FAR : Lone Sails et Changing Tides | Aventures en terres et eaux troubles

far-lone-sails-changing-tidesParfois il suffit de la simple bannière d’un jeu pour m’intriguer et suffire à me mettre le jeu de côté, dans un coin de mon esprit. J’avais ainsi remarqué FAR : Lone Sails (2018) du studio Okomotive il y a bien longtemps, intriguée par le trait minimaliste et coloré de son image de présentation, par la machine présentée : une sorte de véhicule steampunk dans un désert. Et ce n’est qu’en 2022, quand sort sa suite FAR : Changing Tides, que je me décide à lancer le jeu disponible sur le Game Pass Xbox. Deux sessions après, Changing Tides n’est pas encore fini mais le charme a déjà opéré : Lone Sails est la prochaine étape. Voilà la petite histoire autour de la découverte de ces deux jeux indépendants suisses, qui par ailleurs peuvent se découvrir indépendamment l’un de l’autre.

La fuite en avant dans un monde post-apocalyptique

FAR ne présente aucune interface, aucun menu, laissant le joueur ou la joueuse s’immerger totalement dans son univers, sans intermédiaire. Dans Lone Sails, notre petit personnage rouge, après s’être recueilli sur la tombe d’un parent – probablement – part en voyage à bord d’une étrange machine composée de rouages et de voiles, d’un moteur tout feu tout flammes…Une okomotive comme le suggèrent les créateurs du jeu ? En tout cas, un petit véhicule dont il faut prendre soin en éteignant les incendies, réparant les courts-circuits, en alimentant le moteur avec du charbon. C’est le principe même du jeu : prendre soin de son véhicule, l’améliorer parfois, manœuvrer avec soin, dégager les obstacles sur le passage en résolvant des petites énigmes environnementales. Notre personnage est complètement dépendant de sa machine pour cette odyssée.

Changing Tides applique le même concept avec un petit personnage aux vêtements bleus…si ce n’est que ce dernier quittera sa maison à la manivelle d’un véhicule marin, capable de plonger dans les profondeurs. Notre protagoniste a même un scaphandre qui lui permet d’explorer les abysses afin de trouver du carburant pour son bateau. Là encore, le chemin est parsemé d’embûches, d’énigmes, de passages à dégager, quitte à parfois abîmer notre vaisseau. A nous de comprendre comment tout cet engrenage de vapeur, de poussoir et de levier fonctionne, à utiliser la puissance du vent quand le charbon pour le moteur nous fait défaut. A nous d’utiliser toutes ces ressources limitées avec rationalité quand la météo au-dehors se déchaîne sous la forme d’un orage, quand la banquise s’annonce ou quand le sol nous prend en traître. Et puis on prend l’habitude, on récupère des combustibles, on sacrifie la radio car on n’a plus rien pour avancer, on pique des sprints de vitesse, ou on se laisse juste porter par le vent, comme pour profiter d’un voyage pas si dramatique que cela.

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Une odyssée, mais vers où ? Comme d’autres jeux minimalistes avant eux (Journey, Limbo…), les deux FAR laissent le soin à la joueuse et au joueur de faire travailler son imagination. Nos deux personnages quittent une maison, un refuge, parce qu’il n’y a plus personne qui les attend et qu’ils n’ont pas d’autre choix. Ils ne prennent que des petites affaires avec eux : une radio, une plante… et leur vaisseau ne comporte comme tout espace personnel qu’un lit et quelques photos. Mais nous avons des indices ici et là. Un graffiti sur le vaisseau de Lone Sails, qui montre que notre personnage l’a construit avec son parent. Des photos dans les maisons vite quittées, pour témoigner d’une ancienne famille. Une chose est sûre, l’odyssée est une fuite en avant.

Deux aventures aussi mélancoliques qu’apaisantes

Partout où l’on passe, nous ne faisons bien souvent qu’avancer, jamais reculer, dans ce jeu en 2D où une seule direction est possible. Nous observons les paysages, les ruines qui se profilent à l’horizon : des bâtiments anciens et industriels écroulés, les vestiges sous-marins d’une base aquatique, des ponts au-dessus de fleuves asséchés et des bateaux à sec sur le sable, une base militaire, des décors naturels vastes et immenses… L’eau manque cruellement dans Lone Sails, où les contrées sont des paysages déserts, des villes poussiéreuses et métalliques effondrées, qui essayent de nous raconter la catastrophe qui a eu lieu. Notre personnage n’est peut-être que l’un des derniers à avoir choisi de partir de la ville en ruines, peut-être que tout le monde a fui avant… ou peut-être que… on ne saurait jamais vraiment, mais on essaye de deviner, d’imaginer, à partir des indices laissées par le paysage. Notre petit personnage est seul, dépendant plus que jamais de sa machine, prêt à toutes les aventures pour trouver une hypothétique terre promise.

