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The Witcher 3 : Wild Hunt | 2015

Geralt de Riv est un sorceleur, un humain auquel des mutations alchimiques ont considérablement amélioré ses sens et sa force physique. Dans un univers d’heroic fantasy inspiré de la mythologie slave, la guerre brûle entre l’empire de Nilfgaard et les Royaumes du Nord. Geralt apprend alors que sa fille adoptive, Ciri, est recherchée par la Chasse Sauvage, une troupe de chevaliers spectraux et de monstres. Il se met en quête de Ciri, aidé par ses deux amies magiciennes, Triss et Yennefer….

Voilà un résumé bref et aucunement révélateur de la profondeur de l’univers de The Witcher 3 : Wild Hunt. Car si l’histoire est bel et bien celle de Geralt et de Ciri, ce serait oublier les nombreux protagonistes dont on croise la route, entre monstres et humains, dans des régions aussi diverses les unes que les autres, le tout parsemé d’intrigues mémorables, le plus souvent dramatiques mais aussi légères. La quête principale de Geralt se trouve mêlée à bien d’autres, et durant ce long jeu vidéo RPG en monde ouvert, on aura l’occasion d’aider au couronnement d’un roi ou d’une reine, de tuer des monstres sous contrat, de résoudre des mystères de maison hantée, de participer ou non à un régicide, retrouver un ami poète, ou encore la femme d’un baron… Et encore beaucoup, beaucoup d’autres histoires, toutes parfaitement scénarisées, chacune mettant en place des personnages, même secondaires, complexes, aux motivations réelles, avec une vraie force d’âme. L’univers de The Witcher 3 est tout simplement immense, riche en intrigues et en protagonistes forts, parfois en situations angoissantes ou poétiques, et très adulte. Même s’il faut un peu de temps au début, et même si l’on ne comprend pas toujours tout le background des affaires politiques de ce monde ambitieux, on se sent plongé dans un univers véritablement travaillé, avec cœur et conviction – chose que les graphismes et la beauté du monde ouvert accentuent.

Et il devient ainsi très vite possible de s’attacher aux différents personnages qu’on croise, ou en tout cas de ne pas y rester indifférent. Je n’étais pas particulièrement fan de Geralt au début, mais ensuite, son humour pince-sans-rire, sa force de caractère, sa capacité à n’être ni complètement blanc, ni complètement noir – chose influencée par les décisions en tant que joueur lors des multiples choix de dialogue – en font un personnage charismatique, complexe et finalement attachant. Son existence elle-même est après tout un paradoxe et place le protagoniste dans une situation peu enviable : la plupart des gens détestent les sorceleurs, « des mutants », mais sont bien obligés de recourir à eux pour traquer des monstres ou pour certaines missions. Ses compagnons de voyages ne sont pas en reste, que ce soit Yennefer, superbe et hautaine parfois, mais également enchanteresse, ou encore Triss, plus humaine, plus joyeuse… et n’oublions pas Ciri, qui se caractérise avant tout par sa volonté de vouloir être maîtresse de son destin et trouver sa propre route, alors qu’elle est destinée à devenir Impératrice.

The Witcher 3 se démarque donc par son monde ouvert incroyablement vaste, qu’on peut passer des heures à explorer, suivant des quêtes secondaires au point d’en oublier la principale, mais tout est tellement travaillé, scénarisé, que cela en vaut la peine. Les DLC disponibles ne sont pas en reste non plus, avec Hearts of Stone qui permet de faire face à un des antagonistes les plus retors et les plus machiavéliques qui existent, Gaunter de Mauré, un être surhumain capable d’exaucer les vœux. Mais comme tout diable, ses promesses sont bien souvent des pièges au désavantage de ses victimes. Quant à Blood and Wine, on y découvre une nouvelle région, Toussaint, inspirée du sud de la France, magnifique dans ses décors, intelligente dans ses quêtes faisant référence aux contes et œuvres littéraires, de Werther au Roi Arthur, en passant par les contes de Grimm, avec une fantaisie bienvenue. On peut en effet y obtenir une demeure pour Geralt, nommer un vin après la résolution d’une intrigue, et achever la quête principale vous fera aussi bien affronter un vampire que traverser une terre où les contes de Grimm sont revisités.

