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Archives de Tag: Holliday Grainger

My Cousin Rachel | Roger Michell, 2017

Voir la nouvelle adaptation du roman Ma cousine Rachel de Daphné du Maurier était inévitable, l’auteure – l’autrice ? – étant l’une de mes favorites. Je ne garde qu’un souvenir très mitigé et vague de la première adaptation de ce livre, réalisée en 1952 avec Olivia de Havilland et Richard Burton dans les rôles principaux. Ici, c’est désormais Rachel Weisz qui interprète l’ambiguë Rachel, et Sam Claflin qui joue le protagoniste principal, Philip. Tous deux sont d’ailleurs épaulés par Ian Glen et Holliday Grainger dans des secondes rôles, appréciables mais un peu trop rares.

Au début du XIXe siècle, Philip, orphelin, est élevé par son cousin Ambroise. Quand celui-ci part en Italie pour se rétablir d’une maladie, il rencontre une jeune veuve du nom de Rachel, qu’il épouse. Mais ses lettres à Philip se sont de plus en plus inquiétantes : il accuse Rachel de le tuer petit à petit. Philip arrive trop tard en Italie, constatant la mort de son cousin. Il est désormais héritier de la maison et des terres d’Ambroise, et de retour chez lui, il doit accueillir Rachel, qu’il soupçonne d’être une meurtrière. Mais la veuve se révèle très différente de ce qu’il imaginait. Convaincu de son innocence, il tombe amoureux d’elle, mais des doutes l’assaillent vite sur les vraies motivations de cette femme…

Était-elle coupable ? Était-elle innocente ? Qui doit-on blâmer ?

Ma cousine Rachel, à la manière de Rebecca, le chef d’œuvre de Daphné du Maurier, est un portrait fin et subtil d’une femme dont on ignore les véritables intentions. Tantôt manipulatrice, tantôt adorable et pure, Rachel est une héroïne presque similaire à Rebecca, et qui a tôt fait de rendre fous et tourmentés les hommes qui s’amourachent d’elle. Est-elle une femme qui a dû subir les délires méfiants d’un mari malade et fiévreux et qui souhaite ensuite commencer une nouvelle vie ? Est-elle une veuve noire qui prétend l’amour pour mettre la main sur les possessions de ses maris successifs, en les empoisonnant ? Est-elle une femme cliniquement malade qui erre d’un état à l’autre, ne sachant pas vraiment ce qu’elle fait en-dehors de quelques moments de lucidité ? Ou est-elle encore une ombre, une image façonnée par les pensées que lui prêtent ses amants, passant de diabolique à angélique, et n’était au final qu’une simple femme ? Comme dans le roman, le mystère est gardé entier dans le film, ce qui est très appréciable, la subtilité des romans de Du Maurier n’étant pas toujours respectée dans ses diverses adaptations. Aucune hypothèse ne semble plus ferme et plus établie qu’une autre, au contraire : sans cesse des éléments contredisent un parti puis l’autre, Philip lui-même défaille et ne sait plus quoi penser, jusqu’à la toute fin. Ses derniers mots seront « Rachel, mon tourment », montrant bien que même lorsque la situation est résolue, le mystère entourant cette femme demeure insaisissable. C’est bel et bien là tout l’intérêt de l’histoire.

Pour jouer cette femme à double visage et à l’esprit insondable, Rachel Weisz a choisi, semble-t-il, de ne jamais dévoiler quelle partie de son rôle elle préférait, et auquel elle aurait pu donner raison par son jeu. On a ainsi droit à un personnage fait de multiples nuances, ambigu, qui révèle autant une femme passionnée qu’une figure parfois virginale et modeste, ou encore une femme rêvant de liberté et de vivre sa vie en toute indépendance. On assiste donc au portrait d’une femme aussi empreinte de douceur que de force, parfois charmante et rieuse, et d’autres fois désespérée et méfiante. Toutes ces ambivalences dues au superbe jeu de Rachel Weisz, sensuelle et souvent sublime, font du personnage de Rachel le moteur du film et toute sa force. Car même si l’on partage les hésitations et les doutes de Philip, il est difficile d’éprouver totalement de l’empathie pour lui, bien qu’on ait souvent envie de le secouer pour lui dire de sortir de l’aveuglement amoureux dont il fait preuve… avant que les rebondissements ne nous fassent demander si ce n’est pas lui qui devient complètement fou et paranoïaque. Les dernières images montrent à quel point cette relation l’aura détruit mentalement, et combien il mettra du temps à s’en remettre, si cela arrive jamais.

