RSS

Musiques du moment (2)

Un autre aperçu des musiques qui tournent en boucle ces derniers jours… avec surtout des chansons déjà connues mais que je redécouvre après un long temps sans les écouter !

Je connaissais Try bien avant qu’elle ne soit utilisée – hélas – dans la BO du dernier Fifty Shades of Grey. Si le clip est un peu kitsch à sa manière, la musique, la voix de Nelly Furtado, et surtout les paroles, ont fait que cette chanson est l’une des plus émouvantes et poignantes que je connaisse. « All I know is everything is not as it’s sold, but the more I grow the less I know. And I have lived so many lives, though I’m not old. And the more I see, the less I grow. » Elle exprime à la fois le doute face aux changements de vie, la compréhension que les autres n’approuvent jamais un style d’existence qui n’est pas bâti à leur image, ou encore, le fait de changer, ou encore comment l’expérience accumulée peut être belle et douloureuse. Try est sans aucun doute une chanson mélancolique, mais avec tout de même un joli espoir à la fin.

C’est là une musique et une scène que les fans du Fantôme de l’Opéra connaissent bien, mais qui est toujours aussi parfaite et romantique. La mise en abîme du trio final du Faust de Gounod sert à merveille ce moment-clé du téléfilm de 1990, avec Charles Dance et Teri Polo. Elle reflète aussi superbement la relation existant entre Christine et Erik dans cette version, et puis, quelles voix, tout simplement.

Chanson-phare créée spécialement pour le film Batman le défi, par Siouxsie and the Banshees et Danny Elfman, Face to face a un magnétisme et une aura envoûtants, indéniable. Tout dans le mystère, le sensuel de la musique, sert à illuminer ce qu’on pourrait nommer le coeur de ce film, la scène où Bruce Wayne et Selina Kyle, au bal, découvrent qu’ils sont Batman et Catwoman, se demandant si d’amants ils vont devoir passer à ennemis. Tout est dans le jeu des masques pour cette belle scène de cinéma, et Face to Face ne pouvait l’accompagner plus parfaitement, avec autant de symbolisme et de lectures possibles.

Bon, il y a deux chansons à sauver dans Mozart l’opéra-rock : « L’Assasymphonie » et celle-ci, « Le Bien qui fait mal », qui sont évidemment chantées par le même protagoniste. Salieri fait tellement figure de personnage frollien, en même temps ! Outre cela, les paroles sont assez joliment travaillées, et le rythme évoque parfaitement le côté torturé du personnage.

Il s’agit plus d’une playlist que d’une chanson à probablement parler. Le Youtubeur à l’origine de cette initiative arrive à trouver des chansons qui collent très bien à certains thèmes (Cabaret, femme fatale, etc) et cette playlist a tourné en fond pendant un moment. Les différentes musiques font plonger dans une atmosphère de film noir particulièrement agréable, en passant par des artistes très variés, plaisants à découvrir.

 
Poster un commentaire

Publié par le 23 mars 2017 dans Musique, maestro

 

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , ,

Les Misérables en concert

Glissons quelques mots sur le spectacle des Misérables en concert, dont la tournée s’achève, après être passée par plusieurs villes de France. A la manière des 10e et 25e anniversaires enregistrés en DVD, il s’agissait ici d’une version de concert, dépouillée, des Misérables, reprenant les chansons principales de la comédie musicale.

Le spectacle reprend la version française du musical, mais celle de 1991 – donc celle « retraduite » de l’anglais. Et c’est une très belle réussite, tout simplement. Tous les chanteurs, qu’ils soient principaux, secondaires ou faisant partie des chœurs, nous emportent avec puissance au gré des différentes chansons. Leur voix à tous et à toutes est remarquable, en envolée lyrique ou en finesse. Si le jeu varie en revanche plus ou moins bien d’un chanteur à l’autre, dans l’ensemble, ils nous redonnent avec plaisir à admirer les personnages de l’œuvre de Hugo, leurs idéaux et leurs tourments. Que ce soit Fantine, Javert, Valjean, Enjolras ou Marius, tous réussissent à retransmettre l’essence de leur rôle, par leur voix et leur émotion.