Le gameplay n’est pas en reste : outre traverser des régions très différentes les uns des autres, il est possible de personnaliser l’armure, l’apparence ou les vêtements de Geralt, ses armes, d’apprendre des capacités magiques, de fabriquer des potions…Choses toujours utiles car les combats peuvent s’avérer ardus et il faudra parfois changer de stratégie pour survivre. On possède également sa propre monture, mais aussi la possibilité de naviguer en bateau dans l’archipel de Skellige, notamment. Il serait injuste d’oublier également la bande-son, capable de musiques aussi épiques qu’intimes, majestueuses et apaisantes.

Les fins diffèrent également selon les choix que l’on fait emprunter à Geralt. J’ai obtenu, personnellement, l’une des bonnes fins, puisque Ciri reste en vie et devient sorceleuse, suivant son propre chemin. Par la même occasion, Geralt survit et reste avec sa compagne Yennefer, qui le retrouvera à Toussaint. Tout semble porter à croire que ces deux personnages profiteront d’une retraite bien méritée après la guerre et leurs diverses aventures… Ce qui est une fin à la fois satisfaisante pour les personnages, mais également triste pour le joueur : quand Geralt annonce son intention de s’installer à Toussaint, ce dernier nous sourit, signalant la fin de l’aventure. Et toutes les intrigues de ce RPG auront été passionnantes, parfois drôles et dérisoires, parfois effrayantes. C’est un regret de quitter ce monde empli de « démons et merveilles », pointilleux jusqu’au dernier détail, et avec un solide passé derrière lui. Au bout de plusieurs dizaines d’heures de jeu, en quittant l’univers de The Witcher ainsi, je n’ai eu qu’une envie : continuer un peu l’aventure avec Geralt, cette fois au travers des romans et nouvelles d’Andrzej Sapkowski, l’écrivain ayant inspiré cette série de jeux vidéos.

 
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Publié par le 20 août 2017 dans Jeux vidéos

 

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Le complexe d’Eden Bellwether | Benjamin Wood, 2012

Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée de l’imposant campus, Oscar est irrésistiblement attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant d’une chapelle. Subjugué malgré lui, Oscar ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme attire son attention. Iris n’est autre que la sœur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique…

Admettons-le, je n’aurais sans doute pas croisé la route de ce livre s’il n’avait pas un synopsis étrangement évocateur de celui du Fantôme de l’Opéra. Ce n’est pas un mal, puisque cette similarité a permis de découvrir une lecture belle et passionnante. Il a d’ailleurs suffi de plonger dans les premières pages, pour avoir cette réflexion devenue plutôt rare « quel que soit le déroulé de l’histoire, je sens que ça va me plaire et être un bon livre ». Je ne me suis pas trompée là-dessus.

Le premier roman de Benjamin Wood peut se targuer d’être prenant et hypnotisant, pour son incursion dans la littérature anglaise. On suit l’histoire du point de vue de Oscar Lowe, un jeune homme qui travaille en tant qu’aide-soignant dans une maison de retraite. On ignore quasiment tout de lui, excepté qu’il a des rapports compliqués et distants avec sa famille, et qu’il compense les études qu’il n’a jamais eues par des lectures empruntées au seul patient qu’il apprécie, le lucide et cassant Dr. Paulsen. Oscar est un soir attiré par les notes d’un orgue, dans une chapelle : c’est l’événement qui le conduit à se mêler à la famille aisée des Bellwether, tombant amoureux d’Iris. Il devient également fasciné et révulsé à la fois par son frère, Eden. Ce dernier prétend que c’est sa musique qui a conduit Oscar à rencontrer Iris, et s’impose comme instrument du destin essentiel. Tout le livre s’articulera ensuite autour de ce personnage énigmatique et narcissique, qui utilise la musique comme traitement médical et est persuadé de sa toute-puissance. Autant dire que le jeune Eden souffre d’un problème mental qui ne sera jamais clairement diagnostiqué, mais qui rend son personnage totalement imprévisible et dur, ambigu, amenant à faire ressentir pour lui autant de fascination, que d’incrédulité et de méfiance. Le lecteur est pris dans les mêmes doutes qu’Oscar face à ce personnage, tandis que l’histoire s’enrichit en tension et en psychologie, virant au thriller.

