Découvrir le genre steampunk avec The Order : 1886

Il y a quelques temps, j’ai pu terminer le jeu vidéo The Order : 1886, sorti en 2015 sur la PS4. Il fut une expérience plaisante, sans que ce soit un coup de cœur, car peut-être n’étais-je pas dans les bonnes conditions, le bon moment, pour y jouer, comme ce fut le cas pour Uncharted 4. C’est dommage, car le côté steampunk qu’il propose dans son histoire m’intrigue beaucoup, et de manière générale, c’est un genre que j’apprécie, tout en ayant encore à le découvrir.

Dans un Londres victorien alternatif, un ordre de chevaliers doit protéger l’humanité de loups-garous très puissants, plongeant le monde dans une guerre longue et meurtrière. L’humanité subit défaites sur défaites jusqu’à la révolution industrielle en 1886, leur faisant découvrir de nombreuses technologies telles que l’imagerie thermique, les zeppelins ainsi que de nouvelles armes électriques (mitrailleuses, lance-grenades). Vient s’ajouter aux loups-garous une nouvelle menace, celle des classes inférieures qui prennent les armes du fait de leurs conditions de vie (loi martiale, quartiers infestés, pauvreté…). Les chevaliers étant alors du côté des nobles et du gouvernement, ils combattent ces guerriers de fortune en plus des hordes de loups-garous sanguinaires.

Plutôt que d’en faire une critique qui n’apportera pas grand-chose, je préfère profiter de l’occasion pour présenter le genre steampunk, de ses origines à son incursion dans les jeux vidéos. Je peux en revanche vous recommander d’aller lire l’avis de F. de l’O. sur le jeu, sur son propre blog, qui me paraît être une critique très juste de ce titre. Et pour la suite de cet article, je vous invite donc à découvrir la définition du genre steampunk, en quoi le jeu vidéo The Order : 1886 y appartient, et enfin un petit tour d’horizon des autres jeux vidéos appartenant à cet univers. Bonne lecture !

I. C’est quoi, le steampunk ?

En lisant le terme steampunk, toute une imagerie populaire vient sans doute en tête : des engrenages, des rouages, des ballons et autres machines volantes, des trains à vapeur, de la fumée partout, le tout dans quelque rue londonnienne du XIXe siècle. Ce ne sont pas des personnages ou des thèmes, qui viennent à l’esprit, mais une esthétique, une ambiance. Le steampunk correspond à l’image du passé, d’un Londres victorien où certaines découvertes scientifiques arrivent plus tôt, où la vapeur remplace l’électricité après la Révolution industrielle.

1. Origines

Le steampunk ne naît pourtant pas au XIXe siècle, aux côtés des premiers auteurs de science-fiction comme Mary Shelley. Sa naissance a lieu dans les années 80, avec un trio d’auteurs américains : K.W. Jeter, Tim Powers et James Blaylock. Les trois hommes sont amateurs de Charles Dickens, Jules Verne, H.G. Wells. Ils s’inspirent de leurs œuvres, y ajoutent un aspect rétro-futuriste, écrivant respectivement Morlock Night, Les Voies d’Anubis et Homunculus. En écrivant à la revue Locus en 1987, c’est Jeter qui emploie le premier, le terme de steampunk :

« Pourriez-vous avoir l’amabilité de le [Morlock Night] transmettre à Farren Miller car c’est une preuve de premier ordre dans le débat devant déterminer qui, du triumvirat de l’imaginaire, Powers/Blaylock/Jeter, écrivit le premier d’une manière gonzo-historique. Personnellement je pense que les fictions victoriennes vont être le prochain truc à la mode, du moment que nous parvenons à trouver un terme collectif adéquat. […] Quelque chose basé sur la technologie propre à la période, comme steampunk, peut-être… »

Mais les trois auteurs se détournent ensuite du genre. C’est en 1990 qu’apparaît ensuite le véritable roman fondateur du genre : La Machine à différences, de Bruce Sterling et William Gibson (qui écrivaient aussi du cyberpunk!). D’autres suivront, mais ensuite, le genre s’étend dans divers médias : films, télévision, bandes dessinées, jeux de rôles, et jeux vidéos. Quant au steampunk proprement français, il est publié à la fin des années 90, avec Bohème de Mathieu Gaborit, et d’autres auteurs : Fabrice Colin, Sabrina Calvo, Johan Heliot – ce dernier étant le premier à mettre en place un univers dans la France du XIXe siècle.