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Dans Changing Tides, au contraire, l’eau est omniprésente, et la vie qui va avec, avec des paysages plus verdoyants. Le bateau de notre protagoniste reste aussi bien à la surface qu’il peut plonger dans les profondeurs. Les villes présentes semblent avoir toutes été construites au-dessus de l’eau, mais se retrouvent immergées, désertées par leurs habitants qui ont pourtant laissé des affaires personnelles ici et là. Chaque pièce visitée est un petit bout d’histoire pour spéculer sur ce qui a pu arriver. Une catastrophe, sans doute, comme dans Lone Sails, avec peut-être un autre bouleversement climatique. Des plans et des peintures nous en apprendront un peu plus sur le sort des habitants de la ville, cette fois.

Et pourtant, malgré le côté survie des deux histoires, malgré les contrées post-apocalyptiques dans lesquelles évoluent les deux personnages, les deux FAR ont une beauté apaisante unique. Ils ont fourni des bulles de sérénité et de respiration inattendues quand j’y ai joué. Il faut dire que le post-apocalyptique présente deux aspects contradictoires : un monde dévasté, forcément anxiogène, où plus rien n’est comme avant et où la survie prime, tant bien que mal ; et en même temps, la beauté de voir la nature reprendre le dessus, de contempler des horizons où les constructions humaines ne dominent plus. (Il est effrayant de voir la civilisation effondrée de The Last of Us Part II, mais fascinant d’errer dans ses paysages sauvages.)

Entre les phases de route et de puzzle des deux FAR, nous faisons face à des paysages et des panorama de toutes beautés, apaisants et magiques à la fois. On observe une nuit emplie d’étoiles à l’infini ; on est charmé par cette vision inattendue d’animaux sauvages au détour d’une falaise ; les profondeurs sous-marines étonnent par leurs poissons et leurs ténèbres vastes ; la neige et le sable composent des visions poétiques d’horizons vertigineux. Sans oublier les quelques rebondissements dans les deux histoires qui nous permettent des moments d’émerveillements, quand notre véhicule acquiert une nouvelle capacité inattendue…

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La musique de Joel Schoch n’est pas étrangère au côté tranquillisant de cette odyssée. Elle contre-balance avec la palette de couleurs propre à chaque univers – gris, bleu, blanc et quelques pointes de rouge pour Lone Sails ; bleu, vert, métal pour Changing Tides. Des nuances bien définies qui n’évoluent que lentement, qui contribuent à rendre le monde solitaire et désert, frappé par les catastrophes qu’on imagine. Mais par-dessus cela, la musique se fait joyeuse, aventureuse, mélancolique avec quelques touches de piano, transmettant un sentiment de voyage et d’introspection à la fois. Elle reflète tour à tour le monde déchu à décrypter autour de nous, mais aussi la sensation de traversée vers un ailleurs forcément meilleur.

Les deux FAR ne semblent pas payer de mine au départ, avec un concept de véhicule à réparer qui peut rebuter. Mais il ne faut que quelques minutes pour se laisser embarquer dans ces deux petites odyssées, jamais explicitées, à l’atmosphère particulière et captivante. Si bien qu’on se retrouve à avancer inlassablement, poussé(e) par l’aventure, par le souhait d’en décrypter un peu plus, par l’envie de savoir où atterrira notre protagoniste, et pour l’émerveillement de paysages envoûtants et de la vision de villes déchues encore magnifiques. Deux bulles de douceur et de tranquillité, et qui sait, peut-être une troisième à venir un jour, qui se passerait dans les airs cette fois ?


5 réflexions sur “FAR : Lone Sails et Changing Tides | Aventures en terres et eaux troubles

  1. Je note précieusement ce deux titres. Je pense que leur côté poétique et contemplatif me parlera beaucoup et que j’en sortirai aussi charmée que toi. Merci pour ces articles qui attisent la curiosité avant de commencer ma lecture et dont je ressors à chaque fois convaincue !

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    1. Merci à toi pour ta lecture l’Ourse ! Je pense que oui, il s’agit de ces petits jeux indé poétiques qui ont toutes les chances de te plaire… deux petites perles dont je ne regrette pas la découverte ! Et très apaisant par-dessus tout…parfaits à la fin d’une journée de travail.

      Aimé par 1 personne

  2. Très intéressant d’avoir ton avis sur ces deux jeux, vu que nous en avons parlé sur JSUG. J’aime bien quand tu dis que ce genre de jeux « ne payent pas de mine » au préalable MDR. C’est tout à fait ça, mais une fois que tu les lances et que tu commences à te plonger dans l’aventure, tu comprends que tu as fait le bon choix finalement ^^. J’ai eu une petite préférence pour le deuxième opus en ce qui me concerne.

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