Le Complexe d’Eden Bellwether se révèle extrêmement riche, tant par les thèmes qu’il aborde que par la description de ses relations humaines. Il y a tout d’abord l’opposition de deux mondes, celui de dur labeur, populaire, d’Oscar Lowe, qui a toujours dû ne compter que sur lui-même pour vivre, face au monde presque aristocratique, universitaire et aisé d’Eden et de sa sœur Iris, ainsi que de leur groupe d’amis, tous étudiants, tous destinés à de brillantes carrières, peut-être plus par habitude familiale que par véritable désir. Puis vient ensuite la musique baroque dont fait usage Eden à des buts fort peu catholiques, puisqu’il est persuadé de pouvoir guérir les gens de n’importe quel mal grâce à celle-ci. Oscar et Iris en font ainsi l’expérience, concluante au début, avant qu’ils ne se rendent compte que la foi et la croyance ne sont pas aussi miraculeuses que prévu. On oppose ainsi la croyance aux miracles à la dure réalité, l’espoir face au concret. Et bien sûr, le livre ne serait rien sans la psychologie dans laquelle il nous plonge par le personnage d’Eden, en faisant un jeune homme narcissique, entre le génie et le manipulateur, un être aussi complexe qu’effrayant, supérieur aux autres, utilisant cette force pour mieux dissimuler le trouble dont il souffre.

C’est autour de cet être que les personnages se dévoilent et imposent leur propre personnalité. Oscar, terre à terre, qui doutera presque immédiatement d’Eden, et qui est pourtant fasciné par lui, parce qu’il est son inverse, et aspire pourtant au même but : aider, soigner les gens, si ce n’est qu’Oscar agit dans l’ombre et sans rien attendre en retour. A côté de ces deux héros, on trouve Iris, terriblement vive et piquante, vivant pourtant dans l’ombre de son frère, tiraillée entre l’affection et l’admiration qu’elle lui voue, et ses sentiments fidèles envers Oscar. Le déchirement qu’elle éprouve montre bel et bien aussi l’emprise que son frère a sur elle, et par extension, la façon dont Eden a pu charmer sa famille et ses amis (personnages restant en arrière-plan, mais non dénués d’intérêt) sans jamais être inquiété de ses actes extrêmes.

Bien que le dernier retournement de situation arrive un peu trop brutalement à mon goût, le revirement donné à Oscar à cette occasion est particulièrement imprévisible et violent, révélateur d’un personnage sur lequel on en savait peu, mais suffisamment pour y être attaché. Le style anglais et gothique est aussi présent et contribue parfaitement au charme du roman. L’écriture de l’auteur est plus précise et limpide que véritablement ciselée, ce qui n’empêche pas les 500 pages d’être très vite tournées et de se montrer prenantes. Non seulement son histoire est passionnante, mais ses personnages sont bien vivants sous sa plume, conférant à ce roman son propre souffle et de la force dans l’humanité des protagonistes que Benjamin Wood dépeint. A noter que le prochain roman de l’auteur, L’Écleptique, paraît ce mois-ci chez Robert Laffont.

Ma théorie est que l’espoir est une forme de folie. Une folie bénigne, certes, mais une folie tout de même. En tant que superstition irrationnelle, miroirs brisés et compagnie, l’espoir ne se fonde sur aucune espèce de logique, ce n’est qu’un optimisme débridé dont le seul fondement est la foi en des phénomènes qui échappent à notre contrôle.

 
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Publié par le 13 août 2017 dans Lectures

 

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My Cousin Rachel | Roger Michell, 2017

Voir la nouvelle adaptation du roman Ma cousine Rachel de Daphné du Maurier était inévitable, l’auteure – l’autrice ? – étant l’une de mes favorites. Je ne garde qu’un souvenir très mitigé et vague de la première adaptation de ce livre, réalisée en 1952 avec Olivia de Havilland et Richard Burton dans les rôles principaux. Ici, c’est désormais Rachel Weisz qui interprète l’ambiguë Rachel, et Sam Claflin qui joue le protagoniste principal, Philip. Tous deux sont d’ailleurs épaulés par Ian Glen et Holliday Grainger dans des secondes rôles, appréciables mais un peu trop rares.

Au début du XIXe siècle, Philip, orphelin, est élevé par son cousin Ambroise. Quand celui-ci part en Italie pour se rétablir d’une maladie, il rencontre une jeune veuve du nom de Rachel, qu’il épouse. Mais ses lettres à Philip se sont de plus en plus inquiétantes : il accuse Rachel de le tuer petit à petit. Philip arrive trop tard en Italie, constatant la mort de son cousin. Il est désormais héritier de la maison et des terres d’Ambroise, et de retour chez lui, il doit accueillir Rachel, qu’il soupçonne d’être une meurtrière. Mais la veuve se révèle très différente de ce qu’il imaginait. Convaincu de son innocence, il tombe amoureux d’elle, mais des doutes l’assaillent vite sur les vraies motivations de cette femme…

Était-elle coupable ? Était-elle innocente ? Qui doit-on blâmer ?

