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"Je puis vivre seule, si le respect de moi-même et les circonstances m'y obligent ; je ne veux pas vendre mon âme pour acheter le bonheur. J'ai en moi un trésor, infus avec la vie, qui sera ma raison d'exister, si tous les plaisirs de ce monde doivent m'être refusés, ou s'il me faut les obtenir à un prix que je ne puis donner." (Jane Eyre)

The madwoman in the attic, ou le syndrome de la femme folle dans le grenier

Cet article spoile les œuvres suivantes : Jane Eyre, American McGee’s Alice, l’évolution d’Helena dans Orphan Black, de River Tam dans Firefly/Serenity et A cure for life. Passez votre chemin si vous souhaitez les découvrir…

« The madwoman in the attic » n’est pas une expression sortie de nulle part. Elle désigne, à tout lecteur de Jane Eyre, la première femme d’Edward Rochester dans le roman de Charlotte Brontë, Bertha Mason. Rochester, suite à diverses influences, mais aussi par amour, a épousé Bertha, une femme créole dont la maladie sanguine n’a toutefois pas tardé à se révéler. Aussi belle et angélique que pouvait être Bertha au début, elle s’est peu à peu transformée en une sorte de furie dévorée par la folie, une sensualité bestiale et l’impossibilité de tout raisonnement. Rochester n’a donc eu d’autre choix que d’enfermer sa femme, aussi dangereuse pour lui que pour elle-même, dans un grenier de Thornfield. Ce lourd secret sera ensuite bien gardé, jusqu’à ce que Rochester essaye d’épouser Jane Eyre, à qui sera dévoilé ce premier mariage. Pour finir, Bertha finit par mourir dans l’incendie dévastant le manoir, malgré les tentatives de Rochester pour l’aider.

Depuis ce roman, l’expression « madwoman in the attic » qu’on traduira certes assez lourdement en français par « la femme folle enfermée dans le grenier », a été reprise pour désigner toute femme ou épouse verrouillée à double tour dans une pièce sombre d’un quelconque manoir, et hystérique de préférence. C’est aussi le titre d’un essai de Sandra Gilbert et Susan Gubar portant sur une vision féministe de la littérature victorienne. Dans cet ouvrage, il est pointé que tout auteur masculin de l’époque avait tendance à écrire les personnages de femme comme angéliques, douées de patience, d’amour, de vertu selon les règles sociales de l’époque ; ou bien comme des démons, débordant de sensualité ou de violence incontrôlables. On retrouve sans peine, également, cette vision ambivalente de la femme à travers les personnages de Jane Eyre et Bertha Mason, ou presque. En tout cas, nulle trace d’entre-deux entre ces visions de la femme.

Toutefois, l’idée de cet article vient bien d’ailleurs, même si « the madwoman in the attic » s’est ensuite assez vite imposée à mon esprit. Je suis partie d’autres personnages fictionnels, appréciés et découverts au cours des années, et qui m’ont enfin semblé avoir un fil commun visible, après avoir si longtemps cherché ce qui les reliait ensemble. Alors, il n’y a plus qu’à vous laisser découvrir une courte sélection de ces protagonistes qui oscillent entre hystérie et bestialité, enfance et âge adulte, gothique et fantastique, au gré des thématiques les liant.

I. Bertha Mason dans Jane Eyre – Éducations et perversités

On repartira de la littérature victorienne pour ce point. Au XIXe siècle, l’éducation des femmes se résume en quelques mots : passivité, soumission (à la société, à la famille ou au futur mari), grâce et élégance. Je caricature peut-être un peu, mais en partant ne serait-ce que de Jane Eyre et de Wilhemina Harker dans Dracula, cela se ressent. Leur éducation est religieuse, traditionnelle, ne leur permettant guère de grandes libertés. Elles apprennent peut-être les langues étrangères, mais surtout les bonnes manières, la couture ou la musique, tout le nécessaire pour être parfaitement respectable dans une société où on attend d’elles surtout douceur et conversation, en plus d’être de futures bonnes mères de famille. Bien sûr, c’est un peu réducteur, de par l’époque, mais aussi parce que Jane et Mina Harker se démarquent, l’une en étant une gouvernante indépendante, sans lien de famille, l’autre parce qu’elle entreprend d’apprendre également la sténographie. Il est fort probable que Bertha Mason, au moment où elle était saine d’esprit, a eu la même éducation.

C’est ensuite là que le terme « the madwoman in the attic » intervient, pour désigner une femme hystérique enfermée dans le grenier d’une demeure gothique. La vision victorienne des femmes est double et sans nuances : c’est l’ange ou le démon. Bertha, sans doute aussi angélique, belle et humble pouvait-elle paraître à Rochester au début – le roman en parle ainsi, et cette vision semble également présente dans la préquelle La Prisonnière des Sargasses (Jean Rhys) centrée uniquement sur le personnage de Bertha et son passé – devient folle. Mais pas n’importe quelle folie, la fameuse hystérie occasionnant les scènes de folie dont même les opéras de l’époque raffolent, la plus célèbre étant l’air de Lucia di Lammermoor. Bertha Mason devient alors un personnage dangereux, capable d’attaquer, voire de tuer, Rochester, son propre frère, d’incendier Thornfield ou de détruire la robe de mariée de Jane. A noter qu’au final, ces actes d’agression ne sont tournées qu’envers les choses ou les personnes qui l’ont dupée, qui lui rappellent l’avenir qui aurait dû être le sien.

Cette folie si présente dans le roman et la littérature victorienne a une autre racine, qui démontre alors cet aspect de dualité entre l’ange et le démon. Bertha est décrite par Rochester d’une grande beauté, mais aussi d’une sensualité bestiale, d’une sexualité déviante jamais rassasiée, en plus de son esprit fou qui semble prendre plaisir à le manipuler. Pas étonnant donc qu’il préfère une Jane plus mesurée, plus forte, douée d’un sens certain de la justice, à une femme folle qui ne peut que le détruire… et dont la sensualité brute peut parfaitement le dévaster et l’effrayer. Alors, il l’enferme, la dissimule, s’assure qu’on ne parle plus d’elle. Le problème Bertha Mason est ainsi réglé, dissimulé au même titre que le tabou de la sexualité, ou du moins le croit-il.

Cela permet d’ailleurs d’évoquer un autre parallèle troublant : rien n’aurait empêché Jane de devenir un personnage similaire à celui de Bertha, si elle avait été malade, ou bien privée de ses moyens, dépossédée de sa liberté, enfermée comme un animal. Les deux personnages féminins sont décrits avec la même force de caractère, le même esprit assez rebelle et indépendant. On trouve là un parallèle, un effet de miroir dont on ne se rend pas tout de suite compte, mais bel et bien présent.

Ainsi, comme on peut s’en douter, l’éducation si rigide et si puritaine de l’époque victorienne est, quelque part, la cause de la vision de cette dualité de la femme dans les romans de l’époque. C’est aussi en partie ce qui fait que les personnages, notamment féminins, tournent si mal quand la folie s’impose. L’obsession de la pureté et de la douceur s’inverse pour aller dans des penchants bien plus sombres et pervers, refoulés jusque-là même dans une mesure normale. Un écho auquel on ne peut s’empêcher de penser est celui de Jekyll, le médecin si rigide créé par Robert Louis Stevenson, qui ne se permet ses fantasmes et sa liberté que sous le couvert de Hyde.

