Brothers | Un conte fraternel doux-amer

Brothers : A tale of two sons est un jeu indépendant de 2013 et a été produit par le studio Starbreeze/Hazelight – qui sortira par la suite le très bon jeu coopératif A Way Out. Brothers a connu un grand succès lors de sa sortie, et a aussi été récompensé de nombreux prix. Je le découvre six ans plus tard, et ses décors, son histoire, et surtout son aspect de voyage émotionnel sont toujours aussi puissants.

Une aventure nordique et fantaisiste
Ou le voyage héroïque de deux frères

Dans un petit village aux influences nordiques, deux frères se mettent en quête d’une eau miraculeuse, à l’arbre de la vie, qui permettra de soigner leur père malade. Il est hors de question de le perdre, la mère étant elle-même décédée par noyade peu auparavant. Le petit frère et le grand frère partent alors à l’aventure, traversant leur village avant d’entrer dans la montagne et la forêt. En chemin, ils rencontreront des géants, un peuple tribal, une mystérieuse jeune fille ou encore un inventeur… Et c’est tout ce qu’on dira pour l’histoire, qui, même si elle date de plusieurs années, mérite qu’on la découvre sans en savoir plus, d’autant qu’elle ne dure que quelques heures à jouer.

Mais la brièveté du jeu en fait toute la force, lui permettant de ne pas être lassant, se renouvelant toujours au niveau des énigmes et du gameplay. Les deux frères communiquent dans un langage inventé, inspiré de l’arabe, laissant l’expressivité et les gestes nous guider sur les intentions des mots et sur leurs actions. Ce langage créé permet de s’impliquer encore davantage dans le jeu, nous intriguant et nous laissant interpréter des paroles dont on devine le sens, plus ou moins universel. Chacun des deux protagonistes se joue avec un côté de la manette (le gauche pour le grand frère, le droit pour le petit), nécessitant une certaine synchronisation au niveau des mouvements du joueur, s’il veut passer toutes les énigmes et péripéties du chemin à venir. Brothers est également d’une réelle beauté malgré sa date de production. Les jeux d’ombres et de lumière sont sublimes, mettant l’accent sur les décors créés, tout en inspiration d’une fantasy médiévale, de cavernes, de forêts, de vieilles tours, de villages fortifiés ou plus paysans. L’inspiration scandinave se fait ressentir, lorsqu’ils traversent une région de neige et de glace. L’ensemble est ainsi extrêmement doux, regorgeant de détails avec lesquels il est possible d’interagir, d’autant que les deux frères auront des réactions différentes : le petit frère réagit souvent avec enthousiasme et espièglerie, tandis que le grand frère est plus raisonné et moins facilement effrayé. Ainsi, le petit frère peut asperger d’eau quelqu’un faisant sa sieste, tandis que le grand se contentera de demander leur chemin à la même personne. Toutefois, tous deux partagent une forte complicité et un grand amour l’un envers l’autre.

Un conte tout en clair-obscur
Ou quand l’innocence devient maturité

L’aventure est ainsi une petite beauté graphique, à la fois claire et pure, regorgeant de paysages paisibles, ou plus troublés et macabres. On traverse un village aux petites ruelles charmantes, avec les maisons de bois, les quelques personnes croisées, un champ de foin, pour ensuite passer dans des cavernes où des géants travaillent visiblement le métal, et où le vide paraît vertigineux ; une forêt sombre sera envahie d’obscurité et de loups, avant de déboucher dans un cimetière parsemé de bougies, à la fois triste et tranquille ; une forêt se révèle dangereuse avec des ronces et des arbres menaçant la vie des deux frères… et bien encore d’autres lieux, à la fois fantastiques et féeriques, dignes des contes de fées et des mythes. Ces paysages sont empreints d’une grande poésie, tout en donnant l’impression d’un monde vaste et merveilleux, où la guerre peut cependant arriver. Mais il est plus que certain que comme moi, vous profiterez des bancs dispersés ici et là dans le jeu, pour y asseoir les deux frères, en une contemplation douce et émerveillée de la nature qui les entoure, bercé par une musique onirique et aventureuse. Il y a dans le jeu, à la fois de la beauté et de l’étrangeté, facilitant ce passage si naturel, parfois d’une image à l’autre, entre la noirceur et le superbe.