Ma cousine Rachel, à la manière de Rebecca, le chef d’œuvre de Daphné du Maurier, est un portrait fin et subtil d’une femme dont on ignore les véritables intentions. Tantôt manipulatrice, tantôt adorable et pure, Rachel est une héroïne presque similaire à Rebecca, et qui a tôt fait de rendre fous et tourmentés les hommes qui s’amourachent d’elle. Est-elle une femme qui a dû subir les délires méfiants d’un mari malade et fiévreux et qui souhaite ensuite commencer une nouvelle vie ? Est-elle une veuve noire qui prétend l’amour pour mettre la main sur les possessions de ses maris successifs, en les empoisonnant ? Est-elle une femme cliniquement malade qui erre d’un état à l’autre, ne sachant pas vraiment ce qu’elle fait en-dehors de quelques moments de lucidité ? Ou est-elle encore une ombre, une image façonnée par les pensées que lui prêtent ses amants, passant de diabolique à angélique, et n’était au final qu’une simple femme ? Comme dans le roman, le mystère est gardé entier dans le film, ce qui est très appréciable, la subtilité des romans de Du Maurier n’étant pas toujours respectée dans ses diverses adaptations. Aucune hypothèse ne semble plus ferme et plus établie qu’une autre, au contraire : sans cesse des éléments contredisent un parti puis l’autre, Philip lui-même défaille et ne sait plus quoi penser, jusqu’à la toute fin. Ses derniers mots seront « Rachel, mon tourment », montrant bien que même lorsque la situation est résolue, le mystère entourant cette femme demeure insaisissable. C’est bel et bien là tout l’intérêt de l’histoire.

Pour jouer cette femme à double visage et à l’esprit insondable, Rachel Weisz a choisi, semble-t-il, de ne jamais dévoiler quelle partie de son rôle elle préférait, et auquel elle aurait pu donner raison par son jeu. On a ainsi droit à un personnage fait de multiples nuances, ambigu, qui révèle autant une femme passionnée qu’une figure parfois virginale et modeste, ou encore une femme rêvant de liberté et de vivre sa vie en toute indépendance. On assiste donc au portrait d’une femme aussi empreinte de douceur que de force, parfois charmante et rieuse, et d’autres fois désespérée et méfiante. Toutes ces ambivalences dues au superbe jeu de Rachel Weisz, sensuelle et souvent sublime, font du personnage de Rachel le moteur du film et toute sa force. Car même si l’on partage les hésitations et les doutes de Philip, il est difficile d’éprouver totalement de l’empathie pour lui, bien qu’on ait souvent envie de le secouer pour lui dire de sortir de l’aveuglement amoureux dont il fait preuve… avant que les rebondissements ne nous fassent demander si ce n’est pas lui qui devient complètement fou et paranoïaque. Les dernières images montrent à quel point cette relation l’aura détruit mentalement, et combien il mettra du temps à s’en remettre, si cela arrive jamais.

Il n’y a pas de fausse note dans tout le casting présent ; les seuls reproches à avoir seraient par rapport au film en lui-même, parfois trop lisse. Il manque à My Cousin Rachel une étincelle nerveuse, une flamme fiévreuse et passionnée qui n’apparaît que trop rarement. Il y a un soin tout particulier accordé à la mise en scène ou aux décors de l’Angleterre, de l’Italie, aux jeux d’obscurité, mais cela ne suffit pas. Il manque peut-être ce qui aurait vraiment fait l’atmosphère du film, le faisant entièrement se transformer en thriller : une tension sourde, à défaut d’être oppressante. Il manque également ce côté fiévreux qui aurait parfaitement correspondu au personnage de Philip et à ses doutes maladifs, ce côté véritablement passionné et extrême qui aurait encore plus mis en avant l’inaccessibilité de Rachel et ses faux-semblants. Bien sûr, il ne s’agit pas ici d’une antagoniste aussi forte et masculine que Rebecca, mais Rachel hante le héros de façon similaire.

Cela n’empêche toutefois en rien le film d’être très beau, et en outre une superbe adaptation du roman, qui vaut le détour pour l’ambivalence de Rachel Weisz avec ce personnage au prénom prédestiné. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans le roman, par mon ressenti, je suis persuadée que Rachel est coupable – mais le film est suffisamment bien écrit pour que je ne puisse décider quel parti prendre.

 
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Publié par le 12 août 2017 dans Cinéma & séries

 

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