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Archives de Catégorie: Lectures

Lectures de septembre 2017

Ce fut un petit mois de lecture, en septembre ! Tant pis.

Le dernier vœu (Le Sorceleur, tome 1 : Ostatnie życzenie) – Andrezj Sapkowski, 1990-1993 (parution VO) / 2003 (parution VF)

Le topo : Un recueil de nouvelles relatant les aventures de Geralt de Riv, sorceleur dans un monde d’heroic fantasy inspiré de la mythologie slave. Ce dernier est un mutant – un homme dont les capacités physiques ont été améliorées grâce à des potions alchimiques. Tantôt méprisé pour sa nature, tantôt demandé pour ses services de chasseur de monstres, Geralt est un personnage solitaire et cynique, au destin aussi ambivalent que celui des hommes et créatures qu’il rencontre…

Le résultat : Le premier tome de la saga du Sorceleur relate diverses aventures de Geralt, reliées entre elles par un lien parfois ténu, outre la présence du personnage principal. A noter que la parution française a choisi de présenter les nouvelles dans un ordre diégétique et sans tenir compte de l’ordre de parution des récits. Ces nouvelles permettent une mise en place du personnage de Geralt et de son univers, une présentation de son caractère, par une succession de touches qui n’a pas été sans me rappeler les histoires autour de Sherlock Holmes. Chaque nouvelle a son histoire principale, une affaire à résoudre, et par les discussions entre Geralt et les personnages, on découvre peu à peu la personnalité du sorceleur, son besoin d’argent qui n’empêche pas un certain sens de l’honneur et de la morale, les réflexions qu’il porte sur la nature humaine et monstrueuse, ou encore sur l’idée qu’il se fait de lui-même et de sa profession de sorceleur, maudite et nécessaire en même temps. A ce niveau, on retrouve le sel qui a donné naissance au jeu vidéo The Witcher, avec un personnage ni blanc, ni noir, et des créatures, des humains, tout aussi ambivalents, aux motivations légitimes même si parfois terribles, ou la volonté d’absence de toute morale définitive et bienséante. C’est donc avec plaisir qu’on croise des histoires fantastiques, parfois inspirées de contes (Blanche-Neige, la Belle et la Bête) mais dont les dénouements et les résolutions sont très différents. On ne cesse donc pas d’être surpris par le retournement de chacune des nouvelles, ou par les dilemmes auxquels doit faire face Geralt. On a également le plaisir de déjà croiser le poète Jaskier ou encore la magicienne Yennefer, aussi insupportable que dans le jeu vidéo. Et la dernière anecdote qui donne vraiment l’impression de retrouver l’univers de Geralt, c’est de constater que les titres de nouvelles ont également donné naissance aux titres des quêtes dans The Witcher : Le dernier vœu, Le bout du monde, Une question de prix

Annihilation (La trilogie du Rempart Sud 1, Annihilation) – Jeff Vandermeer, VO 2014 / VF 2016

Le topo : Une expédition de quatre femmes aux métiers différents (biologiste, psychologue, anthropologue, géomètre) sont envoyées dans la mystérieuse Zone X, pour cartographier et explorer cette zone réputée en expansion. Perdues dans une nature sauvage, elles doivent y survivre, là où les membres des onze premières expéditions ont échoué ou sont morts.

Le résultat : Voilà un livre OVNI qui fait irrésistiblement penser à la Maison des Feuilles (autre OVNI dans la littérature fantastique et qui parle d’une zone mystérieuse en extension), et qui a son petit effet durant la lecture. La biologiste est la narratrice de ce roman, à la première personne du singulier, pour une bonne raison : elle nous fait partager sa découverte de la Zone X, ses réflexions, tout en repensant à des morceaux de son passé expliquant ses motivations pour cette expédition (son mari, décédé, a participé à la onzième). De la même façon, on se rend vite compte que sa vision est un mélange de froideur analytique, de découverte et de vision solitaire, désabusée du monde. Elle a en somme toutes les caractéristiques d’une survivante, quoiqu’il arrive, même si on se rend vite compte que le personnage n’est pas fiable, et que ce qui la rend capable de survivre, démontre en même temps un caractère renfermé, isolé, peu enviable. Quant à cette Zone X, arriver au bout du livre n’en enlève guère de mystères et d’interrogations, ce qui est très plaisant. Territoire sauvage et mystérieux, où les humains semblent se fondre à la nature, on y découvre une tour aux niveaux souterrains angoissants, parcourus d’une écriture sans fin, et un phare tout aussi empli de mystères et de côtés morbides. Plus que tout, dans ce roman, on ressent l’angoisse de la narratrice dans ce monde inconnu, le côté organique, diffus et humide de l’atmosphère et des lieux, le tout porté par des impressions subjectives parfois délirantes, et sans jamais de réponses claires. Le monde extérieur, sauvage et dangereux, s’explore en même temps qu’on en apprend plus sur la narratrice et ses obsessions. Le livre semble également avoir un côté dystopique intéressant, mais qui reste en arrière-plan tout en étant perceptible. Annihilation est très étrange, il faut accepter d’entrer dans son univers délirant (et d’y rester), mais son côté fantastique et mystérieux donne inévitablement envie de découvrir la suite. Le prochain tome sort ce mois-ci.

Silent Hill Omnibus 2 – Tom Waltz, Stephen Stamb, 2015 (en VO)

Le topo : Trois comics se déroulant dans l’univers de Silent Hill, cette ville fantôme brumeuse qui reflète l’inconscient des personnes qui y sont irrésistiblement attirées.

