Lectures de novembre 2020

Pas beaucoup de lectures pour novembre 2020, mois bien mouvementé et fatiguant. Je traîne au milieu de L’homme que les arbres aimaient plus qu’il ne faudrait, sans compter un ou deux livres abandonnés en cours de route, ou la bande dessinée Cet été-là, pour laquelle j’aurais du mal à chroniquer quelque chose… Manque d’envie, de temps (quoiqu’on décide toujours de à quoi le consacrer), d’enthousiasme pour certains bouquins et mini-panne de lecture, c’est un peu tout ça en même temps, même si heureusement, j’ai d’autres romans que j’attends avec plus d’impatience pour les mois à venir.

 

Adios cowboy – Olja Savicevic

Dada est née dans l’ex-Yougoslavie, a grandi dans les ruines de la guerre. Son chez-elle familial, où elle retrouve sa mère et sa soeur, est misérable et pauvre. On y traîne, on fait survivre les habitudes, les souvenirs d’un passé oppressant, entre enfance et adolescence. Elle cherche alors à savoir ce qui a bien pu pousser son frère à se suicider, quatre ans auparavant.

L’intrigue de Adios Cow Boy tourne entre passé et présent, adolescence et âge adulte. Dada, la narratrice, se propose comme une voix de toute cette génération croate qui a connu la guerre et la misère, l’inconfort et la pauvreté. Au milieu des maisons ternes, du béton, des produits de consommation, des relations pas évidentes entre parents et enfants, la seule lumière bien de la voix de l’autrice (et donc de l’héroïne), qui n’hésite pas à utiliser un langage sobre et cru parfois, mais aussi parsemé de quelques grains de poésie, de couleurs, comme une voix (sur)vivante retentissant au milieu d’une histoire sordide. Si c’est ce style d’écriture qui m’a plu dans le roman, atypique et empreint d’un pays dont je ne connais rien et dont je lisais la littérature pour la première fois, l’intrigue m’a bien moins embarquée. Certes, il n’y a rien de glamour dans cette histoire, entre sous-entendus sombres et misère humaine d’un endroit auquel on ne s’intéresse que pour tourner des westerns de bas de gamme, et certaines questions demeurent sans réponses comme c’est le cas dans la vie. De ce fait, le roman donne à voir plus des tranches de vie d’un pays en particulier, avec ses souvenirs et ses fantômes, son espérance et ses désillusions vers l’avenir, plutôt qu’une véritable intrigue résolue autour du frère de Dada. Mais cela valait la peine pour cette découverte de la littérature croate.

Ce qu’il faut de nuit – Laurent Petitmangin

En Lorraine, un père, narrateur du roman, voit grandir ses deux fils après le départ de la « moman ». Gillou, doué, se révèle près à partir à Paris pour étudier, promis à un bel avenir. Mais c’est Fus, l’autre frère, l’aîné, qui pose problème, amis avec des membres d’un part d’extrême-droite. Tout ce que le père déteste. Jusqu’à ce que la vie de Fus bascule…

Pour un premier roman, Ce qu’il faut de nuit a un côté très poignant auquel je ne m’attendais pas. Par l’évocation d’un Est de la France paumé, au chômage dominant, où les joies familiales règnent pourtant, où on sent la complicité familiale avant que les trois membres ne s’éloignent loin de l’autre. Après avoir perdu une mère emportée par le cancer, ce trio familial est soudé, par des moments simples mais authentiques, et on sent terriblement l’amour qu’ils se portent. Jusqu’à ce que Fus se détourne du chemin et des valeurs de son père, entraînant une vraie rupture. Et comme il s’agit du point de vue du père, celui-ci est profondément touchant et ambivalent, entre culpabilité paternelle, déni de la direction choisie par son fils jusqu’à un presque rejet de ce dernier quand ce dernier franchit la limite. Puis le retour à l’amour inconditionnel, l’attente, la patience. Misérable sans être misérabiliste, le roman a le don de nous plonger totalement dans le point de vue de ce père taiseux qui aime profondément ses enfants, ne sait pas toujours comment l’exprimer et le montrer, et qui s’accroche à eux coûte que coûte, même avec ce fils extrémiste qu’il ne comprend plus.

