What remains of Edith Finch : la narration enchâssée du mystère | Gaming Challenge

 

Le joueur incarne Edith Finch qui retourne dans l’ancienne maison familiale afin d’élucider un mystère des plus macabres. En effet, il semblerait que toute la famille Finch soit touchée par une malédiction qui entraîne la mort de chacun d’entre eux. Le joueur incarne l’un après l’autre chacun des membres de la famille par l’intermédiaire de flashbacks et découvre ainsi la cause de leur mort.

What remains of Edith Finch est un jeu narratif appartenant à la catégorie des walking simulators, sorti en 2017, et développé par Giant Sparrow. Il faisait partie de ces petits jeux indépendants qui avaient attiré mon attention, à l’époque où j’ai acheté la PS4, et j’ai enfin pris le temps d’y jouer, à l’occasion du Gaming Challenge. Ce défi de douze jeux en une année s’effectue avec F. de l’O., mais aussi Tokhrane qui s’est joint à nous, ce qui est un plaisir !

Certes, je vous livre l’article avec un jour de retard (j’ai eu la folie de croire que je pourrais finir Dragon Age Inquistion à temps !) mais ce jeu correspond donc au critère un jeu vidéo indépendant et/ou durant moins de 10h. En effet, il ne faudra pas plus de deux ou trois heures pour finir l’intégralité de What remains of Edith Finch. Autant dire que c’est, comme pas mal de jeux indépendants, un peu cher payé quand on l’achète en-dehors des soldes de la PS4.

Une mise en scène mélancolique et soignée

Mais la brièveté du jeu ne dessert pas l’expérience narrative qu’il propose. What remains of Edith Finch permet, au travers de cette jeune adulte de dix-sept ou dix-huit ans, de revivre son histoire familiale et les disparitions tragiques de sa famille, au travers de douze récits. Il suffit pour cela de parcourir la vaste et encombrée demeure des Finch, dont chaque chambre est scellée après la mort de son occupant. Autant dire que si la maison a une allure de mémorial sombre et vide, elle n’en demeure pas moins fantasque et assez magique. Qui n’a jamais rêvé, enfant du moins, d’avoir une pareille maison, située en bord de mer, toute en hauteur, regorgeant de passages et de chambres secrètes, chacune avec sa propre histoire, sa décoration, son architecture ? Le retour en enfance est bien là, tout comme la façon dont on pouvait imaginer, tout petit, les secrets des demeures à explorer. Les pensées, les monologues de la narratrice, s’incrustent dans les murs de la demeure, évitant les habituels sous-titres de façon agréable et originale.

Pourtant, il ne s’agit pas que d’évoquer des souvenirs joyeux. Au contraire, chaque petit récit dans le grand récit est tragique et poétique à sa manière, mettant en scène de façon réaliste, métaphorique, mais toujours avec une mélancolie rêveuse, la mort des membres de cette famille. Si certains récits ne m’ont pas forcément passionnée, il faut admettre que certains d’entre eux sont très marquants, et sont mis en scène d’une façon propre au personnage qui raconte, via un journal découvert par le joueur. Une petite fille se rêve en différents animaux, toujours prêts à chasser, pour assouvir une faim dévorante ; un petit garçon se jure d’arriver à faire un tour complet avec sa balançoire (ce qui finira forcément mal) et s’envole dans les étoiles ; une ex-enfant star du cinéma voit sa vie racontée sous la forme d’une bande dessinée ; un jeune homme, ancien drogué, se rêve une existence de prince sous forme de jeu vidéo pour échapper à la monotonie de sa vie ; ou encore on assiste aux jeux imaginaires d’un bébé dans sa baignoire. Tous les récits seront loin de faire écho avec le joueur, mais ils donnent à comprendre une autre existence que la sienne, le tout dans une mise en scène à la fois unique et brillante.

