Lectures de mars 2019

Les femmes de Stepford (The Stepford Wives) – Ira Levin, VO 1972, VF 1974

Le topo : Joanna et son mari déménagent dans la tranquille ville de Stepford. Photographe et mère de famille, la jeune femme se rend peu à peu compte que les autres femmes du voisinage sont étranges (et très belles) : toutes passent leur temps enfermées chez elles, à briquer la maison et à s’occuper de leurs enfants. La vérité est bien plus mystérieuse.

Le résultat : Ira Levin est l’auteur du roman Rosemary’s Baby, et vous connaissez peut-être les Femmes de Stepford par son adaptation cinématographique de 2004, Et l’homme créa la femme. Ce court récit de science-fiction cache bien ses mystères, s’amusant à nous donner des indices et des interprétations au fur et à mesure, sans nous les imposer. Ira Levin parvient à donner naissance à une tension grandissante, et si l’histoire est sans doute un peu dépassée ou prévisible de nos jours, elle demeure très agréable à lire sur la forme et le fond. Le roman conserve un aspect satirique sur l’enfermement des femmes au foyer, la docilité dans laquelle leurs maris peuvent les enfermer, et sur les ménages américains idéaux.

Une drôle de fille – Armel Job, 2019

Le topo : Dans une province belge, à la fin des années 50, les Borj tiennent une pâtisserie. Ils se retrouvent à accueillir une orpheline de guerre, Josée. Mais l’apparition de la jeune fille, altruiste, illettrée, va vite éveiller le tumulte et les troubles au sein de la famille Borj, ainsi que du village – et éveiller des secrets du passé.

Le résultat : Drôle de roman tout court, qu’est Une drôle de fille. Au départ, je ne m’y engageais pas avec confiance. Mais l’efficacité et l’ironie doucement distante de l’auteur font qu’on se retrouve bien vite embarqués dans l’histoire. Au début, les personnages sont bien ridicules, parfois grossiers dans le sens de caricaturaux, très terre-à-terre. Au final, c’est parce qu’ils sont décrits sans embellissements, simplement dans des états d’âme très humains et très concrets. Ils subissent sans le vouloir l’influence de Josée, qui agit elle-même sans en avoir conscience comme une boule de neige dans leur vie, entraînant révélations et dévoilements des secrets familiaux ou du village, en toute innocence. Et, par ce biais candide, où Josée devient bouc émissaire, on sent aussi à quel point l’auteur a voulu montrer que le destin, la fatalité, peut peser sur les membres d’une même famille de génération en génération, tant que certains péchés ne sont pas expiés. Le roman est alors tour à tour sombre et aussi terriblement ironique, sans être moralisateur, seulement prégnant d’une terrible mécanique fatale.

Seirens : Rivage – Melissa Scanu, 2019

Le topo : Fey est une jeune fille ne s’étant jamais sentie à l’aise sur terre. Pour cause, elle découvre en effet être une Seirens, une sirène, et on lui laisse le choix de continuer à vivre sur Terre ou de retourner vers ses origines marines. Elle découvre alors tout un monde sous-marin, composé de deux peuples Seirens, en rivalité depuis une guerre ancienne. Les échos encore bien présents de cette guerre ne tardent pas à attiser la curiosité de Fey, et à déclencher de nouveaux conflits entre les deux peuples.

Le résultat : Seirens est un ouvrage un peu à part dans mes lectures, puisqu’il s’agit du roman fantasy jeunesse d’une amie et dont j’avais fait la bêta-lecture il y a quelques années. J’ai pris plaisir à redécouvrir le roman et à en suivre ses péripéties. Plonger dans un monde marin qui offre une nouvelle vision du monde des sirènes est dépaysant, et les descriptions détaillées sur cet univers, ses deux peuples, ou le mode de vie des Seirens, y sont pour beaucoup. Le rythme est assez entraînant et les pages se tournent bien vite au gré des rebondissements et des aventures des personnages. Ceux-ci présentent d’ailleurs pour chacun d’entre eux une vision différente du monde marin et de ses deux peuples, des points de vue assez proches de ceux des humains, et quelques échos avec l’actualité. On suit la quête d’identité de Fey avec plaisir, tout comme la découverte des mystères qui entourent son nouveau monde, le tout avec un certain humour et une tonalité légère. A noter les belles illustrations du roman, ainsi que le soin apporté à la couverture, qui reflètent assez bien l’esprit marin de l’univers.

