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Archives de Tag: Daphné du Maurier

My Cousin Rachel | Roger Michell, 2017

Voir la nouvelle adaptation du roman Ma cousine Rachel de Daphné du Maurier était inévitable, l’auteure – l’autrice ? – étant l’une de mes favorites. Je ne garde qu’un souvenir très mitigé et vague de la première adaptation de ce livre, réalisée en 1952 avec Olivia de Havilland et Richard Burton dans les rôles principaux. Ici, c’est désormais Rachel Weisz qui interprète l’ambiguë Rachel, et Sam Claflin qui joue le protagoniste principal, Philip. Tous deux sont d’ailleurs épaulés par Ian Glen et Holliday Grainger dans des secondes rôles, appréciables mais un peu trop rares.

Au début du XIXe siècle, Philip, orphelin, est élevé par son cousin Ambroise. Quand celui-ci part en Italie pour se rétablir d’une maladie, il rencontre une jeune veuve du nom de Rachel, qu’il épouse. Mais ses lettres à Philip se sont de plus en plus inquiétantes : il accuse Rachel de le tuer petit à petit. Philip arrive trop tard en Italie, constatant la mort de son cousin. Il est désormais héritier de la maison et des terres d’Ambroise, et de retour chez lui, il doit accueillir Rachel, qu’il soupçonne d’être une meurtrière. Mais la veuve se révèle très différente de ce qu’il imaginait. Convaincu de son innocence, il tombe amoureux d’elle, mais des doutes l’assaillent vite sur les vraies motivations de cette femme…

Était-elle coupable ? Était-elle innocente ? Qui doit-on blâmer ?

Ma cousine Rachel, à la manière de Rebecca, le chef d’œuvre de Daphné du Maurier, est un portrait fin et subtil d’une femme dont on ignore les véritables intentions. Tantôt manipulatrice, tantôt adorable et pure, Rachel est une héroïne presque similaire à Rebecca, et qui a tôt fait de rendre fous et tourmentés les hommes qui s’amourachent d’elle. Est-elle une femme qui a dû subir les délires méfiants d’un mari malade et fiévreux et qui souhaite ensuite commencer une nouvelle vie ? Est-elle une veuve noire qui prétend l’amour pour mettre la main sur les possessions de ses maris successifs, en les empoisonnant ? Est-elle une femme cliniquement malade qui erre d’un état à l’autre, ne sachant pas vraiment ce qu’elle fait en-dehors de quelques moments de lucidité ? Ou est-elle encore une ombre, une image façonnée par les pensées que lui prêtent ses amants, passant de diabolique à angélique, et n’était au final qu’une simple femme ? Comme dans le roman, le mystère est gardé entier dans le film, ce qui est très appréciable, la subtilité des romans de Du Maurier n’étant pas toujours respectée dans ses diverses adaptations. Aucune hypothèse ne semble plus ferme et plus établie qu’une autre, au contraire : sans cesse des éléments contredisent un parti puis l’autre, Philip lui-même défaille et ne sait plus quoi penser, jusqu’à la toute fin. Ses derniers mots seront « Rachel, mon tourment », montrant bien que même lorsque la situation est résolue, le mystère entourant cette femme demeure insaisissable. C’est bel et bien là tout l’intérêt de l’histoire.