Il est ainsi impossible de ne pas mentionner certaines des plus belles chansons, qui, en dépit qu’elles soient parfois très exigeantes, sont chantées avec brio : « Comme un homme » de Valjean, « Le suicide de Javert », « Seul devant ces tables vides », « J’avais rêvé d’une autre vie », la chanson d’ouverture du bagne, « A la volonté du peuple » ou encore « Le grand jour ».

Valjean transmet dans son timbre autant de volonté que de douceur, Enjolras démontre sa détermination avec force, Javert est parfois caricatural dans son jeu, mais vocalement sans reproche, Fantine parvient à nous émouvoir…. Je regrette seulement un peu que le découpage des chansons ne donne qu’un aspect très lisse et bienfaiteur à Éponine, manquant de subtilité. Quant aux Thénardier, ils sont également interprétés avec justesse, et particulièrement M. Thénardier, qui parvient à rester sournois et inquiétant, assez éloigné du côté comique qu’on lui donne dans la version anglaise.

La réussite du spectacle tient aussi à une très belle direction d’orchestre par Alexandra Cravero, aux choeurs impressionnants. Les lumières sont également utilisées avec pertinence, pour renforcer l’émotion des personnages durant les chansons, même si cela devient parfois très virevoltant au moment des barricades. Enfin, un soin particulier a été apporté aux costumes d’époque revêtus par les interprètes, pour nous plonger dans l’atmosphère du XIXe siècle ; élément renforcé par le fait d’avoir au début de chaque acte, un « Victor Hugo » narrateur contant les diverses péripéties de l’histoire, pour permettre au public de s’y retrouver.

En somme, un magnifique concert, qui fait espérer qu’un jour, on pourra retrouver les Misérables complètement mis en scène et de manière intégrale, en France…

Casting :

Jean-Valjean – Xavier Mauconduit
Javert – Pierre-Michel Dudan
Fantine – Ita Graffin
Cosette – June Van der Esch
M. Thénardier – Ronan Debois
Mme Thénardier – Christina Koubbi
Marius – Jean-Christophe Born
Enjolras – Mickael Roupie
Victor Hugo – Christian Décamps
Gavroche – Pierre Gommé

 
 

Étiquettes : , , , , , , , ,

Sherlock, saison 4 | La psyché du détective de Baker Street

Sherlock Saison 4

La série Sherlock est revenue il y a plus d’un mois pour sa quatrième (et dernière ?) saison. Bien qu’il reste la possibilité d’une cinquième saison, ces trois nouveaux épisodes tendaient à une fin, à boucler un cycle. Au regard de ce qu’ils ont apporté, et en observant avec recul, les quatre saisons, les créateurs de la série ont dit l’essentiel. Si cinquième saison il y a, ce ne sera que bonus, ou dérapage. C’est l’occasion de donner ici un regard d’ensemble à une série de qualité, qui aura été distillée au compte-gouttes.

« The game, Mrs. Hudson, is on ! »

Sherlock a considérablement modernisé le héros d’Arthur Conan Doyle, lui attribuant une modernité pourtant fidèle à l’essence du personnage. La série a donné un autre regard sur la relation qu’il entretient avec John Watson, mais aussi avec tous les autres protagonistes, de ses alliés (Mycroft, Lestrade, Molly Hooper) à ses ennemis (Irène Adler ou Jim Moriarty). Elle a réinventé les enquêtes de Sherlock Holmes, les parsemant de références, d’humour, d’action, de situations parfois invraisemblables, de fan-service ; tout en donnant un magnifique coté esthétique à voir, une ville de Londres plutôt sombre que brillante. Sherlock a aussi lancé ce qui devient de plus en plus présent maintenant dans les séries, les insertions qu’on pourrait presque qualifier de « réalité augmentée » avec les inserts de sms, de mails, ou encore l’exposition du « mind palace » de Sherlock à l’écran : une innovation utile et superbe.