L’histoire de Tomb Raider : 1996-2008, l’odyssée de Lara Croft – Alexandre Serel, 2017

Le topo : De la création de Lara Croft et du premier jeu vidéo Tomb Raider, en passant par les films, les bandes dessinées, les brouillons de scénario inachevés de la trilogie Angel of Darkness, ce livre présente toutes les coulisses derrière les jeux Tomb Raider.

Le résultat : J’ai eu un peu de mal à démarrer avec ce livre, mais une fois le nez véritablement dedans, il a été fini en à peine une journée ! Tomb Raider fait partie de mes premiers jeux vidéos, et bien que grande fan de Lara Croft, je n’en savais finalement pas tant sur la création de la série. Cela a été donc passionnant de découvrir les coulisses de la fabrication de Tomb Raider, l’incessant jeu de chaises musicales des équipes de production, le succès inattendu du premier Tomb Raider, les enjeux derrière chaque nouvel opus ensuite, les tensions incluses par la nécessité de faire à chaque fois un meilleur épisode de la licence. A vrai dire, je ne savais pas vraiment comment imaginer les ambiances de studio de production de jeux vidéos (et c’était dans les années 90), aussi cela a été très instructif, sur les amitiés et inimitiés des équipes, les conflits, les tensions avec la hiérarchie… J’ai aussi appris comment, dès le début, le marketing a aussi voulu jouer sur une image sexy de Lara Croft, loin de ce que les producteurs ont toujours voulu mettre en avant ; l’existence d’un premier script inédit pour le film Tomb Raider ; ou encore (un petit rêve de fan réalisé) les brouillons de ce qui aurait suivi pour la continuité de l’Ange des ténèbres, épisode maudit et mal-aimé de la saga. Le livre s’attarde aussi sur la création de certaines musiques célèbres du jeu, avec la volonté précise de chaque compositeur, mais aussi sur les comics qui ont prolongé l’existence de Lara Croft, le mélange des mythologies dans l’univers… Mon seul regret est que le livre s’arrête juste à l’annonce du reboot actuel, sur lequel on n’en sait donc pas vraiment plus. Mais L’histoire de Tomb Raider est véritablement riche en informations de tous genre et passionnant à lire, pour qui veut en savoir plus sur cette licence. Et ça m’a diablement donné envie de retourner jouer à Tomb Raider.

Celle dont j’ai toujours rêvé (If I was your girl) – Meredith Russo, VO 2016, VF 2017

Le topo : Amanda retourne vivre chez son père après une adolescence éprouvante, cherchant à repartir de zéro et à avoir ses examens de fin d’année en toute tranquillité. Mais dans sa nouvelle vie, elle se lie vite d’amitié avec d’autres filles, tombe amoureuse d’un jeune homme…les histoires d’une vie normale, excepté qu’elle doit composer avec son propre secret et choisir, ou non, d’être entièrement elle-même aux yeux des autres : elle est une femme trans.

Le résultat : Celle dont j’ai toujours rêvé est davantage un coup de cœur, par rapport au précédent roman jeune adulte lu sur le même sujet. Il parle en effet de la post-transition pour les personnes trans, alors que bien souvent, dans d’autres livres, c’est cette période qui est mise en avant. Le récit d’Amanda, partiellement inspiré par la vie de son autrice, présente donc une autre facette de ce thème, à la fois plus joyeuse et plus périlleuse. Il est positif de voir une vie après transition, de voir la personne ayant déjà passé par de multiples épreuves douloureuses, commencer véritablement son existence, davantage sereine, de la voir avoir la vie dont elle a toujours rêvé. Cela permet un roman sur les histoires traditionnelles de la fin d’adolescence/début de l’âge adulte, par la même occasion : les amitiés, les prochaines études à la fac, le travail, les familles plus ou moins dysfonctionnelles, les amours, la réaction des autres face à des secrets… de façon parfaitement naturelle. Et si le roman a quelques passages douloureux, il demeure malgré tout optimiste, se focalisant finalement sur la volonté d’Amanda ou non, de révéler l’entièreté de sa vie, à certaines personnes, sachant qu’elle ne doit rien au final à quiconque. Une très belle lecture, à la fois touchante et instructive, et qui traite avec grande justesse de bien des sujets, et avec aussi une belle héroïne, très attachante.

