The Haunting of Hill House | 2018

Article sans spoilers

La série de Netflix fait bien parler d’elle, sans doute avec raison. Et si d’ailleurs, on cherche un divertissement de qualité dans le genre horrifique pour Halloween, The Haunting of Hill House pourrait être un excellent choix ! Réalisée par Mike Flanagan (le réalisateur derrière l’excellente adaptation de Jessie de Stephen King, aussi sur Netflix), la série se révèle au fil de ses dix épisodes, mêlant habilement drames familiaux et épouvante. A noter qu’elle est l’adaptation (libre) du roman de Shirley Jackson, La maison hantée, qui a été déjà transposé en deux films, dont le célèbre La maison du diable de Robert Wise.

La famille Crain n’est pas une famille comme les autres. Hugh et Olivia, des parents aimants, décident d’acheter Hill House, une grande demeure ancienne afin de la restaurer. Lorsqu’ils commencent à l’habiter, leurs enfants et eux-mêmes subissent d’étranges phénomènes. Des années plus tard, les cinq frères et sœurs ne se sont toujours pas remis de cette terrible période. D’autant plus lorsqu’ils se réunissent autour d’un terrible événement lié à Hill House…

Une horreur soigneusement mise en place

Mêlant habilement deux époques – le présent avec les cinq frères et sœurs adultes, le passé quand ils sont enfants, avec leurs parents – The Haunting of Hill House joue sur les flash-back, sur la réalité et l’imaginaire. Le procédé sert tant à la fois pour approfondir chaque personnage, dévoiler leur personnalité, que pour l’intrigue en elle-même. Plusieurs épisodes changent de « point de vue » ou de narrateur, permettant de se concentrer sur chaque personnage. Tous, autant à l’âge adulte qu’enfants, sont d’ailleurs joués avec brio par leurs interprètes. On découvre ainsi leur quotidien d’adultes, les névroses qu’ils ont tiré de leur passé dans la maison hantée, mais aussi ce qu’ils y ont vécu. Et si dans certains épisodes, cet aller-retour entre passé et présent est particulièrement utile à l’intrigue, dans tous, ces périodes temporelles sont reliées par des bruits, des gestes, des objets, de façon toujours subtile et saisissante. Ce sont toujours des petits riens qui ramènent les protagonistes vers leurs souvenirs d’enfance, et ça marche brillamment.

La mise en scène de l’horreur est égale tout du long, et véritablement soignée. Quelques jumpscares, certes, mais ce seront surtout des apparitions fugaces de fantômes, des bruits inexpliqués, des ombres, des spectres entrevus à l’arrière-plan, de la suggestion plus que de la démonstration. Tout est mis en place pour mettre plus mal à l’aise que terrifier, et cela fonctionne terriblement bien. Certains moments, lors des premiers épisodes notamment, ou encore au fabuleux épisode 5 (sans doute mon favori), on se sent vraiment oppressé – même si cela ne vous fera peut-être pas cauchemarder ensuite. Tout repose sur l’ambiance, à l’ancienne, sans se priver pour autant d’une esthétique vraiment léchée et pensée de bout en bout, par des rappels de motifs, d’architecture, que ce soit un papier peint ou des statues de marbre. Certains effets visuels auront certes de quoi inspirer l’horreur, mais pas de manière trop ostensible. La musique est elle aussi au rendez-vous pour souligner l’atmosphère macabre de Hill House. Sans compter certains plans, en continu, qui contribuent à mettre bien mal à l’aise… Les dix épisodes respirent une poésie morbide, comme témoignent beaucoup de plans dans la maison hantée. Et à cet effroi se mêle aussi une mélancolie emplie de solitude.

