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Lectures d’avril 2017

Pour reprendre un journal de lectures, bonnes ou mauvaises, comme j’en avais fait à un moment, car je me rends compte que je peux « oublier » assez vite ce que j’ai lu au cours des derniers mois…

D'après une histoire vraie, Delphine de ViganD’après une histoire vraie – Delphine de Vigan, 2016

Le topo : Une narratrice en quête de son prochain roman à écrire, rencontre une femme qui se fait passer pour une ancienne camarade de classe. L’amitié naissante entre les deux se révèle vite troublante : la femme connaît tout de la vie de la narratrice, commence à prendre en charge son existence, la faisant tomber dans un piège pervers d’usurpation d’identité.

Le résultat : Il s’agit d’un roman à la sauce de l’autofiction, genre littéraire très français que je n’aime pas du tout. Autant l’histoire est intéressante, bien écrite et plutôt bien menée, autant l’héroïne et son antagoniste n’attirent ni sympathie, ni empathie. Je n’ai jamais apprécié cette manie qu’ont les auteurs français d’écrire une fiction à la première personne du singulier tout en refusant de dire si ce je est autobiographique ou purement fictionnel, en rajoutant ensuite des tas de détails sur les quartiers de Paris, les derniers repas mangés à tel endroit et tels films vus à tel cinéma. Pour moi, cela correspond toujours à des autobiographies non avouées, un peu vaniteuses, car dissimulées. On a cependant une réflexion intéressante sur l’écriture, sur ce qu’on met de soi à l’intérieur d’un texte, et un suspens très bien mené.

Des fleurs pour Algernon, Daniel KeyesDes fleurs pour Algernon (nouvelle originelle et autobiographie) – Daniel Keyes, 1959 et 2000

Le topo : Un simple d’esprit, Charlie, participe de son plein gré à une expérience scientifique pour devenir plus intelligent. L’opération réussit avec succès, avec tous les changements mentaux que cela implique pour Charlie. Mais les effets de la même expérience, sur une souris nommée Algernon, montre que cette intelligence n’est que temporaire.

Le résultat : La nouvelle originelle Des fleurs pour Algernon a été écrite sept ans avant le roman du même nom que beaucoup connaissent. Sous cette forme courte, le récit est certes percutant et bien plus direct, mais je préfère sans aucun regret le roman, bien plus élaboré, aux thèmes plus approfondis et travaillés, qui remue vraiment les tripes et fait réfléchir. Quant à l’autobiographie de Keyes, plus que sa vie, il raconte les circonstances l’ayant mené à l’écriture et à celle de ce roman en particulier, ce qui est plutôt intéressant, d’autant qu’il ne pose aucun jugement à rebours sur son parcours.

Léon Morin, prêtre, Béatrice BeckLéon Morin, prêtre – Béatrix Beck, 1952

Le topo : Durant l’occupation, une jeune femme rencontre le prêtre d’une église qu’elle n’a jamais fréquenté. S’ensuit entre les deux une relation empreinte de débats, de discussions, de piques et de répliques parfois peu catholiques.

Le résultat : La confrontation entre ces deux esprits indépendants et rebelles à leur manière est assez intéressante et plaisante à lire. On se demande parfois lequel est le moins catholique entre le prêtre et l’agnostique, tant Léon Morin semble avoir réponse à tout en mêlant science, religion et valeurs de vie, ainsi que critiques violentes sur l’occupation et sur le comportement des habitants face aux Allemands. Ces débats mènent à une fin assez ambiguë sur son message final. Malgré tout, ce roman est juste une lecture sans plus pour moi, Goncourt ou pas.

Vous parler de ça, Laurie Halse AndersonVous parler de ça – Laurie Halse Anderson, 1998

Le topo : Une jeune fille ne parle plus depuis un événement mystérieux arrivé pendant l’été. Le livre raconte son choc émotionnel et la remontée vers une vie plus paisible, durant toute une année scolaire.