En soi, le steampunk a à peine quarante ans, mais ses racines sont nées des œuvres de Jules Verne et H.G. Wells, considérées comme de la science-fiction à leur époque, d’où l’aspect rétro-futuriste qu’ils inspirent. Et avant la naissance du genre en 1980, quelques œuvres auraient pu être du steampunk – si seulement le terme avait été inventé plus tôt.

Illustration pour Robur le conquérant de Jules Verne – Leon Benett

2. Sous-genre de l’imaginaire

Le steampunk est difficile à définir, car il effleure deux genres majeurs : la science-fiction et le fantastique. Il croise même la route de l’uchronie (imaginer une version alternative de l’Histoire). Ses frontières sont floues, expliquant pourquoi certaines œuvres sont du steampunk au second regard, et que d’autres, cataloguées ainsi au premier coup d’oeil, n’en sont finalement pas.

« Le steampunk s’efforce d’imaginer jusqu’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt. » Douglas Fetherling

Cependant, trois caractéristiques principales en ressurgissent : l’uchronie, la dimension intertextuelle et le rétro-futurisme. Le steampunk met en place des univers ayant connu, à une date précise, une déviation historique, souvent causée par des inventions technologies précoces, permettant ainsi une technologie différente (les fameuses machines à vapeur remplaçant l’électricité). Ce point de rupture peut aussi être investi par l’irruption de créatures imaginaires (loups-garous, vampires, extra-terrestres, etc.) sans aucune explication parfois. Le genre connaît aussi une capacité intertextuelle, à mêler très étroitement Histoire et histoires : non seulement l’uchronie permet une Histoire alternative, mais en plus, on peut y croiser aussi bien Dracula que Bram Stocker, Jules Verne que Nemo. Enfin, dernier élément, le steampunk utilise des images, des éléments futuristes imaginés autrefois – comme Jules Verne avec ses créations de science-fiction – ce qui amène le rétro-futurisme. D’où cet aspect « passé » qui demeure cependant actuel et proche de nous, d’un passé pas forcément idéal, mais qui se déroule avant les horreurs des guerres mondiales et de la bombe atomique.

Toutefois, le steampunk ne se réduit pas au cadre victorien, époque de prédilection pour la plupart des auteurs. Il déborde de ces limites pour effleurer d’autres époques ou d’autres lieux (Amérique, Italie, France), et peut accueillir le fantastique, la fantasy ou la science-fiction dans son univers, sans que cela soit un problème. On parle de gaslamp fantasy quand on introduit le merveilleux, de dieselpunk pour une action se déroulant entre les années 1920 et 1950, d’atompunk pour un monde postapocalyptique situé dans les années 50. Le silkpunk existe aussi et désigne un steampunk profondément imprégné par les civilisations asiatiques (matériaux, mais aussi lieux de l’action) ; enfin, on citera aussi le clockpunk, utilisant une technologie basée sur les engrenages et les ressorts, avec une époque plus proche de la Renaissance. Le steampunk mélange les genres et brouille les frontières, et se permet ainsi une variété vivante et sans cesse renouvelée.

Mortal Engines – Peter Jackson

3. Un concept multimédia

Le steampunk ne s’est pas arrêté au genre littéraire. S’il est aussi connu, ou du moins, parvient toujours à éveiller des images chez les gens, c’est parce qu’il a réussi à se propager dans bien d’autres domaines. Ceux-ci ne sont pourtant pas si visibles que cela, certaines œuvres ne faisant qu’effleurer le genre, ne l’intégrant que par touches, ou encore n’en respectant pas une définition, certes déjà assez mouvante. Dans les films, (sans prétendre à être exhaustif) on trouvera ainsi Captain Sky et le monde de demain (Kerry Conran), Le château dans le ciel (Hayao Miyazaki), ou Wild Wild West (Barry Sonnenfeld), La ligue des gentlemen extraordinaires (Stephen Norrington) ou le récent Mortal Engines (Peter Jackson).