Pour jouer cette femme à double visage et à l’esprit insondable, Rachel Weisz a choisi, semble-t-il, de ne jamais dévoiler quelle partie de son rôle elle préférait, et auquel elle aurait pu donner raison par son jeu. On a ainsi droit à un personnage fait de multiples nuances, ambigu, qui révèle autant une femme passionnée qu’une figure parfois virginale et modeste, ou encore une femme rêvant de liberté et de vivre sa vie en toute indépendance. On assiste donc au portrait d’une femme aussi empreinte de douceur que de force, parfois charmante et rieuse, et d’autres fois désespérée et méfiante. Toutes ces ambivalences dues au superbe jeu de Rachel Weisz, sensuelle et souvent sublime, font du personnage de Rachel le moteur du film et toute sa force. Car même si l’on partage les hésitations et les doutes de Philip, il est difficile d’éprouver totalement de l’empathie pour lui, bien qu’on ait souvent envie de le secouer pour lui dire de sortir de l’aveuglement amoureux dont il fait preuve… avant que les rebondissements ne nous fassent demander si ce n’est pas lui qui devient complètement fou et paranoïaque. Les dernières images montrent à quel point cette relation l’aura détruit mentalement, et combien il mettra du temps à s’en remettre, si cela arrive jamais.

Il n’y a pas de fausse note dans tout le casting présent ; les seuls reproches à avoir seraient par rapport au film en lui-même, parfois trop lisse. Il manque à My Cousin Rachel une étincelle nerveuse, une flamme fiévreuse et passionnée qui n’apparaît que trop rarement. Il y a un soin tout particulier accordé à la mise en scène ou aux décors de l’Angleterre, de l’Italie, aux jeux d’obscurité, mais cela ne suffit pas. Il manque peut-être ce qui aurait vraiment fait l’atmosphère du film, le faisant entièrement se transformer en thriller : une tension sourde, à défaut d’être oppressante. Il manque également ce côté fiévreux qui aurait parfaitement correspondu au personnage de Philip et à ses doutes maladifs, ce côté véritablement passionné et extrême qui aurait encore plus mis en avant l’inaccessibilité de Rachel et ses faux-semblants. Bien sûr, il ne s’agit pas ici d’une antagoniste aussi forte et masculine que Rebecca, mais Rachel hante le héros de façon similaire.

Cela n’empêche toutefois en rien le film d’être très beau, et en outre une superbe adaptation du roman, qui vaut le détour pour l’ambivalence de Rachel Weisz avec ce personnage au prénom prédestiné. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans le roman, par mon ressenti, je suis persuadée que Rachel est coupable – mais le film est suffisamment bien écrit pour que je ne puisse décider quel parti prendre.

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Publié par le 12 août 2017 dans Cinéma & séries

 

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Manderley for ever – Tatiana de Rosnay

Manderley for ever Tatiana de Rosnay La première biographie française de Daphné du Maurier a le privilège d’être à la fois vaste, probablement exhaustive et très riche. Les photos qui l’accompagnent permettent tant de donner un visage au célèbre auteur, qu’aux autres membres de sa famille et de son entourage, ainsi qu’aux lieux qu’elle a habités, et qui ont hanté son imagination : autant la France que les Cornouailles, sans compter le fameux Menabillly, l’inspiration de Manderley, le manoir de Rebecca.

Tatiana de Rosnay peut se targuer d’avoir écrit là une biographie plus qu’intéressante, même si on ne peut parfois s’empêcher de se demander (comme dans toute biographie) s’il n’y a pas d’événements romancés. Qu’importe, le regard plutôt neutre, écrit au présent, porté sur Daphné du Maurier permet de la découvrir de son enfance jusqu’à sa mort, tant dans sa vie d’écrivaine que sa vie privée. Ainsi, pêle-mêle, on croise ses premiers essais littéraires, son enfance et adolescence masculines, les enfants Llewelyn Davies (ceux qui inspireront Peter Pan, les cousins de Daphné), ses créations de romans, les rencontres qui marquent sa vie, son éducation, sa vie de famille, de mère, d’auteur. Ce regard un peu reculé, mais toujours affectueux, n’est pas sans souligner les défauts aussi bien que les qualités de l’auteur. Téméraire, ironique et effrontée, indépendante et ambiguë, Daphné du Maurier se révèle aussi parfois timide, maladroite, une mère de famille partiale et distante envers ses filles, une écrivain dont les œuvres l’absorbent pendant des mois par l’écriture et la recherche avant qu’elles ne s’éloignent de plus en plus. On voit aussi chez elle un certain égoïsme, à privilégier ses écrits à sa famille, tout en la comprenant.

