Lectures de mai 2021

Quitter-les-monts-d-automneQuitter les monts d’automne – Emilie Querbalec

Kaori, orpheline, vit dans les monts d’Automne, sur Tasai, où elle se prépare à être danseuse, loin de la destinée de conteuse de sa mère, celle-ci ayant jadis récité de magnifiques poèmes inspirés par le Flux, l’équivalent d’une divinité. Mais quand sa grand-mère décède, la jeune fille hérite d’un rouleau empreint d’une calligraphie mystérieuse, qu’elle ne peut déchiffrer – car l’écriture a été bannie – et qui la condamne à devoir quitter son village, partir dans la capitale de Tasai, et bien plus loin encore…

Roman initiatique tout d’abord, avec une profonde inspiration japonaise dans les coutumes, les costumes, les mœurs, Quitter les monts d’Automne change ensuite radicalement dans sa deuxième partie pour devenir du New Space Opera, quittant Tasai. La première partie se révèle donc plutôt familière, avec cette civilisation japonaise dans laquelle l’auteure nous plonge avec une belle finesse et une écriture aussi recherchée que parfois poétique. Mais le récit – ne spoilons pas trop – prend ensuite une totale autre tournure. Et même si au final, j’ai peu lu de romans de science-fiction de ce style, suivre les aventures de Kaori (bien que le personnage ne soit guère charismatique face aux autres protagonistes secondaires) a été une belle balade plaisante, surprenante par le temps réel de sa durée (dépassant bel et bien une vie humaine sur des siècles) mais jamais réellement difficile à suivre. Et ce même si cela ne semble pas particulièrement renouveler les codes du genre, c’est justement une bonne lecture pour les approcher, de prime avec une belle réflexion sur les souvenirs personnels, mais aussi la mémoire collective / historique. Seule la fin est arrivée trop rapidement à mon goût, se concluant sans réellement approfondir la résolution de l’intrigue.

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La princesse au visage de nuit – David Bry

Hugo revient dans son village natal pour l’enterrement de ses parents, vingt ans après un événement traumatisant ayant eu lieu dans son enfance, lié à ses amis de l’époque. Entre le deuil soudain de parents qu’il n’a jamais apprécié et les mystères autour de leur mort, le jeune homme est bien obligé de se replonger dans ses souvenirs et son passé…

Un livre dont j’ai curieusement apprécié la lecture sur le moment, mais qui à la fin du mois, me reste bien moins en mémoire que d’autres. Pourtant, l’écriture de David Bry est extrêmement fluide et incite à tourner les pages, même si je ne retiens pas particulièrement sa plume. L’intrigue en elle-même, flirtant entre enquête policière et fantastique, permet de parler certes du deuil, mais aussi de traumatisme, des familles de cœur et de sang, des fantômes, des amis d’enfance disparus mais qui marquent pour la vie, et – spoiler – de voyages temporels. Mais si on veut avoir le fin mot de l’histoire, il n’empêche qu’il manquait quelques petits détails pour totalement clarifier le retournement de fin et faire en sorte que toutes les pièces du puzzle s’emboîtent de manière satisfaisante. Et aussi plaisante ou mystérieuse que soit l’histoire de La princesse au visage de nuit, j’ai eu le regret de ne m’attacher à aucun des personnages, peut-être pas assez caractérisés à mon goût.

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Le chant des cavalières – Jeanne Mariem Corrèze

Dans un royaume qui vit dans l’attente de guerres et de conflits, un ordre de femmes chevauchent des dragons, maintiennent leurs traditions : au premier sang d’une jeune fille, celle-ci peut prendre place dans la communauté, avoir son premier dragon, et enfin voler.

Il est très rare que je dise cela d’un livre, mais Le chant des cavalières m’a passablement ennuyée – et ce n’est que mon propre avis. Certes, on peut contempler le style travaillé, presque classique dans le choix du vocabulaire, la tournure des phrases de l’autrice, qui a vraiment une qualité littéraire de ce point de vue. Mais… au fil du roman, cela devient presque fastidieux à lire, du moins quand comme moi on peine à adhérer à l’atmosphère du livre (et pourtant, j’aime les ambiances, les portraits psychologiques). J’ai simplement lu en attendant que quelque chose se passe, ai été un peu déçue de ne pas voir vraiment de batailles ou de scènes de véritable action avec les dragons (pour un roman leur faisant honneur, ils n’étaient finalement pas au centre de l’intrigue, et puis, quand même, des dragons !), ni ne me suis encore une fois attachée aux personnages, et les intrigues m’ont plutôt laissée de marbre. Une critique qui vaut ce qu’elle vaut : le roman n’était sans doute pas fait pour moi, et j’admets avoir un peu survolé les derniers chapitres.