Dans la musique, plusieurs artistes se sont aussi emparés du genre, empruntant à des racines folk, dark wave, de la musique gothique ou industrielle. Autant dire que cela peut aller du son classique au son grinçant, avec parfois quelques notes mettant mal à l’aise ou rappelant le côté bien mécanique du steampunk. Le groupe Abney Park représente le phare du genre. Mais on compte aussi The Dresden Dolls, Vernian Process, Victor Sierra ou encore Paul Shapera avec sa trilogie d’opéras/comédies musicales steampunk.

Bien évidemment, le genre a inspiré des jeux de plateau, mais aussi toute une communauté de fans. Le steampunk a une identité « Do It Yourself ». Les cosplays sont bien connus, mais il s’agit aussi de donner une seconde vie à des vêtements, de se les approprier, de transformer les objets obsolètes du quotidien en des choses plus durables et nobles, demandant réparation et bricolage, travail du bois et des métaux. Quant aux jeux vidéos, nous en parlerons un peu plus loin.

II. The Order : 1886 et le steampunk

A présent que les bases du steampunk sont posées, il est plus simple de se pencher sur The Order : 1886 et de voir à quel point il appartient bel et bien à ce genre.

1. Esthétique et univers

La première chose qui marque dans The Order : 1886 est son ambiance. La beauté des graphismes y aide résolument et nous fait plonger dans cet univers. Dans les rues et bâtiments que nous parcourons aux côtés de Galahad, tout est marqué de l’esthétique steampunk : le côté victorien et industriel de Londres, les rues tantôt sales et pauvres, tantôt plus nobles et majestueuses dans les beaux quartiers, la présence permanente de fumée. Évidemment, on ne peut que signaler les moyens de transport, avec la présence de l’immense ballon dirigeable où les membres de l’Ordre s’infiltrent. Les machines aériennes font indéniablement partie du genre.

Les objets appartiennent bien au XIXe siècle avec ce côté mécanique et parfois plus futuriste, notamment pour les armes ou les inventions de Nikola Tesla, toujours présentées dans un « emballage » noble qui assure la beauté de l’objet. Celles-ci offrent contribuent grandement au côté steampunk de l’œuvre : elles mélangent le savoir-faire de l’époque aux expérimentations électriques, magnétiques. En un mot : rétro-futuriste. Les vêtements des divers personnages ne sont pas en reste : propres à l’époque, mais agrémentés de cuivre, de broderies dorées, tout en restant dans des couleurs sobres et neutres, comme le souhaite l’esthétique steampunk.

La musique du jeu elle-même, si elle n’est pas agrémentée d’un côté industriel et mécanique, nous fait bien ressentir le côté victorien et ancien de l’aventure, n’hésitant pas à y mêler un côté mystique, solennel et sacré, propre à l’existence de l’Ordre.

Là où le steampunk se fait aussi ressentir, c’est dans ses thèmes. Jess Nevin, dans l’ouvrage Steampunk, écrivait : « Le steampunk se rebelle contre le système qu’il décrit. » Or, nous commençons bel et bien le jeu avec de violentes protestations de la population envers une société industrielle qui les étouffe et les tue à petit feu, avec la présence d’anarchistes voulant renverser le pouvoir en place. Le conflit et la lutte des classes se retrouve souvent dans ce genre. La rébellion elle-même se place avec le personnage de Galahad, obligé de se retourner contre son propre Ordre suite aux secrets qu’il découvre, pourchassé alors qu’il est innocent. Les loups-garous eux-mêmes, en un sens, cherchent à trouver un équilibre qui sauvera leur espèce de l’extinction, ce qui amène Lucan à trahir l’Ordre, qui ne répond plus à ses idéaux. Le steampunk ne considère pas forcément son uchronie comme « un passé meilleur que maintenant » mais propose une vision de l’avenir sur le passé, et n’hésite pas à questionner, à remettre en cause, même si ce n’est forcément un genre de la revendication.