Le résultat : Il s’agit là d’un beau roman, en multiples nuances et avec une écriture fluide, agréable, et qui arrive pourtant à mettre des mots sur les souffrances de son héroïne, à montrer comment elle revient à une vie plus heureuse en passant par des périodes de désespoir, de mélancolie et de recherche d’elle-même. L’empathie fonctionne avec la narration à la première personne et les pensées de l’héroïne, proches de toutes celles des adolescents de son âge. L’histoire n’est pas sans évoquer celle de 13 Reasons Why, par ailleurs. Une belle lecture, même si je n’y ai pas totalement adhéré.

Notre-Dame aux Ecailles, Mélanie FaziNotre-Dame aux Écailles – Mélanie Fazi, 2008

Le topo : Plusieurs nouvelles fantastiques et psychologiques à la fois. Un voleur de soupirs à Venise, une musique insufflant la création artistique de façon hypnotique, la rencontre de deux humains mêlés de loup, un train de nuit pour ceux qui fuient la douleur…

Le résultat : De très belles nouvelles, marquantes et différentes à leur manière propre, qui laissent parfois songeur, mais qui interpellent en tout cas. Le tout servi par une écriture poétique et empreinte de nombreuses images et évocations, sans jamais de clichés ni de situations par trop familières du fantastique. C’est là un superbe recueil de nouvelles qui vaut le détour, si on est amateur de textes un peu étranges et oniriques.


Sa Majesté des Mouches, William GoldingSa Majesté des Mouches
– William Golding, 1954

Le topo : Un avion s’écrase sur une île déserte. Les seuls survivants sont des garçons britanniques. Ils commencent à s’organiser pour leur survie, en attendant les secours, mais bien vite des scissions naissent entre eux, l’éducation laissant place à la sauvagerie, la civilisation, au chaos.

Le résultat : Ce roman jeunesse est connu pour avoir laissé une grande influence dans la littérature, mais aussi le cinéma ou les séries (le synopsis évoque bien celui de Lost, après tout, qui fait d’ailleurs des références à ce livre). Je ne l’ai pas apprécié autant que je l’aurais pu, n’étant pas dans l’humeur pour lire ce récit en particulier. Mais ce roman fait parfois un peu froid dans le dos en laissant voir à quel point le vernis sophistiqué de l’éducation laisse vite place à l’état sauvage, en-dehors de toute ville civilisée. Chaque personnage représente un symbole, de la république à la guerre, en passant par la cruauté, l’intelligence ou la clairvoyance, ce qui rajoute une dimension supplémentaire à la lecture. Le roman montre ainsi vite comment la nature de l’homme peut se révéler bienfaisante ou cruelle dès qu’il s’agit de survie.

 
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Publié par le 5 mai 2017 dans Lectures

 

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Resident Evil 7 : Biohazard, 2017 | Welcome to the family

Resident Evil 7 Biohazard

Je n’ai jamais joué aux précédents Resident Evil et c’est donc sans a priori particulier que je me suis lancée dans l’aventure du septième opus, sorti le 24 janvier 2017. C’était  l’occasion de découvrir une licence très ancienne et connue, le premier jeu étant sorti en 1996, une licence très souvent comparée avec les fameux Silent Hill. D’aileurs, pour Resident Evil 7 : Biohazard, il est à signaler qu’il se rattache pleinement à l’ambiance survival horror du tout premier volet (les autres étant plus orientés vers l’action) et qu’il utilise la vue à la première personne, qui fait écho à la démo de Silent Hills P.T., démo terrifiante d’un jeu qui ne sortira désormais jamais. Toutefois, d’après Capcom, l’éditeur du jeu, le développement de Resident Evil 7 est bien antérieur à Silent Hills P.T., ce qui exclurait toute inspiration.