Une histoire familiale tragique

Mais – et c’est là que The Haunting of Hill House fait irrémédiablement penser à du Stephen King – l’histoire n’est pas qu’horreur et intrigue de fantômes. Elle repose sur ses personnages, sur le jeu de ses acteurs, tous géniaux. Difficile de ne pas être saisi par la beauté étrange de la mère (Olivia), par l’innocence de la plus jeune (Nell), la fragilité du frère jumeau (Luke), ou la froideur rude d’une autre des sœurs, Theo. Tous ont des caractères différents, bien pensés, du rationalisme du frère aîné Steven, devenu écrivain avec les récits de la maison hantée, au perfectionnisme de sa sœur Shirley qui gère une morgue. Si j’ai eu un coup de cœur pour l’innocence, la rêverie et la sensibilité de Nell, j’ai aussi beaucoup apprécié le caractère taciturne de Theo, pédo-psychiatre (sans compter que son homosexualité est très bien abordée, sans être un élément d’intrigue). Certes, j’ai eu un peu plus de mal avec Luke, qui cherche à se sevrer de la drogue, mais il est aussi touchant dans sa rédemption. Leurs relations sont également d’une justesse, et j’ai peut-être rarement trouvé des dialogues aussi pertinents entre des frères et sœurs. Certes, ils sont complices et se chahutent, enfants ; adultes, ils se querellent, se rapprochent, s’en veulent, bref, ils forment une famille marquée par leur passé dans Hill House. Les scènes où ils sont ensemble sont très fluides, virevoltantes, souvent orageuses, mais aussi poignantes. J’ai simplement adoré cet aspect de l’écriture de la série.

Et ce d’autant plus que la série relate aussi une tragédie familiale, celle de la perte de la mère. Les épisodes tournent autour de ce mystère, qui n’est révélé qu’à la toute fin. C’est ensuite les souvenirs, les actions de chaque personnage, qui permettront enfin d’éclaircir le passé. Certes, certains épisodes sont plus touchants que d’autres, comme le troisième, du point de vue de Theo, où on apprend à connaître et comprendre sa froideur, sa force, ou le cinquième, une sorte de conte morbide de la vie de Nell (aussi horrible qu’émotionnel). Mais c’est le sixième épisode qui est sans doute le paroxysme de toute cette tragédie familiale, de ces relations conflictuelles entre frères et sœurs, et un tournant de l’intrigue. Vraiment, au-delà de l’aspect horrifique qui est très bien réussi, il y a une véritable psychologie, travaillée, qui trouve écho chez le spectateur assez facilement, sans pour autant sombrer dans la facilité. Car chaque frère et sœur a répondu, à sa manière, aux événements du passé par une névrose : rationalisme, obsession de la mort, horreur du toucher, visions cauchemardesques, la plongée dans la drogue… Et ce sont ces deux thématiques, ces deux axes de surnaturel et d’humain, mélangés, qui parviennent à faire tenir aussi bien la série sur dix épisodes, maintenant le suspense sur les secrets de Hill House, et aussi sur les apparitions surnaturelles.

Si la fin pourra éventuellement sembler un peu faible en comparaison des premiers épisodes, The Haunting of Hill House est malgré tout une excellente série horrifique, qui ne se contente pas d’effets faciles et démontre au contraire de vraies trouvailles visuelles. Elle propose une vraie ambiance, prenante et prégnante, voire oppressante, et une intrigue solide avec des personnages attachants. Et si l’on est amateur du genre (ou des histoires à la Stephen King), ce serait dommage de passer à côté.


6 réflexions sur “The Haunting of Hill House | 2018

  1. Je pense que ça fait aussi penser à Stephen King, parce qu’il y a des bonds dans le temps, confrontant des personnages adultes à leurs doubles enfants. La série m’intéresse vraiment. Je la regarderai à l’occasion.

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  2. Je n’entends parler que de cette série depuis plusieurs jours sur Twitter, ce qui me donnait déjà bien envie, mais ton article me donne encore plus envie ! Merci pour cet avis détaillé et sans spoiler qui permet de se faire une idée plus concrète sur cette série.

    Aimé par 1 personne

    1. Elle a en effet son petit succès, mais je ne trouve pas qu’il soit démérité ! De rien pour l’article (sans spoil, c’est mieux, pour une histoire horrifique), je trouve que c’est vraiment une bonne série. Bonne découverte (et bonnes frayeurs !)

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