Abimagique – Lucius Shepard

Abi, diminutif d’Abimagique. Abi, une sorte de Morticia Addams, une femme ensorcelante aussi lunatique que fascinante, aussi gothique que sensuelle, persuadée de l’arrivée imminente de la fin du monde. Et qu’elle pourrait cependant empêcher à certaines conditions…

Dans cette novella – l’un des seuls récits à ma connaissance à utiliser la narration à la deuxième personne – le narrateur nous parle (ou se parle), et tombe sous le charme d’Abi, une femme atypique et aussi éloignée que possible de ses précédentes petites amies. Mais l’envoûtement est tel qu’il lui est impossible de résister à cette Abi envoûtante et charmeuse. Entre discussions engagées et mystiques sur le salut de la terre, en passant par d’étranges rituels mêlant spiritualité, érotisme et une forme de magie toute new age ou wiccane, le narrateur ne sait même plus à qui donner sa bonne foi, s’il doit croire les avertissements des anciens amants d’Aby, se fier à son énigmatique partenaire : rester ou prendre ses jambes à son cou devant cette femme dérangée et magnétique. En nous laissant osciller sans cesse entre trouble et sensualité, entre fantastique et explications plus rationnelles, Abimagique propose un récit assez unique en ce genre, avec une narration prompte à nous faire éprouver toutes les hésitations du personnage. Une autre novella marquante par son écriture remarquable dans la collection d’Une heure-lumière.

La chose – John Wood Campbell

Dans une station en Antarctique, un groupe de scientifiques découvre un vaisseau extraterrestre, abritant une créature, une chose congelée depuis des milliers d’années. Quelque chose de totalement autre que l’humanité. Quand la chose se réveille, c’est le début de l’isolement, de la paranoïa dans la troupe de scientifiques, et d’un confinement total dans la station pour éviter la fuite de la créature.

Novella ayant donné naissance aux adaptations cinématographiques bien connues de The Thing, La chose est, pour un texte écrit dans les années 30, remarquablement moderne et fluide dans son écriture. On ne dirait vraiment pas que la novella date de 80 ans, gardant un rythme immersif et entraînant, absolument pas gâté par les nombreuses explications scientifiques tentant d’expliquer le sommeil, la biologie ou la manière de fonctionner de la chose. Mais si du film de Carpenter, je garde bien plus aisément le souvenir du froid, de l’isolement glacé, alors de ce texte, ressort surtout la paranoïa des hommes face à la chose. Une angoisse qui imprègne chaque ligne et qui marque pendant la lecture, même quand on connaît déjà les adaptations, et qui fait ressortir bien plus la méfiance des scientifiques ou leur désespoir enrafé face au réveil de la créature. Une belle opportunité de redécouvrir ce texte mythique dans l’histoire de la science-fiction à l’occasion de sa nouvelle traduction, et de voir l’œuvre littéraire derrière le film culte.

Star Wars : L’ascension de Kylo Ren – Charles Soule & Will Silney

Le comics retrace, par épisodes, la déchéance de Kylo Ren du côté obscur de la Force : ses relations avec les Padawns Jedi et Luke Skywalker, ses rencontres avec Snoke et les chevaliers de Ren, jusqu’au moment où il a fini par basculer du côté obscur.

Étant une fan du personnage de Kylo Ren, ce comics devait bien atterrir dans mes mains un jour. Elle a le mérite d’être accessible et de remplir certains « blancs » des films, en dévoilant l’origine des chevaliers de Ren, en montrant des scènes-clés après le bref combat de Luke et Kylo sur l’île où se reconstituait l’Ordre Jedi, ou en montrant les conflits intérieurs de Ben Solo, déchiré entre la quête de son identité propre, le poids de son héritage entre lumière et obscurité. Mais la bande dessinée m’a quand même laissée assez mitigée, par un dessin fluide mais que je n’apprécie pas vraiment, et surtout par l’absence d’une psychologie que j’aurais voulu plus poussée et davantage creusée, plus symbolique (Harleen, encore très frais dans ma mémoire, a mis la barre haut sans doute). Le comics demeure agréable à lire, mais laisse sur sa faim au niveau de son potentiel…


9 réflexions sur “Lectures de novembre 2020

    1. C’est fou ça, j’arrive à vendre même les romans qui ne m’ont pas énormément plu ! xd
      Plus sincèrement, je dis que quand parfois, un ouvrage dans une langue aussi rare est mis en avant à une période, c’est dommage de ne pas en profiter pour essayer de découvrir. Et même si le récit ne m’a pas trop emballée,je reconnais que la voix de l’autrice change beaucoup des autres !