Le résultat : La première histoire, Sinner’s Reward, met en scène un couple à la Bonnie & Clyde, où le héros fuit son employeur non sans embarquer avec lui la femme de ce dernier. Attirés dans Silent Hill, ils sont rattrapés par les hommes de main de l’employeur. Mais si le héros est plongé dans les hallucinations de la ville, c’est bel et bien pour expier un crime, l’assassinat d’une jeune fille et de ses parents, lorsqu’il travaillait encore pour son employeur. La seconde histoire se révèle plus originale, remontant au temps où Silent Hill, au XIXe siècle, était tout juste habitée. Là, un couple emménage, un homme au passé criminel et sa femme enceinte. Le héros pensait avoir trouvé la rédemption sur son passé, mais en vérité, il ne se trouve dans cette ville uniquement pour que son enfant à naître soit offert à une vieille Indienne aux pouvoirs étranges. La troisième histoire, enfin, est en fait un aperçu de l’histoire de l’antagoniste du jeu vidéo Silent Hill Downpour. On découvre pourquoi la policière Annie se retrouve à autant poursuivre le héros du jeu, Murphy Pendleton : elle souhaite venger son père policier qui aurait été grièvement blessé par Murphy. Mais la ville la hantera également, avec des souvenirs de la relation avec son père. Ces trois histoires sont somme toutes proches de l’esprit de la série Silent Hill, avec une qualité graphique exprimant plutôt bien le côté brumeux ou sanglant de la ville, ses hallucinations et ses ombres, ainsi que ses monstres. Les couleurs rouge, cuivre, bleu et gris sont dominantes, reflétant bien l’atmosphère poisseuse et étouffante de cet univers. Si les histoires ne brillent pas par leur originalité – toutes tournent autour du meurtre, de l’adultère ou de relations familiales très ambiguës – elles sont néanmoins plaisantes à parcourir et avec des retournements de situation bienvenus. Les dessins rugueux et symboliques collent aussi bien à l’atmosphère de l’univers. Tout lecteur autre qu’un fan de Silent Hill ne trouvera pas cette lecture forcément marquante, elle est en tout cas plaisante.

L’épée de la providence (Le Sorceleur, tome 2 : Miecz przeznaczenia) – Andrezj Sapkowski, VO 1992 / VF 2008

Le topo : Le deuxième recueil de nouvelles autour des aventures de Geralt de Riv, sorceleur.

Le résultat : J’ai mis plus de temps à finir ce livre que le premier, certaines nouvelles s’avérant parfois moins passionnantes que d’autres, notamment celle ouvrant le recueil. Mais cela n’empêche pas de retrouver tous les ingrédients qui ont fait du premier livre un très agréable moment de lecture, entre l’action, la morale ambiguë, les contradictions des personnages, des dialogues parfois savoureux, un Geralt toujours aussi sarcastique et cynique, mais non dénué de cœur (il en montre au contraire de plus en plus), une Yennefer parfois toujours aussi insupportable même si on la comprend mieux, tant elle est hautaine, et d’autres personnages connus, comme Jaskier ou Triss Merigold, et surtout, Ciri, la fille adoptive de Geralt, ou plutôt l’enfant de la Providence. Elle ne devient la fille adoptive de Geralt que grâce à un stratagème utilisé par les sorceleurs pour renouveler leurs rangs : quand l’un d’eux sauve un mari, le sorceleur lui demande « le cadeau qu’il ne s’attend pas à retrouver une fois de retour chez lui », soit le futur enfant à naître de sa femme. Outre cela, encore une fois, on retrouve des références et des relectures à des contes bien connus, comme la Petite sirène ou la Reine des Neiges, bienvenues et avec finesse, pour tout dire, parfois humour. Sans la métaphore filée de l’éclat de glace « présent » en Yennefer et Geralt, j’aurais continué à trouver Yennefer insupportable. On croise également la génitrice de Geralt, non sans une certaine surprise, car la relation entre les deux est loin d’être paisible. Dans sa globalité, ce recueil m’a moins plu que le premier. Mais pourtant, il est assez touchant tout en offrant de belles visions d’aventures, notamment quand on voit la complexité de la relation entre Yennefer et Geralt, ou le lien grandissant entre Ciri et Geralt, liés par la Providence à jamais, et ce même si Ciri est au début une petite peste en vu de son jeune âge. Voir Geralt s’éveiller à l’humanité et aux contradictions de la vie, aux réflexions sur le destin, le bien et le mal, est poignant.

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Publié par le 5 octobre 2017 dans Lectures

 

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Lectures d’août 2017

Petite précision : les dates de publication indiquées sont celles de la parution originale du livre, ceux traduits arrivant bien entendu plus tard. Un article entier a été consacré au Complexe d’Eden Bellwether ici, lu également durant ce mois.

Les hors-la-loi de l’Atlantique : Pirates, mutins et flibustiers (Outlaws of the Atlantic: Sailors, Pirates, and Motley Crews in the Age of Sail ) – Marcus Rediker, 2015

Le topo : Retracer les vies et les histoires des marins, pirates, esclaves marrons, travailleurs de la mer entre le XVIIe et XIXe siècle. En partant de plusieurs exemples historiques – d’un marin aux pirates noirs – l’auteur décrit la vie maritime, les révolutions, les transactions commerciales, les rébellions, les organisations sociétales sur les navires, et comment ces hommes vivant sur la mer ont eux aussi façonné le monde contemporain.

Le résultat : Après Pirates de tous les pays, Les hors-la-loi de l’Atlantique se révèle un ouvrage tout aussi passionnant et riche en Histoire et histoires, précisément parce que l’auteur choisit de raconter cette période en partant du point de vue du peuple, « par le bas ». En faisant le parallèle de ces hors-la-loi avec les petits criminels terrestres, en démontrant que les bateaux et leurs habitants forment un réseau de communication et d’histoires aussi importants que sur terre, il parvient à faire réaliser à quel point le commerce maritime a contribué à façonner le monde, et comment la mer est à la fois lieu de fuite, de travail, de révolution ou de libération pour les uns et les autres, au milieu d’équipages cosmopolites. Si on y retrouve certains éléments de Pirates de tous les pays, on a un plus grand éclairage sur les travailleurs marins et notamment les équipages bigarrés, formés d’anciens esclaves noirs et d’hommes de divers horizons. Si cette période et ce contexte vous intéressent, c’est une lecture passionnante !