On se plaît donc beaucoup à découvrir le portrait intime de cette femme, son caractère, son chemin de vie. Et également à apprendre comment sont nées ses différentes oeuvres. Chaque nouvelle, chaque roman, part d’une idée fixe, de thèmes récurrents, de « porte-manteaux » des gens qui la fascinent et l’obsèdent et dont elle se « débarrasse » par l’écrit. Rebecca naît ainsi de sa propre jalousie envers l’ancienne fiancée de son mari, dont elle retrouve des lettres ; Ma cousine Rachel, de son adoration pour son éditrice américaine ; La Maison sur le rivage, de sa dernière demeure jusqu’à sa mort, le manoir de Kilmarth ; les romans où elle s’exprime par un narrateur masculin sont un reflet direct du côté masculin de sa personnalité, etc. Et ses nouvelles les plus sombres naissent même dans les moments les plus joyeux de sa vie. Elle a également des centres d’intérêt très variés qui expriment la richesse diverse de ses romans, tantôt psychologiques, tantôt sombres, tantôt romantiques, historiques, biographiques envers d’autres membres de sa famille…elle qui se refusait à être cantonnée « auteur romantique » depuis Rebecca, le roman dont les critiques ne lui ont jamais pardonné le succès considérable. L’auteur paraît alors assez paradoxale, humaine, parfois froide, parfois totalement compréhensible. On en découvre beaucoup sur elle et ses sources d’inspiration, avec grand plaisir.

Un autre point non négligeable, en lisant cette biographie, est de voir ses réactions lors des différentes adaptations cinématographiques ou théâtrales de son œuvre, du succès ou non de ses publications, ou lorsqu’elle lit elle-même les romans de son grand-père George du Maurier. La famille, ses ancêtres proches et lointains, sont aussi une des inspirations majeures de ses romans, qui expliquent – en plus des lieux où elle a vécus – son attrait pour l’océan, la France, les Cornouailles, l’Italie, l’histoire généalogique ou encore le milieu du théâtre d’où vient son père.

Cependant, tout au long du livre, Tatiana de Rosnay laisse demeurer un regard délicat, fasciné, attaché et pourtant juste sur l’auteur britannique, ne plaidant ni pour ni contre elle, et relatant parfois ses visites sur les lieux importants de la vie de Daphné du Maurier. Le plus triste est sans doute « d’assister » au lent décès de l’écrivain, que celle-ci semblait pressentir, et qui n’en est pas moins désolant en voyant la vie active et profondément remplie qu’elle a menée. On apprend au passage que les premières traductions françaises de l’auteur, dont Rebecca, étaient considérablement amputées. On se demande aussi comment Tatiana de Rosnay a pu obtenir la permission des héritiers de Du Maurier, de révéler une part très privée de la vie de l’auteur, écrite dans son journal intime qu’elle tint jusqu’au jour de son mariage, et qu’elle avait elle-même enlevée de la publication de cette autobiographie. Et fait promettre de ne dévoiler que cinquante ans après sa mort. Peut-être était-ce aussi une manière de faire taire des rumeurs propagées par d’autres biographies sur Daphné du Maurier. Quoiqu’il en soit, cette biographie demeure plus qu’enrichissante à lire, et ravira ceux qui veulent en savoir plus sur cette auteur parfois si contradictoire, ou découvrir la création de ses oeuvres.