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      1. Si l’histoire ne t’a pas trop embarquée, j’ai eu l’impression que le reste de ton avis était plutôt positif ou, plutôt, tu pointes des éléments qui m’attirent comme l’aspect tranches de vie et le grain de poésie 🙂

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  1. Oups, un mois pas très enthousiasmant côté lectures, on dirait. Remarque, avec la reprise du travail et pour un peu toutes les raisons que tu cites, je suis un peu dans le même cas depuis novembre. D’où mon envie de consacrer un peu plus de temps aux lectures graphiques sur cette fin décembre.
    En tout cas, je croise les doigts pour que tes futures lectures ravivent ta motivation !

    Tu as commencé par me donner bien envie de lire Adios cow boy, ne serait-ce que pour découvrir la littérature croate à travers la voix decette autrice, mais côté intrigue, je sais que ce n’est pas ce qu’il me faut en ce moment. Peut-être plus tard, ça a l’air pas mal malgré tout !

    Ne serait-ce que pour la narration (et parce que de toute manière je veux découvrir plus de titre de cette collection), je me note Abimagique. J’ai déjà un petit roman à la seconde personne, je crois que c’était Héroïne d’Ann Scott. C’est assez troublant comme procédé, ne serait-ce parce qu’on n’en a pas l’habitude, mais c’était assez captivant aussi.

    J’ignorais totalement que The Thing était une adaptation d’une novella ! Encore moins d’un texte aussi vieux… Celui-là, c’est sûr que je vais le lire ! (et l’offrir à quelqu’un aussi…) Merci pour la découverte !

    Je te souhaite de bonnes fêtes et de bonnes lectures ! (surtout si tu as des vacances pour bien en profiter !)

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    1. Ça arrive, les mois pas très enthousiasmants (mais je deviens une vieille difficile aussi, je crois xd). Mais rien que ce mois-ci s’annonce meilleur je trouve ! Adios cowboy, c’est vrai, n’a rien de spécialement joyeux, mais c’est tellement rare de croiser de la littérature croate, ça valait le coup d’essai. Abimagique était vraiment très sympa, j’ignore s’il y a beaucoup de romans écrits à la deuxième personne, mais tu m’en fais découvrir un autre, peut-être pour une prochaine lecture ? Je pense que c’est un style difficile à maîtriser, mais bien exploité, il fait de l’effet.
      Merci pour tes voeux de fête et de vacances, j’en ai en effet bien profité ^^ Toi aussi j’espère !

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  2. C’est vrai, il y a des moments comme ça où on a des « pannes » de lecture… Et franchement, ce n’est pas toujours agréable. Cela dit, dans ta liste, il y a quelques titres que je note (j’ai Abimagique de Lucius Shepard dans ma pile aussi ;)), et pourquoi pas la Chose, qui a inspiré le film du même nom. J’avoue que je suis tombée amoureuse de cette collection depuis la découverte des Meurtres de Molly Southbourne…! J’ai lu il y a quelques mois « Les attracteurs de Rose Street » du même Lucius Shepard, avec son ambiance victorienne, absolument sublime, comportant, d’après ce que tu décris, le même érotisme macabre qu’Abimagique… Je me permets de te le conseiller au passage, quoique le cadre en soit vraiment très malsain… Il me semble avoir vu cette BD consacrée à Kylo Ren il y a quelques temps chez le libraire, et à vrai dire ce que tu en dis ne me tente pas beaucoup, mais qui sait, je suis vraiment très faible dès qu’il est question de Kylo Ren… 😀

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    1. Je comprends amplement pour la série Une heure-lumière, franchement, pour l’instant j’ai rarement été déçue par leurs textes. Il n’y a que le Nexus du Dr. Erdmann qui m’a très peu parlé, et surtout Les Agents du Dreamland, a priori impossible à comprendre sans avoir lu Lovecraft (ce qui est malheureusement mon cas). Mais il y a de tout et que du très bon… Je n’ai pas encore pu trouver Les attracteurs de Rose Street, mais je me le note, le macabre malsain ne me fait pas peur, tu me connais !
      Je regrette quand même le peu de psychologie pour la BD de Kylo Ren. Bon, il y en a un peu, mais ce personnage a un tel potentiel, qui pour moi n’est pas suffisamment exploité… mais je comprends qu’il soit facile de céder !

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    1. C’est cela, c’est très inégal selon les oeuvres… pour celle-là, même si le scénario a le mérite d’expliquer l’apparition des chevaliers de Ren (pas du tout liés à Snoke, mais rencontrés par Luke et Ben) et un peu la séduction de Snoke, c’est dommage.

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