2. Histoire et histoires

Un autre aspect contribuant profondément à classer The Order : 1886 en jeu steampunk, c’est son intertextualité, sa capacité à mélanger Histoire et histoires. L’uchronie est présente avec cette version alternative de Londres en 1886, nous laissant parcourir des lieux bien connus comme Whitechapel. Mais ce ne sont pas les seules marques. L’Ordre a été vraisemblablement fondé au temps du Roi Arthur et de sa Table Ronde, survivant aux siècles, et laissant ses membres utiliser les noms des célèbres chevaliers : Galahad, Perceval, Lancelot du Lac, ou encore Ygraine (la mère d’Arthur, dans la légende). Comme il n’est pas véritablement précisé l’âge des différents membres de l’Ordre, on peut supposer que certains sont véritablement ceux de la légende arthurienne, d’autres sont des successeurs reprenant tour à tour les titres des chevaliers. The Order s’agrémente donc d’une autre Histoire (quoique légendaire), cette fois médiévale, tout en l’utilisant dans un univers personnel et bien établi. Le Roi Arthur est, selon les rumeurs, d’ailleurs visible brièvement dans le jeu : il serait la mystérieuse personne masquée à qui Sebastian Malory parle dans une rue. Notons aussi la référence à La Fayette, qui semble bel et bien avoir participé à la Révolution française et américaine, comme son équivalent historique.

La présence des deux femmes indiennes, Lakshmi Bai et sa fille Devi Nayar, rappellent encore à l’Histoire et à la force de colonisation qu’était l’Angleterre à l’époque victorienne. Par ailleurs, d’autres personnages secondaires jouent encore de cette intertextualité : le commissaire Doyle, qui utilise des expressions connues de Sherlock Holmes, Nikola Tesla, dont le personnage est basé sur le véritable scientifique, et qui tempête d’ailleurs à propos d’Edison, son rival. On ne peut pas non plus oublier les nombreuses références à Jack l’Eventreur, qui se révèle être Lord Hastings, membre de la United Indian Company. En ajoutant une identité possible à toutes les autres imaginées au cours du temps sur Jack l’Éventreur cet antagoniste interagit encore une fois avec l’Histoire. De manière générale, les noms des personnages de The Order sont souvent des références historiques ou littéraires.

3. Frôler le fantastique

Comme dit précédemment, le steampunk est loin de s’interdire de croiser la route de la science-fiction ou du fantastique. C’est donc sans surprise que les loups-garous et vampires de The Order contribuent à son cachet steampunk. Hybrides, les lycans peuvent avoir forme humaine et se transformer, voire enfanter et donner naissance à des loups-garous plus puissants, tandis que certains hybrides, juste mordus et contaminés, deviennent davantage des loups, plus animaux et moins conscients. Ils sont utilisés par Lord Hastings pour envahir Londres et mettre la ville sous son contrôle. Lui-même étant un vampire, la touche fantastique, parfois horrifique, est donc bel et bien présente.

La présence des créatures fantastiques permet de dresser la raison d’être de l’Ordre, de montrer un autre conflit que celui des classes, une guerre entre humains, et hybrides. Pourtant, ce propos est bel et bien nuancé avec le personnage de Lucan, honteux et maudissant sa « malédiction », craignant de voir son espèce disparaître, sachant qu’il n’appartient pas véritablement à la race humaine. Cela ne l’empêche toutefois pas de faire preuve d’affection envers sa famille d’adoption, ou les autres membres de l’Ordre. A travers ce prisme, c’est aussi la prise de conscience de Galahad que tous les hybrides ne sont pas forcément mauvais, et que ces créatures peuvent aussi vivre avec une malédiction qu’ils refoulent et cachent. Qu’est-ce qui fait un homme, qu’est-ce qui fait un monstre ? Même si le steampunk n’est, encore une fois, pas un genre fondamentalement engagé, il peut partager bien des thèmes de conflits des classes, conflits inter-espèces, de tolérance, qui se rejoignent dans bon nombre de courants littéraires, notamment la science-fiction ou le cyberpunk.