L’histoire de Resident Evil 7 est bien simple et ne surprend d’ailleurs guère, tout au long du jeu : Ethan Winters, le personnage incarné par le joueur, reçoit un message de sa femme Mia, disparue depuis 3 ans. Ses recherches le mènent à Dulvey, Louisiane, dans une ancienne plantation apparemment abandonnée. Il y retrouve une Mia étrange et désorientée, prisonnière, et est très vite poursuivi par les propriétaires des lieux, la famille Baker, sanguinaire et dérangée…

Resident Evil 7 Biohazard Baker Family

Ambiance et immersion

Ce qui frappe le plus dans ce jeu vidéo est l’atmosphère intensément immersive qui s’en dégage. La vue à la première personne aide largement : en voyant tout par les yeux du personnage d’Ethan, on est inévitablement plus soumis au stress et à la tension qui accompagnent toute aventure en survival horror, aux jump scares. Et évidemment, on fait face au paradoxal souhait de vouloir avancer dans l’aventure pour comprendre ce qui se passe, tout en ayant véritablement la crainte de voir apparaître l’horreur qui attend un peu plus loin, au détour du couloir, du tunnel ou derrière la porte fermée. On se croirait réellement dans la maison des Baker, et j’imagine que cela est encore plus impressionnant en réalité virtuelle, si on a la possibilité d’y jouer.

Telle immersion est permise par la qualité et le détail des décors. Resident Evil 7 : Biohazard nous fait passer d’une fin de journée ensoleillée à une longue nuit interminable, durant laquelle on désespère de voir l’aube un jour. La nuit nous accompagne dans la vieille maison abandonnée principale, riche en pièces secrètes, sous-sols et greniers, puis dans une maison secondaire toute aussi effrayante, et enfin dans l’épave d’un bateau échoué. Il est amusant de voir qu’on retrouve en fait tout ce qui sera digne d’un film d’horreur : le navire hanté, le grenier au-dessus de la chambre d’une fillette soupçonnée d’être un fantôme, la maison abandonnée avec un sous-sol contenant même une morgue… Cela se reflète jusque dans les objets et décors des pièces : une maison de poupée contenant un plan secret, un ballon rebondissant venant de nulle part, une tronçonneuse qui n’est pas sans évoquer Ash vs. Evil Dead, un lieu de torture qui évoque probablement Saw. Sans oublier la charmante famille Baker composée de fous et de cannibales, qui semble tout droit sortie de Massacre à la tronçonneuse, incluant une inquiétante grand-mère et une gamine fantôme. Plus on avance, plus on trouve des éléments familiers des atmosphères d’horreur, repris souvent avec justesse. Assez en tout cas pour savoir que tels détails ne sont pas innocents et signalent un danger.

Resident Evil 7 Biohazard

Si l’on outrepasse la tension adjacente au jeu – et on le peut parfois, dans des zones qu’on sait nettoyées de tout ennemi zombie par des armes diverses et sympathiques – on peut même prendre le temps d’admirer ces décors qu fourmillent de détails, jusqu’aux toiles d’araignées et fissures du plafond. Le jeu est d’une réelle beauté graphique et réaliste, fait véritablement se sentir enfermé dans cette maison horrifique, qui grince et craque régulièrement, pour nous rappeler qu’on n’est pas là pour faire les touristes. Surtout quand la maison se retrouve soudain contaminée par une espèce de moisissure grandissante et presque organique. La musique fait d’ailleurs bien son job pour nous plonger dans une atmosphère pesante et effrayante : on se sent inévitablement tendu durant le jeu. Et ce même si ce malaise correspond davantage à regarder un film d’horreur plus gore que véritablement angoissant, et qui ne vous poursuivra pas forcément en allant vous coucher ensuite.

Personnages et scénario

Resident Evil 7 Biohazard Mia

Je ne saurais trop faire un parallèle avec les précédents jeux Resident Evil, même si je sais qu’ils parlent davantage de zombies et de catastrophes scientifiques. Ce jeu ne saura donc faire exception à la règle, bien que possédant par aspects un côté plus surnaturel, plus apte à effrayer. D’ailleurs, le titre Resident Evil est extrêmement juste dans cette maison abandonnée, qui paraît littéralement maléfique, comme ses habitants.