Des hommes sans femmes (Onna no inai otokotachi) – Haruki Murakami, 2014

Le topo : Dans chacune de ces nouvelles, on trouve le récit d’un homme autour d’une femme qu’il a connue, qui l’a abandonnée, ou qui le fera bientôt. Le tout mêlé aux thèmes familiers de l’auteur : musique, solitude, nostalgie et rêve.

Le résultat : Les nouvelles d’Haruki Murakami sont moins faciles à évoquer que ses romans, et par leur format court, elles marquent d’ailleurs moins, à mon avis. Cela n’a pas empêché ce recueil de nouvelles d’être très agréable à lire : il est toujours facile de se laisser bercer par l’écriture limpide de l’auteur, précise au moindre détail, toute en subtilité, en évocation et parfois en poésie. Il n’y a pas vraiment de chute dans ses textes, mais à chacun, une ambiance particulière, une tranche de vie : l’étudiant qui est abandonné par sa petite amie, l’homme qui finit par mourir d’une peine de cœur, une femme qui raconte des histoires, ou encore une relecture de La métamorphose de Kafka, avec un homme étrange à la recherche d’une femme. Toutes les nouvelles traitent du sentiment amoureux, sous différentes formes, mais aussi de l’amitié, de la cohabitation des êtres, de la musique, avec à chaque fois un personnage principal déboussolé, perdu, qui se confiera à un autre, plus solide que lui, une sorte de gardien. Même si ces nouvelles ne me resteront pas longtemps en mémoire, elles ont été plaisantes à la lecture.

Les larmes de Notre-Dame – Florian Royer, 2017

Le topo : Une relecture de l’histoire de Notre-Dame de Paris, à la sauce steampunk et sous forme de bande dessinée.

Le résultat : On ne peut qu’apprécier que Notre-Dame de Paris continue à nourrir les imaginations et à connaître des adaptations. Ce n’est d’ailleurs pas la première en bande dessinée, mais c’est la première en version steampunk, et qui se permet de relire sous un nouvel œil les épisodes principaux de l’histoire. Ici, Paris est une ville futuriste à l’atmosphère suffocante et empoisonnée, où personne ne peut survivre sans masque respiratoire, sauf Esméralda, pour une raison mystérieuse. Pierre Gringoire devient un inventeur de l’électromagnétisme, Djali un mutant « homme-chèvre », Phoebus est toujours aussi benêt, Quasimodo est un semi-robot de vapeur, Frollo reste alchimiste, et la pierre philosophale est ici un élixir de jouvence recherché par le roi, en même temps qu’un moyen de purifier la ville de son air pollué. Et le secret de la pierre résiderait dans le sang d’Esmeralda… A partir de ce « nouveau socle », on retrouve les moments les plus emblématiques du roman – la cour des miracles, la visite chez Fleur-de-Lys, la tentative d’enlèvement, Quasimodo sauvant Esmeralda de la mort, etc. – sous un jour amusant. C’est ce nouveau contexte qui est sympathique, mais sans plus : car on croise aussi l’inévitable altération des caractères d’Esmeralda – bien plus proche de celle de Disney, et certes plus agréable que celle du roman – et de Frollo, où tout son amour passionnel est oublié au profit de la quête alchimique. D’ailleurs, les relations romantiques, toutes à sens unique, sont absentes de la bande dessinée, tout comme la présence fondamentale de la cathédrale. Et si la conclusion se révèle évocatrice des squelettes enlacés de la fin du roman, elle est finalement détournée par une happy end. Les larmes de Notre-Dame ne me restera pas en mémoire, mais il est toujours bien de savoir que cette variation existe, comportant sa part d’inventivité et d’ironie bien placée.

Anatomie de l’horreur (Danse macabre), tome 1 – Stephen King, 1981

Le topo : Un essai de Stephen King sur le genre horrifique, sur son domaine. Il aborde dans ce premier tome les thèmes de l’horreur, mais aussi tout ce qui l’a amené à nourrir son esprit de ce genre : des souvenirs et des peurs d’enfance, les films d’horreur de son adolescence… Il esquisse ses réflexions autour des figures mythiques de l’horreur, voire de la science-fiction, de son symbolisme, des différentes manières d’écrire l’horreur.

Le résultat : Même si cet essai comporte bien des références à des livres et des films anglophones qui ne sont parfois pas parvenus jusqu’à nous, il est passionnant et enrichissant de voir un maître de l’horreur disserter sur le genre dans lequel il écrit. On a droit à quelques morceaux de sa vie qui « peuvent » expliquer pourquoi il a envie d’écrire de l’horreur, mais pour Stephen King, c’est loin d’être un élément déclencheur, selon ses dires. C’est aussi son imagination nourrie aux plus grands succès de la littérature, des séries, de la radio, des films d’horreur (de la Nuit des morts-vivants à des navets absurdes), aux mythes du genre (Dracula, Frankenstein, Dr. Jekyll et M. Hyde) qui représentent les trois pivots et ses variations dans cet univers d’effroi : le Vampire, la Chose, le Loup-Garou. Où on apprend la véritable différence entre terreur, révulsion et horreur ; ou encore la subtilité d’effrayer sans montrer. Pour ses réflexions sur le genre, sur les symboliques des monstres d’horreur, pour tout le panorama présenté des œuvres de cet univers, il s’agit d’un essai vraiment intéressant, qui se lit très bien, et d’autant plus pertinent que c’est un maître de l’horreur lui-même qui le raconte.