Pour achever de convaincre la légitimité de The Order : 1886 au style steampunk, on ne fera sans doute pas mieux que les mots d’Etienne Barillier, auteur et spécialiste du genre :

« The Order est le premier jeu à grand budget véritablement steampunk : son cadre uchronique, l’histoire alternative dans laquelle se déroule l’action est pleinement steampunk. Nous sommes dans un Londres victorien qui comporte de nombreux éléments de science-fiction, avec une petite touche d’horreur lovecraftienne. Le jeu dépasse par conséquent la seule esthétique steampunk pour intégrer dans son scénario — et ainsi dans le monde de sa fiction — des caractéristiques steampunk. »

Bioshock Infinite

III. Les jeux vidéos et le steampunk

Le steampunk s’est propagé dans les jeux vidéos comme il a pu le faire dans les autres médias. Mais les traces n’en sont pas aussi évidentes qu’on pourrait le croire. D’ailleurs, si vous cherchez sur Youtube diverses vidéos sur le sujet, les titres dits « steampunk » ne sont pas du tout les mêmes, d’une sensibilité à l’autre, témoignant peut-être d’un côté puriste propre à la communauté steampunk (sans mauvais jugement), ou plus sûrement de la mouvance des frontières du genre. Encore une fois, les titres cités ne sont pas exhaustifs, loin de là.

Alice Madness Returns

1. Une incursion timide

Certains jeux n’affichent que quelques touches steampunk, par l’esthétique ou la présence de machines aériennes. Ainsi, on pense à Final Fantasy VI, avec son monde industriel où la magie a presque disparu, empli de fumées, de machines et de Magiteks. Final Fantasy VII, le suivant dans la saga, s’affirmera davantage dans cette tendance avec un univers fait de machines, où l’industrie menace la nature, ou encore des décors où au moindre faux pas, le héros semble pouvoir tomber dans le vide, du haut de la cité de Midgar.

Certains niveaux des jeux vidéos American McGee’s Alice et Alice Madness Returns s’affichent clairement steampunk, notamment dans les mondes appartenant au personnage du Chapelier Fou. Les décors, dans un jeu déjà fortement victorien, se retrouvent envahis d’horloges, de rouages, de mécaniques et de vapeur, détails se ressentant même dans la garde-robe d’Alice dans cet univers. Le deuxième volet de la série Amnesia est aussi davantage steampunk dans ses décors, que le premier opus.

La série Syberia mélange art nouveau et steampunk dans un jeu vidéo de puzzle et d’énigmes, sans être entièrement ancré dans ce second genre.

Myst IV

2. Variations

Bioshock I et II, souvent catalogués comme jeux steampunk, sont toutefois davantage dans la lignée du dieselpunk en raison de l’époque à laquelle se passent les jeux, et aussi de leur côté horrifique. Ils font aussi aussi preuve de références à l’art déco dans leurs décors, en plus du steampunk.

Dans ce domaine, on trouve aussi Valkyria Chronicles, qui se déroule dans une Europe alternative des années 30, où deux Fédérations s’affrontent et où une milice se dresse pour protéger Gallia, petite nation indépendante prise entre les deux grandes puissances.

De la même manière, la série des Fallout est souvent citée en jeu steampunk, mais appartient plutôt à l’atompunk, avec un contexte esthétique fortement inspiré des années 50 et 60 américaines, et l’utilisation du nucléaire comme moteur d’énergie du monde. Fallout présente aussi une uchronie bien particulière, avec une guerre froide se prolongeant sur quarante ans, les Etats-Unis annexant le Canada, la Chine attaquant l’Alaska ou la Russie perdant toute puissante.

Myst, jeu de point and click et d’énigmes, s’affiche rétro-futuriste, avec la présence d’énigmes, de mécaniques, des décors inquiétants, qui rappellent souvent une inspiration à la Jules Verne. Les machines étranges et énigmatiques y sont légion.