Bertha Mason est-elle réellement une sorte d’ancêtre commun aux autres personnages féminins qui suivent ? Peut-être pas vraiment, mais je leur ai longtemps trouvés des similitudes assez troublantes sans arriver à mettre précisément le doigt dessus. En tout cas, l’expression de « the madwoman in the attic » n’aurait pas existé sans elle, et je ne doute pas qu’elle ait laissé son influence, consciente ou non, notamment en littérature, sous d’autres noms ou d’autres images. Là encore, on peut faire référence à Rebecca, la femme décédée et absente de Maxim de Winter dans le roman homonyme si proche du livre de Brontë, bien qu’elle ne soit pas folle, ou alors dans une démence tout à fait différente et avec une malveillance plus consciente. La femme dans le grenier, c’est celle qu’on cache soit pour sa dangerosité, soit parce qu’elle incarne un secret dérangeant.

II. Alice dans American McGee’s Alice – Violences et jeux de massacre

Par ordre chronologique, nous arrivons à la jeune Alice imaginée par Lewis Carroll, elle aussi issue de l’époque victorienne. Mais plutôt par un chemin détourné : en passant par son adaptation sous forme de jeu vidéo, celle de American McGee’s Alice (à noter que n’ayant pas joué à Alice : Retour au pays de la folie, je ne parlerai que du premier jeu). American McGee’s Alice nous permet d’évoquer un autre aspect de « the madwoman in the attic », résolument tourné vers le jeu de massacre. Bien sûr, la petite Alice a été également sous influence de l’éducation victorienne, mais cela n’a pas beaucoup d’importance ici, et ce même si dans le jeu, elle garde un langage toujours très poli et civilisé, presque décalé avec l’ambiance malsaine et gothique de l’aventure. Elle rejoint ces figures d’innocence troublées, perverties ou détournées.

Le plus important, c’est le parti pris d’American McGee’s Alice. La jeune fille a survécu à un incendie accidentel ayant dévasté sa maison et tué ses parents, et se retrouve à l’asile, tombant dans un état catatonique et impuissant. Elle est alors appelée par les personnages du Pays des Merveilles pour les sauver, et plonge dans cet univers imaginaire dévasté. Car là où la vie d’Alice s’est effondrée suite à l’incendie, le Pays des Merveilles a suivi le même chemin, devenant un royaume sanglant et sombre de terreur sous le règne de la Reine de Coeur. A Alice de libérer le Pays des Merveilles, et de se sauver par la même occasion. Et ce, au cours d’un jeu qui ne serait sans doute plus considéré comme très violent maintenant, mais qui à l’époque avait son flot d’hémoglobine assez important et une atmosphère aussi étrange et onirique que glauque.

Car, évidemment, reprenant le même parallèle d’écriture que Lewis Carroll qui transformait certaines personnes de sa vie en protagonistes fictifs, la plupart des ennemis majeurs du Pays des Merveilles ne sont que des reflets de véritables personnes de l’entourage d’Alice – patients de l’asile, docteurs, personnels. Le boss final, la Reine de Coeur, se révèle au bout du compte n’être qu’Alice elle-même, clamant à la jeune fille qu’elle est responsable de la mort de ses parents et que jamais aucune partie vivante, personnelle, heureuse d’elle ne pourra survivre. Le syndrome d’Alice, qui la condamne à rester à l’asile sans espoir d’en sortir, c’est la culpabilité du survivant, une colère profonde contre elle-même de ne pas avoir pu sauver sa famille. Elle est terrifiée à l’idée de se regarder elle-même, d’affronter le passé, ce qui l’a fait rester pendant dix ans, enfermée.

Son salut, elle le trouve dans son univers imaginaire, où ses obsessions et ses hantises sont reflétées, au terme de luttes sanglantes, y compris contre elle-même, un monde de fantasmes impossible dans son existence réelle. Alors, oui, elle aussi a le syndrome de la femme folle enfermée, dans l’asile plutôt que le grenier, en quête d’un miroir d’elle-même et poursuivie par des images du passé. Sa fin heureuse, elle l’obtiendra en se pardonnant de la mort de ses parents et en sortant finalement de l’asile.

III. Hannah dans A cure for life – Enfance et âge adulte

Un saut dans le temps nous amène à un personnage principal féminin assez inattendu, mais le plus récent chronologiquement, et qui a peut-être permis de débloquer toutes les réflexions de l’article… Hannah, dans A cure for life, fait également partie de ces femmes dérangées dont on ne sait pas trop si on les apprécie, ou si elles effrayent. On note également avec elle le fait d’attribuer un physique assez particulier à ce type de personnages, pas vraiment harmonieux, d’une beauté dissonante qui reflète bien leur état mental. Souvent dans ce film, le personnage est silencieux, parfois il semble même être une apparition imaginaire : ses mots sont hésitants, approximatifs et maladroits, quand elle ne parle pas par énigmes.

Hannah, dans le film, est tout d’abord une patiente de la cure à laquelle le héros se retrouve soumis malgré lui. Mais elle est aussi qualifiée de différente et de particulière, de par sa maladie ; de plus, le directeur de la cure la considère comme sa propre fille. La jeune fille est presque adulte mais a l’intelligence émotionnelle d’un enfant, accusant un certain retard de développement. Toutefois, elle aidera en partie le héros à découvrir ce qui se cache derrière la cure.

Pas tout à fait enfant, pas tout à fait femme – elle est d’ailleurs réglée vers la fin du film afin de servir la trame narrative – Hannah fait incontestablement figure de folle, du moins au début, ne serait-ce que pour les autres personnages. A elle aussi, une éducation stricte et limitée sera donnée, délimitant et resserrant par-là même ses propres besoins et désirs à des frontières nettes : son « père » d’adoption la traite comme une enfant, ne la laisse s’habiller que de blanc, lui laisse des poupées, alors qu’elle a au moins seize ans. Comme pour les autres madwomen in the attic, elle est enfermée, non seulement physiquement puisque aller hors du centre de la cure lui est interdit, mais aussi psychiquement, par une prison et des limitations volontairement imposées. Elle est également piégée dans un état enfantin, spontané, tout en pouvant soudainement avoir des réactions d’adulte imprévisibles. Toutefois, contrairement à d’autres, Hannah est ignorante de la sexualité et n’a pas de rôle particulièrement actif dans son évolution, retrouvant plutôt le cliché de la demoiselle en détresse par la suite, comme dans toute bonne ambiance gothique.

Ce qui n’empêche pas qu’une part d’elle sait, plus ou moins consciemment, les sombres secrets derrière la cure, et ses dangers. Alors, derrière l’enfant, on a malgré tout un personnage qui est lui aussi en quête de son identité, d’elle-même. Son identité véritable agit encore ici par le miroir, en voyant le portrait d’une femme dont on entend l’histoire durant le film. En vérité, Hannah est la descendante du couple formé par « son père d’adoption » et la sœur de celui-ci (la femme du tableau) des décennies plus tôt, et son « père » ne souhaite que perpétuer une lignée de sang pur avec elle, expliquant pourquoi elle a toujours été enfermée et élevée dans l’ignorance de qui elle était vraiment. La démarcation particulière entre l’enfance et l’âge adulte a une place toute significative chez ce personnage, peut-être davantage que les autres, tout en servant la quête d’identité dont Hannah ressent le besoin.

IV. River Tam dans Firefly/Serenity – Grâce et manipulations

Cela fait très longtemps que je n’ai pas revu Firefly ou Serenity, mais River Tam a tout de suite été mon personnage préféré. Peut-être ne le serait-il plus avec le recul, et que la série a mal vieilli, mais là n’est pas la question. River a d’ailleurs été un personnage assez marquant pour moi, la première « madwoman in the attic », simplement parce que je l’ai toujours trouvé très touchante, bien que discrète dans la série, et qu’elle soit capable d’atrocités.