La série s’est aussi caractérisée par le soin et la beauté apportés à ses répliques. Certains dialogues, pessimistes, lucides ou drôles, sont mémorables, tout comme certaines scènes qui en ont fait bondir, ou s’impatienter plus d’un : comment oublier la fin de la saison 1 avec Sherlock sur le point de tirer sur Moriarty, ou la fausse mort de Sherlock à la fin de la saison 2 ? On a, au sein de la série, un merveilleux jeu d’acteurs, tout en nuances, en expressions et mimiques, une série habitée par ses personnages et la vie qu’y insufflent les comédiens, parfaits et pourtant drôles en même temps.

Sherlock Saison 4

« That’s what people DO ! »

Pourtant, Sherlock n’est pas exempt de défauts. Peut-être des défauts qui sont le propre de Steven Moffat, malheureusement, comme le prouve son travail inégal sur Doctor Who, parti en grand n’importe quoi. On compte ainsi une saison 3 plus que moyenne, malgré un épisode 2 (le mariage de Watson) qui a relevé un peu son niveau, et ce en incluant l’épisode victorien    spécial « The Abominable Bride », avec des intrigues abracadabrantes. Un méchant qui tire sa révérence trop vite et qui n’insuffle pas tant de terreur que ça, ou encore le décevant fait, même si voulu, de ne jamais avoir l’explication réelle de comment a survécu Sherlock à sa chute, et avec un « retour » miracle de Moriarty qui paraissait un grand n’importe quoi digne de Moffat. Malheureusement, ce dernier semble doué pour bâtir des intrigues et du suspens, mais beaucoup moins pour les résoudre de façon convaincante. De manière générale, si les saisons 1 et 2 sont parfaites, la saison 3 n’a pas du tout le même niveau, laissant un goût d’inachevé, d’ennui, et comme d’une moquerie envers le spectateur, par son invraisemblance.

L’autre défaut – peut-être subjectif – qui fait que la saison 3 a été moins réussie, est le personnage de Mary, la femme de John. Malheureusement, je n’ai jamais trouvé l’actrice convaincante, et le personnage au background sur-développé d’agent secret à la retraite, encore moins, ni sa relation avec John. La rendre aussi importante au cours de la saison, a manifestement imprégné tout le reste. Moffat ne sait pas vraiment écrire les personnages féminins : une critique qui lui a été adressée à plusieurs reprises, même si Irène Adler et Molly Hooper sont tout de même très réussies, dans deux caractères différents.

Sherlock et ses antagonistes : James Moriarty, Irène Adler, Magnussen, Culveron Smith

« My name is Sherlock Holmes. » « The detective ? » « The pirate. »

Malheureusement, par conséquent, cette faiblesse se perpétue jusqu’à l’épisode 1 de la saison 4. Pour tout dire, je n’ai rien retenu de cet épisode, ou pas grand-chose, à part que Mary décède dans une autre intrigue délirante. Je me suis alors dit que la saison 4 serait, encore une fois, moyenne, mais les deux autres épisodes, The lying detective, et The final problem, ont relevé le niveau. Ils n’ont pas rattrapé la brillance des deux premières saisons, mais ils s’en sont rapprochés, si bien qu’on se retrouve de nouveau happé par la série, par ses personnages, ses intrigues et une ambiance soigneusement construite.

The lying detective revient avec un méchant au final encore plus écœurant et hypocrite que celui de saison 3 : Culveron Smith, avec un sacré jeu d’acteur qui tient tête à Sherlock avec brio. Un hypocrite, oui, un méchant qui joue sur le fait même qu’on le croit vulgaire et diabolique, pour en ressortir plus innocent. Quant à Sherlock, on le voit, pour ramener vers lui un John qui lui en veut d’être soi-disant à l’origine de la mort de sa femme, sombrer dans un état lamentable, à la limite de la mort, avec une conviction impressionnante. Bref, cet épisode est fascinant par son jeu de faux-semblant, et l’apparente impossibilité de Sherlock à arrêter un criminel, pour une fois.