Le scénario est assez simple et linéaire : à la recherche de Mia, Ethan doit se débarrasser des membres de la famille Baker qui menacent sa vie ou l’empêchent d’accéder à des objets nécessaires pour la suite du jeu. Au cours de cette quête, on en apprend un peu plus sur ce qui s’est passé dans cette demeure ; et si les explications sont sans réelle surprise (on y conclut soi-même logiquement en progressant) ni très originales, elles réservent parfois un peu d’émotion. La fin, en revanche (il y en a d’ailleurs deux et j’ai choisi la plus heureuse) peut paraître quelque peu bâclée, y compris avec la résolution de l’identité de l’antagoniste final. Ça n’empêche toutefois pas ce dernier d’être assez flippant ! Un élément de la cinématique de fin fait également clairement référence aux jeux précédents, quoique de façon un peu ambiguë, là où les liens avec les opus antérieurs ne sont pas forcément très visibles.

Quant aux personnages, ils sont hélas trop lisses pour qu’il soit réellement possible de s’attacher à eux. Si l’on détecte parfois un sens de l’humour salvateur dans les situations horribles de Ethan, on ne sait rien de lui, tout comme des autres personnages. Il est tout à fait possible d’admirer le cran et le courage d’Ethan et de Mia face à ce qui leur arrive (car on contrôle Mia à certains moments), mais bien plus difficile d’éprouver de l’empathie pour eux. Tout comme pour la famille Baker ou pour Zoe, l’absence de passé empêche de prendre parti pour l’un ou l’autre des personnages. Mia devient d’ailleurs assez vite insupportable.

Resident Evil 7 Biohazard

Singularités bienvenues

Sans être innovant, Resident Evil 7 a aussi son lot de petites particularités assez agréables. Ainsi, les trophées ont des noms parfois très amusants et plus humoristiques que dans certains jeux ; certains s’obtiennent d’ailleurs après un échec ou un simple acte anodin. Fermer une porte derrière soi permet d’obtenir « La porte ! », essayer de résoudre une énigme avec un mauvais objet donne « Bien essayé ! », ou quand Ethan sort du bateau abandonné, on a le trophée « Il est Ethan un petit navire ». Ce sont des détails, mais c’est amusant. Et j’ai particulièrement aimé explorer le bateau abandonné.

D’ailleurs, les énigmes qu’on a à résoudre tout au long du jeu sont assez simples et les résolutions se trouvent avec un peu de logique. Cela donne un petit côté réflexion au milieu de l’atmosphère horrifique de la demeure, et une pause parmi les nombreux allers-retours que l’on doit faire, tant pour avancer le jeu, que pour parfois gérer son inventaire via un coffre.

Une autre singularité que j’ai particulièrement apprécié du jeu est le fait de trouver des cassettes vidéos permettant des flash-back. Ces passages font alors prendre le contrôle d’un autre personnage (le sujet de la vidéo) et donnent accès à des événements s’étant déroulés dans la même maison, un moment auparavant. Cela donne un nouveau visage aux lieux, dévoile des tenants de l’histoire ou permet encore de savoir quoi faire par la suite… à noter que ces passages sont par ailleurs facultatifs car rien n’oblige le joueur à regarder les cassettes, et il est même probablement possible de les interrompre en plein milieu.

Resident Evil 7 Biohazard
Conclusion

En somme, Resident Evil 7 : Biohazard est un très bon jeu, voire excellent, par son atmosphère réellement prenante et immersive (quand on parvient à outrepasser la frousse quand on y joue). On n’a qu’une envie, découvrir tous les éléments de l’histoire. Le jeu offre autant des moments d’action que de découverte, quelques énigmes, et a son lot de petites frayeurs ou de moments mettant la pression. Il n’est pas aussi angoissant qu’un Silent Hill, malgré certaines similarités (vue à la première personne, souillure progressive de la maison, bande-son pesante), mais il offre une expérience de jeu vraiment plaisante sur une douzaine d’heures. Le seul bémol est qu’il manque de véritables surprises et que la fin m’a semblé un peu bâclée, par rapport à la tension grandissant tout le long de l’aventure. D’ailleurs, comme dans tous les jeux horrifiques, ce que vous n’aimerez pas dépendra de vos propres peurs, et j’ai été servie au niveau de la fillette fantôme et des moments un peu claustrophobes. La qualité du jeu, des effets de lumières et des détails du décor, doivent le rendre encore plus immersif en réalité virtuelle, assurément. A noter qu’en plus des DLC payants, un DLC gratuit était prévu pour le printemps et a été repoussé à une date indéfinie, Capcom voulant l’améliorer davantage.