Machinarium

3. Des jeux purement steampunk

Dishonored 1 et 2 sont des bons représentants du style steampunk « pur et dur », avec une ville victorienne où tant la noblesse que la pauvreté sont représentées. Reprenant le style d’infiltration, on peut noter que le jeu propose d’utiliser l’huile de baleine à la place de l’électricité, et non les machines à vapeur. Son histoire, entre meurtres et enlèvements de la noblesse, complots et plongées dans les bas-fonds, se retrouve aussi mêlée de surnaturel.

Dark Project : La guilde des voleurs propose des décors grandioses, entre architecture gothique, médiévale… Le jeu, d’infiltration, utilise le steampunk dans son univers pour créer une ambiance victorienne et relativement oppressante. Il connaît un remake en 2014, Thief.

Machinarium, lui, propose un conte de fées steampunk, avec l’histoire d’un petit robot jeté aux ordures et qui doit réussir à trouver son chemin vers la ville, au gré des puzzles et des énigmes. Le côté point and click détermine le style du jeu, et Machinarium se démarque aussi par ses décors dessinés à la main.

Bioshock Infinite, contrairement à ses deux prédécesseurs, puise davantage dans le rétro-futurisme, et des trois de la série, il est celui qui se rapproche le plus du genre steampunk.

Il convient évidemment de rajouter The Order : 1886 à la liste, et ce même si son créateur, Ru Weerasuriya, revendique plutôt un jeu néo-victorien, prétendant que l’univers de The Order est plus sombre, plus réel, que ce que propose le steampunk, alors que son jeu en présente tous les éléments et toute l’esthétique. Etienne Barillier pense qu’il « craint peut-être de se voir labellisé, donc réduit à une étiquette que le grand public ne connaît pas. »

Pour conclure

En dépit d’une définition (mouvante) du steampunk, on peut voir qu’il n’a pas (encore) été exploité pleinement en jeu vidéo, hormis quelques jeux. Mais l’influence du genre se ressent dans d’autres jeux vidéos, ou en propose d’autres variantes, comme pour la licence Fallout. C’est aussi un moyen pour le genre de continuer à vivre et à se renouveler, en-dehors de la littérature où il est né. Il autorise le jeu vidéo à mélanger différents styles, puisqu’un contexte victorien peut également s’accompagner de magie, de science-fiction ou de créatures magiques, donnant lieu à un énorme potentiel de possibilités pour le jeu vidéo. Et ce d’autant plus que ses aspects esthétiques ont tout pour faire rêver les joueurs, en général, proposant de formidables visions et images du XIXe siècle, généralement familières, avec des mécaniques et des objets originaux.

Le steampunk se sert de son cadre historique et des conflits d’une époque, pour évoquer des confrontations entre personnages, proposer des réflexions sur l’humain, son rapport au monde, aux machines et à la société. Thèmes qui sont eux aussi de plus en plus abordés par les jeux vidéos, dans de nombreux contextes, souvent de science-fiction ou d’horreur, domaines proches du steampunk. Il n’est donc pas si étonnant que le steampunk soit présent dans les jeux vidéos, comme élément du décor ou comme esthétique à part entière. The Order : 1886 en est un fier représentant, quand bien même son créateur ne le définit pas comme tel…

Ressources :


17 réflexions sur “Découvrir le genre steampunk avec The Order : 1886

  1. Wow. En voilà du superbe article. Et ça permet de saisir les nuances entre les différents termes pour les non initiés (dont je fais partie) qui ont tendance à tout mettre dans le même sac.
    Et puis c’est sympa de revenir sur le jeu de Ready at Dawn. Certes pas un chef d’oeuvre, mais loin d’être le flop que beaucoup ont voulu y voir. Pour ma part un très bon jeu / prologue à une nouvelle IP, au gameplay peu original quoique efficace et à l’univers très bien travaillé. Ça appelait une suite pour voir ce qui aurait pu être développé avec sans doute plus d’ampleur. On ne le saura / verra probablement jamais. Et c’est bien dommage.