 
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Publié par le 8 juin 2015 dans Lectures

 

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I’ll never be young again – Daphné du Maurier

« La voix de Jake s’éleva dans l’ombre.
-Je crois que tu as éprouvé tout ce que tu m’as dit, fit-il ; je comprends tout et même un peu plus. Mais il y a tout de même des choses que tu aurais pu aimer.
-Il y avait des choses ? Qu’est-ce que tu veux dire ? demandai-je.
-Il y avait un jardin, dit-il, et des bois et des oiseaux, et le parfum des fleurs et la voix des gens.
Etait-il fou ? Je le regardai stupéfait.
-Oh tu peux parler, dis-je. Toutes ces années que j’ai perdues, toi tu les as passées à vivre, à aimer, à te foutre de tout. Qu’est-ce que c’est que des bois et les fleurs d’un jardin ? Tu n’as donc rien compris ? Et d’abord où as-tu passé ces cinq dernières années ?
Je lui étais supérieur par ma connaissance de la souffrance. Il ne savait pas ce que c’était.
Jake attendit un instant et lorsqu’il parla on eût dit qu’il me plaignait sans m’en vouloir de mon éclat ridicule.
-En prison, dit-il. »

« Mais le tumulte de la vie, sa splendeur et sa souffrance, la précieuse intimité des petites choses, tout ce que j’avais désiré, si intensément, appartenait à un lointain passé avec les vieilles aspirations et les vieilles ambitions. Je les avais vécues, et elles n’avaient pas duré. Je regardais autour de moi, cherchant quelque trace de leur départ, mais elles n’en avaient laissé aucune. Je ne m’y intéressais plus, pas davantage qu’au soleil, à la mer, au ciel, au contact de la terre, à la chaleur humaine, à quoi que ce fût.
J’avais ma vie devant moi et ne savais qu’en faire.
J’étais une chose morne et stupide, une masse d’argile insensible, sans signification, lasse et perdue. J’étais une créature sans membres ni chair, sans la consolation de l’esprit ou la force d’un coeur douloureux. J’étais sans courage. L’espoir était un mot d’une autre langue que je n’essayais pas de pénétrer. Il ne me restait que deux yeux délimitant une image obsédante et désolée, une image dont chaque détail était clair et précis, peinte par un fin pinceau noir qui n’avait négligé ni une ombre ni un reflet. Cette image était celle d’un matin gris, le brouillard dissipé découvrant un bout de plage déserte et désolée, assombrie par des falaises de granit. »

Jeunesse perdue est le deuxième roman de Daphné du Maurier après L’amour dans l’âme. Oeuvre de jeunesse, presque – l’auteur l’a écrit à 25 ans – cela se ressent aussi profondément dans son écriture et ses thèmes. Le narrateur nous parle à la première personne du singulier de manière plus vive, plus directe que ne le feront ses autres personnages par la suite dans Rebecca ou Le bouc émissaire ; c’est un jeune homme perdu, un narrateur parfois insupportable, qui nous raconte quelques années de sa vie, de sa tentative de suicide empêchée par le mystérieux Jake, jusqu’à son existence avec une femme à Paris, sa quête d’écrivain, ses amours et ses conflits, puis son retour chez lui, en Angleterre. Le roman paraît ainsi parfois presque violent dans les pensées éprouvées, dans la frénésie d’une vie qui ignore où elle va. Et de ces réflexions cyniques, presque amères et douces, qui sont marques de l’auteur, du contraste entre le dynamisme de la jeunesse, et la stabilité de l’âge adulte, mais décrites de façon non moralisatrices. Juste comme un cours naturel des choses, et c’est surtout cela qu’on voit s’écouler, tout au long du roman.

Ni le meilleur, ni le plus mauvais roman de Daphné du Maurier, avec un certain charme ; on regrette seulement – ou du moins, juste personnellement – que le personnage de Jake disparaisse si tôt, et avec lui, cette étrange amitié bienfaisante entre ce personnage et le narrateur. Daphné du Maurier a esquissé là un de ses personnages masculins les plus profonds – d’autant qu’on en sait si peu sur lui – avec quelques descriptions, des paroles, des attitudes ; un de ses protagonistes les plus ombreux et aussi un des plus bienveillants, sans pour autant perdre son charme ou devenir ennuyeux. D’ailleurs, le livre devient moins intéressant, à son départ…