La légende Final Fantasy VII – Nicolas Courcier, Medhi El Kanafi, 2014

Le topo : Comme pour La légende Final Fantasy VIII, ce livre retrace l’histoire, la genèse, l’accueil de Final Fantasy VII, jeu mythique qui a révolutionné le RPG et qui a inscrit ce titre parmi les jeux vidéo les plus mémorables. Mais on en découvrira également davantage sur les opus ayant enrichi son univers : Final Fantasy Advent Children, Dirge of Cerberus, Crisis Core

Le résultat : Même si je connais dans les grandes lignes l’histoire des FFVI à X, il aurait été dommage de passer à côté de cet ouvrage. Il m’a en effet permis de (re)découvrir totalement l’histoire et la mythologie de Final Fantasy VII, grâce à une partie retraçant toute sa chronologie, mais également celles de Advent Children, Before Crisis, Crisis Core et Dirge of Cerberus. Les auteurs s’attardent sur la genèse de chaque jeu (on apprend ainsi que Sephiroth et Aerith étaient censés être frère et sœur), sur leur accueil, et notamment sur leur portée en Europe. FFVII était ainsi le premier jeu RPG japonais à véritablement s’imposer, et a considérablement marqué non seulement par son histoire et ses personnages, mais également ses cinématiques, son gameplay, ses personnages optionnels (Yuffie et Vincent), novateurs pour l’époque, et marquant d’ailleurs une coupure nette avec les épisodes précédents de la saga. Une partie amusante est également consacrée aux bugs et secrets du jeu, et on croise évidemment un chapitre consacré aux analyses et théories du jeu. Même si la nostalgie a bien moins joué qu’avec le livre dédié à Final Fantasy VIII, La légende Final Fantasy VII est un ouvrage très complet, qui éclaircit l’histoire dense et complexe de ce jeu.

Filles de Shanghai (Shangai Girls) – Lisa See, 2009

Le topo : Perle et May sont deux sœurs vivant à Shanghai pendant les années 30. Aisées et modernes, ces deux sœurs aux tempéraments contraires sont vite tirées de leur vie tranquille pour être mariées de force à des Chinois de Californie. La guerre naissante les oblige à partir pour l’Amérique et pour Hollywood, afin de rejoindre leurs maris et une vie plus sécuritaire. Mais elles feront face aux désillusions du rêve américain et de la vie dans Chinatown en tant qu’immigrées…

Le résultat : En tant que roman historique, Filles de Shangai se révèle captivant. Les recherches de l’auteur se font ressentir, tant on a l’impression de voir, entendre et sentir Shangai dans les années trente, ou d’être immergé dans Chinatown et Hollywood, ou encore dans Angel Island, où les héroïnes doivent subir des interrogatoires poussés avant de pouvoir entrer en Amérique. C’est une totale immersion dans cette époque et ces lieux, qui vaut à elle seule le détour, tresse le décor et représente une bonne part de la dynamique du roman. Les destinées des deux sœurs sont elles aussi intéressantes et entraînantes, parsemées de bonheurs et de malheurs, même si on ne s’attache pas particulièrement à elles ou à leur famille. Le roman se dévore très rapidement, par son écriture claire et agréable à lire, ses nombreuses péripéties, et ce même si la deuxième partie correspondant aux États-Unis souffre de ses ellipses. De tels sauts dans le temps font en effet parfois ressentir les émotions et réflexions de Perle comme contradictoires d’une époque à l’autre, même si cela se justifie par la complexité des relations entre les deux sœurs et le ressenti forcément subjectif du personnage. La collision entre les mondes de l’Orient et de l’Occident est passionnante, tout comme l’évolution des personnages dans une société où ils sont partagés entre leurs traditions et un mode de vie plus moderne, pourtant discriminatoire. Le twist final peut être facilement deviné et annonce sans doute une suite, bien que le roman se suffise à lui-même selon moi, et sous cette forme, est d’ailleurs plus satisfaisant.

 
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Publié par le 2 septembre 2017 dans Anankè (Victor Hugo), Lectures

 

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Le complexe d’Eden Bellwether | Benjamin Wood, 2012

Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée de l’imposant campus, Oscar est irrésistiblement attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant d’une chapelle. Subjugué malgré lui, Oscar ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme attire son attention. Iris n’est autre que la sœur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique…

Admettons-le, je n’aurais sans doute pas croisé la route de ce livre s’il n’avait pas un synopsis étrangement évocateur de celui du Fantôme de l’Opéra. Ce n’est pas un mal, puisque cette similarité a permis de découvrir une lecture belle et passionnante. Il a d’ailleurs suffi de plonger dans les premières pages, pour avoir cette réflexion devenue plutôt rare « quel que soit le déroulé de l’histoire, je sens que ça va me plaire et être un bon livre ». Je ne me suis pas trompée là-dessus.