Sherlock saison 4 The final problem

Il y aurait tant à dire sur The final problem, mais je ne spoile pas tout, pour laisser un plaisir de découverte. On repart là avec du Sherlock en grande fanfare, avec une importante place donnée à Mycroft et Molly Hooper ; on a les explications de certains mystères disséminés depuis le début, comme la mort de Moriarty, ou pourquoi Sherlock rêvait d’être pirate, enfant. On voit, en une heure et demie, nos trois personnages principaux – Sherlock, John, Mycroft, réunis dans un huis-clos poignant et oppressant, un horrible jeu de manipulation – passer par toutes les émotions possibles, les masques tomber. Les explosions de sentiments dans une série censée être cérébrale ne sont que plus impressionnantes. Et l’antagoniste est lui aussi fascinant, dans cet épisode, jusqu’à la presque toute fin – une sorte de Hannibal Lecter terrible. Pourtant, cet antagoniste a lui-même quelques défauts : il faut accepter son existence encore une fois abracadabrante (ce qu’on fait toutefois avec un certain plaisir), sa fin somme toute simpliste au vu du portrait qu’on en dresse, ce qui mène aussi à une fin d’épisode un peu… mitigée, classique, mais qui ne pouvait toutefois être autrement, au final. Mais c’est un peu bâclé, un peu moralisateur, malgré tout.

Ce dernier épisode aura été réellement prenant, avec un sens implacable de l’oppression, des pièges, de la manipulation dans laquelle sont piégés nos héros. Ce huis-clos fait ressortir tout en eux, des sentiments profonds, aux extrêmes dont ils sont capables, allant même jusqu’à nous déranger un peu durant le visionnage, nous faisant nous demander comment on aurait réagi à leur place. Pendant cet épisode, on angoisse, on est véritablement transportés dans l’histoire, cherchant sans doute désespérément un peu de souffle dans la noirceur de l’intrigue et de ses conséquences poignantes.

The final problem est aussi la résolution finale : on comprend tout, on voit les indices laissés ici et là par les créateurs de la série, et on arrive au bout du cycle de la série. Après cela, l’essentiel a été dit, d’où le fait que la 5e saison n’est pas si nécessaire que cela, à part pour faire durer le plaisir. Mais tout a été raconté. Il n’est guère possible d’en faire plus sans donner l’impression de piétiner dans les mêmes chemins, aussi passionnants soient-ils.

Sherlock Saison 4 Benedict Cumberbatch, John Freeman, Mark Gatiss (Sherlock, John, Mycroft)

« You told me once…that you weren’t a hero. There were times when I didn’t even think you were human, but let me tell you this. You were the best man, the most human … human being that I’ve ever known … »

Cette 4e saison a permis de comprendre ce qu’est la globalité de la série. Sherlock, comme l’indique le fait que seul le prénom du célèbre détective soit utilisé, tourne autour de ce personnage mais surtout de son âme, de sa psyché, de son esprit. Tout au long des saisons, nous le voyons évoluer, du détective autiste et sociopathe, à un être plus humain même si encore dérangé et éloigné des rangs de l’humanité. Il découvre l’amitié avec John Watson, des relations troubles d’admiration et de haine avec Moriarty et Irène Adler, un début de fraternité avec Mycroft ; il découvre que lui aussi peut ressentir la peur, la trahison, la colère, la volonté de faire passer les autres avant lui et son égoïsme. Sans le rendre pathétique ni sentimental, il s’ouvre durant toutes ces saisons à l’humanité qu’il a si soigneusement mise à distance.