Firefly se situe dans un univers de science-fiction mélangeant vaisseaux spatiaux et cow-boys. River, elle, est une jeune fille brillante, tellement surdouée qu’elle part à l’Académie de l’Alliance, l’institution politique fédérant ce monde, pour y suivre un programme exceptionnel. C’est son frère Simon qui vient l’en délivrer, quelques années plus tard, et qui fuit avec elle, enfermée dans un caisson la maintenant en sommeil. Quand River se réveille, il est tout de suite évident que la jeune fille a perdu quelques cases lors de son apprentissage chez l’Alliance, ou du moins on le croit. Se baladant souvent pieds-nus, l’air absent, ayant parfois des visions, parlant par métaphores, mots maladroits, elle rejoint tout à fait les attitudes gestuelles d’Hannah ou d’Helena.

Pourtant, il demeure en elle une profonde intelligence, une hyper-sensibilité tenant de la télépathie, et ce ne sera pas le seul « pouvoir » qu’elle semble avoir. Dans certaines situations, elle est capable de faire preuve d’une extrême force physique, servie par ses talents de danseuse, lors de combats, ou de tuer deux personnes après un seul regard pour vérifier où tirer. On retrouve sans nul doute le combo de la fille dérangée, avec une violence latente qui peut éclater pour des raisons inexpliquées.

Mais ce n’est pas cet aspect « super-héroïne » qui marque le plus. River Tam m’a toujours semblé un personnage extrêmement touchant et humain, une fille perdue qui a été manipulée et soumise à des expériences dont elle ne garde pas de souvenirs, une sœur qui a appelé son frère à l’aide et n’aurait pu s’en sortir sans lui. Elle a tout du personnage qui doit se reconstruire après un traumatisme qui a perturbé son état psychique, la faisant vaciller entre un adorable côté enfantin et le sang-froid d’un tueur impitoyable. Car, on finit par s’en douter dans la série, et le comprendre avec le film, la jeune fille a été la proie d’expériences intensives à but militaire, de créer des soldats d’exception, et du peu qu’on en voit, cela suggérait quelques tortures aussi bien physiques que mentales, sans compter le développement de capacités extra-sensorielles de force. Ce qu’on garde de River Tam, c’est peut-être sa fragilité avant sa folie, sa conscience d’être devenue folle ou une anomalie – elle ira jusqu’à demander à son frère de la tuer – soit le côté avant tout humain du personnage. Cela est d’autant plus paradoxal que les expériences sur elle n’ont pas échoué : elles ont au contraire réussi à la perfection pour faire d’elle une arme vivante.

A la fin, sans être guérie – car il n’y a rien qui puisse être guéri – River finit par recouvrer la mémoire, accepter qui elle est, même si cela implique de vivre assez éloignée de la civilisation et de rester une anomalie. En cela, elle rejoint le dernier personnage féminin présenté dans cet article.

V. Helena dans Orphan Black – Miroirs et quêtes d’identités

C’est dans l’univers des séries télévisées qu’on trouvera Helena. Elle est peut-être le personnage qui cumule le plus toutes les similarités des madwomen in the attic, qui demeure imprévisible et assez apologiste à bien des égards.

Helena, tout d’abord, est dépossédée de nom : on ne saura jamais si elle en a un. Élevée dans un couvent ukrainien jusqu’à ses sept ans, elle est ensuite recueillie par un fanatique religieux, qui l’amène à détester ses « soeurs », les autres clones de la série, et l’entraîne à devenir une tueuse impitoyable chargée de toutes les éliminer. Au fil des saisons, élément rebelle, elle finit par être délivrée de l’emprise du père Tomas, pour se retrouver enfermée dans une sorte de village reclus prônant clonage et manipulations d’ovules. Elle passe également la troisième saison à moitié enfermée dans une prison, là encore pour expériences génétiques – d’autant plus qu’elle est enceinte – et les deux dernières saisons dans un état plus libre, quoiqu’on soit toujours à sa poursuite pour l’expérience génétique qu’elle est, et pour ses jumeaux.

A cause d’une éducation rigide, Helena finit, comme Bertha, par devenir un personnage tout d’abord noir et dangereux, qui ponctue la série de quelques apparitions presque horrifiques avant de devenir plus gris et nuancé. Ses premières apparitions la qualifient en antagoniste, là où River, Alice ou Hannah sont plus des anti-héroïnes. Elle est en revanche très proche de River dans ses attitudes, pour l’air absent, les réactions imprévisibles, mais a la voix rauque plutôt que des mots hésitants, même si sa façon de parler est assez étrange et provient du fait que l’anglais ne soit pas sa langue natale. Éduquée à coup de principes religieux, de mépris pour la sexualité et pour les autres clones, elle se considère comme l’originale, la seule vraie personne parmi toutes ses sœurs. Inutile de dire que cela en fait un personnage très peu équilibré psychiquement, victime elle aussi d’un certain trouble mental. Elle peut virer entre l’adoration et la haine envers les autres, afficher des attitudes presque attachantes ou déjantées, mais également se transformer en une furie meurtrière qui ne fait pas dans la dentelle.

Helena est un personnage presque gothique dans le sens littéraire du terme, et incontestablement sanglant. Elle est également souvent habillée de blanc, quand elle n’affiche pas une tenue hasardeuse de couleurs et tissus divers. Sa tenue la plus mémorable reste celle de la robe de mariée blanche couverte de sang en saison 2. Elle n’est également pas un personnage qui a le sens du bien et du mal, mais qui agit selon ses propres principes et avant tout pour sa survie. L’ultime menace à ne pas proférer devant elle, c’est de blesser ses sœurs ou des enfants, les symboles de l’innocence par excellence. En prison, elle se retrouve à dialoguer avec un scorpion imaginaire qui représente son instinct de survie. Scorpion qu’elle finira par dévorer, quand ce dernier lui dira de choisir entre sa survie et celle de sa sœur Sarah. Mais cette manifestation de son esprit n’est sans doute jamais très loin…

De fait, Helena est la plus proche de Bertha Mason, tout simplement parce qu’elle est un amas d’énergie brute, d’émotions sans filtre, parce qu’elle agit avec ses entrailles plutôt qu’avec sa tête – ce qui ne l’empêche pas d’être ingénieuse quand il le faut. Quand elle est libre de toute emprise néfaste, elle se laisse aller plus naturellement à l’affection et à l’amour envers sa famille, ou encore vers un jeune homme rencontré dans un bar qui lui plaît et avec qui elle ne va pas par quatre chemins pour l’embrasser. Bien qu’Helena soit elle aussi manifestement dérangée tout en ayant sa logique bien à elle, elle est aussi attachante, une fois qu’on a appris à la connaître, et même en étant un peu plus civilisée, sa nature sauvage ne disparaît jamais vraiment.

Un aspect très intéressant d’Helena, c’est le fait de parvenir à l’apprécier en dépit de tous les actes qu’elle commet. Il est facile de s’attacher à River Tam, qui demeure plus une jeune fille perdue qu’une machine à tuer, par exemple, mais Helena est une autre paire de manches, surtout durant les trois premières saisons. Elle tue plusieurs clones, plusieurs adversaires, un clone masculin (auprès duquel elle s’allongera pour l’accompagner dans son agonie), se venge de celui l’ayant violée médicalement, incendie une habitation, tue également la femme l’ayant portée. Le personnage est incontestablement sombre, tout en trouvant sa rédemption à la fin. La violence latente du personnage ne la définit pas entièrement, mais on comprend mieux pourquoi elle a été si souvent enfermée, au couvent de son enfance, puis dans une cage par le père Tomas. Elle agit le plus souvent en bête traquée, et son passé ne lui donne pas vraiment tort.