Le premier roman de Benjamin Wood peut se targuer d’être prenant et hypnotisant, pour son incursion dans la littérature anglaise. On suit l’histoire du point de vue de Oscar Lowe, un jeune homme qui travaille en tant qu’aide-soignant dans une maison de retraite. On ignore quasiment tout de lui, excepté qu’il a des rapports compliqués et distants avec sa famille, et qu’il compense les études qu’il n’a jamais eues par des lectures empruntées au seul patient qu’il apprécie, le lucide et cassant Dr. Paulsen. Oscar est un soir attiré par les notes d’un orgue, dans une chapelle : c’est l’événement qui le conduit à se mêler à la famille aisée des Bellwether, tombant amoureux d’Iris. Il devient également fasciné et révulsé à la fois par son frère, Eden. Ce dernier prétend que c’est sa musique qui a conduit Oscar à rencontrer Iris, et s’impose comme instrument du destin essentiel. Tout le livre s’articulera ensuite autour de ce personnage énigmatique et narcissique, qui utilise la musique comme traitement médical et est persuadé de sa toute-puissance. Autant dire que le jeune Eden souffre d’un problème mental qui ne sera jamais clairement diagnostiqué, mais qui rend son personnage totalement imprévisible et dur, ambigu, amenant à faire ressentir pour lui autant de fascination, que d’incrédulité et de méfiance. Le lecteur est pris dans les mêmes doutes qu’Oscar face à ce personnage, tandis que l’histoire s’enrichit en tension et en psychologie, virant au thriller.

Le Complexe d’Eden Bellwether se révèle extrêmement riche, tant par les thèmes qu’il aborde que par la description de ses relations humaines. Il y a tout d’abord l’opposition de deux mondes, celui de dur labeur, populaire, d’Oscar Lowe, qui a toujours dû ne compter que sur lui-même pour vivre, face au monde presque aristocratique, universitaire et aisé d’Eden et de sa sœur Iris, ainsi que de leur groupe d’amis, tous étudiants, tous destinés à de brillantes carrières, peut-être plus par habitude familiale que par véritable désir. Puis vient ensuite la musique baroque dont fait usage Eden à des buts fort peu catholiques, puisqu’il est persuadé de pouvoir guérir les gens de n’importe quel mal grâce à celle-ci. Oscar et Iris en font ainsi l’expérience, concluante au début, avant qu’ils ne se rendent compte que la foi et la croyance ne sont pas aussi miraculeuses que prévu. On oppose ainsi la croyance aux miracles à la dure réalité, l’espoir face au concret. Et bien sûr, le livre ne serait rien sans la psychologie dans laquelle il nous plonge par le personnage d’Eden, en faisant un jeune homme narcissique, entre le génie et le manipulateur, un être aussi complexe qu’effrayant, supérieur aux autres, utilisant cette force pour mieux dissimuler le trouble dont il souffre.

C’est autour de cet être que les personnages se dévoilent et imposent leur propre personnalité. Oscar, terre à terre, qui doutera presque immédiatement d’Eden, et qui est pourtant fasciné par lui, parce qu’il est son inverse, et aspire pourtant au même but : aider, soigner les gens, si ce n’est qu’Oscar agit dans l’ombre et sans rien attendre en retour. A côté de ces deux héros, on trouve Iris, terriblement vive et piquante, vivant pourtant dans l’ombre de son frère, tiraillée entre l’affection et l’admiration qu’elle lui voue, et ses sentiments fidèles envers Oscar. Le déchirement qu’elle éprouve montre bel et bien aussi l’emprise que son frère a sur elle, et par extension, la façon dont Eden a pu charmer sa famille et ses amis (personnages restant en arrière-plan, mais non dénués d’intérêt) sans jamais être inquiété de ses actes extrêmes.

Bien que le dernier retournement de situation arrive un peu trop brutalement à mon goût, le revirement donné à Oscar à cette occasion est particulièrement imprévisible et violent, révélateur d’un personnage sur lequel on en savait peu, mais suffisamment pour y être attaché. Le style anglais et gothique est aussi présent et contribue parfaitement au charme du roman. L’écriture de l’auteur est plus précise et limpide que véritablement ciselée, ce qui n’empêche pas les 500 pages d’être très vite tournées et de se montrer prenantes. Non seulement son histoire est passionnante, mais ses personnages sont bien vivants sous sa plume, conférant à ce roman son propre souffle et de la force dans l’humanité des protagonistes que Benjamin Wood dépeint. A noter que le prochain roman de l’auteur, L’Écleptique, paraît ce mois-ci chez Robert Laffont.

Ma théorie est que l’espoir est une forme de folie. Une folie bénigne, certes, mais une folie tout de même. En tant que superstition irrationnelle, miroirs brisés et compagnie, l’espoir ne se fonde sur aucune espèce de logique, ce n’est qu’un optimisme débridé dont le seul fondement est la foi en des phénomènes qui échappent à notre contrôle.

 
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Publié par le 13 août 2017 dans Lectures

 

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Lectures de juillet 2017

   La splendeur du pingouin (Penguin : Pain and Prejudice) – Kudranski Szymon & Hurwitz Gregg, 2012

Le topo : Comment le Pingouin est-il devenu l’un des criminels les plus redoutés de Gotham ? Quel a été son passé pour le mener à devenir un être aussi cruel et impitoyable, et pourtant capable de plus d’humanité que certains antagonistes de Batman ? Ce comics présente une version de l’histoire du Pingouin, un des personnages les ambigus de l’univers de Batman.

Le résultat : Tout simplement un comics superbe sur le protagoniste du Pingouin, qui lui donne une autre histoire que celle de la série Gotham ou le film Batman le défi de Tim Burton. L’exercice aurait vite pu sombrer dans les clichés, mais c’est une genèse intelligente et sombre du Pingouin qui est proposée là, servie par des dessins tout en ombres et en lumières, qui jouent avec les contrastes et une atmosphère volontairement tournée vers le tragique. On découvre ainsi le Pingouin benjamin d’une famille qui n’aura de cesse de le mépriser, en-dehors de sa mère, rejeté par ses proches et par ses camarades d’école. Évidemment, c’est cette haine venant du monde extérieur qui le mène à devenir aussi impitoyable, calculateur et terrible, comme le prouvent les moments où il détruit littéralement la vie de chaque personne le sous-estimant ou le raillant. Outre cette ascension et cette puissance, on voit aussi sa romance avec une jeune femme aveugle, persuadée qu’il est un homme de bien. L’histoire ne peut que mal finir, mais ce comics vaut le détour pour ceux qui aiment l’univers de Batman ou le personnage d’Oswald Cobblepot.