Il nous livre les clés de son esprit : d’abord avec le mind palace qui représente son intellect, puis son inconscient, voire ses cauchemars, notamment lorsqu’il se rêve enfermé avec un Moriarty prisonnier d’un asile. Ce sont ses amitiés avec John, Lestrade, son affection pour Molly, Mrs. Hudson, qui sont peu à peu démontrées ; mais aussi ses psychoses et névroses, avec ses prises de drogue semi-suicidaire, l’antagoniste du Final problem, celui de The lying detective qu’il considère comme le pire de ses ennemis. On a pu voir les extrêmes dont il était capable, en tuant l’antagoniste de la saison 3. Sherlock nous montre que son héros n’est pas un ange, ni un être dénué de sensibilité, ni une simple machine mécanique et intellectuelle, mais un être profondément humain, bien qu’il ait nié ou refoulé cet aspect pendant longtemps.

Ce que Sherlock nous a permis de faire pendant quatre saisons, finalement, c’est tout un voyage intérieur dans ce qu’est, ressent, perçoit le détective : les enquêtes ne servent qu’à mettre en valeur, à faire ressortir ses émotions et les évolutions qu’il connaît, depuis sa rencontre avec John Watson. Outre la modernisation de la série, c’est une autre vision du héros de Conan Doyle, plus intérieure, plus intime, et qui ne dénature pas le personnage. Les extrêmes du spectre de son esprit nous sont dévoilés par des sentiments, des thématiques différentes suivant les saisons : maintenant, tout ce voyage intérieur est effectué. Le détective n’est plus le pur sociopathe du début, mais quelqu’un qui, en se frottant à l’humanité, a fini par en acquérir : tout en conservant son étrangeté. Il n’est que plus passionnant, sans perdre sa complexité, ni son côté énigmatique.

« PS, I know you two. And if I’m gone, I know what you could become. Because I know who you really are. A junky who solves crimes to get high. And the doctor who never came home from the war. Will you listen to me? Who you really are, it doesn’t matter. It’s all about the legend. The stories, the adventures. There is a last refuge for the desperate, the unloved, the persecuted. There is a final court of appeal for everyone. When life gets too strange, too impossible, too frightening, there is always one last hope. When all else fails, there are two men sitting arguing in a scruffy flat like they’ve always been there, and they always will. THE best and wisest men I have ever known. My Baker Street boys. Sherlock Holmes and Dr Watson. »

 
Poster un commentaire

Publié par le 2 mars 2017 dans Cinéma & séries

 

Étiquettes : , , , , , , , , , ,

Split | M. Night Shyamalan

split

Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

Split est le retour au cinéma du célèbre M. Night Shyamalan, connu pour ses thrillers fantastiques et pour ses fameux twist de fin. Bien que je n’apprécie pas toujours ses œuvres, ce réalisateur est peut-être un de mes préférés, et je suis toujours d’un œil ses projets. Depuis la première bande-annonce, Split donnait envie d’aller le voir, avec raison.

On reconnaît la patte particulière du réalisateur dans sa mise en scène. Les films de Shyamalan sont toujours imprégnés de symbolique, que ce soit au niveau des costumes ou des décors. Des décors, ici, on n’en trouvera que bien peu : la majorité de l’action se passe dans l’appartement de Kevin, une sorte de logement de fonction attenant une salle des machines sous un zoo. L’ouverture est elle aussi typique du réalisateur, nous plongeant d’emblée dans une scène d’anniversaire à un restaurant, où Casey se montre solitaire, exclue des autres à la fête d’une amie ; puis ensuite sur le parking non loin, où Kevin assomme le père de l’amie en question, prend le volant de la voiture où attendent Casey et ses deux amies. Cette entrée en scène reste purement mystérieuse dans le fait qu’on ne sait rien des raisons qui animent Kevin à organiser cet enlèvement, et que lui-même ne semble pas très convaincu de ce qu’il fait.