Il n’y a pas de fausse note dans tout le casting présent ; les seuls reproches à avoir seraient par rapport au film en lui-même, parfois trop lisse. Il manque à My Cousin Rachel une étincelle nerveuse, une flamme fiévreuse et passionnée qui n’apparaît que trop rarement. Il y a un soin tout particulier accordé à la mise en scène ou aux décors de l’Angleterre, de l’Italie, aux jeux d’obscurité, mais cela ne suffit pas. Il manque peut-être ce qui aurait vraiment fait l’atmosphère du film, le faisant entièrement se transformer en thriller : une tension sourde, à défaut d’être oppressante. Il manque également ce côté fiévreux qui aurait parfaitement correspondu au personnage de Philip et à ses doutes maladifs, ce côté véritablement passionné et extrême qui aurait encore plus mis en avant l’inaccessibilité de Rachel et ses faux-semblants. Bien sûr, il ne s’agit pas ici d’une antagoniste aussi forte et masculine que Rebecca, mais Rachel hante le héros de façon similaire.

Cela n’empêche toutefois en rien le film d’être très beau, et en outre une superbe adaptation du roman, qui vaut le détour pour l’ambivalence de Rachel Weisz avec ce personnage au prénom prédestiné. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans le roman, par mon ressenti, je suis persuadée que Rachel est coupable – mais le film est suffisamment bien écrit pour que je ne puisse décider quel parti prendre.

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Publié par le 12 août 2017 dans Cinéma & séries

 

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Bonnie & Clyde : Dead and Alive | 2013

« Clyde ? »
« I’ve always loved you, Bonnie. »

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On voit de plus en plus de remakes, de nouvelles adaptations ou de dérivés de films, séries déjà existants en ce moment. Les producteurs doivent, à chaque fois, avoir une angoisse derrière lors de la sortie : est-ce un pari risqué, est-ce que cela va finir en ratage total ? C’est encore plus le cas lorsqu’il s’agit de sujets qui ont déjà passé le cap du mythique par le passé. Comme Bonnie & Clyde. Faire une nouvelle adaptation est un pari risqué, tant le film d’Arthur Penn est dans la culture (et conscience) collective, tout aussi romancé soit-il. Et pourtant…

Ce téléfilm en deux parties dure environ trois heures, et en trois heures, on a forcément le temps de davantage approfondir l’histoire des deux plus célèbres criminels de la Grande Dépression. De voir comment ils ont évolué, comment ils se sont rencontrés, qui ils étaient au tout début. On voit Bonnie et Clyde se rencontrer avant qu’ils ne soient criminels, les différents membres de leur gang se joindre à eux au fil du temps, on voit leurs hold-ups et leurs fuites incessantes, leurs visites à leur famille. On observe aussi ce qui se passe de l’autre côté du miroir, par le biais d’une journaliste relatant leurs crimes, et par la police qui essaye de les arrêter. Ce qui contribue à donner d’eux une vision plus nuancée, voire plus distante qu’avec le film d’Arthur Penn.

Je dois admettre que j’étais sceptique au départ, et même assez réticente pendant un moment. Je ne sais pas d’où vient ce parti pris, mais le réalisateur a voulu en quelque sort affubler Clyde de sortes de visions prémonitoires, qui lui permettent ainsi de voir divers événements/personnes de sa vie : la mort de son frère, la rencontre avec Bonnie, les brûlures de celle-ci dans un accident de voiture, ou encore ses propres blessures. Et surtout, la mort finale du couple. D’où la séquence d’ouverture qui débute directement sur les dernières secondes de Bonnie et Clyde, juste avant qu’ils ne se fassent fusiller dans leur voiture. Et puis, il est difficile d’accepter de redonner un autre visage à ces personnages après le film mythique, ou même par rapport aux véritables photos existantes du couple. Mais au bout d’un moment, on finit par rentrer dans l’action, et s’habituer. Cela tient sans nul doute aux jeux des acteurs (tous très bons, là où je ne supportais parfois pas certains instants de jeu dans le film de Penn), aux décors et costumes soigneusement reconstitués, aux moments de vie présentés du couple, depuis avant leur rencontre, jusqu’à leur mort. Globalement, l’histoire reste la même, mais nul doute que ce téléfilm s’approche plus de la véritable histoire du couple que le film, sans pour autant être tout à fait fidèle.

