Lectures de décembre 2018

Et voici les dernières lectures de l’année ! Sans doute ferai-je un petit bilan dans les jours à venir…

Noire n’est pas mon métier, Collectif – 2018

Le topo : Cet ouvrage donne la parole à seize actrices, métisses ou noires, de diverses origines, et qui se confrontent au racisme, sexisme et clichés dans le monde du cinéma.

Le résultat : Pour faire simple, il est navrant et désolant que le témoignage de ces actrices doive encore exister en 2018. Même en sachant que le milieu du cinéma est encore vérolé de sexisme, conscient ou non, de racisme (dû aux quotas ou non), je ne m’attendais pas aux récits de ce recueil. Ils sont encore trop poignants, violents, et en même temps, nécessaires. Dire à une actrice noire ou métisse qu’elle n’est pas assez noire pour faire africaine, qu’elle ne peut pas s’habiller de façon moderne et contemporaine dans un film, qu’elle ne fait pas assez bien l’accent africain, les cantonner toujours au même type de rôle, jusqu’à même leur dire que leurs cheveux ne sont pas assez frisés au naturel… Il est plus que regrettable que ce genre de parole doive être prononcé pour dénoncer le racisme encore présent pour ces actrices, quel que soit le type de production auquel elles choisissent de postuler. Il n’est donc pas étonnant que ce témoignage ait fait parler de lui à sa sortie, tant il démontre des réalités accablantes qui ne devraient plus exister.

Gloutons et dragons, tomes 1 & 2, Ryoku Kui – VF 2017, VO 2014

Le topo : Une troupe d’aventuriers cherche à s’enfoncer dans les profondeurs d’un donjon pour libérer la sœur de leur leader, avalée par un dragon. C’est sans compter que dans cette mission de sauvetage, le guerrier, la magicienne et le voleur se retrouvent accompagnés d’un cuisiner capable de transformer en plats tous les monstres qu’ils croiseront.

Le résultat : Lire des mangas est souvent une pause au milieu d’autres lectures plus épaisses. Cette série-ci m’intriguait, car elle détourne le genre de l’heroic fantasy et particulièrement du jeu de rôle. En prenant trois rôles traditionnels dans ce type d’histoire, on y rajoute un cuisinier qui a appris, au fil du temps, à découper et cuire les monstres vivant dans le donjon, afin de survivre au fur et à mesure de la descente des profondeurs. Ces deux premiers tomes présentent donc une histoire classique d’heroic fantasy/jeu de rôle, mais agrémentée d’un humour décalé et de nombreuses fausses recettes de cuisine à base de monstres, tous aussi différents les uns des autres. En plus de cet aspect original, les personnages demeurent assez attachants et toute le récit fait preuve d’une ironie légère envers son propre genre, ce qui n’est pas désagréable.

Le magicien d’Oz (The Wonderful Wizard of Oz), Lyman Frank Baum – VF 2002, VO 1900

Le topo : Dorothy se retrouve projetée dans le pays d’Oz suite à une tempête ayant soulevé sa maison, au Kansas. Elle parcourt cette étrange contrée pour demander au mystérieux magicien d’Oz de l’aider à rentrer chez elle, croisant un lion peureux, un épouvantail parlant ou encore un homme de fer-blanc…

Le résultat : Il faut l’admettre, j’ai été un peu déçue du Magicien d’Oz. Ce conte a une telle renommée et une telle place dans l’imaginaire populaire, que je m’attendais à beaucoup et j’en ai été déçue, à moins que je n’y ai juste pas trouvé d’affinité. C’est bel et bien un conte, avec une héroïne courageuse, et des personnages certes inhabituels en tant qu’acolytes de Dorothy, ainsi que des bonnes et méchantes sorcières. Peut-être m’attendais-je à davantage de métaphores au gré des aventures, mais les seules véritables sont celles des cadeaux que fait Oz à Dorothy et ses acolytes. Oz est loin d’être un magicien, seulement un vieillard très doué et créatif. Quand Dorothy arrive à vaincre la dernière méchante sorcière, Oz offre des simulacres aux acolytes de la jeune fille, ce qui suffit à les convaincre qu’ils ont ce qu’ils ont toujours désiré : par exemple, l’homme de fer-blanc, désirant un cœur capable d’aimer, se retrouve avec un faux cœur en tissu inséré dans son armure. Ce qui suffit à le rendre capable d’aimer (mais il le savait déjà, au fond). Les autres alliés de Dolly subissent le même tour de passe-passe, certes subtil. D’autre part, l’histoire est aussi une allégorie de la situation financière des Etats-Unis de l’époque, mais ce genre d’allégorie est définitivement peu passionnante. Peut-être que le film qui en a été tiré me plaira davantage, même s’il semble présenter des différences notables avec le roman. Au passage, l’auteur du Magicien d’Oz (et d’autres collaborateurs) ont ensuite écrit de nombreuses autres aventures à cet univers.