Embarquer pour Brothers, c’est repartir au pays des contes de Grimm, où le merveilleux et le macabre se mêlent, où les monstres côtoient les animaux, où les jeux d’enfance sont aussi troublés par des thèmes sombres comme la mort et la maladie. C’est un récit initiatique, un conte qui a sa part d’ombre et de lumière, qui se montre doux – à l’instar de ses graphismes, de la relation entre les deux frères – et aussi amer, comme diverses péripéties de l’univers. Les apparences n’y sont pas toujours fiables, et bien vite, on s’attache aux deux frères, on craint pour leur vie, et on s’acharne à les emmener au bout de leur quête. Car ils y découvrent aussi bien les horreurs de la guerre, que la beauté d’un paysage glacé, une aurore boréale ornant le ciel. On retrouve aussi dans l’histoire, bien des archétypes du conte traditionnel, et notamment ses principes : la force de la fraternité, l’entraide entre les deux frères comme envers leur prochain, les transformations magiques, le sens du sacrifice… Il y a un véritable plaisir à les voir évoluer tout au long de l’aventure, à voir leurs réactions face au monde changer, à croiser aussi les différentes petites histoires présentes ici et là dans le jeu. Le récit les fait progresser en maturité et grandir, à la fois par des aventures enthousiasmantes et des passages plus sombres et cruels. A l’image des contes originaux, finalement… Quant à la fin, elle ne peut pas laisser indifférent.

Brothers est une petite merveille à l’impact émotionnel véritable et universel, et qui mérite assurément un détour par son univers, si ce n’est pas encore fait.


7 réflexions sur “Brothers | Un conte fraternel doux-amer

  1. J’avais vraiment aimé le jeu lorsque je l’ai découvert. La connexion entre les deux frangins est superbes et le fait que le langage nous soit incompréhensible renforce paradoxalement encore plus les liens. Comme tu dis, le voyage est enchanteur et les tableaux dans lesquels on évolue sont parfois à tomber. Quant à la fin elle est effectivement touchante (même si j’avoue ne pas avoir été totalement transporté sur ce point – mais sans doute est-ce parce que je sortais de jeux comme TLOU, Gone Home et Infinite avant de faire Brothers, donc ça doit y jouer). Le seul petit point que je pourrai lui reprocher c’est un cliché/trope un peu pénible qu’il utilise à un moment important de l’histoire (j’en dirai pas plus pour pas spoiler).
    D’ailleurs truc amusant, c’est quand il ne parle pas et laisse vivre que Fares emporte mon adhésion (contrairement à A Way Out et ses persos / dialogues clichetonnesques).

    Aimé par 1 personne

    1. Tu as tout à fait raison pour le langage, ça les rend encore plus attachants et ça nous implique davantage. Effectivement, quand on sort de TLOU ou d’autres jeux qui sont aussi forts émotionnellement, c’est plus dur de passer après. Mais c’est vraiment un petit jeu enchanteur. J’ai bien aimé A way out aussi, mais c’est clair que les partis pris mécanismes, etc, sont différents, et Brothers a plus de charme et de poésie, c’est certain.

      J'aime

  2. Tu retranscris parfaitement l’ambiance du jeu, et je suis ravie qu’il semble t’avoir plu à ce point. En même temps, c’est tout à fait dans tes cordes. Il ne faut pas oublier de mentionner le gameplay, qui est lui-même assez unique. Puisqu’il faut incarner les deux personnages à la fois, chacun ayant des capacités différentes. J’espère que les créateurs de Brothers et de A way out vont vite nous proposer autre chose.

    Aimé par 1 personne

    1. Ça aurait été difficile qu’il ne me plaise pas ! Oui, le gameplay est vraiment très bien pensé, aussi. On le ressent d’autant plus au grand changement vers la fin du jeu, là aussi, ça a été mis en place de façon intelligente (et déchirante…). Effectivement, je garderai un oeil sur la prochaine production du studio.

      J'aime

  3. Magnifique chronique ! Et je te rejoins sur tous les points 🙂 Je l’avais fait à sa sortie et j’ai été soufflée.
    Je n’aurais pas pensé à comparer cet univers à celui des contes de Grimm mais c’est exactement ça !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup ! C’est vraiment un très beau jeu, je pense encore à sa mélancolie et à ses paysages… J’imagine quand on le découvrait pile à sa sortie, ça devait être encore plus impressionnant ! Ça m’a même donné envie de relire les contes de Grimm en version intégrale, c’est tellement proche, avec ce mélange de magie et de dureté.

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.