L’envol du moineau | Amy Belding Brown

l'envol du moineau Amy Belding Brown critique
L’envol du moineau
est un roman américain publié en 2014 aux Etats-Unis, et traduit seulement en 2019 en France. De base, je ne suis pas particulièrement tournée vers les romans historiques, mais après la lecture des Confessions de Frannie Langton, je me suis souvenue qu’il s’agissait d’un excellent moyen de se plonger dans une époque peu connue, parfois dans un autre pays, et d’en découvrir les mœurs ainsi que la société.

De plus, ce roman historique s’est révélé une très bonne lecture, tout simplement. Basé sur l’histoire vraie de Mary Rowlandson, notamment d’après le récit de captivité laissé par celle-ci, L’envol du moineau est a priori fidèle à l’Histoire. Il se permet bien évidemment de romancer son intrigue, y apportant de l’émotion, des réflexions et des dialogues entre bien des personnages historiques, ainsi qu’une vision sans doute un peu plus moderne qu’à l’époque, pour son héroïne. Mais cela n’en fait cependant pas un roman historique trop « romancé », avec des situations trop invraisemblables. D’ailleurs, l’écriture reste souvent assez factuelle, comme pour bien dissocier les faits réels connus, des moments plus psychologiques et des interactions imaginées par l’auteure.

Les premiers chapitres plongent dans la société américaine puritaine et colonialiste des années 1670, à Massachusetts, avec ces longues journées de travail qui n’en finissent pas, le christianisme omniprésent et suffocant. L’héroïne, à ce moment-là, est mariée, mère de famille, et subit sa condition sans se poser réellement de questions, y compris quand son mari – pasteur – lui reproche de trop aimer ses enfants, au point de s’en détourner de Dieu, ou de faire preuve de trop d’intelligence pour son propre bien. Les mœurs autour de Mary sont oppressantes à bien des égards, mais elle ne s’en rend réellement compte qu’en étant ensuite enlevée et capturée par les Indiens, ceux-ci laissant un village à feu et à sang derrière eux, et bien des morts. Ce sera onze semaines de captivité, mais où, en dépit des calvaires, brutalités subies, Mary finit par se faire à la manière de vivre des Indiens. Elle est esclave et obéit à une cheffe indienne particulièrement versatile, certes, mais elle est aussi malgré tout plus libre de ses mouvements, redécouvrant la nature sauvage autour d’elle, l’oisiveté. La société indienne est bien plus cruelle, plus impulsive que la société américaine, mais accorde davantage de place aux rôles des femmes, à l’amour et à l’éducation envers les enfants, à un travail qui n’empêche pas les jeux ou la rêverie, et sans la menace d’un Dieu plus impitoyable que véritablement miséricordieux. Autant dire que le retour de Mary à la réalité américaine ne se fait pas sans suffocation et conflits, tant la vie indienne l’a changée et lui a donné une nouvelle façon de voir les choses. Elle s’y retrouve comme un oiseau en cage après avoir goûté à la liberté.

L’envol du moineau est un récit riche en détails de la vie du XVIIe siècle dans l’Amérique colonisatrice, qui n’a aucune peine à nous transporter dans l’esprit de cette époque. Certaines traditions de l’époque font incontestablement se crisper, comme cette obligation de ne pas démontrer trop d’affection envers sa famille, le rôle mineur accordé aux femmes, ou cette manie de répondre que Dieu sera la réponse ultime à tous les tourments, et que tous les sacrifices sont des épreuves pour estimer la foi. Il n’est donc pas étonnant que Mary préfère la vie des Indiens, plus en harmonie envers la nature, plus humaniste ; même si cependant les choses ne sont pas décrites de manière aussi manichéenne. Tous les Américains ne sont pas uniquement des puritains hypocrites, et bien des Indiens sont injustement cruels, jouant de la loi du plus fort, ou assassinant sans remords ni même réflexion. On en apprend beaucoup sur ces deux civilisations, sur leurs conflits et leurs guerres, la vie indienne commençant déjà à disparaître, enfermée dans des réserves naissantes. Si Mary est le personnage principal et narrateur, cela n’empêche pas d’autres protagonistes, principalement masculins, d’être assez développés autour d’elle. L’auteure en fait une femme avec un point de vue sûrement un peu trop moderne pour l’époque, dont la vision du monde évolue peu à peu ; mais il est impossible de ne pas s’attacher à elle au vu des épreuves qu’elle traverse, et de la regarder se transformer en femme plus libre d’esprit, au fil du récit. D’ailleurs, il est à noter que la véritable Mary Rowlandson était probablement moins ouverte d’esprit que son interprétation de fiction, mais cela est au final impossible à réellement savoir : car son récit de captivité fut de toute façon manipulé et réécrit par les autorités religieuses de l’époque, pour valoriser la vie chrétienne face à la cruauté barbare et païenne des Indiens.


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