Les animaux fantastiques, vie et habitat (Fantastic beasts and where to find them), JK Rowling & Olivia Lomenech Gill – VO et VF 2018

Le topo : Écrit par Norbert Dragonneau, ce recueil permet de découvrir un inventaire des créatures fantastiques du monde d’Harry Potter, s’attardant sur leurs caractéristiques et les moyens de les affronter, ou de s’en accommoder.

Le résultat : Quand j’étais ado, j’avais le petit livret originalement publié des animaux fantastiques, avec les fausses annotations d’Harry, Ron et Hermione au gré des pages. J’ai finalement redécouvert ce guide des animaux fantastiques de JK Rowling au travers des magnifiques illustrations de Olivia Lomenech Gill, qui a fait un travail aussi somptueux que Jim Kay pour ses versions illustrées de la saga Harry Potter. On redécouvre les dragons, êtres de l’eau, trolls et licornes avec émerveillement, tant chaque dessin est somptueux. J’ai redécouvert aussi le système de classification des animaux fantastiques, des petits débats sur certains êtres, comme les loups-garous, qui sont à la fois des animaux et des êtres magiques selon les époques, ou encore comment les centaures, bien que conscients, se réclament plutôt des animaux fantastiques. J’ai retrouvé des tas de subtilités de l’univers d’Harry Potter, que j’avais oubliées, et cela m’a fait énormément plaisir, d’une page illustrée à l’autre, avec des images qui font rêver. J’avais même presque oublié cette terrible créature nommée Suaire Vivant, qui me paraît une métaphore de la paralysie du sommeil, une cape noire qui étouffe et mange les dormeurs dans leur sommeil, sauf si ce dernier le repousse avec un sortilège du Patronus. Bref, un ouvrage que les fans de l’univers ne manqueront pas d’adorer.

Hazel Wood (The Hazel Wood), Melissa Albert – VO et VF 2018

Le topo : Alice est une jeune fille revêche qui a la particularité de sembler attirer la malchance autour d’elle. Vivant avec sa mère, elle déménage trop souvent pour véritablement se fixer, fuyant le malheur qui les rattrape. Elle est aussi la petite-fille d’une auteure d’un recueil de contes noirs et morbides, recueil disparu de la circulation alors que l’auteure demeure célèbre, mais enfermée dans son manoir. Tout bascule quand sa mère est enlevée et emmenée à Hazel Wood, qui ne semble être autre que la mystérieuse lande des contes de sa grand-mère. Avec un ami ayant lu autrefois ce recueil, elle part alors à la recherche de sa mère et Hazel Wood. C’est sans compter les mystérieux personnages qui surgissent pour la pourchasser.

Le résultat : Hazel Wood a pris le parti de débuter dans le monde réel, avant de basculer lentement vers le monde plus sombre et plus macabre des contes de fées. Cela me changeait pour une fois de voir une héroïne pas spécialement positive : Alice est plutôt solitaire, taciturne, et se lie peu aux autres. Cela est certes expliqué par la malchance qui la poursuit, ou cette impression de ne jamais être à sa place. J’ai aussi apprécié ce parti pris des contes de fées comme forcément plus sombres et amoraux, tels qu’ils devaient l’être originellement, et qui peuvent aussi bien servir d’exutoire à une âme triste, que des contes avec une fin joyeuse et des personnages positifs pour exulter l’âme. Mais la construction du récit s’attarde beaucoup dans le monde réel, et ce n’est que vers la fin du livre que nous passons véritablement dans l’univers d’Hazel Wood, avec d’autres humains également perdus dans l’univers des contes de fées, et des épreuves singulières à affronter. Le roman a un côté poisseux et sombre, qui fascine le temps de la lecture, mais moins oppressant qu’il n’en a l’air. En fait, le défaut du roman, outre sa fin un peu facilement expédiée, me paraît être cette volonté de revisiter les contes de façon noire, noire, tellement noire qu’au final, cela reste un roman pour adolescents et donc, pas si glauque que cela. La promesse n’est pas tenue. Ce défaut de construction rend le livre moins intéressant et prégnant qu’il ne le promettait, même si cela demeure une lecture plaisante.