 
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Publié par le 31 mars 2015 dans Citations, Lectures

 

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Jamaica Inn (BBC 2014)

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Jamaica Inn – L’auberge de la Jamaïque – est un des romans les plus connus et les plus prenants de Daphné du Maurier. Située en 1820 et dans les Cornouailles, lieu récurrent de l’auteur, l’histoire est celle de Mary Yellan perd sa mère et n’a donc d’autre choix que d’aller se réfugier chez sa tante Patience, une femme joyeuse coquette, qui a rejoint son mari à l’Auberge de la Jamaïque. Mais Mary ne tarde pas à regretter son choix : Joss Merlyn, le propriétaire de l’auberge, est un alcoolique menaçant et inquiétant, sujet aux sautes d’humeur. Qui plus est, non seulement il réduit sa femme, Patience, à une misérable ombre, mais il est aussi le chef d’une troupe de contrebandiers et de naufrageurs. L’Auberge de la Jamaïque, malfamée et gothique, n’est fréquentée que par sa troupe de pirates. Mary ne peut donc que se fier à elle-même, et aux deux alliés qui croisent son chemin : le petit frère de Joss, Jem, et le vicaire de la région, Francis Davey.

 Le gothique est une ambiance qui traverse quasiment toute l’oeuvre de Daphné du Maurier, depuis Rebecca jusqu’à Ma cousine Rachel, en passant par le recueil de nouvelles La poupée. Atmosphère encore une fois particulièrement présente ici aussi : entre les paysages de landes désertes, les marécages, la mer, l’auberge elle-même hostile et sombre, délabrée, on se laisse transporter dans un endroit bien éloigné de nous, et dans lequel on devient oppressé par les évènements arrivant, ainsi que la présence de plusieurs personnages. Il y a un peu de Jane Eyre ici aussi, il faut l’avouer, dans ce huis-clos angoissant et renfermé, où les landes désolées, la mer nourrice et meurtrière, fantasme récurrent chez l’auteur, n’ont que de fausses allures de liberté et d’échappatoire. Les personnages, perdus, sont tous attirés, et retournent, à l’Auberge de la Jamaïque (celle-ci existant par ailleurs vraiment.)

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Quant aux personnages, ils nous séduisent, nous agacent ou nous mettent mal à l’aise. Si Mary Yellan (Jessica Brown Findlay) est une jeune femme innocente mais non naïve, déterminée et douée du sens du bien et du mal, on ne peut assister qu’à sa perdition dans un endroit aussi sombre et sans âme. Prise au piège par sa propre famille, par les contrebandiers, elle n’a d’autre choix que de devenir des leurs pour espérer survivre, et s’enfuir peut-être…tout en contemplant le reflet de ce qu’elle deviendra, dans sa tante Patience (Joanne Whalley, qui a réussi à rendre son personnage plus intéressant que dans le livre d’origine), une femme pâle, craintive, soumise à son mari, le craignant comme l’adorant, incapable de se séparer de lui, lui mangeant dans la main et souillant son âme autant que son époux. On a aussi, là encore, deux des types de femmes qu’on retrouve le plus chez Daphné du Maurier : celle fière et indépendante, sûre de ses droits et de ses pensées, quasiment masculine, et celle qui ressemble à une petite souris perdue, capable de force parfois, mais bien trop craintive, effacée dans l’ombre d’un homme.