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Le jeu de la dame – Walter Tevis

Aux Etats-Unis, dans les années 50, la jeune Beth Harmon est placée en orphelinat après la mort de sa mère. Là-bas, elle connaît l’amitié avec une fille plus âgée, Jolène, l’accoutumance aux vitamines qui « calment » les enfants, et surtout, découvre les échecs auprès du gardien du lieu. Pendant son adolescence puis son âge adulte, Beth ne cessera alors de jouer aux échecs, battant progressivement des champions régionaux puis d’État…

Le roman de Walter Tevis est bien entendu celui qui a donné naissance à l’excellente série The Queen’s Gambit. Mais ici, on ne trouve nulle Beth rousse (l’héroïne est brune), moins d’évocation de la Guerre froide (un contexte que j’aime pourtant) et sans aucun doute moins d’évolution vestimentaire que chez l’actrice incarnant le personnage. Mais Beth y demeure un personnage fascinant, distant autant par ses actes et paroles – car elle peine à comprendre et à assimiler les règles de la société, enferrée dans son obsession des échecs – que par le style de l’auteur, volontairement distancié et avec des mots implicites pour décrire les émotions de Beth. Il faut lire entre les lignes pour comprendre son évolution et ses réactions. Un ton qui pourrait paraître presque froid, mais dont le détachement empli de tension est à l’image du personnage de Beth, chess-alcoholic, une jeune femme qui a perdu sa mère biologique, puis celle adoptive, qui ne parvient pas à se lier aux autres, ni à éprouver de relations réellement intimes, se réfugiant dans l’alcool ou les médicaments. Ses rapports avec les hommes restent « moyens », tandis qu’elle trouve chez les femmes une meilleure connexion, rendant le personnage bien plus bisexuel que dans la série. Mais c’est ce protagoniste complexe qui fascine, qui trouve dans les échecs un ordre et un calme, une passion qu’elle n’éprouve pas dans le reste de sa vie, et qu’on voit malgré tout grandir peu à peu, apprendre de ses échecs, de ses errances et des relations aux autres. C’est aussi un roman où une femme arrive à prendre place dans un monde d’hommes, et cela rend Beth d’autant plus appréciable que le féminisme de cette situation n’est à aucun moment lourdement appuyé. Une excellente lecture.

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Six mois, trois jours – Charlie Jane Anders

Plusieurs nouvelles dans ce recueil, où l’on peut découvrir l’existence d’une civilisation extraterrestre dans l’univers ; rencontrer une famille réunie autour d’un père transhumaniste ; assister à la fin du monde où la narratrice a droit à trois vœux avec un génie ; un voyage temporel basé sur les morts soudaines servant de portails ; la transformation d’un humain en chat ; et la nouvelle homonyme du recueil, où un homme connaissant un avenir prédéterminé tombe amoureux d’une femme pouvant voir plusieurs destins potentiels.

Si en temps ordinaire j’apprécie les nouvelles, la lecture du recueil a été mitigée. Si je reconnais l’originalité de la toute première histoire avec les extraterrestres notamment (et son humour) ou celle de la variation autour d’un Génie empêchant l’apocalypse en choisissant bien ses vœux, les deux nouvelles m’ayant vraiment séduite sont « Cartographie des morts soudaines » et « Six mois, trois jours ». La première car cette idée de voyage temporel autour des morts brusques et importantes, permettant d’aller d’une époque à une autre, m’a vraiment plu par sa singularité et j’aurais aimé en savoir davantage. La seconde car elle fait s’opposer le destin et les diverses possibilités d’avenir, fait s’interroger sur pourquoi le couple de la nouvelle choisit de s’aimer alors qu’ils savent que leur amour ne durera pas. Cela amène des réflexions assez intéressantes, entre prédéterminisme et libre-arbitre. Malgré tout, je ne pense pas que le recueil restera dans les nouvelles m’ayant le plus marquée.

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Home body – Rupi Kaur

En quatre parties – esprit, cœur, repos, éveil – l’autrice évoque en poèmes des thèmes difficiles (le viol, la dépression, les relations abusives) mais aussi plus positifs et libérateurs (le rapport au corps, au désir, au féminisme, à la communauté).

C’est très rare que je lise de la poésie ; je me suis tournée vers Home body après avoir lu quelques poèmes de Rupi Kaur sur Instagram. Il faut d’abord souligner que la traduction française a été visiblement bien faite, car j’ai retrouvé la même subtilité et puissance en français qu’en anglais. Certes, certains poèmes semblent parfois faciles, dans le sens de très évidents dans les thèmes abordés ou ce qu’ils racontent ; mais c’est à chaque fois fait avec une certaine finesse et poésie, en choisissant des mots justes et précis au cordeau, qui prennent sens au fur et à mesure de la progression de la lecture. Il y a aussi des textes plus engagés, outre ceux servant de catharsis à l’autrice : pour un féminisme incluant les femmes trans et non les excluant ; contre le racisme et le sexisme ; des réflexions contre le capitalisme, en faveur de l’écologie, etc. Et ces petits textes, tous assemblés, sont bien plus agréables et plus universels par leur force poétique que n’importe quel livre bidon de développement personnel, car ils touchent davantage à l’intime et au personnel en chacun, sans se faire leçon de vérité, demandant simplement à être écoutés et à voir s’ils résonnent en nous.