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    1. Merci beaucoup Gilles ! Je te rassure, avant de faire mes recherches, je n’étais pas forcément plus au courant, même si j’avais déjà parcouru le Guide Steampunk il y a quelques années. Mais je suis contente que ça puisse aider à y voir plus clair dans un genre pas si connu que ça en profondeur.
      J’ai bien aimé The Order 1886 aussi. Certes, il n’est pas très original sur certains aspects, mais il a une très belle ambiance, une bonne histoire, et la fin appelait à suivre, à approfondir encore plus la guerre entre humains/hybrides, peuple/noblesse, à remettre en question les personnages. Le jeu ne demandait qu’à s’étendre. Ca aurait donné un très bon potentiel pour une éventuelle suite, même si celle-ci ne sera sans doute jamais faite.

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  2. Superbe article, très complet. Je ne connaissais le genre Steampunk que superficiellement, et je ne me doutais pas de sa richesse. Ça donne envie de se plonger dans cet univers ! Du coup, si tu devais recommander une seule oeuvre de ce genre, ce serait laquelle ?

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    1. Je suis contente d’avoir pu te faire découvrir le genre ! Je pense que le genre est riche, mais pour certains romans/oeuvres, il peine à dépasser le statut d’esthétique pour être vraiment incarné dans l’action, et ça l’empêche d’être aussi bien connu que la SF ou la fantasy par exemple.
      Alors, pour ta question, je vais être honnête : faire cet article m’a permis de me redire que je devais enfin me mettre à vraiment lire du steampunk, car de fait, si je suis intriguée et intéressée par le genre, je n’ai lu quasiment aucun roman steampunk à part A la croisée des mondes de Pullman, qui en comporte des éléments, et la BD de la Ligue des Gentleman Extraordinaires. (et le seul autre roman que je croyais avoir du genre n’y appartient pas totalement d’ailleurs.) Je suis bien en peine de te donner le conseil d’un coup de coeur, donc. Par contre, en suivant le Guide Steampunk de Barillier qui présente divers ouvrages en les critiquant quand même, voici les romans qui m’ont l’air d’être à la fois les plus représentatifs du steampunk, intéressants dans leurs intrigues et leurs personnages, et bien écrits. Je te conseille d’aller ensuite voir des résumés pour voir lequel parle le plus à tes goûts de lecteur :
      -Homunculus de James Blaylock (l’un des fondateurs du genre), qui se passe à Londres en 1875, a priori bien frénétique, mêlant inventions, pas mal de SF, des extra-terrestres, et un humour pas mal singulier.
      -La Machine à différences (William Gibson et Bruce Sterling), à Londres, 1885, plus technologique, plus scientifique, plus dans la veine un peu engagée, tout en gardant un côté très aventureux.
      Plus contemporain (et d’auteurs français) :
      -Bohème (Mathieu Gaborit), qui se situe cette fois en Europe de l’Est, avec un petit côté dystopique, dans un monde submergé par une mer toxique.
      -Confessions d’un automate mangeur d’opium (Mathieu Gaborit et Fabrice Colin), qui se situe à Paris en 1899, avec un côté roman populaire très aventureux.
      -La Lune seule le sait (premier tome d’une trilogie, Johan Heliot), à Paris, 1899, qui a l’air de faire intervenir beaucoup de figures historiques, avec un steampunk vraiment ancré dans l’univers mis en place et dans son époque.
      En espérant avoir répondu à ta question, même si j’aurais aimé pouvoir mieux le faire !

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  3. Oui, effectivement, c’est une très bonne idée d’article et surtout, il est très bien organisé et écrit. Je me rends compte que j’avais des idées assez vagues, voire fausses, de ce qu’était exactement le steampunk. Par exemple, je ne savais pas que c’était un genre aussi récent. Même si ça paraît logique qu’on rajoute des machines à vapeur à l’époque victorienne, après coup. Concernant The Order, si l’on veut rester exact, on pourrait peut-être plutôt parler de fantaisie que de fantastique. Ce sont deux genres qui se confondent dans la langue courante. Mais étymologiquement, le fantastique n’existe que si nous hésitons entre une explication rationnelle et une qui ne l’est pas, ce qui engendre la peur. Alors que nous ne doutons pas de la présence d’immortels et autres lycans, dans le jeu. Quoiqu’il en soit, ton analyse me permet de mieux le cerner, quand bien même je l’avais fait deux fois. Et le petit inventaire de jeux steampunk est très sympa aussi, même si j’en connais très peu. J’ai fait plusieurs fois Fallout 4 et je ne l’avais jamais envisagé comme ça, dans la mesure où c’est un monde post-apocalyptique qui existe dans notre futur. Mais il est clair qu’en terme d’ambiance et de design, on part sur un sous-genre du steampunk. Le tout est très rétro, avec malgré tout de nouvelles inventions. Merci pour ton article et à une prochaine lecture.