Comme tous les autres protagonistes de cet article, Helena est également en quête d’identité. Après avoir dû accepter qu’elle n’était pas l’originale, elle trouve son point de repère en sa vraie sœur jumelle, Sarah, avec qui elle découvre l’essence d’une famille. D’ailleurs, elle finit par fonder la sienne. Mais il est encore une fois pertinent de noter que cette quête renvoie à un miroir du fait de la ressemblance des deux femmes, qu’elles soient les seules clones capables d’avoir des enfants. Helena adore Sarah parce qu’elle sent, dès le début, que cette dernière est particulière (pour cause, c’est sa jumelle). Et ici encore le miroir fait office de reflet : Sarah aurait pu être à la place d’Helena, les deux jeunes femmes ayant le même tempérament passionné et déterminé, la même obstination à protéger leurs enfants. Un autre signe symbolique en ce sens, est que lorsqu’en fin de saison 1, Sarah croit tuer Helena en lui tirant dessus, cet acte échoue : jumelles, Helena a écopé d’un situs inversus, autrement dit, ses organes sont inversés par rapport à ceux de Sarah – un autre renvoi au miroir. Ce n’est pas un hasard non plus si, dans la dernière saison, l’accouchement d’Helena est mis en parallèle à celui de Sarah.

Conclusion

Impossible de ne pas finir sur cette chanson qui m’a toujours semblé représentative des madwomen in the attic.

Les madwomen in the attic sont des personnages qui se sont incontestablement perdus en cours de route, quelle qu’en soit la raison : manipulations génétiques, fausses croyances, trouble mental (toujours indéfini, par ailleurs). Et par conséquent, qui cherche de nouveau à être elles-mêmes, affrontant plusieurs reflets : elles-mêmes dans le passé, ou au travers d’une autre vie en parallèle, d’un autre personnage proche d’eux. Elles sont des personnages dont l’éducation a toujours été extrêmement rigide et contrôlée, que ce soit dû à l’époque ou à ce qu’on attendait d’elles, et l’enfermement aussi bien mental que physique a toujours fait partie de leurs conditions de vie. Ce sont, à n’en pas douter, les causes qui les mènent à devenir plus tard extrêmes, « folles », victimes des circonstances ou de tâches imposées, et représentantes des parts plus sombres de l’humanité. Fort heureusement, elles trouvent souvent leur salut en échappant à ces circonstances extérieures et en trouvant une certaine forme de paix, même si pour certaines, comme Bertha Mason, c’est par le fait de mourir en refusant d’obéir à Rochester. Ce sont des personnages qui pourraient par moments, avoir l’air tout à fait adorables, avant de révéler un potentiel extrêmement dangereux et qui fait partie de leur personnalité, bien que ce soit souvent plus par le biais de l’acquis (de force) que de l’inné.

Et cela en fait tout simplement des personnages intéressants, même s’il faut avouer que leur air dérangé dans les séries ou les films les dessert plus qu’un peu quand il s’agit d’attirer la sympathie du lecteur ou du spectateur. On aurait même pu rajouter Norman Bates à cette liste, mais peut-être est-il trop sûr de lui pour véritablement y figurer ? Il faut admettre que la « madwoman in the attic » est une figure, une image, peut-être tellement associée à la littérature gothique ou victorienne qu’on ne peut pas trop y classer de personnages masculins. Car ironiquement, l’équilibre des différents caractéristiques de ce type de personnage est parfois difficile à trouver.

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Lectures de septembre 2017

Ce fut un petit mois de lecture, en septembre ! Tant pis.

Le dernier vœu (Le Sorceleur, tome 1 : Ostatnie życzenie) – Andrezj Sapkowski, 1990-1993 (parution VO) / 2003 (parution VF)

Le topo : Un recueil de nouvelles relatant les aventures de Geralt de Riv, sorceleur dans un monde d’heroic fantasy inspiré de la mythologie slave. Ce dernier est un mutant – un homme dont les capacités physiques ont été améliorées grâce à des potions alchimiques. Tantôt méprisé pour sa nature, tantôt demandé pour ses services de chasseur de monstres, Geralt est un personnage solitaire et cynique, au destin aussi ambivalent que celui des hommes et créatures qu’il rencontre…

Le résultat : Le premier tome de la saga du Sorceleur relate diverses aventures de Geralt, reliées entre elles par un lien parfois ténu, outre la présence du personnage principal. A noter que la parution française a choisi de présenter les nouvelles dans un ordre diégétique et sans tenir compte de l’ordre de parution des récits. Ces nouvelles permettent une mise en place du personnage de Geralt et de son univers, une présentation de son caractère, par une succession de touches qui n’a pas été sans me rappeler les histoires autour de Sherlock Holmes. Chaque nouvelle a son histoire principale, une affaire à résoudre, et par les discussions entre Geralt et les personnages, on découvre peu à peu la personnalité du sorceleur, son besoin d’argent qui n’empêche pas un certain sens de l’honneur et de la morale, les réflexions qu’il porte sur la nature humaine et monstrueuse, ou encore sur l’idée qu’il se fait de lui-même et de sa profession de sorceleur, maudite et nécessaire en même temps. A ce niveau, on retrouve le sel qui a donné naissance au jeu vidéo The Witcher, avec un personnage ni blanc, ni noir, et des créatures, des humains, tout aussi ambivalents, aux motivations légitimes même si parfois terribles, ou la volonté d’absence de toute morale définitive et bienséante. C’est donc avec plaisir qu’on croise des histoires fantastiques, parfois inspirées de contes (Blanche-Neige, la Belle et la Bête) mais dont les dénouements et les résolutions sont très différents. On ne cesse donc pas d’être surpris par le retournement de chacune des nouvelles, ou par les dilemmes auxquels doit faire face Geralt. On a également le plaisir de déjà croiser le poète Jaskier ou encore la magicienne Yennefer, aussi insupportable que dans le jeu vidéo. Et la dernière anecdote qui donne vraiment l’impression de retrouver l’univers de Geralt, c’est de constater que les titres de nouvelles ont également donné naissance aux titres des quêtes dans The Witcher : Le dernier vœu, Le bout du monde, Une question de prix

Annihilation (La trilogie du Rempart Sud 1, Annihilation) – Jeff Vandermeer, VO 2014 / VF 2016

Le topo : Une expédition de quatre femmes aux métiers différents (biologiste, psychologue, anthropologue, géomètre) sont envoyées dans la mystérieuse Zone X, pour cartographier et explorer cette zone réputée en expansion. Perdues dans une nature sauvage, elles doivent y survivre, là où les membres des onze premières expéditions ont échoué ou sont morts.

Le résultat : Voilà un livre OVNI qui fait irrésistiblement penser à la Maison des Feuilles (autre OVNI dans la littérature fantastique et qui parle d’une zone mystérieuse en extension), et qui a son petit effet durant la lecture. La biologiste est la narratrice de ce roman, à la première personne du singulier, pour une bonne raison : elle nous fait partager sa découverte de la Zone X, ses réflexions, tout en repensant à des morceaux de son passé expliquant ses motivations pour cette expédition (son mari, décédé, a participé à la onzième). De la même façon, on se rend vite compte que sa vision est un mélange de froideur analytique, de découverte et de vision solitaire, désabusée du monde. Elle a en somme toutes les caractéristiques d’une survivante, quoiqu’il arrive, même si on se rend vite compte que le personnage n’est pas fiable, et que ce qui la rend capable de survivre, démontre en même temps un caractère renfermé, isolé, peu enviable. Quant à cette Zone X, arriver au bout du livre n’en enlève guère de mystères et d’interrogations, ce qui est très plaisant. Territoire sauvage et mystérieux, où les humains semblent se fondre à la nature, on y découvre une tour aux niveaux souterrains angoissants, parcourus d’une écriture sans fin, et un phare tout aussi empli de mystères et de côtés morbides. Plus que tout, dans ce roman, on ressent l’angoisse de la narratrice dans ce monde inconnu, le côté organique, diffus et humide de l’atmosphère et des lieux, le tout porté par des impressions subjectives parfois délirantes, et sans jamais de réponses claires. Le monde extérieur, sauvage et dangereux, s’explore en même temps qu’on en apprend plus sur la narratrice et ses obsessions. Le livre semble également avoir un côté dystopique intéressant, mais qui reste en arrière-plan tout en étant perceptible. Annihilation est très étrange, il faut accepter d’entrer dans son univers délirant (et d’y rester), mais son côté fantastique et mystérieux donne inévitablement envie de découvrir la suite. Le prochain tome sort ce mois-ci.

