47 Cordes, Timothé Le Boucher | Sur le fil du trouble

71qMAxV8M-LJ’avais pu découvrir Timothé Le Boucher en 2017, avec sa troisième bande dessinée Ces jours qui disparaissent. Cela avait été alors un vrai coup de cœur pour l’histoire fantastique racontée et dessinée par l’auteur, servie par un style graphique qui n’était pas forcément dans mes favoris, mais qui abordait des thématiques passionnantes, entre personnalité double, passage du temps, métaphore d’un tiraillement entre deux vies… J’avais été beaucoup moins convaincue avec le thriller Le patient. Si bien que je suis tombée en librairie sur la première partie de 47 Cordes, sa nouvelle bande dessinée, quelques jours après la sortie et sans en avoir suivi l’annonce.

47 Cordes conte la rencontre d’une créature métamorphe avec un jeune homme taciturne, Ambroise. Ce dernier intrigue très vite la créature, qui change alors plusieurs fois d’apparence pour essayer de l’approcher et de le cerner, en vain. La métamorphe se retrouve alors à endosser plusieurs rôles pour tenter de gagner son amitié ou son amour, et de découvrir les secrets du jeune homme. Pendant ce temps, inconscient du jeu du chat et de la souris dans lequel il est entré sans le savoir, Ambroise tâche de se faire une place en tant que harpiste, dans un orchestre où règne les rivalités et les menaces d’un corbeau.

A la première lecture, je ne savais pas trop quoi penser de 47 Cordes : j’ai tant mis Ces jours qui disparaissent sur un piédestal qu’il est difficile de ne pas placer dans les bandes dessinées suivantes les mêmes attentes. Et à la deuxième lecture, il est indéniable que 47 Cordes est une œuvre singulière, hypnotique et plus ambitieuse sur bien des points. Elle est à la fois le récit de l’obsession de la métamorphe – dont nous ne saurons probablement jamais le véritable nom – pour Ambroise ; et la démonstration d’une terrible ironie pour cette créature capable de prendre toutes les apparences et d’incarner diverses identités, mais impuissante à déchiffrer le mystérieux Ambroise, qui serait sans doute très lisse dans d’autres circonstances. Pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, le jeune homme a lui aussi sa part de secrets.

En plaçant son intrigue de deux points de vue différents – la métamorphe et Ambroise – Timothé Le Boucher donne à voir les visions de la victime et du « bourreau » en parallèle. Nous suivons les réflexions et le chemin de celle qui n’a probablement pas les meilleures intentions du monde envers sa proie, nous apprenons à la comprendre et à la voir pourvue de nuances. L’intrigue axée autour de Ambroise et de l’orchestre devient alors empreinte de tension, puisqu’on se demande sans cesse à quel moment elle va se retrouver mêlée et manipulée par la métamorphe, qui use de diverses identités pour entrer dans la vie d’Ambroise. Un véritable piège dont on voit se resserrer les mécanismes et conséquences à chaque page. C’est d’ailleurs sous l’incarnation d’une cantatrice, Francesca Forabosco, que la créature parvient enfin à véritablement croiser le jeune homme et à lui proposer un défi : en échange des 47 meilleures cordes du monde pour sa nouvelle harpe, il devra relever 47 de ses défis, visant à le sortir de son quotidien et à le pousser dans des situations délicates. Cela ressemble presque à un pacte avec le diable, tant le jeune homme reste inconscient de la véritable personne qui lui a proposé cela, et qui vit dans des coulisses secrètes de la société.

47cordes

Je n’en dirais pas davantage pour ne pas dévoiler le reste de l’intrigue, mais Timothé Le Boucher parvient à créer un fascinant jeu entre les deux personnages, entre une prédatrice capable de tout, et sa proie innocente – qui pourtant parviendra inconsciemment à retourner cette fascination à son avantage. Il transforme le jeu de départ en une relation intrigante et plus subtile, plus sincère qu’il n’y paraît. Sans compter que l’on plongera également dans la vie propre de la cantatrice, ce qui réserve de belles surprises au cours de l’histoire, montrant à quel point l’auteur a bien pensé l’univers fantastique de sa BD. Par ailleurs, Le Boucher continue d’intégrer des thématiques qui lui sont chères : l’art notamment, l’évolution pour devenir adulte et apprendre à se connaître soi-même, une réflexion sur l’identité de genre et l’altérité. Outre le duo principal, on compte plusieurs personnages, notamment issus de l’orchestre, qui donnent à réfléchir sur la différence et la diversité humaine. Chaque protagoniste est clairement identifié et on peut s’y attacher bien facilement, comme la sœur d’Ambroise et surtout les « quotas », ce groupe d’handicapés, de personnes mises à l’écart de la société par leur différence.

C’est à la fois un récit fantastique avec quelques touches oniriques et un thriller psychologique aux accents très sensuels, c’est aussi une histoire tout simplement captivante à laquelle on se laisse prendre autant qu’on voit les griffes de la métamorphe se resserrer sur l’existence d’Ambroise. Et cela, jusqu’à une fin en véritable cliffhanger qui ne peut évidemment que donner envie de lire la suite. Alors, vivement cette seconde partie, pour voir où se termine le pacte faustien entre les deux personnages, et jusqu’où l’auteur a pu décider de nous entraîner, tant il parsème ses intrigues de chemins inattendus !


3 réflexions sur “47 Cordes, Timothé Le Boucher | Sur le fil du trouble

    1. Peut-être quand tu auras fini quelques lectures, le tome 2 sera sorti ! Mais je n’ai aucune idée du temps qu’il mettra pour le faire. Ca risque d’être un peu long, vu le pavé de plus de 200 pages, quand même.

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