 
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Publié par le 27 avril 2017 dans Jeux vidéos

 

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Retour sur la comédie musicale Notre-Dame de Paris (15/04/2017)

Après quelques mois à Paris et des représentations à l’étranger, la nouvelle mouture de la comédie musicale Notre-Dame de Paris (Richard Cocciante et Luc Plamondon) est partie pour une tournée des villes de France, jusqu’à la Suisse et à la Belgique. C’était une occasion de constater l’évolution du spectacle, que j’avais pu voir lors de sa première semaine de représentation à Paris, surtout du côté des interprètes qui connaissent tous bien mieux leur rôle.

Notre Dame de Paris (Richard Charest)

Côté scène

Même si le placement personnel dans la salle était moins avantageux qu’à Paris, et la salle moins équipée au niveau de l’acoustique que celle du Palais des Congrès, cela n’ôte rien au spectacle, ni au ressenti face à la comédie musicale. Au contraire, le recul (tant physique, que figuré, par ailleurs), permet de davantage se rendre compte de la symbolique de la mise en scène minimaliste, ou bien du dynamisme et de l’énergie de la troupe des acrobates et des danseurs.

Ainsi, on admire un peu plus les transparences d’images autorisées par le faux rideau, qui permettent tour à tour de dissimuler l’arrière-plan de la scène, de représenter les vitraux ou les colonnes de la cathédrale, le mot Anankè (correction enfin faite de l’erreur du spectacle de 1998). Cela est encore fort utile lors de certaines chansons : cette semi-opacité dévoile par intermittence des danseurs lors de Déchiré, par exemple, pour illustrer les tourments intérieurs de Phoebus. Elle permet d’afficher une lune brillante, lors de la chanson du même nom, ou encore de représenter le personnage de Frollo par des ombres menaçantes.

Les décors restent avant tout symboliques, plus abstraits que réellement présents, mais ils dessinent l’aura de la cathédrale qui sert de lieu d’action au spectacle. C’est ce qui permet à Notre-Dame de Paris de gagner son intemporalité, tout comme des costumes qui restent neutres au niveau de leur époque, la plupart du temps, bien qu’ils soient adaptés à chaque personnage (et plus beaux que dans la version originale). Le décor sert aussi particulièrement pour illustrer les positions des personnages ou leurs conflits intérieurs. Les colonnes permettent parfois de surélever certains protagonistes, comme une figure d’espérance (durant le Vivre optimiste et idéaliste d’Esmeralda), de sembler les écraser (le combat contre lui-même, dans Tu vas me détruire de Frollo), ou bien de montrer une progression, puis une déchéance. Clopin et Gringoire passent ainsi de la rue, ou du pied de Notre-Dame, à l’intérieur de ses murs, en position de combattants, avant de retourner au sol.

Ces détails, ces mises en scène, permettent tout à la fois l’immersion dans le spectacle, que de prendre conscience de son engagement, qui résonne encore de façon bien juste aujourd’hui, vingt ans après. Ils sont évidemment plus qu’utiles aux personnages, permettent de faire ressortir avec simplicité leur état d’âme.

Troupe de Notre Dame de Paris

Côté personnages et chanteurs

Il serait parfois injuste d’afficher une préférence pour cette nouvelle troupe, car l’ancienne possédait des voix singulières et très puissantes. Pourtant, je préfère sans hésiter ces nouveaux chanteurs (dont un ancien, Daniel Lavoie) qui se laissent davantage aller à leur personnage et permettent au public, par la même occasion, de s’immerger encore plus dans le spectacle. Ce soir-là, il y a également eu la chance d’apercevoir la doublure de Clopin (Jean-Michel Vaubien au lieu de Jay) et celle de Fleur-de-Lys (Idesse au lieu de Alyzée Lalande, mais Idesse la remplace officiellement pour le reste de la tournée).