Transmission, mémoire, deuil et fatalité

Ainsi, si le récit de l’ex-enfant star m’a beaucoup plu pour sa forme de bande dessinée parodiant le genre de l’horreur, j’ai été indéniablement touchée par cet autre membre de la famille qui choisit de s’enfermer dans un bunker, sous la maison, pour essayer d’échapper à la « malédiction familiale ». Et que dire du récit de l’ancien drogué, qui cherche à reprendre une vie normale, terriblement monotone, tout en s’échappant dans un univers imaginaire semblable à un jeu vidéo, où il réussit ce qu’il n’a pas dans la vraie vie. On trouve là aussi une métaphore de l’équilibre entre vie réelle et jeu vidéo, également. Ces récits n’en sont que plus sincères, parce qu’ils référent toujours à un tourment de nos vies au quotidien. Retrouver un jour la gloire d’antan, quitte à se sacrifier pour cela ; avoir une vie tellement morne ou désespérante, qu’on se rêve une autre existence ; préférer se cacher de la vie et ne rien vivre, de peur d’avoir à affronter l’horreur du monde et la mort ; une tragédie familiale comme celle d’un bébé ou d’un enfant mort par accident ; ou encore perdre un membre de sa famille pour un motif aussi futile que prendre une photographie, ou une bouderie au mauvais moment.

Ces morts mystérieuses, qui flirtent toujours entre un imaginaire fantastique et une réalité cruelle, ne sont pas le seul intérêt du jeu. De What remains of Edith Finch, ressortent plusieurs autres thèmes. Le deuil, majoritairement, au vu de toutes les morts dans cette famille, et la façon dont chaque perte affecte les survivants, en poussant certains à s’isoler, à fuir. Les derniers descendants entreront même en désaccord, la mère de notre héroïne préférant croire à des morts réalistes, et ne supportant pas le côté « mémorial » de la maison, ou la façon dont la grand-mère tient à « enjoliver » chaque décès. Au joueur, devant sa console, de décider si la famille subit une véritable malédiction, ou même si chaque mort est accidentelle, ou relevant d’une fatalité dont tous se sont convaincus. Car c’est aussi au joueur que revient souvent le choix d’expliciter certains fins des récits de famille, parfois ambigus.

Les relations familiales, les histoires qu’on se raconte, sont donc au cœur même du jeu ; la façon dont on se les transmet, aussi, car les Finch ont également leur dose de non-dits et de silences. Plus que tout, durant l’entièreté du jeu, l’héroïne et le joueur sont amenés à se demander si ce n’est pas leur propre pessimisme qui entraîne les morts de chacun, comme une marque de fatalité, dans l’espoir d’une existence dont on se souviendra.

Conclusion

What remains of Edith Finch est un beau jeu, qui doit beaucoup à son originalité de narration, sa demeure mystérieuse, sa vision entre imaginaire et réalité. Certaines de ses histoires sont même terriblement poignantes, comme celle du jeune homme qui se rêve une existence de prince. Malheureusement, peut-être parce que je commence à avoir quelques autres walking simulator derrière moi, je n’ai pas été aussi enchantée et émue par le jeu que j’aurais voulu l’être, ayant eu du mal à rentrer dedans, et notamment à m’y retrouver entre tous les membres de la famille évoquée. La fin, également, m’a parue un peu cliché et en-deçà du reste du jeu, retrouvant une forme trop traditionnelle. Mais il ouvre en tout cas très bien le début du Gaming Challenge

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2 réflexions sur “What remains of Edith Finch : la narration enchâssée du mystère | Gaming Challenge

  1. Tu as l’art de découvrir des jeux indépendants et d’horreur. Au reste, on verra si Dragon Age est le jeu d’octobre, du coup. Merci pour ce test, qui laisse imaginer l’ambiance du jeu, plus au niveau de l’intrigue que de l’ambiance esthétique ou du gameplay, cela dit. Devoir jouer des personnages voués à une mort certaine ne doit pas être réconfortant.

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    1. Je suis les critiques intéressantes, ma foi red. On verra pour Dragon Age, en effet. Effectivement je n’ai pas beaucoup décrit le gameplay, mais rien de compliqué à part marcher, se faufiler et ouvrir des carnets, dans celui-ci. Pour l’esthétique, je ne savais pas trop quoi en dire. C’est beau, c’est joli, c’est poétique, ça fait plus mélancolique qu’effrayant. Ce sont surtout les récits qui sont mis en scène de façon originale, mais je ne veux pas trop spoiler, ça en fait leur intérêt. Après, comme la mise en scène des décès est poétique, ça passe. C’est sûr que ce n’est pas un jeu qui respire la joie de vivre, sans être déprimant.

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