Les enfants de cœur (The lonely hearts hotel) – Heather O’Neill, 2018

Le topo : Montréal, 1914. Pierrot et Rose se retrouvent déposés sur les marches d’un orphelinat, où ils grandiront tant bien que mal au milieu d’autres enfants, sous les surveillances et mauvais traitement de religieuses. Rose danse, effectue des pantomimes qui ravissent les autres, tandis que Pierrot est un pianiste prodige. A la lisière entre l’amitié et l’amour, ils prennent des chemins différents à l’âge adulte, avant de se retrouver et de se reperdre, durant la Grande Dépression, dans un monde violent et dur, auquel eux seuls amènent un peu de poésie.

Le résultat : Les enfants de cœur est une lecture dense et riche qui m’a laissée mitigée, et qui, je pense, aurait pu être un coup de cœur s’il avait été écrit un peu différemment. Car on s’attache aux jeux, aux tourments, aux sentiments des deux protagonistes dans ce monde urbain difficile et miséreux, on a envie de les voir se retrouver et triompher des épreuves imposées, et qu’ils trouvent enfin un sens à leur vie. De même, l’amour pour l’art en général, le théâtre, la poésie, l’ode aux sentiments purs au milieu d’une société corrompue par l’alcool, la prostitution et le crime, sont des thèmes puissants et très bien écrits, mis en valeur dans l’intrigue. L’histoire est aussi écrite comme un conte pour adultes, flirtant parfois avec l’imaginaire de façon presque fantastique, montrant à quel point le monde a des conséquences terribles et parfois injustes sur Rose et Pierrot, parfois avec fatalité. Mais ce qui a perturbé cet équilibre, c’est peut-être la traduction, ou l’écriture, de moments ici et là, qui auraient gagné à être davantage en poésie ou en implicite, notamment lors des scènes sexuelles. C’est difficile à exprimer, car le roman regorge de belles idées et de belles images, et pourtant, certains aspects perturbent cet aspect de conte qui aurait dû dominer tout l’ensemble. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aurait eu aucune violence, aucune sexualité ou aucun crime, mais que cela aurait pu être écrit différemment pour davantage de justesse.

Boy erased – Garrard Conely, VO 2016, VF 2019

Le topo : Ce récit autobiographique revient sur l’année 2004, où Garrard, après que son homosexualité ait été découverte, se retrouve obligé de suivre une thérapie dans un centre de conversion, influencé par ses parents baptistes ultraconservateurs.

Le résultat : Actuellement adapté au cinéma, Boy Erased est un récit présentant des allers-et-retours entre passé et présent. L’auteur parle à la fois de cette thérapie de conversion qu’il a été obligé de subir dans un centre, de ses relations actuelles avec ses parents, des différents moments de son enfance et adolescence où il a compris son homosexualité, ou encore de son passage à la fac, où s’est produit l’événement dévoilant son orientation sexuelle. C’est aussi un texte qui montre à quel point l’ancrage dans une religion extrémiste peut causer des dégâts, non seulement sur une éducation toute entière, sur les liens entre membres d’une famille, mais aussi quand on se révèle différent, d’une façon ou d’une autre. Les moments où l’auteur parle de la thérapie n’en sont pas moins glaçants, avec des exercices aussi absurdes que créer une généalogie du péché dans sa famille, pour savoir quel péché retombe sur la personne en thérapie… Ce récit est édifiant à bien des égards et méritait sans aucun doute d’être publié, notamment pour dénoncer les centres de conversion (qui heureusement, disparaissent), la culpabilité, les conflits, engendrés par une éducation intégriste, ou la lutte pour s’accepter soi-même et arriver à déconstruire des mécanismes de pensée. Néanmoins, il m’a paru terriblement froid et distant, sans rythme véritable de lecture à mes yeux, et j’ai lutté pour aller jusqu’au bout.