Tous, évidemment, s’en sont sortis avec brio. Par rapport à mes souvenirs du spectacle au mois de novembre 2016, Hiba Tawaji a paru, ce soir-là, vouloir faire une Esmeralda plus sensuelle, sans être provocante et sans se départir de l’insouciance du personnage, avec succès. Ce parti pris a été d’autant plus pertinent que lors de l’acte II, durant Le procès, La torture et Un Matin tu dansais, elle a fait preuve de bien plus de sauvagerie et de férocité que dans l’acte I, comme on pourrait l’imaginer avec l’Esmeralda farouche de Hugo. Par contraste, Idesse jouait – et chantait – une belle Fleur-de-Lys, à la fois douce et dure.

Jean-Michel Vaubien, bien qu’il fasse plus jeune que Jay, s’en est très bien tiré dans le rôle de Clopin au niveau de la performance vocale. Martin Giroux, comme en novembre, a dévoilé un Phoebus plus nuancé que celui du livre, ou de Patrick Fiori, plus romantique et moins don juan qu’on ne pouvait l’attendre. Richard Charest a été fidèle à lui-même avec une voix magnifique, et un jeu à la fois camarade et insouciant, aussi bien avec le public qu’avec les autres interprètes sur scène.

Enfin, Angelo del Vecchio est véritablement impressionnant en Quasimodo, tant par sa diction (le chanteur est italien et il a interprété le rôle dans sa langue natale, puis en anglais et enfin en français) que par son jeu et l’émotion qu’il y glisse. Il rend son personnage touchant, alors que je ne l’ai jamais véritablement apprécié. Daniel Lavoie, malgré un oubli durant la troisième strophe de Tu vas me détruire, est toujours aussi impressionnant, touchant, éperdu, passant d’un extrême de réserve à un autre de perdition, et avec une voix toujours aussi poignante et magnétique. Il s’est aussi montré, dans cette performance, plus sympathique et plus amical avec Quasimodo.

Il serait injuste d’oublier la troupe des acrobates et des danseurs, plus vifs que jamais, et qui ont été ce soir-là plus investis encore qu’en novembre 2016, exprimant leur agressivité et leur joie par des cris ou des sifflements. Cela permettait au public de davantage les considérer comme des personnages à part entière et de renforcer l’immersion, alors qu’avec le DVD de 1998, beaucoup de cette impression d’énergie se perdait, tout comme le rôle qu’ils jouaient dans le minimalisme symbolique de la pièce.

Notre Dame de Paris (Angelo del Vecchio et Hiba Tawaji)

Côté public

En parlant de public, celui-ci était dans l’ensemble, réceptif et réactif. Il y a d’ailleurs eu un instant de surprise quand la salle s’est mis à applaudir Daniel Lavoie lors de son entrée dans La sorcière, avant même qu’il ne commence à chanter.

Si l’enthousiasme était bien là, on ne peut que déplorer en revanche le manque de respect qui semble se proliférer dans les salles de spectacle, certains n’hésitant pas à manger, ou à utiliser leurs portables durant le spectacle, ou bien encore trop comparer l’enregistrement du DVD à ce qui est vu sur scène, de manière trop puriste pour réellement apprécier le spectacle. Autant pour les artistes que les autres spectateurs, ce n’est guère agréable.