Jamaica InnJem Merlyn

Le propriétaire des lieux, Joss Merlyn (Sean Harris), fait partie de ces personnages qui hantent l’imagination et les mauvais rêves. Alcoolique, chef des contrebandiers, insaisissable, tantôt incroyablement « bénéfique », tantôt plus que menaçant, tantôt également, perdu à sa manière. Il figure une présence digne du roman gothique certes, une ombre noire, l’homme qui revient là où on s’y attend le moins, capable du pire, et n’y hésitant pas. Il serait en effet risqué de le croire aussi idiot et apathique qu’il le laisse paraître… Son petit frère Jam (Matthew McNullty) est certes moins antipathique, sorte de vagabond et voleur à double face, meilleur qu’il n’y paraît (meilleur que son frère sans doute). Honnêtement, c’est le seul personnage dans cette oeuvre qui m’agace et me fatigue un peu, tellement il est assez « facile » par rapport aux autres, malgré sa subtilité, et je ne lui ai jamais trouvé grand intérêt. Enfin, le dernier n’est pas le moindre dans cette galerie de personnages, puisqu’il s’agit du vicaire Francis Devey (Ben Daniels) qui joue magnifiquement son personnage. Peut-être un hommage au pasteur St John Eyre Rivers de Charlotte Brontë, lui aussi aura marqué l’esprit des lecteurs, dans ce portrait de pasteur albinos, distant mais au regard acéré, qui lit les âmes mieux que personne, et qui devient le seul allié de Mary avec Jem. Solide et inébranlable, il ne peut laisser indifférent…

0748_Jamaica_Inn_03Nov13Et son bien moins sympathique mais plus intéressant grand frère, Joss.

En dire plus serait hélas gâcher tout l’intérêt de l’histoire, comme pour Rebecca. Mais oui, plongez-vous dans cette histoire tantôt romantique et gothique, avec cette mini-série qui a su y rendre si bien justice. Je suis encore étonnée, alors que j’avais lu le livre en anglais, de me souvenir aussi bien des personnages, de certaines scènes, et de les avoir toutes retrouvées au visionnage. La lecture m’aura marquée bien plus que je ne le pensais…et voir cet univers rendu si bien rendu est parfait. Impossible de voir les trois heures passer (même si j’ai trouvé le deuxième épisode peut-être un peu plus long que les trois autres.) Une petite merveille qui hante l’esprit, alors que je ne m’attendais pas à être tant séduite que cela…

Jamaica InnEt on se souviendra toujours du vicaire Francis Delvey… ^^

 

 
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Publié par le 3 mai 2014 dans Cinéma & séries

 

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Rebecca musical (extrait)

La seconde Mrs. de Winter : Maxim, peux-tu me pardonner ?
Maxim  de Winter : Te pardonner ? Qu’y a-t-il à pardonner ?
-Hier soir…
-Ah, ça… Cela n’a plus d’importance. Plus rien n’en a. C’est trop tard. Notre petite réserve de chance s’est épuisée.
-Non !
-Si, tout est fini.
-Je sais. Par rapport à Rebecca je ne suis rien. Elle est revenue, et plus que jamais, tu désires Rebecca. Personne ne peut la remplacer. Tu souffriras toujours de sa perte. Et donc tu ne m’appartiendras jamais…Je ne t’en veux pas. Et je ne veux pas te séparer de Rebecca. Tu n’as pas à m’aimer…Je peux rester à tes côtés pour te donner de l’affection et du réconfort. Je sais que tu ne l’oublieras jamais…Tu l’aimes trop.
-L’aimer ? …Rebecca…Je ne l’aimais pas.
-Quoi ?
-Je la haïssais.