Qui a tué l’homme-homard ? – J.M. Erre, 2019

Le topo : Dans un village reculé de Lozère, on trouve les anciens rescapés d’un cirque de monstres, arrivé là il y a 70 ans. Quand on retrouve le cadavre (et ses morceaux) de l’homme-homard de la troupe, deux policiers sont dépêchés sur les lieux pour enquêter, notamment avec l’aide de la fille du maire, Julie, paraplégique, qui retrace l’histoire au jour le jour.

Le résultat : Qui a tué l’homme-homard ? est, comme d’autres romans de l’auteur (Le mystère Sherlock) à la fois un polar humoristique et aussi une pastiche du roman policier, piochant volontiers dans les personnages délirants, ou tellement stéréotypés qu’ils en deviennent drôles. Avec l’originalité de mettre en scène un ancien cirque de monstres, un village perdu et empli de personnages « bouseux » et pourtant au niveau des dernières technologies, on a là un roman qui fait preuve de sarcasme, faisant satire sociale, satire du roman policier en se moquant des étapes nécessaires pour le déroulement d’une enquête, des personnages inévitables… On sourit beaucoup en le lisant, notamment devant l’accumulation des personnages insolites et invraisemblables qui deviennent crédibles, devant l’utilisation des clichés et des rebondissements, et aussi devant l’hommage qui est rendu à la littérature policière en général. Il n’est donc pas bien difficile de se laisser emporter par l’enquête, par les situations de l’histoire, de rire avec l’ironie omniprésente, tout en se retrouvant surpris par la résolution de fin et les divers rebondissements.


7 réflexions sur “Lectures de mars 2019

  1. J’ai vu « et l’homme créa la femme », même si je n’ai pas lu le livre. Je ne sais pas si tu as essayé de le voir mais je ne sais pas si ça te plaira. C’est une comédie américaine qui, je pense, n’est pas très fidèle à l’œuvre originale. Même si je n’en tire pas un mauvais souvenir. Et c’est bien que « Celle dont j’ai toujours rêvé » t’ait plu. C’est vrai qu’il est un peu plus mature et optimiste que d’autres romans sur le sujet, ne serait-ce que parce que cela se passe après la transition de l’héroïne.

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    1. Je suis allée voir le trailer du film, du coup : je ne m’attendais pas à ce genre d’ambiance, le roman étant plutôt sobre et tendu ! Je pense qu’effectivement, ce n’est pas vraiment fidèle, tout en gardant des éléments. Ma foi, ne serait-ce que pour le casting, je pourrais jeter un coup d’oeil un soir. Oui, Celle dont j’ai rêvé était vraiment très bien, et m’a embarquée très vite, notamment avec l’héroïne qui est très sympathique. Et il a le mérite d’aborder la post-transition, ce qui est tout aussi intéressant et important.

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  2. Sympa L’Histoire de Tomb Raider 😉 Y a quelques années de cela je me suis offert 20 ans de Tomb Raider. Peut-être que les deux ouvrages se complètent ! Le second est une énorme encyclopédie sur les origines de Lara Croft, les coulisses des jeux etc. Il a vu le jour grâce à la participation de 130 contributeurs. Par contre pour le lire en entier il m’a fallu bien plus qu’une journée 😰

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    1. Est-ce que c’était publié par Hors collection ? Sinon c’est celui-là mon prochain ouvrage sur ma liste à acheter, je voulais le lire pour compléter justement. 🙂 En tout cas celui que j’ai lu est vraiment complet et intéressant. et faut pas culpabiliser, des fois on met plus ou moins de temps à lire !

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