Les sœurs Carmines, tome 1 : Le complot des corbeaux, Ariel Holzl – 2017

Le topo : Grisaille est un monde victorien, peut-être steampunk, où on s’assassine souvent à l’heure du thé, surtout chez la noblesse. Les sœurs Carmines sont trois : Tristabelle l’aînée, toute en élégance aristocratique et sarcastique, Merryvère, une cambrioleuse au bon cœur, et la petite dernière, Dolorine, qui parle aux fantômes. Les vols de Merryvère les entraînent bien vite dans une affaire plus complexe et dangereuse qu’elle ne se l’imaginait, mêlant vampires et nobles…

Le résultat : Dans un autre univers de littérature adolescente, on trouve celui de Grisaille. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, mais je me suis finalement laissée emporter par le portrait des trois sœurs Carmines : amusée par Dolorine, qui a tout de la petite fille glauque et délurée qui parle aux spectres, agacée par Tristabelle, qui respire la prétention et la superficialité, mais agit avec classe, et enfin Merryvère, la plus normale des trois, voleuse certes, mais incapable de faire du mal à une mouche si cela nuit à sa morale. Ajoutez des vampires, des créatures fantastiques, une touche de victorien anglais, des complots sympathiques de la noblesse, ainsi qu’une écriture assez piquante et sarcastique, et cela donne un roman jeunesse tout à fait agréable et plaisant à lire. Il n’a pas manqué de me faire sourire une ou deux fois, et j’apprécie de sentir autant d’entrain de la part de l’auteur, à raconter son histoire. C’est une très jolie découverte, et je jetterai sans aucun doute un regard aux tomes suivants, le second étant axé cette fois sur Tristabelle en narratrice (ça promet, vu l’extrait que j’en ai lu) et le troisième sur Dolorine.

Rhapsodie pour un fantôme : Compositions pour une nouvelle histoire du Fantôme de l’Opéra, F2L0 – 2015

Le topo : Par ces esquisses et croquis d’une bande dessinée qui n’a jamais pu voir le jour, l’auteur présente une vision moderne et respectueuse du Fantôme de l’Opéra de Leroux. Il en fait un personnage à l’histoire faustienne, toujours aussi solitaire et tourmenté, mais parfois un peu plus proche du monde et de notre époque.

Le résultat : Coup de cœur dont j’ai déjà parlé sur le blog, ce beau-livre propose une nouvelle vision du Fantôme de l’Opéra de Leroux. Je regrette vraiment que l’auteur n’ait pas pu aller au bout du projet de sa bande dessinée, car il me paraît avoir très bien saisi les différents aspects, hantés et lumineux, d’Erik, le fantôme du Palais Garnier. J’aurais adoré lire cette histoire, cette relecture contemporaine du mythe, tant les illustrations présentées me plaisent et me donnent envie de relire le roman de Leroux. Son Fantôme est tour à tour plus sociable, plus mélancolique et plus déprimé, plus violent et plus protecteur, subissant le poids d’un passé familial violent, rêvant d’art et d’amour, trouvant un peu de cet amour avec une nouvelle élève, mais tout en étant incapable de se dérober à sa destinée fatalement sombre et solitaire… mêlée cette fois à un pacte faustien le liant au Diable.