split james mcavoy

La suite de l’histoire nous montre comment les trois amies finissent séparées, après des tentatives d’évasion, pour ne laisser que le point de vue de Casey. C’est d’ailleurs à travers ses yeux qu’on voit l’histoire, des flash-back de son enfance, et la danse des multiples personnalités de Kevin. A ce sujet, on aura parfois l’impression d’avoir été floué sur la marchandise, car au fond, nous ne voyons concrètement que 5 personnalités (3 autres de manière fugitive) dont 4 apparaissant dans la bande-annonce. Mais ce serait renier, à tort, l’excellent jeu d’acteur de James McAvoy. Il parvient à donner corps et vie à ces cinq personnages, plus que personnalités, chacune ayant une manière différente de se vêtir, de parler, de se mouvoir, au point que je regrette presque d’avoir vu ce film en VF (version pourtant honorable) pour ne pas profiter du jeu de l’acteur sur le travail des voix. On identifie ainsi vite chaque personnalité à chaque apparition, à la manière de Tatiana Maslany et ses clones dans Orphan Black. Bref, James McAvoy se révèle impressionnant, tour à tour capable d’une immense froideur, d’expressions d’innocence enfantine, de féminité ou bien de férocité bestiale. Ses entretiens avec sa thérapeute, où une personnalité joue le rôle d’une autre, sont aussi brillants pour montrer son habileté de jeu.

Face à lui, dans ce huis-clos relativement oppressant, mais guère effrayant, on trouve l’héroïne, Casey, jouée par une douée et émouvante Anya Taylor-Joy. Tout d’abord, le portait de l’adolescente peut nous surprendre, proche du mutisme, taciturne, renfermée, peu sociale avec ses deux camarades d’enlèvement, mais douée de force et d’obstination, toute en finesse. Après tout, quand se révélera la 24e personnalité de Kevin, elle se transforme en victime d’un film slash, qui tente d’échapper au meurtrier en cavale. Les flash-back éclairent son histoire, sa manière d’être : on ne peut que regretter que cette importance soit peut-être moins subtile que dans les anciens films du réalisateur. Quoiqu’il en soit, à l’instar de Kevin, c’est aussi un portait d’asocial, de personnage blessé par la vie, à l’écart des autres, en-dehors de l’humanité, qui chérit seulement la solitude. Pas le genre d’héroïne qu’on voit habituellement, avec pourtant du répondant et une intelligence certaine. Elle est, avec James McAvoy, indéniablement l’héroïne du film.

split_anya_taylor-joy

L’histoire n’est pas simplement qu’un thriller fantastique. L’attention toute médicale et scientifique qui est portée à Kevin, par sa thérapeute, montre l’un des autres buts du long-métrage : démontrer à quel point les malades mentaux, ceux ayant vécu un profond traumatisme, en général, sont rejetés par la société, considérés comme des pestiférés. Cela se prouve autant par l’exclusion sociale soi-disant voulue de Casey, que par la solitude de Kevin, visiblement peu capable d’interactions sociales, enfermé dans un appartement souterrain parce qu’il ne peut faire autrement, avec le tumulte des personnalités en lui, qui prennent quand elles le souhaitent « la lumière », « le projecteur », et donc « conscience ». Ainsi, la thérapeute donne à un moment une conférence via Skype, où elle tâche de convaincre que le trouble de la personnalité multiple est réel, et non une simulation. Ces préjugés sont ainsi critiqués dans le film, par l’ignorance des gens, leur incapacité à essayer de comprendre ce qui anime ou fait souffrir l’autre (Casey autant que Kevin) et leurs visions étroites. On peut, indirectement, regretter que le public du cinéma lors de la séance n’ait pas eu l’air très réceptif à cette critique en général, comme l’ont prouvé les gloussements idiots entendus dès que James McAvoy endossait la personnalité de Patricia et se comportait donc comme une femme.