Phonogram : Ex Britannia (tome 1, en version couleurs) – Kieron Gillen, Jamie McKelvie, Matt Wilson, 2006 (Abandonné)

Le topo : Dans un monde où la musique est magique, le phonomancien David Kohl enquête sur la mort de la déesse de la pop, Britannia.

Le résultat : De Phonogram, je ne pourrais pas dire grand-chose, étant donné que j’ai abandonné la lecture au premier quart. Si l’ouverture s’avérait assez intéressante, pour quiconque ne connaît pas bien les courants de musique pop ou même généraux, certaines références à la pop-culture, la lecture perd vite de l’intérêt en même temps que de la compréhension. Difficile de continuer dans une lecture où on n’a pas toutes les références pour comprendre ce dont les personnages parlent, ou peut-être même le contexte très londonien de l’histoire. L’intérêt de l’histoire n’a pas suffi pour outrepasser cette lacune.

Barracuda : Esclaves (tome 1) – Jean Dufaux & Jérémy, 2010

Le topo : Durant l’époque de la piraterie, la cour de Dona Emilia del Scuebo se fait attaquer par l’équipage du capitaine Barracuda. Les prisonniers faits se retrouvent vendus comme esclaves sur une île qui sert de repaire aux pirates. Parmi eux, la fille d’Emilia del Scuebo, et leur valet, qui se retrouve déguisé en fille pour s’assurer une chance de survie. Le destin des pirates et des esclaves se croise, cherchant le trésor des Scuebo pour les premiers, et à survivre, pour les autres.

Le résultat : Il m’est plus difficile de chroniquer les BD, mais j’ai apprécié celle-ci, tant par son histoire que ses dessins, qui représentent avec soin l’univers des pirates dans ses détails, et en même temps avec un trait rugueux, sombre, qui convient parfaitement à cette atmosphère. Il faut sans doute plus qu’un tome pour complètement accrocher à cette série, mais le parti pris de débuter une série sur les pirates depuis la terre ferme, est intéressant. Quant aux deux jeunes héros, on est curieux de les voir évoluer dans un univers dangereux, loin de leur monde habituel, et de savoir comment ils vont s’en sortir par la suite…

Pirates de tous les pays : l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726) (Villains of All Nations: Atlantic Pirates in the Golden Age) – Marcus Rediker, 2004

Le topo : Retracer l’histoire de l’âge d’or de la piraterie (1716-1726) du point de vue économique, social et historique, et surtout la vie des pirates de l’époque au quotidien, les raisons de devenir pirate, leurs conditions de vie et de mort, leur organisation sur un navire, le tout en exposant la vie des plus célèbres d’entre eux.

Le résultat : Un livre passionnant à lire, bien qu’il se révèle un peu touffu au début en replaçant le contexte de l’époque du XVIIIe siècle. Sans jamais être élitiste, l’auteur parvient à raconter son sujet de façon passionnante et à présenter la vie des pirates en s’accompagnant des sources de l’époque. Ainsi, il évoque des chapitres très divers mais très complets : ce que représentait la piraterie pour l’époque (un ordre social indépendant et libre, plus juste et plus égalitaire, quoique empreint de violence et où on ne vivait jamais très longtemps), comment certains marins ou esclaves devenaient pirates, les tentatives d’oppression et de condamnation faites par les autorités envers eux, la façon de vivre des pirates, leurs règles, leur philosophie de vie qui tenait parfois presque de l’engagement contre la société, ou encore la façon dont ils déstabilisaient et renforçaient en même temps l’activité économique des mers… On croise aussi la description de la vie de célèbres pirates, tels Barbe-Noire, Anne Bonny, Mary Read ou Walter Kennedy. Bref, si l’on veut découvrir la vie des pirates tout en gardant le contexte de l’époque à l’esprit, et en s’éloignant des clichés engendrés par l’imaginaire collectif, c’est un excellent ouvrage.

Swastika Night (écrit sous le pseudo de Murray Constantine) – Katharine Burdekin, 1937

Le topo : L’auteur livre une dystopie sur un monde gouverné par le Saint Empire Germanique, des siècles après la victoire d’Hitler. Dans cette société, les nazis et les chevaliers sont à la tête du gouvernement, les étrangers servent de main d’œuvre, les femmes ne sont là que pour la reproduction. La société sur une mythologie divine établie autour d’Hitler et sur l’ignorance de ce qui existait avant lui, les Allemands étant un peuple sans passé au-delà de cela. Quand un Anglais en pèlerinage croise la route du chevalier Von Hess, il séduit suffisamment le chevalier pour que celui-ci se décide à lui confier un secret qui le remet en cause sur le monde tel qu’il est…