L’infirmerie après les cours, série complète (10 tomes), Setona Mizushiro  – VF 2008, VO 2005

Le topo : Mashiro est né hermaphrodite. Jusqu’ici, il a vécu en garçon, avant que la puberté féminine ne le rattrape. C’est alors qu’il est incité à rejoindre un mystérieux cours du soir, à l’infirmerie de son collège. Plongé dans des rêves cauchemardesques qui dévoilent sa vraie nature, il doit affronter d’autres élèves, subissant eux aussi une métaphore de leur âme, pour s’enfuir du rêve, et commencer à vivre…

Le résultat : L’infirmerie après les cours mélange shojo, fantastique, horrifique. Si l’on y croise le triangle amoureux de Mashiro et de deux personnes qu’il peut aimer – So, taciturne et en apparence insensible, Kuréha, enjouée mais instable – l’intrigue des rêves est tout aussi importante. En en faisant des métaphores de la nature des élèves participant au cours, on comprend vite l’envers de personnalités en apparence solaire ou ténébreuse, et on aborde bien des thèmes : la résilience, les tourments adolescents, la perte d’identité, le viol, les traumatismes psychiques, la fragilité… Et bien entendu, le héros, Mashiro, présente lui-même une réflexion assez intéressante sur le genre. Cette série de mangas, au-delà du côté triangle amoureux, est finement dessinée, mais met parfois incontestablement mal à l’aise : tout d’abord par ses cauchemars révélant les tourments des personnages, ensuite, par la pression douloureuse et égoïste exercée sur Mashiro, perdu entre deux identités, mais aussi sur les autres personnages. L’auteur a sûrement voulu dénoncer plusieurs pressions exercées sur les élèves au Japon, scolaires, familiales, sur le genre ou l’orientation sexuelle, les vices nés de parfois presque rien, mais bel et bien présents. Mais cette volonté de dénonciation met aussi parfois mal à l’aise, en se demandant quel message l’auteure a voulu faire passer, si elle souhaitait dénoncer ou justement en rajouter une couche. C’est d’autant plus difficile à dire que la série nécessiterait une relecture complète après les révélations du dernier tome, pour revoir les personnages d’un autre oeil. De plus, la culture japonaise aborde des thématiques de façon bien différente de l’Occident, et le regard européen ne permet peut-être pas d’en voir toutes les subtilités. L’infirmerie après les cours n’en demeure pas moins une série de mangas intéressante et originale, mais indubitablement noire et pour lecteur averti.


8 réflexions sur “Lectures de décembre 2018

  1. Noire n’est pas mon métier me tente beaucoup. J’ai encore du mal à comprendre le manque de diversité dans certains médias, et je n’ose pas imaginer les obstacles que certaines actrices peuvent rencontrer :/
    J’ai repéré Gloutons et dragons, qui m’a l’air plutôt fun, contente de voir qu’il t’ait plu et proposé une petite fenêtre de légèreté ^^
    Je n’avais pas du tout apprécié Le magicien d’Oz, à l’époque, et je crois que ça tient aussi au fait que la personne chargée de la traduction ait changé l’héroïne en Dorothée >< ouh je n'étais pas contente ! l'ennui, en revanche, était au rendez-vous.
    Un beau mois de lecture, Hauntya. Je te souhaite une belle fin d'année ^^

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    1. C’est vraiment un recueil très touchant et très dur à la fois, Noire n’est pas mon métier. A certains passages, je me disais que c’était pas possible, quand même, pas à notre époque…et pourtant. De ce fait, il est vraiment éclairant, et nécessaire. Il est tout le temps emprunté dans ma bibliothèque, ce qui montre aussi l’actualité du sujet.
      Je crois que là, c’était bel et bien Dorothy, mais de toute façon, comme toi, je n’ai guère adhéré au conte et c’est dommage.
      Je te souhaite une belle année 2019 à toi aussi !

      Aimé par 1 personne

      1. Oui parfois on se dit que ce n’est plus possible de nos jours. Et après … une copine m’a sorti qu’on voyait trop de couples mixtes dans les séries et qu’une pub sur des parents homos l’avait choquée et que ça devait pas être montré à la télé. Ça remonte à 4 ans…

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  2. Ca donne encore des idées de lectures intéressantes. Cette édition des Animaux Fantastiques a effectivement l’air très belle. Et j’ai hâte de lire les volumes du Fantôme, et de L’infirmerie après les cours.

    Aimé par 1 personne

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