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    1. C’est éventuellement une idée à creuser pour d’autres articles, en partant de genres littéraires peu connus ! Et même pour toi si ça te tente d’ailleurs, car tu as un regard plus pointu que moi vu ton métier et tes connaissances. D’ailleurs, tu as tout à fait raison, j’aurais dû utiliser le terme de fantaisie/fantasy pour être plus juste. J’ai tendance à me dire (de façon très globale) que fantasy = médiéval épique-fantastique et fantastique = contemporain/moderne avec des créatures imaginaires ou des éléments fantastiques. Mais effectivement, dans l’étymologie, le fantastique c’est plutôt quand on hésite entre le rationnel et l’imaginaire…je tâcherai de faire plus attention maintenant !
      Je ne me souvenais plus non plus que le genre était aussi récent, et ça méritait vraiment de relire en partie le Guide steampunk pour revoir les origines et les spécificités du steampunk. C’est vrai que ça m’a permis de voir The Order d’un autre oeil, aussi, et je ne pensais pas non plus que Fallout ferait partie de l’atompunk, très loin de là ! Je me demandais d’ailleurs ce qu’en penserait quelqu’un qui a vraiment joué à ce jeu, je suis contente de voir que ce n’est visiblement pas à côté de la plaque. Merci à toi !

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    1. Oh, merci beaucoup pour le compliment ! Votre article sur les différents sous-catégories du steampunk m’a bien aidée. D’ailleurs, je viens de comprendre que vous êtes l’auteur de l’ebook du Guide des genres et sous-genres de l’imaginaire, que j’ai acheté il y a deux jours à peine, j’ai hâte de commencer, pour enfin bien établir et étoffer ce que je sais de ces genres. (A tout hasard, il n’y a pas eu de version physique, malheureusement ?)

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      1. Vous m’inquiétez avec votre histoire d’achat, vu que ce livre est gratuit… Il y a bien eu une version physique, limitée à quelques centaines d’exemplaires, distribués par Albin Michel (lors des présentations de la collection) ou par moi (par concours, désormais terminé).

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      2. Non, pas de souci, je disais « achat » (même s’il est gratuit) simplement parce que c’est donc téléchargé légalement et pas illégalement. Dommage pour la version physique ! Merci !

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  4. Félicitations pour cet article extrêmement fourni et détaillé qui a en plus l’audace de servir, d’une certaine manière, de « critique » à The Order. J’ai beau ne pas aimer le style et l’univers steampunk, j’ai trouvé ça passionnant à lire et je suis malgré tout content d’en avoir appris davantage sur le sujet. Je comprends maintenant pourquoi je suis très hermétique à des licences comme Fallout, Bioshock, Dishonored, The Order, etc. Tout est pensé à partir du même moule, un moule pour lequel je n’ai aucun affect haha !

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    1. Ça a le mérite d’être clair, mais après, on a tous des genres auxquels on est récalcitrant ! xd C’est sûr que du coup, aucun de ces jeux ne peut te plaire, malgré qu’ils aient souvent été bien critiqués, et c’est compréhensible. En tout cas, je suis contente d’avoir pu t’éclairer sur l’univers et le genre, et sur comment il se retrouver dans The Order. Et merci pour tes compliments !! Du coup ça t’indique même peut-être un peu plus pourquoi tu n’as aucune affinité avec ce style.

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  5. En tant que grand fan du « steampunk », j’adhère grave à ton article, qui est excellent ! En plus tu cites plein de jeux différents, ce qui permet de les confronter et de traiter les sous-genres que l’on a tendance à oublier. Bravo pour ce dossier mademoiselle !!

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