Elle était mauvaise, impudique, malsaine jusqu’à la fin
Elle était incapable damour
Personne ne le voyait pourtant
Chaque homme qui l’apercevait
Etait fasciné
Elle était si charmante et si sympathique
Tout le monde se laissait tromper
Tout comme moi
Ils la pourchassaient et l’idôlatraient
Ils agissaient tous comme des fous
Tout comme moi
Jamais sourire n’a jamais été aussi froid
Il m’a fait perdre la raison
Peut-être oublierai-je un jour son visage
Mais jamais je n’oublierai son sourire
Rappelle-toi notre promenade
Dans la montagne
Je suis aussi allé avec elle dans les hauteurs de Monte-Carlo
C’est là qu’elle m’a expliqué
Qu’elle ne faisait que m’utiliser
« Je te propose un marché » a-t-elle dit, sournoise
« Je continuerai à te tromper
Mais je jouerai ta femme »
J’avais peur du scandale
J’ai accepté le misérable compromis
Le divorce aurait été tabou pour les de Winter
L’honneur de la famille valait plus que ma fierté
Elle le savait
Et elle savourait son triomphe
Jamais sourire n’a été aussi froid
Il m’a fait perdre la raison
Peut-être oublierai-je un jour son visage
Mais jamais je n’oublierai son sourire
Au début, elle jouait le jeu
Jouait la femme aimante
Et le Manderley que les gens admirent aujourd’hui
Si soigneusement rénové
Est entièrement le travail de Rebecca
Mais ensuite, sans honte, elle invitait
Ses amants ici
Elle passait la nuit dans le hangar à bateaux
Je l’ai prévenue
Mais ses yeux brillaient de mépris
Jamais sourire n’a été aussi glacial
Un de ses amants
Etait son cousin
Un libertin nommé Jack Favell

 -Je connais Favell ! Il est venu ici quand tu étais à Londres
-Pourquoi diable ne l’as tu pas dit ?
-J’ai pensé que cela te remémorerait Rebecca
-Me rappeler Rebecca ? Mon Dieu ! Comme si c’était nécessaire !

Une nuit elle est revenue de Londres
Mais elle n’est pas resté dans la maison
Et quand j’ai vu la lumière dans le hanger
J’étais sûr qu’elle était avec Favell
« C’en est assez » j’ai pensé
Et je suis descendu jusqu’au hangar
Mais contre toute attente
Rebecca était seule
Elle était étendue, lasse, sur le lit
Et son cendrier était plein de mégots sur le sol
Elle était pâle
Faible
Mais emplie de haine
Je lui ai dit
« Tu as brisé ta foutue promesse
Tu n’as aucune honte
Tu traites ma maison comme un bordel »
Elle s’est redressée
A rejeté sa tête en arrière
Et elle a dit, souriante :
« Que ferais-tu si j’étais enceinte ?
Les gens penseront qu’il est le tien
Ce serait certainement le mien
Et un jour Manderley sera à lui
Ta femme parfaite, Max
Sera la mère parfaite
Pendant que tu joueras le papa
Comme un parfait idiot »
Jamais sourire n’a été aussi froid
Et elle ne faisait que sourire
Le sang m’est monté à la tête
Je l’ai rejetée en arrière
Elle a trébuché et est tombée
Je ne sais comment
Elle était étendue
J’ai pensé « Je vais l’aider à se relever »
Mais
Elle était morte
Et cependant elle souriait encore
Je l’ai portée sur le bateau
Allongée à l’intérieur
Puis j’ai fait démarrer le bateau
Et il a sombré exactement
Là où ils l’ont trouvé aujourd’hui
Elle m’a battu au final
Elle savait qu’elle gagnerait même dans la mort
Jamais sourire n’a été aussi froid
Il m’a fait perdre la raison
C’est le sourire qui apparaît devant mes yeux
Où que j’aille
Jamais sourire ne fut aussi froid
Jamais

 -Pourquoi n’as-tu pas appelé la police ? C’était un accident !
-Vraiment ? Je n’en sais rien. Je jure que je n’en sais rien ! C’est fini, Rebecca a gagné.
-Non, c’est faux ! A part toi et moi personne ne sait ce qui est réellement arrivé, et personne ne le découvrira
-Regarde-moi…L’enfant dans tes yeux est parti…
-Oui. Je ne serai plus jamais une enfant.
-Peux-tu encore me regarder dans les yeux et me dire que tu m’aimes ?
-Je t’aime. Je t’aime tant.

 
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Publié par le 11 juin 2013 dans Opéras & musicals

 

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