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Ainsi, Bonnie et Clyde se rencontrent au mariage de la première avec un autre homme (!) avant qu’elle ne soit serveuse – quand dans la réalité, ils se rencontrent par la meilleure amie de Bonnie, qui l’héberge alors qu’elle travaille en temps que serveuse, séparée mais non divorcée de son premier mari. On assiste au moment où Clyde passe des mois en prison – deux ans en réalité – et on comprend qu’il n’est pas soi-disant un gay refoulé comme il le paraît dans le film de Penn, mais que comme tout prisonnier masculin dans certains endroits pénitenciers, il passe en victime d’un autre prisonnier, qu’il blessera. Bonnie apparaît sous un jour plus vaniteux qui reflète sans doute une part de réalité : bien que totalement dévouée à Clyde, c’est elle qui rêve de gloire et qui insiste pour qu’ils continuent leur vie de hors-la-loi, là où Clyde, d’un tempérament plus tranquille, ne continue que pour elle et parce qu’au bout d’un moment, il ne reste que la fuite aux jeunes gens. On comprend mieux leur vie de fuyards : jusqu’au jour où l’un de leurs alliés tue quelqu’un – par accident – ils étaient considérés comme des voleurs sympathiques, mais qu’à partir de cet événement, ils étaient irrémédiablement condamnés. Et se retrouvent pris dans une spirale infernale.

La journaliste dont on suit les rédactions est presque notre vision de spectateur : elle se prend de sympathie pour eux, avant de devoir bel et bien admettre qu’ils sont des criminels, seulement plus jeunes et plus passionnés que d’autre. Chose sur laquelle le policier qui les traque sans relâche, a fait une prédiction, en rencontrant Clyde lorsqu’il est en prison, au tout début, et qu’il lui conseille de rester sur le droit chemin, lui qui semble quelqu’un de bien. Mais c’est sans compter Bonnie et son désir de grandeur, et puis le cercle vicieux du crime. Un autre fait, plus expliqué que dans le film, apparaît : les visions récurrentes que le couple fait à leurs familles, qui se retrouvent par conséquent unies, sans pour autant pouvoir faire autre chose qu’assister à ces visites secrètes, sans jamais prendre parti. A priori, dans la réalité, ces visites étaient aussi souvent que possible et demeuraient le seul moment – outre l’amour éprouvé entre Bonnie et Clyde – où le couple pouvait se ressourcer. Ils n’avaient plus rien à part cela et leur famille, et une vie de fugitifs sans cesse sur le qui-vive. Ces comparaisons entre réalité et fiction, je ne les écris que par rapport à la lecture récente que j’ai faite pour enfin savoir l’histoire du couple, La véritable histoire de Bonnie et Clyde racontée par la mère de Bonnie et la sœur de Clyde. Bien sûr, on peut supposer que les liens familiaux troublent la subjectivité des deux conteuses, mais ce récit demeure en tout cas plus clair et plus humain, plus dense aussi, que ce que les adaptations cinématographiques et visuelles en ont fait. De même que ce téléfilm aide davantage à comprendre les enjeux et implications des activités de ce couple, à l’époque.

Pour revenir au téléfilm, malgré tous les a priori du début, nul doute qu’il intéresse, bien qu’il semble parfois un peu long. Il est en tout cas plus documenté, plus approfondi et plus proche de la réalité que le film de Penn, sans pour autant atteindre le même éclat mythique. Mais cette façon de revoir l’histoire de Bonnie et Clyde est vraiment intéressante et fait moins de raccourcis rapides, et puis, mène à creuser encore le sujet derrière. De ce côté-ci, c’est sans doute un hommage aux deux criminels mythiques, ni plus, ni moins innocents que d’autre, amoureux tout de même, et conscients de ce qu’ils faisaient, dans quoi ils s’aventuraient. Et ceci, ce côté sanglant qu’ils ont avec eux, est peut-être davantage imprégné dans ce téléfilm qui ne présente pas que leur côté romantique et romanesque. A voir pour tous ceux qui aimeraient en savoir plus que le film de 1967, et découvrir un peu plus de la réalité derrière le mythe, qui reste tout de même historique – et par conséquent, humain, certes, mais aussi simplement criminel.

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Publié par le 17 septembre 2014 dans Cinéma & séries

 

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