de la part du fils de Norma : un viol. De là dégringolera toute le reste de l’intrigue, et les efforts désespérés de Norma pour essayer de cacher ce crime…

Helena fait un peu plus de 700 pages, et l’énorme pavé ne promet que du noir, sans fond. En dévoiler trop serait gâcher la découverte de ce roman de la rentrée littéraire. Disons que le viol de Hayley est loin d’être le premier élément de violence du roman, car il y en aura d’autres, tout aussi sombres, voire glauques. En un sens, ce n’est pas sans rappeler la noirceur des œuvres de Stephen King, même si on ne trouve ici aucun fantastique, seulement de la réalité noire, poisseuse, voire psychotique. Car ne le cachons pas, si l’empathie nous pousserait vers Hayley, Norma, ou son autre fille innocente, Cindy, les ressorts du roman montreront bien que tous ces personnages ont leur travers, leur zone d’ombre, et sont des monstres tout autant que Tommy. Jusqu’où une victime peut aller dans la vengeance sans devenir le reflet de son tourmenteur ? Jusqu’où une mère peut-elle aller pour protéger et trouver justification à son enfant criminel ? Jusqu’où la fuite en avant permet d’aller, avant d’être inévitablement rattrapé par le passé et ses fantômes ?

Aucun personnage n’est ici lisse : les chapitres alternent avec leur point de vue, permettant de plonger dans le passé, la psychologie et le ressenti de chacun. Autant dire si on trouve par moments leurs réactions et leurs actes compréhensibles, suivant une logique (à défaut de justifiables) en raison de ce qu’ils ont vécu, cela n’empêchera pas qu’en regardant le gouffre en eux-mêmes, le gouffre les regarde à leur tour. Tous portent un poids, une vie parfois lourde, et sont même parfois influencés par des lieux où des crimes ont déjà été commis, comme la maison de Norma. Helena est un roman sur l’amour maternel, aussi puissant que délirant (la référence avec la Norma de Psychose est sans doute voulue), mais aussi sur la noirceur d’âme qui peut se révéler face à des événements traumatisants, et qui peut éclater, légitime défense ou non, face aux outrages. Autant dire qu’aucun des protagonistes n’est un enfant de chœur, et en même temps, la force de l’auteur est de les avoir dotés d’une psychologie qu’on apprend à découvrir, et à comprendre. On peut comprendre les violences inhérentes, et celles faites, à chaque personnage majeur du roman, sans pour autant les approuver ou les condamner totalement.

Le style de l’auteur fait que les 700 pages passent finalement assez vite. La psychologie, les flash-back, nécessaires, ne ralentissent pas l’action. A vrai dire, cela pourrait être tout à fait le format d’un long film ou d’une série télé, tant les scènes s’enchaînent bien. Et cette impression visuelle se renforce dans la description des lieux et des situations. Cela est d’autant plus visible durant les passages de rêves et d’hallucinations des différents personnages, qui parviennent à être même effrayants, surtout ceux de Tommy. Âmes sensibles, abstenez-vous largement de cette lecture noire et torturée (et ce côté torturé à ce point, était-il si nécessaire ?) ; pour ceux qui aiment le genre du thriller américain avec une bonne dose de psychologie, Helena en est un, de très bonne facture, à la française. A sa lecture, on finit par avoir vraiment envie de savoir la suite, et ce qui arrive aux personnages, même si ce n’est personnellement pas un coup de cœur. Je n’ai pas eu d’affection particulière pour un personnage ou un élément de l’histoire, même si j’ai trouvé le roman bien traité de bout en bout. Il marque davantage par son ambiance et son ensemble, tout simplement. Ah, et qui est Helena ? Il faudra attendre les dernières pages pour le découvrir (et elle n’était aucune des deux possibilités que j’avais envisagées) !

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