Silent Hill Omnibus 2 – Tom Waltz, Stephen Stamb, 2015 (en VO)

Le topo : Trois comics se déroulant dans l’univers de Silent Hill, cette ville fantôme brumeuse qui reflète l’inconscient des personnes qui y sont irrésistiblement attirées.

Le résultat : La première histoire, Sinner’s Reward, met en scène un couple à la Bonnie & Clyde, où le héros fuit son employeur non sans embarquer avec lui la femme de ce dernier. Attirés dans Silent Hill, ils sont rattrapés par les hommes de main de l’employeur. Mais si le héros est plongé dans les hallucinations de la ville, c’est bel et bien pour expier un crime, l’assassinat d’une jeune fille et de ses parents, lorsqu’il travaillait encore pour son employeur. La seconde histoire se révèle plus originale, remontant au temps où Silent Hill, au XIXe siècle, était tout juste habitée. Là, un couple emménage, un homme au passé criminel et sa femme enceinte. Le héros pensait avoir trouvé la rédemption sur son passé, mais en vérité, il ne se trouve dans cette ville uniquement pour que son enfant à naître soit offert à une vieille Indienne aux pouvoirs étranges. La troisième histoire, enfin, est en fait un aperçu de l’histoire de l’antagoniste du jeu vidéo Silent Hill Downpour. On découvre pourquoi la policière Annie se retrouve à autant poursuivre le héros du jeu, Murphy Pendleton : elle souhaite venger son père policier qui aurait été grièvement blessé par Murphy. Mais la ville la hantera également, avec des souvenirs de la relation avec son père. Ces trois histoires sont somme toutes proches de l’esprit de la série Silent Hill, avec une qualité graphique exprimant plutôt bien le côté brumeux ou sanglant de la ville, ses hallucinations et ses ombres, ainsi que ses monstres. Les couleurs rouge, cuivre, bleu et gris sont dominantes, reflétant bien l’atmosphère poisseuse et étouffante de cet univers. Si les histoires ne brillent pas par leur originalité – toutes tournent autour du meurtre, de l’adultère ou de relations familiales très ambiguës – elles sont néanmoins plaisantes à parcourir et avec des retournements de situation bienvenus. Les dessins rugueux et symboliques collent aussi bien à l’atmosphère de l’univers. Tout lecteur autre qu’un fan de Silent Hill ne trouvera pas cette lecture forcément marquante, elle est en tout cas plaisante.

L’épée de la providence (Le Sorceleur, tome 2 : Miecz przeznaczenia) – Andrezj Sapkowski, VO 1992 / VF 2008

Le topo : Le deuxième recueil de nouvelles autour des aventures de Geralt de Riv, sorceleur.

Le résultat : J’ai mis plus de temps à finir ce livre que le premier, certaines nouvelles s’avérant parfois moins passionnantes que d’autres, notamment celle ouvrant le recueil. Mais cela n’empêche pas de retrouver tous les ingrédients qui ont fait du premier livre un très agréable moment de lecture, entre l’action, la morale ambiguë, les contradictions des personnages, des dialogues parfois savoureux, un Geralt toujours aussi sarcastique et cynique, mais non dénué de cœur (il en montre au contraire de plus en plus), une Yennefer parfois toujours aussi insupportable même si on la comprend mieux, tant elle est hautaine, et d’autres personnages connus, comme Jaskier ou Triss Merigold, et surtout, Ciri, la fille adoptive de Geralt, ou plutôt l’enfant de la Providence. Elle ne devient la fille adoptive de Geralt que grâce à un stratagème utilisé par les sorceleurs pour renouveler leurs rangs : quand l’un d’eux sauve un mari, le sorceleur lui demande « le cadeau qu’il ne s’attend pas à retrouver une fois de retour chez lui », soit le futur enfant à naître de sa femme. Outre cela, encore une fois, on retrouve des références et des relectures à des contes bien connus, comme la Petite sirène ou la Reine des Neiges, bienvenues et avec finesse, pour tout dire, parfois humour. Sans la métaphore filée de l’éclat de glace « présent » en Yennefer et Geralt, j’aurais continué à trouver Yennefer insupportable. On croise également la génitrice de Geralt, non sans une certaine surprise, car la relation entre les deux est loin d’être paisible. Dans sa globalité, ce recueil m’a moins plu que le premier. Mais pourtant, il est assez touchant tout en offrant de belles visions d’aventures, notamment quand on voit la complexité de la relation entre Yennefer et Geralt, ou le lien grandissant entre Ciri et Geralt, liés par la Providence à jamais, et ce même si Ciri est au début une petite peste en vu de son jeune âge. Voir Geralt s’éveiller à l’humanité et aux contradictions de la vie, aux réflexions sur le destin, le bien et le mal, est poignant.

 
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Publié par le 5 octobre 2017 dans Lectures

 

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Watching Challenge | Les films de septembre 2017

Le premier mois du Watching Challenge lancé avec F. de l’O. s’achève ! Il aura été l’occasion de quatre découvertes, certaines aimées, d’autres non. Au programme, de la comédie musicale pas si musicale que ça, un film de mafia mythique, un portrait de femmes espagnoles, et le retour très attendu d’un clown qui a peut-être hanté votre enfance. Et vous, quelles ont été vos découvertes, si vous avez suivi le challenge ?

La La Land, Damien Chazelle – 2016 | Un film musical

Un jeune pianiste féru de jazz (Sebastian) et une serveuse rêvant de devenir comédienne (Mia), se croisent et tombent amoureux, à Los Angeles. Ils s’entraident pour atteindre leurs rêves respectifs, mais cela n’arrivera pas sans de nombreuses déceptions ou le sacrifice de leur amour.

La La Land possédait d’ores et déjà un défaut à sa sortie, celui d’avoir été matraqué par la publicité à tel point que je m’attendais forcément à quelque chose de superbe et d’envoûtant, pour avoir eu un tel succès. Pourtant, je n’étais pas allée le voir au cinéma, pressentant que ce ne serait pas vraiment une bonne comédie musicale. Et j’ai cependant choisi de voir ce film musical pour le Watching Challenge, par curiosité. Le fait est que je n’ai pas aimé La La Land, sans trop de surprise, en fait. J’avais entendu tellement de bien de ce film qu’il est forcément arrivé en-dessous de mes attentes, bien qu’il ne soit pas dénué de qualités, et qu’il soit très loin du « feel good movie » auquel il a été associé.

On trouve ainsi une ribambelle de clins d’œil aux comédies musicales, des Parapluies de Cherbourg à Chantons sous la pluie, un intéressant jeu sur l’esthétique du film. Les couleurs présentes dans les vêtements et les décors représentent l’évolution des personnages, passant de l’enthousiasme et du fantasme à une réalité plus triste et plus convenue. La scène d’ouverture avec une chanson chorale est sympathique, ainsi que la chanson de Mia pour son audition, et certes il y a une belle scène de fin avec un épilogue rêvé et amer. Tout est beau, esthétique, en atmosphère parfois, soigneusement mis en place, avec des scènes parfois fantaisistes. Et ce sera tout, pour moi en tout cas. Car en négatif, à aucun moment je ne me suis attachée aux personnages (malgré le jeu appréciable de Ryan Gosling, et surtout à cause des mimiques exagérées de Emma Stone), aucune chanson ne m’est restée en tête, pas plus que des dialogues ou des chorégraphies, et la fin, aussi joliment amenée soit-elle, m’a laissée assez indifférente. D’ailleurs, aucune chanson ou presque ne me semblait réellement servir l’histoire comme un musical doit le faire.