A ce sujet, il est effectivement vrai que des changements de mise en scène ont eu lieu lors de cette tournée. Certains datent de la nouvelle mouture du spectacle : nouveaux costumes plus soignés et élégants, des lits durant Le Val d’Amour, des petits détails permettant de peaufiner la relation entre personnages (Gringoire s’inclinant face à Frollo, dans une relation de maître-élève, par exemple). Mais certaines modifications datent bel et bien de la première « tournée » de Notre-Dame, et du passage du spectacle dans la salle de Mogador en 2001 : Je sens ma vie qui bascule de Frollo devient Si tu pouvais voir en moi de Quasimodo (changement qu’en fan de Frollo, je ne peux approuver). Il y a surtout un changement d’ordre pour quatre chansons de l’acte II, afin de permettre plus de logique et une meilleure entrée en scène des personnages, plus pertinente : on obtient désormais Être prêtre et aimer une femme / Phoebus / Je reviens vers toi / La monture (au lieu de Phoebus / Être prêtre / La monture / Je reviens vers toi). Cette succession avait d’ailleurs été reprise dès la première tournée italienne en 2002, la rendant donc officielle, et non un simple caprice.

Notre Dame de Paris (Daniel Lavoie, Hiba Tawaji, Martin Giroux, Angelo del Vecchio)

Highlights

Notre-Dame de Paris est une comédie musicale magnifique dans l’ensemble ; sur scène, on redécouvre toute la portée symbolique de l’œuvre, son engagement, au-delà des chansons phares les plus connues. On apprécie même davantage certaines chansons qu’on zappe facilement en écoutant le CD.

Pour cette représentation en particulier, les moments forts ont été bel et bien présents. Déchiré, grâce à l’interprétation nuancée de Martin Giroux, devient bien plus touchant et sympathique. Belle, bien entendu, est mythique : ces Trois coeurs d’hommes faits différemment permettent de saisir la vision qu’ont Quasimodo, Frollo et Phoebus d’Esmeralda, qui n’a après tout jamais demandé à être courtisée par ces trois hommes. Quasimodo la voit ainsi inaccessible, céleste, termes soulignés par le fait de voir Esmeralda pensive et hors d’atteinte de sa part, à cet instant. Pour Frollo, qui la voit se laver au-dessus d’un autel (ou d’une source d’eau bénite) de Notre-Dame, on comprend le dilemme entre le fait de la trouver divine et pure, idéale, et également sensuelle. Phoebus, lui, la voit de manière tout à fait sensuelle, au gré des mouvements d’une danse. Le refrain final, où Esmeralda s’allonge en croix, au centre de ces trois hommes chantant autour d’elle, devient ainsi « la croix du genre humain » et une figure de sacrifice face à l’égoïsme de ses trois prétendants.

C’est surtout à l’acte II que le plus d’émotions se sont faites ressentir. A chaque fois, je trouve Florence de plus en plus sublime : jamais on n’aura aussi bien mis en musique et en paroles, une chanson philosophique qui parle d’un changement d’époque significatif, de l’invention de l’imprimerie et de ses bouleversements, un sujet bien terre à terre ! Mais Florence résume parfaitement tout un chapitre de réflexion purement hugolienne. La chanson suivante, Où est-elle, est aussi à chaque fois plus appréciable et plus romantique, rêveuse.

Les tourments de Frollo sont eux aussi toujours parfaitement illustrés, d’autant que Daniel Lavoie interprète avec une justesse et une sensibilité pertinentes, les états d’âme de l’archidiacre. Il se débarrasse de sa lourde cape pour chanter Être prêtre et aimer une femme, durant laquelle il se montre éperdu, désespéré, vibrant, tombant à genoux après avoir déchiré son col romain. Le chanteur est celui qui aura le mieux interprété Frollo et ses différentes facettes, montré à quel point le prêtre de Hugo n’est pas qu’un antagoniste, mais un être trop humain, complexe et déchiré par ses contradictions, avec une profondeur reflétée par la puissance de sa voix. Il en devient encore plus dramatique et pathétique durant Un matin tu dansais, où Hiba Tawaji lui offre une résistance farouche. Le rire machiavélique de Frollo à la fin aura été aussi mémorable…

Enfin, certaines chansons, que je n’apprécie pourtant pas trop d’habitude, fournissent des frissons et font se hérisser. C’est le cas des poignants Que le monde est injuste, Vivre, Les cloches, toutes trois vibrantes d’espoir, de tristesse ou d’émotion. La chanson finale, Danse mon Esmeralda, aura elle aussi été marquante : son dernier mot, « Mourir » a été chanté, voir crié, avec tellement de désespoir et de puissance de la part d’Angelo del Vecchio, qu’il a laissé la salle silencieuse pendant une seconde impressionnante, tant le frisson provoqué par son timbre était grand.