La métaphore du film, elle, se révèle distinctement et peu à peu, tout du long, peut-être de manière trop explicite : c’est que les gens abîmés, exclus de la société, ne le seraient pas en l’absence d’une véritable souffrance à l’origine. Kevin, ainsi, souffre de ce trouble mental à cause de sa mère, qui le battait, voire pire. C’est aussi cette thématique qui se retrouve dans le film, la volonté de lutter contre ces enfances volées, ou détruites, par des maux qui perturbent ensuite la vie émotionnelle et affective des victimes devenues adultes, menant parfois à la répétition de ces actes. L’animalité dont fera preuve Kevin par moments, tout comme le fait que son appartement se situe sous un zoo, ne sont pas anodins.

split james mcavoy

Tous ces éléments conjugués, de la mise en scène au jeu des acteurs, du huis-clos de l’histoire et de ses métaphores, font de Split un très bon film, auquel il ne manque sans doute que peu, pour le qualifier d’excellent. On retrouve la qualité des premiers films de Shyamalan, avec joie, tout en regrettant le petit ingrédient, de surprise ou de subtilité, peut-être, qui empêche le tout d’être magistral. On revoit avec plaisir l’habituel caméo du réalisateur, on apprécie aussi moins la dernière minute du film, qui ferait figure de twist, si elle avait été amenée de manière moins grossière et évidente.    

les-mille-et-une-vies-de-billy-milliganUne dernière chose à souligner est que Split est inspiré d’une histoire vraie, ou du moins son origine repose sur l’existence d’un véritable homme ayant eu 24 personnalités : Billy Milligan (1955-2014), un Américain soigné pour trouble multiple de la personnalité, victime de nombreuses amnésies, accusé de vols et de viols, qui passa bien des années en prison après des procès controversés. L’histoire de Milligan est relatée dans l’excellent livre de Daniel Keyes (l’auteur de Des fleurs pour Algernon) Les mille et une vies de Billy Milligan, après deux ans d’entretiens avec cet homme. Il s’agit d’un livre de non-fiction passionnant, même si le sujet est assez sordide et problématique, et qui amène à comprendre pourquoi Milligan a développé 23 personnalités, comment il a vécu avec celles-ci et comment il a pu en guérir, en les réunissant en une seule, la 24e. Le livre est peut-être encore plus impressionnant que le film, par l’étalage de l’histoire des personnalités et les changements permanents de Billy Milligan face aux situations qui l’entourent, chaque « visage » ayant été créé pour faire face à une situation particulière, et chaque personnalité étant d’abord ignorante des autres, puis capables de communiquer ensemble et d’établir une stratégie, pour vivre au mieux.

 
10 Commentaires

Publié par le 26 février 2017 dans Cinéma & séries, Lectures

 

Étiquettes : , , , , , , ,

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage | Haruki Murakami

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage

Je n’ai rien à offrir. C’est le problème qui me hante depuis longtemps. Je me suis toujours senti comme un récipient vide. Avec une certaine forme, peut-être, mais exempt de contenu.

Dans la catégorie des livres dont le titre ne peut réellement se mémoriser, on trouvera le dernier roman d’Haruki Murakami. En dépit de cette blague très facile, j’ai beaucoup aimé ce livre, sans pour autant le qualifier de coup de coeur. L’auteur a écrit nombre d’ouvrages tous aussi fascinants les uns que les autres (ou presque, certains ne m’ayant laissé que peu de souvenirs) mais qui, à la lecture en tout cas, hypnotisent toujours et font plonger dans des univers toujours étranges et poétiques.

Je n’avais pas lu de Murakami depuis longtemps, après une période où j’en avais dévoré beaucoup, suite au coup de coeur de Kafka sur le rivage. C’est donc un cadeau de Noël que L’incolore Tsukura Tazaki, car je n’avais pas particulièrement envie de relire l’auteur après que 1Q84 me soit tombé des mains. Et finalement avec ce livre, j’ai retrouvé ce qui me plaisait chez cet écrivain : un récit d’apprentissage, d’initiation, dans un univers réaliste mais parsemé de fantaisie, de poésie et d’un très léger surnaturel. A cela, on retrouve quelques critiques sur la société actuelle, son hyper-consommation et ses médias, mais aussi sur les relations humaines. Et comme toujours, une musique omniprésente est là. Murakami parsème ses romans de références musicales à chaque fois, et ici, ce sera Le mal du pays de Lizst, dont l’écoute ne m’aura certes pas plus touchée que ça, à la fin de la lecture.