Le résultat : Ce bouquin a été difficile à lire, en partie par son sujet, qui expliquait pourquoi j’avais du mal à rentrer dans le rythme de la lecture. Ensuite, j’ai – toujours maintenant – du mal à réaliser que ce livre a été écrit avant l’avènement du nazisme et avant la Seconde Guerre Mondiale, alors qu’il retrace avec une extrême clarté ce qui est arrivé les années suivantes. Peut-être est-ce son aspect dystopique, d’une anticipation assez terrifiante pour l’époque, qui met à ce point le lecteur à distance. Pourtant, quand on voit le caractère prophétique du roman, c’est assez effrayant. J’ai toujours été fascinée par les dystopies « à l’ancienne » (non pas celles sorties ces dernières années, mais 1984, Le Meilleur des Mondes, etc.) et en apprenant l’existence de celle-ci, j’ai également voulu l’ajouter à mes lectures. Dans cette dystopie/uchronie, le Saint Empire Germanique domine la moitié du monde dans une sorte de système féodal, extrêmement codifié, articulé autour d’une mythologie hitlérienne, où le passé avant sa victoire n’existe tout simplement pas : personne n’en a souvenir. Les femmes y sont réduites à des êtres plus animaux qu’humains, sans véritable conscience, au potentiel génétique et intellectuel dégénéré par des siècles de mauvais traitements : elles sont là uniquement pour servir de mères reproductrices. Même les musiques et l’art sont germanisés, les familles n’existent pas, la virilité est privilégiée à tout prix. Comme on s’en doute, le but du roman est ensuite de faire découvrir aux protagonistes la véritable histoire derrière ce monde autoritaire, ce qui ne se fait pas sans remise en questions pour les personnages. Cela permettra à l’auteur d’expliquer comment ce monde a pu finir par exister, par de nombreuses discussions philosophiques et théologiques, et par la même occasion, d’avertir – pour l’époque – du danger des régimes autoritaires et dictatoriaux.

 
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Publié par le 2 août 2017 dans Lectures

 

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Lectures de juin 2017

L’amie prodigieuse (L’amica geniale) – Elena Ferrante, 2011

Le topo : Le premier tome de la saga consacrée à la vie de deux jeunes filles du Naples des années 50, dans un quartier pauvre subissant la crise économique. On suit le quotidien d’Elena Freco et de Raffaella « Lila » Cerrante, toutes deux jeunes enfants puis adolescentes, au milieu des autres personnages hauts en couleur qui peuplent le quartier, les rivalités entre familles, l’apprentissage des deux héroïnes à l’école et leur découverte de l’âge adulte…

Le résultat : L’amie prodigieuse fait partie de ces romans où il faut dépasser les cinquante pages et quelques avant d’être happé, sans trop savoir pourquoi. Mais on n’arrête plus de tourner les pages, pour découvrir la vie d’Elena et de Lila, les rebondissements qui ponctuent leur existence, paraissant parfois surréalistes pour un quartier populaire de Naples et un récit historique. Pourtant, la façon dont cela est raconté, les détails à chaque situation, nous y font croire et plonger très vite dans cette ambiance de l’Italie des années cinquante. A cela, on peut supposer que la partie semi-autobiographique de l’œuvre n’y est pas étrangère. On ressent, au-delà de l’écriture simple et fluide, du vécu, ce qui permet sans doute au livre d’être aussi agréable à lire et fascinant, dans ce récit du quotidien. Peu importe la véritable identité de l’auteur se cachant sous le pseudonyme d’Elena Ferrante et qui fait débat : de quel droit devrait-on imposer à un écrivain de sortir d’un anonymat volontairement choisi, alors que par cet effacement il valorise son œuvre ? La seule chose qui compte est l’agréable moment de lecture passé avec ce livre, l’évasion qu’il provoque et la plongée dans un autre pays, à une autre époque, de façon réaliste et sincère. Et ce en compagnie de personnages parfois crus et durs, mais attachants, même quand ils ne sont qu’en arrière-plan.

13 Reasons Why (aussi publié sous le titre de Treize raisons) – Jay Asher, 2007

Le topo : Hannah Baker a mis fin à ses jours. Mais l’adolescente a laissé derrière treize cassettes audio, où elle s’exprime sur les treize raisons l’ayant poussée à cette extrémité. Par l’intermédiaire de Clay, lui-même désigné comme une des ces raisons, les enregistrements audio défilent et permettent de comprendre l’état d’esprit d’Hannah. Ou comment l’accumulation de moqueries, de harcèlement et de mal-être peuvent conduire à un tel geste…

Le résultat : Peut-être moins puissant que la série qui en a été adaptée, ce roman est pourtant tout aussi cru et perturbant, au point qu’il paraît difficile de comprendre comment la série a pu être accusée de faire l’apologie du suicide. La série est en effet très fidèle au livre, et pour autant que je me souvienne, jamais Treize raisons (premier titre français) n’a provoqué une telle polémique à la sortie de sa première édition, en 2007. D’ailleurs, la littérature adolescente et jeune adulte a l’art de sortir des textes parfois très difficiles et pourtant nécessaires. Ce roman y appartient totalement, relatant en parallèle l’écoute des cassettes par Clay, ses réactions, ses interrogations, lui qui a été un acteur de la chute d’Hannah ; et la voix audio de la jeune fille elle-même, décrivant petit à petit la spirale du quotidien qui l’a ensevelie. On y comprend comment l’indifférence et la méchanceté, volontaires ou non, de ses camarades de classe et des adultes, peuvent devenir terribles à supporter, et à quel point des actes banaux peuvent en vérité être violents. Toutefois, loin d’être une vengeance, les cassettes d’Hannah lui servent surtout de dernière confession, de dernier sursaut de vie, mais qui n’aura pas suffi à la détourner de la noirceur. Pour le portrait de l’adolescence tourmentée, quotidienne et durement réelle qui en est faite, et la prise de conscience de Clay de l’importance des actes de tous les jours, 13 Reasons Why remplit parfaitement son but, sans mauvaise complaisance pour autant, et avec de l’espérance à la dernière page.

La légende Final Fantasy VIII – Rémi Lopez, 2016

Le topo : Un livre retraçant l’histoire de Final Fantasy VIII, sa création, ses nouveautés techniques, ses personnages, sa réception dans le monde du jeu vidéo, les multiples théories qui en sont nées.

