Deux notes symphoniques : Kingdom Hearts Orchestra & Elina Garanca

Ces dernières semaines, j’ai eu la chance d’assister à deux concerts : Kingdom Hearts Orchestra World of Tres, orchestre symphonique reprenant les musiques de la série Kingdom Hearts, et le récital d’Elina Garanca. Voici donc l’occasion d’en glisser quelques mots ! En ce qui concerne le premier concert, je ne peux d’ailleurs que vous conseiller d’aller lire l’article passionné écrit par F-de-Lo, qui connaît ces jeux et ses musiques sur le bout des doigts, bien plus que moi !

Kingdom Hearts Orchestra : World of Tres

Le concert symphonique de Kingdom Hearts Orchestra a eu lieu le 28 septembre 2019 au Palais des Congrès, une date dans sa tournée mondiale pour interpréter les musiques emblématiques de la saga vidéoludique. C’était aussi la première fois que j’assistais à un concert symphonique de musiques de jeux vidéos / de films, illustré par la projection de cinématiques sur un grand écran. La découverte et l’émerveillement étaient au rendez-vous !

Bien que je ne connaisse pas autant les musiques que bien des fans de Kingdom Hearts de la première heure – je suis seulement en train de faire les jeux vidéos, après tout – cela fait décidément quelque chose de les entendre ainsi interprétées avec autant de puissance et de virtuosité en live. Chaque son est magnifié, amplifié, plus subtil et plus nuancé à la fois, permettant de redécouvrir des mélodies qui auront marqué les combats et traversées dans les mondes Disney de la saga.

Le concert, en deux parties, était ainsi organisé en medleys thématiques, mettant l’accent sur divers aspects de l’univers Kingdom Hearts, comme les ennemis, en suivant les musiques propres à chaque opus ; et en deuxième partie, les musiques entendues dans Kingdom Hearts 3, le petit dernier. Les cinématiques illustrent alors formidablement la musique, permettant de replonger dans des moments épiques, mélancoliques ou tragiques de la série – quitte à avoir quelques spoilers… mais heureusement, ces simples images en elles-mêmes sont trop « vagues » pour m’avoir réellement spoilée. Et puis, c’était un risque pris de bon coeur ! La seule chose que je trouve gênante, et sans doute est-ce subjectif, est le fait de parfois se laisser un peu absorber par les images défilant sur l’écran, au risque d’oublier de se concentrer sur la musique live.

Cela ne m’a pas empêchée le moins du monde de profiter du concert, retrouvant des musiques connues, ou d’autres complètement nouvelles… Mais c’est par un tel orchestre, interprétant les mélodies avec autant de cœur et de passion, qu’on réalise à quel point la musique de Kingdom Hearts est prégnante et importante, tant certains accords permettent de raviver des souvenirs du jeu, des moments d’affection ou de tristesse pour des personnages côtoyés pendant des heures. A quel point la musique ajoute aussi en drame et en récit narratif, en intensité, notamment lors de la reprise des superbes morceaux de Destati par un choeur impressionnant, ou pour les thèmes de combats épiques issus de Kingdom Hearts 3. Certains morceaux sont d’une beauté magnifique, toute en force et en délicatesse, même si l’orchestre a bien dû être sélectif et que nombre de musiques, notamment liées aux personnages, étaient absentes.

Par ailleurs, l’une des surprises du concert était la présence de Yoko Shimomura, la compositrice japonaise de la série, qui a accueilli le public avec bienveillance en début de concert. C’est aussi elle qui est revenue, à la fin, pour les rappels, jouant elle-même au piano les dernières musiques, des arrangements orchestraux de chansons comme Don’t think twice. Une façon plus que bienvenue et émouvante de finir un concert dont les musiques font totalement voyager et passer d’une émotion à une autre ; et dont la majesté a fait se serrer le cœur au cours des trois heures de symphonie.

D’ailleurs, en lançant Kingdom Hearts Dream Drop Distance, j’ai été moi-même surprise d’être soudain émue par sa superbe cinématique d’ouverture, la musique, les souvenirs du concert et les émotions reliées, faisant monter une larme à l’œil.