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage nous entraîne dans la quête de Tsukuru, un ingénieur dans la construction de gares. Le jeune homme, suite à l’insistance de sa petite amie actuelle, revient sur une période particulière de son passé où il formait un groupe fusionnel avec quatre amis surnommés d’après des couleurs, suivant la signification de leur nom japonais : Bleu, Rouge, Noire et Blanche. Ces quatre personnes l’avaient brutalement rejeté et expulsé de leur groupe, sans qu’il sache pourquoi. Convaincu par sa petite amie qu’il ne pourra établir de relation stable tant que cette blessure affective reste ouverte et non élucidée, il les recherche pour leur parler, un à un, et savoir ce qui s’est réellement passé.

Il n’y a pas tellement d’action dans ce livre et pourtant les pages en ont été tournées très vite. L’auteur a une telle façon d’écrire qu’on se retrouve immédiatement immergé dans l’histoire, et on s’identifie assez facilement au protagoniste dans sa quête et son incompréhension. La poésie du texte nous emporte, tout comme les réflexions sur les relations humaines, qu’elles soient d’amour ou d’amitié. On ressent au fil des pages un côté mélancolique très prononcé, une philosophie stoïque et esthète, une certaine solitude de l’individu face à la société, une distance impossible à abattre, ce qui est récurrent dans les œuvres de l’auteur. Le narrateur est séparé des autres, dans une ville où il se contente de travailler, et en-dehors du groupe d’amis fusionnels de son lycée, aucune de ses relations n’a été réellement importante, jusqu’à sa dernière petite amie.

Le personnage de Tsukura est incolore, impersonnel, pour tout dire banal, comme beaucoup d’autres personnages de l’auteur. C’est cette même apparence ordinaire qui permet de dévoiler une belle introspection, un caractère pourtant juste et bon, avec un héros qui semble attendre la mort puis renaît, et effectue sa quête initiatique pour se sentir enfin plus vivant et en paix. En recroisant ses anciens amis, on voit d’autres portraits tout aussi intéressants, qui souhaitent eux aussi accéder à la vérité, et trouver la paix, seize ans après ce bouleversement dans la vie de Tsukuru. La fin du roman apporte cette sérénité, en tout cas, bien qu’il conserve aussi une étrangeté jamais réellement identifiée. C’est là un très beau livre de l’auteur, et peut-être un de ses meilleurs.

Le temps passé se changea soudain en une longue pique acéré qui lui transperça le cœur. S’ensuivit une souffrance argentée et muette, une colonne de glace qui emprisonnait sa colonne vertébrale. L’intensité de la douleur restait immuable. Il retint son souffle, ferma les yeux et l’endura.
Tsukuru réussit alors à tout accepter. Enfin. Tsukuru Tazaki comprit, jusqu’au plus profond de son âme. Ce n’est pas seulement l’harmonie qui relie le cœur des hommes. Ce qui les lie bien plus profondément, c’est ce qui se transmet d’une blessure à une autre. D’une souffrance à une autre. D’une fragilité à une autre. C’est ainsi que les hommes se rejoignent. Il n’y a pas de quiétude sans cris de douleur, pas de pardon sans que du sang ne soit versé, pas d’acceptation qui n’ait connu de perte brûlante. Ces épreuves sont la base d’une harmonie véritable.

 
2 Commentaires

Publié par le 10 février 2017 dans Lectures

 

Étiquettes : , , ,

 
%d blogueurs aiment cette page :