Certes, le côté acidulé et coloré est contre-balancé par la fin du film : les deux personnages ont choisi de ne pas lutter pour leur amour respectif mais de se consacrer à leur carrière, et leur vie commune ne sera qu’un rêve entre deux regards échangés à la fin. Donc, on trouve toute une critique d’Hollywood et des carrières professionnelles pour lesquelles on se sacrifie, se dénature, et des choses auxquelles on renonce. La La Land est plus une comédie dramatique qu’un film musical, au final, et malgré quelques jolies scènes, on n’en prend pas plein les yeux, ni on ne se sent submergé par la beauté d’un morceau musical et de l’émotion qu’on y associe.

Le Parrain, Francis Ford Coppola – 1972 | Un film que vous avez honte de ne pas avoir encore vu

Fresque s’étendant de 1945 à 1955, Le Parrain dépeint l’ascension de Michael Corleone. Celui-ci se bat pour prendre la succession des affaires mafieuses de sa famille lorsque son père, Don Vito Corleone, est affaibli par les autres familles de New York.

Je n’avais jamais, jamais vu Le Parrain, bien que ce long-métrage fasse partie des films mythiques, à l’instar de Psychose ou des Temps modernes, dont tout le monde connaît au moins un plan voire une scène (celui sur l’image ci-dessus). Les films de mafia, j’en ai peu vu et ça n’a jamais été trop ma tasse de thé. C’est pour ces raisons, et par l’intimidation créée par ce mythe du cinéma, que j’ai toujours reculé le moment de le regarder, de peur de ne pas l’apprécier. Et pourtant j’ai aimé plonger dans ces presque trois heures de film, dans une atmosphère sombre et pesante, insidieuse, parfois tout en lenteur, et pourtant en images qui glacent presque le sang.

La guerre entre familles mafieuses, les assassinats dans l’ombre, les menaces pesantes et à demi-mot, tout est là. Le jeu des acteurs, majestueux, et la musique, n’y sont pas pour rien, de même que la vision de tous ces rites du milieu mafieux, ces discussions faussement anodines où le mot de trop se révèle fatal. Pourtant, Le Parrain, je l’ai aussi vu comme une tragédie familiale, la lente destruction de la famille Corleone au fur et à mesure que Michael prenait la suite de son père. Le personnage même, que Don Vito Corleone aurait voulu tenir loin des affaires mafieuses, se retrouve obligé et contraint, presque contre lui, d’assumer ce rôle de successeur. Et puis au final Michael s’y plonge comme il s’enfoncerait dans une descente aux enfers dont il lui est impossible de ressortir, perpétuant les traditions familiales même si cela lui fait perdre des membres de son entourage proche, ou même sa femme à l’avenir. Étrange contraste aussi, que la mise en scène de moments heureux et ordinaires d’une famille (entre Don Vito et son petit-fils), quand le reste du film se montre noir et violent. Un film sombre et oppressant, mais fascinant, et superbe visuellement. Et je n’oublie pas qu’il a deux suites…

Julieta, Pedro Almodovar – 2016 | Un film du pays dont votre famille est originaire

Julieta croise au détour d’une rue l’ancienne amie d’enfance de sa fille, Antia. Cette entrevue l’ébranle et la pousse à coucher sur le papier, pour sa fille disparue depuis des années, toute sa vie : la rencontre avec le père d’Antia, la disparition prématurée de celui-ci, sa vie avec sa fille…

Le dernier film de Pedro Almodovar est loin d’être aussi excentrique ou dérangé que ceux que je connais du réalisateur (La piel que habito et Talons aiguilles entre autres). Pourtant, on y retrouve bel et bien la patte d’Almodovar, dans un portrait de femmes espagnoles tourmentées, le tableau d’une relation mère-fille incomprise et distante. Antia disparaît de la vie de sa mère du jour au lendemain, sans donner de raison. Julieta choisit alors de confesser, par écrit, ce qu’elle n’a jamais dit à sa fille, sur son père, ses doutes, sa tristesse. Un va et vient entre le présent et le passé se fait, avec le jeu superbe des deux actrices pour représenter Julieta jeune et mature, les menant parfois à se croiser presque dans le même plan par le jeu de la mise en scène. Alors, inévitablement, c’est un beau film, à la photographie superbe, avec un jeu appuyé sur les couleurs, une narration parfois nerveuse, mais qui prend toujours le temps de s’installer avant de distiller une émotion, un sentiment. L’héroïne ne peut avancer en occultant la présence de sa fille comme elle l’a toujours fait, et cette mise à nu lui est nécessaire pour continuer à vivre, bien que brisée, d’une certaine façon. J’ai apprécié ce film, sans pour autant l’adorer ou y accrocher totalement, tout en narration tranquille, regrets et souvenirs contés à une fille adulte qu’on ne voit jamais à l’écran. Mais la fin, elle, est ouverte, sur l’espoir d’une nouvelle relation entre les deux générations, et à imaginer.

Ça (chapitre 1), Andrés Muschietti – 2017 | Une adaptation de Stephen King

Ça, c’est Grippe-Sou, le clown dansant qui se nourrit d’âmes tous les 27 ans, le clown qui aura traumatisé des générations de spectateurs et lecteurs. Cette nouvelle adaptation de roman de Stephen King, met en scène, pour sa première partie, l’enfance des héros de l’histoire. Cette bande de six garçons et une fille, dans Derry, ville du Maine, est confrontée successivement à ses peurs en rencontrant Ça. Ce club des ratés décide alors de s’unir pour combattre et détruire cette entité maléfique.

Ça est un film attendu depuis son annonce. Je n’ai que commencé à lire le roman et vu la précédente adaptation en téléfilm. Et Ça ne m’a pas du tout déçue à sa sortie en salles. Peut-être y a-t-il un manque de fidélité au roman, mais à coup sûr, l’adaptation est fidèle aux thèmes de Stephen King, où l’horreur n’est qu’un prétexte pour aborder des sujets plus humains, tout aussi tourmentés et sombres, l’évolution vers l’âge adulte, les relations familiales, la découverte de l’amour ou de la sexualité. Si l’on croise les peurs d’enfance des personnages, incarnées par Grippe-Sou avec des visions saisissantes, on rencontre aussi leurs traumatismes bien plus terre-à-terre, en abordant les sujets de l’inceste, du deuil d’un petit frère, d’une mère maladivement possessive, de la nécessité de tuer ou d’être tué. Bien des personnages ont ainsi leur paquet de névroses, que la lutte contre Ça leur permet également de surpasser. Le film est donc bien glauque par moments, tout en étant étayé d’humour par ses interprètes, tous justes, et égayé par la nostalgie de l’ambiance des années 80, très bien rendue et immersive.

Ça n’est pas un film qui fait peur, il met mal à l’aise par son côté artistique dérangé, aux images pétrifiantes, par une sorte de poésie du macabre et de la noirceur. Si on peut regretter l’absence de véritable terreur, on ne peut qu’admirer la créativité artistique du film : plans aériens pour surplomber la ville maudite, images saccadées aux jeux de lumière glaçants pour les apparitions de Grippe-Sou, sans compter des visions certes belles, mais terriblement morbides. Le film se révèle aussi bien plus trash que prévu, et il est probable que le second chapitre aille plus loin encore, puisqu’on se retrouvera alors avec les personnages adultes, avec quelques flash-back revenant à l’enfance – un va et vient entre passé et présent qui manquait au premier film. Bref, même si l’histoire a été en partie édulcorée lors de son passage au cinéma, Ça est un film remarquable, fidèle aux idées de Stephen King, et étrangement beau, tout en montrant une horreur à la fois réaliste et fantastique.