Les Grandes Voix : Elina Garanca


Pas si éloigné qu’il n’y paraît du premier concert décrit, le récital d’Elina Garanca a eu lieu le 14 octobre 2019 au Théâtre des Champs-Elysées. La chanteuse lettone s’y faisait accompagner d’un orchestre symphonique, guidé par son mari, Karel Mark Chichon. C’est la quatrième fois (en témoigne ce blog) que j’assistais à un récital de cette mezzo qui a une place particulière dans mon cœur, puisque c’est grâce à elle que j’ai, entre autres, découvert le monde de l’opéra.

Le concert s’est divisé en deux parties. La première a été consacrée à des airs d’opéras tels que Don Carlo, Adriana Lecouvreur et La forza del destino, le répertoire des dernières années de scène de la cantatrice. Celle-ci se dirige désormais vers des voix plus dramatiques et plus lourdes pour ses rôles sur scène, laissant de côté Carmen ou les anciens rôles de trousers parts (jeunes personnages masculins comme Roméo ou Octavio). Entrecoupé d’interludes instrumentaux de l’orchestre, ces airs se sont révélés surtout par leur puissance vocale et leur côté dramatique, à la fois intenses et tragiques, comme le demandent les opéras dont ils sont issus. Cette première partie était celle qui permettait à la chanteuse de dévoiler l’aspect le plus spectaculaire de son chant, tout en tenue des notes ou en soudain crescendo.

La seconde partie, elle, était bien plus légère et virevoltante, toute en contraste avec le tragique précédent ! Elina Garanca y a en effet interprété des chansons de son dernier album, issues d’opérettes et de zarzuelas espagnoles. La différence de couleur et de sonorité était ainsi palpable, s’aventurant vers des mélodies plus joyeuses, plus rythmées, quoique parfois également teintées de mélancolie ou d’accents bien plus intenses. Sans être moins exigeantes vocalement que dans la première partie, on sent quand même bien que ces chansons sont bien plus empreintes d’espoir et d’ardeur que les précédentes.

De plus, les intermèdes orchestraux étaient tout aussi endiablés et enthousiastes, arrangés d’ailleurs par Karel Mark Chichon à partir des morceaux originaux. La chanson que j’ai préférée a été probablement la dernière, No puede ser de Sorozabal, un air passionné écrit pour un ténor, mais qui peut également être chanté par une femme. Ce que la chanteuse n’a pas manqué de souligner, disant malicieusement que « de toute façon, j’ai joué pas mal de trousers parts, j’y connais deux ou trois choses à ce genre-là… ». Cette chanson est celle qui m’a sans doute fait le plus frissonner du concert, car Elina Garanca y a mis une incroyable intensité, un coffre et une force de voix à remplir toute la salle.

Le concert s’est achevé en beauté avec les trois rappels habituels de la part de la chanteuse. Il s’agit de deux airs également espagnols, les puissants Al pensar en el dueno de mis amores et Granada, qui sont tout en grandiloquence et en couleurs. Et, probablement parce qu’elle était à Paris, Elina Garanca a changé sa dernière chanson de rappel (habituellement O mio bambino carino), demandant à la salle de se manifester si elle reconnaissait les premières notes… qui ont été celles de L’amour est un oiseau rebelle de Carmen. Une jolie surprise pour finir le concert, et avec laquelle elle s’est également permise une tenue plus longue de notes, de nuances et de crescendo que d’ordinaire.

Ce fut, là aussi, un concert tout à fait mémorable, où la voix et l’orchestre ont ce fabuleux pouvoir de créer tant d’émotions variées à partir d’une note, de faire frissonner par un brusque crescendo de voix, de nous transporter totalement dans une autre atmosphère en quelques mélodies. Les concerts ont cette capacité réellement magique à nous envoyer, dans les oreilles, dans le coeur et dans la tête, de magnifiques sonorités et chansons, et en même temps, toute leur intensité, leur mélancolie, leur joie ou leur sublime, d’une manière viscérale que les mots peinent à décrire.


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