Le résultat : Final Fantasy VIII est un des jeux vidéo de mon enfance, et il fait incontestablement partie de mon imaginaire et de la façon dont celui-ci s’est créé. Lire ce livre a été à la fois redécouvrir un univers dont les implications politiques, militaires et historiques m’étaient passées par-dessus la tête plus jeune, et également retrouver de nombreux souvenirs des moments où j’y jouais, ou l’affection pour certains personnages. Pour quiconque veut savoir plus en détails l’histoire du jeu (non seulement celle de l’intrigue, mais aussi son historique) le livre en fait une parfaite synthèse, avec l’histoire des différentes villes et des sorcières du jeu. Mais on y retrouvera aussi une réflexion sur ce qui a rendu ce jeu tantôt adoré, tantôt haï, puisqu’il mettait au centre de l’histoire une relation amoureuse, des jeunes adultes dans un univers plus occidental, et une importante intrigue se basant sur les théories temporelles. On ne peut également que lire avec intérêt les idées ayant permis la création des divers personnages, et les différentes théories sur l’univers : visant à en combler les lacunes, révéler l’identité du boss final du jeu ou à comprendre la succession des générations de sorcières. Le tout avec la conclusion que même des années après sa sortie, Final Fantasy VIII n’a pas cessé d’intriguer et de faire réfléchir les joueurs, avec ses thèmes mythiques d’amitié, d’amour et de destinée.

The Wicked + The Divine : Commercial suicide, tome 3 (VO) – Kieron Gillen, 2016

Le topo : Douze dieux se réincarnent en des jeunes gens destinés à être des pop stars, afin de transmettre leur art et un certain éveil à la conscience sur Terre. Une humaine du nom de Laura enquête sur eux, en même temps que les dieux commencent à être tués les uns après les autres…

Le résultat : Ce troisième tome se diffère des autres, car il est une « pause » dans l’intrigue principale. Bien que celle-ci continue à se dérouler en arrière-plan, on s’attarde plus sur une histoire liée à une divinité différente à chaque fois : Amaterasu, Tara, Sekhmet, Odin, Morrigan et trois journalistes enquêtant sur les dieux. Chaque histoire est également illustrée par un artiste différent, ce qui donne une ambiance propre à chaque divinité, et parfaitement adaptée. Un moyen efficace de s’appesantir davantage sur des personnages qui étaient là en second plan, de comprendre leurs motivations ou bien leur passé. Et bien qu’ils ne soient pas mes protagonistes favoris, j’ai particulièrement apprécié les récits de Tara et Sekhmet. On y apprend pourquoi Tara s’exclue elle-même des autres dieux. Elle se montre extrêmement touchante dans le fait de regretter que son potentiel artistique personnel, présent avant sa transformation en divinité, soit lacéré par le monde entier qui n’aime que son côté divin et ne demande que cela, niant la personne qu’elle est. Quant à Sekhmet, c’est bel et bien pour la façade entièrement amorale et animale qu’elle présente, qu’elle se montre intéressante. Déesse de pierre sans émotions, déesse de destruction qui se moque entièrement du monde, on éprouve tout de même quelque pitié envers un être qui n’a aucun cœur et aucune âme, mais qui ne s’en rend même pas compte. Les réflexions sur la mortalité sont aussi bien plus présentes et pesantes dans ce tome.

The Wicked + The Divine : Rising Action, tome 4 (VO) – Kieron Gillen, 2016

Le résultat : Présentant des retournements de situation qui peuvent parfois en être exaspérants par leur manque de surprise, le quatrième tome de la série The Wicked + The Divine se démarque certes par ses moments d’action, plus présents qu’auparavant. On accueille avec plaisir l’arrivée de Perséphone, même si sa présence est très théâtrale, et la progression dans l’intrigue globale se fait avec un plaisir de découverte. Certes, rien n’est peut-être très surprenant, au final, mais il est plaisant de voir une guerre entre dieux qui ne soit pas due à un manichéisme certain, et de voir que la diversité des genres, des appartenances sociales et des cultures est toujours aussi appuyée. C’est peut-être le tome se rapprochant le plus des comics habituels de super-héros.

 

Jeux vidéo : Une histoire du 10e art – Philippe Tomblaine, 2015 / Start : La grande histoire du jeu vidéo – Erwan Carlo, 2013

Le topo : Retracer l’histoire du jeu vidéo, en passant par le développement des consoles et des ordinateurs, par les changements sociaux que le jeu vidéo a impliqué, tout en s’arrêtant sur les plus grands titres qui ont marqué cet univers, de Pong, Pac-Man et Mario à Nathan Drake ou Final Fantasy.

Le résultat : Décrire séparément ces deux ouvrages aurait été un peu redondant. Tous deux retraçant l’histoire du jeu vidéo, depuis les toutes premières machines (ordinateurs, salles d’arcades, Atari 2600) jusqu’aux plus récentes, et en s’arrêtant sur les créateurs derrière des licences aussi mythiques que Mario Bros ou Tetris. En expliquant les raisons du succès de ce nouveau divertissement, on remonte les décennies, on découvre l’affrontement sur le marché des consoles Nintendo et Playstation, dans un milieu qui a aussi vu la disparition rapide d’autres consoles n’ayant pas remporté le succès escompté. Sans oublier, bien entendu, un arrêt sur images des titres de jeux célèbres, ou des grandes licences qui perdurent encore jusqu’à aujourd’hui. Le livre de Philippe Tomblaine se révèle sans doute plus exhaustif sur l’histoire des consoles et leur réception par le public, leurs conséquences sociales, que l’ouvrage d’Ewan Carlo, qui fait le choix de valoriser les descriptions de jeux vidéo cultes, des différents genres ou encore l’histoire de ce marché et de cette création artistique en France. Les deux sont en tout cas d’excellents ouvrages pour découvrir le sujet, avec sans doute une préférence pour celui de Philippe Tomblaine.

 
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Publié par le 5 juillet 2017 dans Lectures

 

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