 
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Publié par le 29 septembre 2017 dans Cinéma & séries

 

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The Vanishing of Ethan Carter, 2015 | Le mystère narratif

Sorti sur PC en 2014 et porté sur PS4 en 2015, The Vanishing of Ethan Carter (La disparition d’Ethan Carter) est un jeu vidéo d’aventure indépendant à la première personne. Du moins, on dira d’aventure, car ce petit jeu mystérieux appartient plutôt aux expériences narratives telles que Firewatch ou Gone Home, que les studios indépendants ont pris en affection. On y incarne Paul Prospero, un détective du paranormal, appelé à l’aide par un jeune garçon, Ethan Carter. En se rendant dans la Red Creek Valley, le détective est confronté aux énigmes de plusieurs meurtres et surtout à la disparition de l’enfant.

« No trains had been through here for a long time. That was part of a pattern. Large pieces of this country were thrown away, doomed to become, and then remain, the worst versions of themselves. Beneath all that rot, dark things grow. »

The Vanishing of Ethan Carter est un étrange jeu, basé davantage sur l’exploration et la découverte, qu’un gameplay en lui-même. A ce titre, il ne faut donc pas attendre beaucoup de challenge propre aux jeux vidéos, ni se montrer impatient. Pendant les quatre heures qui suffisent à le faire, il n’est demandé que de marcher, de contempler les alentours, de rechercher des objets permettant de reconstituer des scènes de crimes, et d’écouter la voix profonde du narrateur Paul Prospero, quand il prend de temps à autre la parole, souvent pour des tirades sombres et un peu métaphoriques. Que peut-on attendre d’autre d’un détective du paranormal, après tout ? Certes, l’absence d’action peut irriter. Mais il faut se faire à l’idée qu’il s’agit d’une expérience narrative avant tout, la vision d’une histoire, où l’on est laissé à soi-même pour découvrir ce qui s’est passé. D’ailleurs, aucune indication n’est donnée sur comment agir au cours du jeu, et on pourrait très bien arriver à la fin de l’histoire sans avoir résolu toutes les énigmes…et en manquant donc l’intérêt de cette expérience.

La première chose qui frappe, pour un jeu sorti en 2014/2015, c’est sa beauté. Le studio The Astronauts a créé le jeu en se servant de photogrammétrie, autrement dit en photographiant la réalité sous plusieurs angles pour ensuite recréer le décor en 3D. En ressort une impression de réalisme surprenante, très poétique et sauvage, le jeu se déroulant dans une vallée quasiment déserte. On a l’impression d’errer dans un rêve aux détails saisissants, car les brins d’herbe sont tous différents, le rendu de l’eau est remarquable, on compte les morceaux d’écorce sur les troncs d’arbres, et la lumière est simplement magnifique. Le jeu se révèle extrêmement dépaysant de ce point de vue, bien qu’il ne soit pas aussi immense qu’il le laisse penser à première vue. Ce degré de réalisme m’a d’ailleurs fait penser à celui de Resident Evil 7, mais ici, l’atmosphère est éthérée, rêveuse. Tout le jeu repose sur cette ambiance immersive et réaliste, les bruitages faisant parfois monter la tension, et la musique devenant presque la musique de fond de la vallée rouge. C’est simplement beau. On s’arrête pour profiter du paysage, pour observer un détail du décor. Le jeu doit être fabuleux à expérimenter en VR.

Parfois, le jeu se fait bien plus onirique et fantastique (mais toujours poétique) quand Prospero résout des énigmes ou des scènes de meurtres. Pour ces derniers, on assiste en effet à une reconstitution mentale des meurtres, faisant appel aux derniers souvenirs de l’âme de la victime, dans un univers alors bleuté. Certaines énigmes, permettant d’accéder à des écrits éclaircissant l’histoire, sont parfois simplement irréalistes : on poursuit un astronaute qui nous emmène dans l’espace, on entend la liste de questions cruelles d’une sorcière dans la forêt, ou encore on croise un monstre sous-marin très lovecraftien. Tout cela, bien entendu, pour comprendre la disparition d’Ethan Carter, dont la famille paraît être possédée par une entité dévoreuse d’âmes, le Dormeur, qui n’aurait pas dû être réveillé.

On peut regretter le manque de challenge et la très courte durée de vie du jeu. Pour ma part, je l’ai bien apprécié, même si le manque de gameplay, le fait de devoir chercher des objets un peu partout au hasard en se demandant quoi faire, m’a empêché d’y accrocher pleinement. Je ne pense pas que le jeu me restera longtemps en mémoire même s’il a fait son petit effet, et qu’il vaut mieux attendre les soldes PS4 pour l’acheter. Mais, sans spoiler (ce sera pour les paragraphes suivants), The Vanishing of Ethan Carter est un peu un OVNI, une expérience à vivre plutôt qu’à jouer. Une expérience superbe par ses décors sauvages et immersifs, par sa musique étrange et parfois inquiétante (composée par Mikolai Stroinski, artiste derrière l’OST de The Witcher 3), par son histoire à reconstituer, qui mêle étrangeté et résonances Lovecraftiennes. Ce n’est pas un jeu d’horreur (il n’y a qu’un seul élément un peu crispant dans tout le jeu) en dépit de son atmosphère mystérieuse, mais une histoire qui mêle l’ambigu et l’introspection. Où, comme le dit Prospero, l’aspect de la tranquillité cache de noirs secrets, des secrets qui ne veulent pas de lui ici. Et c’est aussi une expérience, pour sa fin qui arrive un peu comme une gifle, sans que je m’y sois attendue.


Spoilers ci-dessous

The Vanishing of Ethan Carter est peut-être trop court pour qu’on s’attache vraiment à Prospero ou à ce jeune garçon qu’on recherche. Pendant les quatre heures de jeu, on ne sait pas trop ce qui se passe, on suppose que la famille du jeune garçon, créatif et écrivain en herbe, est possédée par une entité qui pousse les différents membres à se tuer, à sacrifier Ethan. La réalité est en fait toute autre. Quand arrive la résolution de la dernière énigme, on voit un flash-back, dans une maison près du lac, où Ethan se fait disputer par sa famille (fort peu sympathique au passage) d’être perdu dans ses rêves et ses histoires, au point d’avoir oublié le dîner. La mère, dans sa colère, renverse une lampe à pétrole et met le feu à la maison. Ethan s’enferme dans la cave où il écrit, par peur, mais finit par mourir asphyxié par les flammes…Tout cela entre 7h et 7h04, les seules heures que l’on voit sur les horloges tout au long du jeu. Sa famille tente de le sauver, mais trop tard.

On suppose alors que toutes les énigmes résolues sont des fictions qu’il a écrites en se basant sur les membres de sa famille et notamment sur le mépris qu’il leur inspirait. La sorcière, notamment, avait une histoire où une mère demandait si elle était enceinte ; la sorcière lui répondant oui, la mère vieillissait d’inquiétude, et plus tard, redemandait à être belle : la sorcière faisait alors disparaître l’enfant, ramenant la jeunesse à la mère. Toutes les énigmes sont donc des métaphores autour des membres de la famille Carter, qui méprisent Ethan et son côté rêveur, le traitant de pédale ou de bon à rien. Et lorsque Prospero retrouve enfin Ethan dans cette fameuse cave, on comprend alors qu’il est non seulement la dernière création fictive d’Ethan, un héros venu le sauver, un personnage créé durant ces quatre minutes d’asphyxie pour rendre la mort plus douce, mais peut-être aussi un ange venu pour l’emmener ailleurs. « What happens next ? Another story, kid, that’s all. » On repense alors à cet étrange tunnel au tout début du jeu, long tunnel sombre avec une lumière au bout, qu’on peut traverser mais qui nous fait revenir sur nos pas – métaphore de la mort. La Red Creek Valley, si paisible et éthérée, est en vérité le lieu d’une tragédie familiale.