10 réflexions sur “Lectures de mai 2021

  1. Quitter les monts d’automne me tente beaucoup et si cela a un côté déstabilisant, l’autrice semble avoir fait preuve d’audace en proposant deux parties assez différentes…
    Ton avis sur Le chant des cavalières rejoint certains avis que j’ai pu lire et qui m’avait fait penser que le roman n’était pas trop pour moi.
    Quant à Home Body, j’ai un autre recueil de l’autrice à lire avant, mais le fait que la traduction soit de qualité me permet de l’ajouter à ma wish list sans crainte.

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    1. C’est carrément audacieux, et même si la première partie m’a plu, la deuxième a été une agréable surprise en proposant ce changement d’univers !
      Et oui, j’ai vu que le Chant des cavalières a divisé beaucoup de monde. J’étais dans le mauvais camp, mais c’est rare qu’un livre vienne ainsi à m’ennuyer.
      Je n’ai pas du tout lu les deux autres de Rupi Kaur, mais je sais que le premier avait été un sacré phénomène. Des quelques poèmes vus sur Instagram et comparés avec la traduction, je pense que ça a été vraiment bien fait, donc fonce en effet !

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  2. Je te rejoins sur La Princesse au visage de nuit, je regrette de ne pas me sentir plus imprégnée sur le long terme par cette atmosphère qui m’a beaucoup plu sur le moment ! Mais j’aime toujours autant la poésie de sa plume et de ses métaphores 🙂
    Pour le Chant des Cavalières, je vois bien aussi. J’ai eu l’effet inverse, j’ai vu passer tellement d’avis qui parlaient de cette lenteur que finalement, je m’étais préparée à quelque chose de très stagnant et j’ai été agréablement surprise. Mais je ne pense pas qu’il me marquera durablement non plus.
    Très intéressant ton avis sur le Jeu de la dame ! On est en train de finir la série, je me demandais justement si la lecture du roman ne ferait pas trop « redondante ». Mais il m’intrigue quand même bien, alors si tu dis qu’il vaut le coup, j’en prends bonne note !

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  3. J’ai enfin le temps de faire un rapide tour sur Hauntya.com XD. Toujours impressionné par ta capacité à faire autant de choses en si peu de temps ! Dire qu’il me faut plusieurs mois pour finir un bouquin… Après Dead Space mon petit oeil me dit que tu vas jouer à un jeu Yakuza je me trompe ^^ ?

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    1. La lecture est mon métier, je ne peux pas trop passer à côté ! Et puis bon, je n’ai pas d’enfants, ça aide aussi…je t’avoue que j’avais aussi commencé Star Wars Jedi Fallen Order, donc Yakuza sera sûrement après celui ci !! On ne peut passer d’un univers plus différent à un autre. Encore merci !!

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  4. Je prends enfin le temps de rattraper tous les articles que je m’étais mis de coté et quelle n’est pas ma déception de voir que Le chant des cavalières a été une déception pour toi! Je l’avais remarqué sur la chaine du Livre ouvert et le plot m’avait bien interessé mais finalement vu ce que tu en dis je pense pas le tenter! Je te fais 100% confiance aha
    J’ai le Jeu de la dame en ma possession mais j’attendais que tout le monde arrete d’en parler (de la série surtout…que j’ai pas reussi à regarder du coup tellement tout le monde ne parlai que de ca, l’esprit de contrariété aha) pour me lancer dans le livre. Finalement je savais très peu de choses de cette histoire et ce que tu m’en dis me donne vraiment ultra envie de le lire!! Je vais essayé de me pencher la dessus d’ici la fin de l’année et je te dirais ♥
    (franchement, l’expression « chess-alcoholic » est priceless U.U)
    Je pense me laisser un jour tenter par Rupi Kaur mais j’ai peur que sa poésie me laisse indifférente justement parce qu’elle traite de thèmes un peu éculés et ‘simples’ comme tu dis… J’ai ses deux premiers recueils en ebook donc je le tenterai peut etre ^^

    Ca me fait trop plaisir de prendre ENFIN le temps de visiter vos blogs, d’avoir de vos nouvelles à travers vos lectures tout ca !!

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    1. Tous les goûts sont dans la nature après. Mais je n’ai vraiment pas réussi à accrocher au Chant des cavalières…c’est quand même rare. Je fonctionne aussi à l’esprit de contradiction, je l’avoue, donc je comprends que sur certaines séries ou livres trop populaires, on réagisse comme ça. Mais si tu franchis le pas pour la lecture,je pense que tu aimeras,c’est un beau parcours de vie et une sacrée héroïne ! Aaha, je suis fière de l’expression, mais honnêtement ça la résume tellement bien Beth, pour elle c’est les échecs là où pour d’autres c’est le travail.
      Oui, je comprends pour Rupi Kaur, j’avais peur de cette impression au début. C’est simple, évident, mais quelque part c’est bien aussi de réentendre des choses simples sans prétention dans la voix de l’auteur, qui nous font réfléchir sur une vie qu’on a tendance à mener à 100 à l’heure. Après, tu les as en e-books, au pire en 1h le recueil est lu !
      Je suis très contente de lire de tes nouvelles en tout cas ! J’ai aussi complètement été ailleurs ces temps-ci, je vais enfin pouvoir vous relire ! 😀

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