La fin de The Vanishing of Ethan Carter oblige à repenser le jeu d’une manière très différente. D’ailleurs, selon les créateurs, la fin est expressément ouverte et sujette à interprétations, et toutes celles circulant sur Internet ne sont pas encore leur interprétation à eux, en tant que créateurs du jeu. Peut-être que l’histoire aurait pu aller encore plus loin et avait encore plus de potentiel. Peut-être que sous ce format de mystère et d’ambiguïté, le jeu n’aurait pu en fait être mieux. Demeure une impression de frustration, mais pour ma part, avec tant d’éléments surnaturels présents, je n’aurais pas imaginé une telle fin, triste et amère, et c’est pourquoi elle a été aussi forte et déprimante sur le coup.

 
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Publié par le 26 septembre 2017 dans Jeux vidéos

 

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Orphan Black – Retour sur la saison 5

Sarah Manning, Cosima Niehaus, Alison Hendrix, Helena

Bien qu’un article entier ait déjà été consacré à la série, j’aurais difficilement manqué de reparler d’Orphan Black et de sa saison finale. En dépit de ses hauts et de ses bas, il s’agit d’une des séries que j’ai le plus appréciées ces dernières années, et qui a eu de plus la chance de terminer son histoire sans rajouter de saisons superflues pour simplement faire de l’argent. Orphan Black a connu cinq saisons, ni plus ni moins, et a terminé son histoire en beauté, en revenant à ce qui fait le cœur même de la série. Il y a des spoilers dans cet article pour quiconque n’a pas vu la dernière saison.

La saison 4 m’avait laissée dubitative : assez orientée sur le personnage de Beth grâce à des flash-back, on remontait certes aux origines de cette histoire de clones, mais en plongeant trop en avant à mon goût dans une histoire touffue et complexe. On découvrait alors qu’il ne s’agissait pas que de simples clones féminins issus du projet Léda, mais aussi de clones masculins (projet Castor), et qu’il existait toute une mythologie autour de la néolution. Le but de l’organisation scientifique n’était pas que de faire avancer le clonage humain, mais également de créer une Fontaine de Jouvence, de modifier les gènes de foetus ou d’autoriser des manipulations génétiques de masse.

Cependant, la saison 5 a eu de quoi me réconcilier totalement avec la série, et de finir de répondre à toutes les interrogations posées par l’histoire. On rencontre ainsi PT Westmorland, la tête des néolutionnistes, un scientifique obsédé par l’idée d’immortalité, se servant des clones aussi bien que de la fille naturelle de Sarah Manning, pour arriver à ses fins. Mais heureusement, ce leader finit par tomber, et en rendant toute l’histoire de l’organisation Dyad publique, les personnages de la série sont enfin libres, de cette liberté qu’ils recherchaient depuis le premier épisode. Car toutes les clones de la série sont des produits artificiels, possédant un copyright dans leur ADN, ayant été surveillées toute leur vie comme des souris de laboratoires, utilisées à divers desseins, manipulées sans savoir qui elles sont vraiment, y compris Rachel Duncan, la seule clone élevée avec la conscience d’en être une et travaillant pour les néolutionnistes.

Rachel Duncan

Si la saison 5 se retrouve finalement réussie, c’est non seulement parce qu’elle met un point final à toutes ces intrigues politiques et scientifiques complexes, mais également parce qu’elle permet de mesurer le chemin parcouru par chaque clone. Sarah Manning, l’héroïne égoïste et criminelle du début, trouve enfin la paix après s’être battue de toutes ses forces durant cinq saisons pour être libre, découvrant ses « soeurs » clones, en voyant mourir certaines. Elle a trouvé une famille complète et n’a plus ce besoin de fuir pour échapper à cette sensation de perte de contrôle de sa vie. Cosima Neihaus a retrouvé Delphine Cormier avec qui elle pourra vivre son amour, tout en partant à la recherche de tous les autres clones Léda (plus de 270 dans le monde entier) pour les guérir de la maladie génétique inévitable chez chacune. Alison Hendrix, freak control des premières saisons, fait également la paix avec elle-même, se libérant du regard de son voisinage et des injonctions sociétales incitant à la perfection. Helena écrit l’histoire de toutes ses sœurs dans un carnet, Orphan Black (touche méta un peu too much, peut-être) et a ses jumeaux, étant bien loin de la fanatique religieuse et meurtrière des débuts, quoique encore sauvage. Rachel Duncan, froide manipulatrice et ennemie depuis le début de la série, a enfin pris conscience que même en travaillant pour la néolution, elle était sans cesse manipulée au même titre que les autres clones. Cessant de chercher une figure paternelle parmi ceux l’ayant tourmentée, elle choisit d’aider ses sœurs à être libres et débute une nouvelle vie, tout en sachant que jamais elle n’appartiendra vraiment à cette famille.

En somme, presque chaque personnage trouve la paix et la rédemption, avec plus ou moins de doutes, et après des sacrifices d’autres personnages secondaires (et chers au spectateur). On voit le chemin parcouru pour chaque protagoniste, notamment pour Sarah, Alison, Helena et Rachel, chacune avec leur propre complexité, leur propre histoire. Et c’est là qu’on revient à ce qui fait le charme même d’Orphan Black, dans les dernières images de la série : chacun de ses personnages, pourtant joués par la même actrice, a sa vie propre, tout en tissant une famille étrange et issue du hasard. Le discours du frère adoptif de Sarah dans l’épisode 8 reflète alors bien l’esprit et les questions essentielles de la série. Au-delà des expériences de clonage, des limites éthiques, c’était deux sujets qui revenaient : la différence entre l’inné et l’acquis, et la liberté de l’être.

« My sister and I are orphans, you see, and we could’ve ended up anywhere. We could’ve ended up in any family. And if we had, we would’ve ended up being entirely different people. But my mom, Siobhan, this woman — she chose us as her own. We are who we are because she carried two little London urchins on her wings to Canada. Watching her raise my sister, watching my sister raise her own daughter, finding my biological sister, it’s quite mad. It’s taught me that we are all mysterious works of chance. Of choice. Of nature vs. nurture. So to my galaxy of women — thank you for the nurture. »

Toutes les clones Léda sont issues du même bagage génétique, tout en ayant vécu chacun dans des milieux très différents, et étant des personnes totalement différentes, parfois par nature, parfois par le hasard de la vie. Donnant naissance à des personnalités aussi variées les unes des autres. Quant à la liberté, toutes se sont battues pour être libres et maîtriser leurs existences, pour cesser d’être des sujets d’expérimentation, mais également pour cesser d’être tourmentées par leurs démons personnels, tout simplement, et avoir leur libre-arbitre définitif. Bien sûr, on pourrait parler de la façon dont la série a le mérite de croiser les genres : la science-fiction est dominante, mais également avec une part d’humour et d’auto-dérision (notamment avec le clone secondaire Krystal), parfois de moments quelques peu flippants. Ou encore de son côté « féministe ». Mais ce qui ressortira avant tout de la série, c’est cette famille de clones, incarnées par la même actrice avec brio, et ces questions de l’inné versus l’acquis, de la liberté de l’être humain, dans un futur froid et sans éthique. On retrouve là l’avertissement propre au genre de la science-fiction mettant en scène expérimentations génétiques amorales. Orphan Black s’est bien finie, et au milieu de toutes les autres séries où nombre de personnages meurent à tour de bras, parfois pour rien, c’est un plaisir de savoir que cet happy ending n’est ni fade, ni démérité, en dressant une paix satisfaisante pour ses héroïnes.

Tatiana Maslany improvisant quatre des clones réguliers de la série au Comic-Con de 2016.

 
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Publié par le 22 septembre 2017 dans Cinéma & séries

 

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