En somme, et bien qu’elle ait désormais presque vingt ans, Notre-Dame de Paris demeure sublime et indémodable, toujours aussi puissante dans ses thèmes et ses chansons magnifiques. S’il y en a la chance, la comédie musicale est véritablement à voir sur scène. Pour un avis croisé sur la représentation du spectacle, je vous invite également à jeter un regard à l’article de Winds in the East.

Sources des images par ordre d’apparition : sud-ouest.fr, purepeople.com, femina.ch et nordéclair.fr

 
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Publié par le 18 avril 2017 dans Opéras & musicals

 

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Heavy Rain, 2010 | Intrigue immersive et chemins multiples

Heavy Rain est un jeu vidéo sorti en 2010, produit par le studio français Quantic Dreams (notamment à l’origine de Beyond : Two Souls et bientôt de Detroit : Become Human). Il n’est concrètement que le troisième jeu auquel je joue sur PS4, après The Witcher III (toujours en cours) et Batman : The Telltale Game. Et c’est simplement un gros coup de cœur.

Heavy Rain nous amène à suivre les destins et entrecroisements de quatre personnages principaux, tous réunis dans une quête pour arrêter le serial killer de la ville où se situe l’histoire : le tueur aux origamis. Ce dernier noie ses victimes, tous des enfants, dans de l’eau pluie, ne laissant qu’une orchidée et un origami en guise de signature. Le fils d’Ethan Mars est kidnappé, et le tueur impose au père des épreuves pour essayer de sauver son enfant ; Madison Paige, journaliste, enquête sur le serial killer, tout comme Norman Jayden, un agent du FBI accro à une drogue ; Scott Shelby, détective privé, est chargé par les familles des enfants assassinés, de retrouver le tueur…

Ce jeu vidéo se présente presque plus à la manière d’un film interactif, que d’un jeu vidéo. Au cours de nombreuses séquences où l’on interprète les quatre personnages principaux, le joueur est amené à effectuer différents choix qui déterminent la suite de l’histoire, à plus ou moins long terme. Cela peut aller de choisir un style de dialogue particulier (ironique, agressif, volontairement solitaire, etc.), à effectuer des actions déterminantes (tirer sur quelqu’un, sauver la vie d’une personne, échapper à un antagoniste, se rendre à la police). Ces choix débloquent des séquences alors logiques et cohérentes, qui finissent par mener à la toute fin, et ce même si un personnage principal vient à perdre la vie au cours du jeu. Tout le sel de Heavy Rain est là, car les versions de l’histoire sont très nombreuses, et certaines scènes ne sont accessibles qu’avec des choix précis, à l’instar des fins : celles-ci sont d’ailleurs au nombre de dix-huit, ce qui laisse de quoi recommencer le jeu plusieurs fois !

Ce qui happe le plus dans ce jeu, ce sont ses personnages, et la manière dont l’interactivité nécessitée par les séquences de l’histoire, rend Heavy Rain très immersif. Cela est accentué par le fait qu’on puisse avoir accès aux pensées des personnages : non seulement on est immergé dans l’histoire à leur image, suivant leurs raisonnements, mais cela permet de ressentir une certaine empathie pour eux. Ethan Mars, bien sûr, est central et il est sans doute celui qui touche le plus, car il a déjà perdu un enfant, une vie de famille, avant qu’on voie son second fils enlevé. Sa détermination à retrouver son enfant n’est que plus poignante, car il est assez facile de s’identifier à lui, et de ressentir son stress lors de choix décisifs à faire face aux épreuves sadiques imposées par le tueur. L’aspect interactif de l’histoire permet de s’y plonger totalement, faisant ressentir lors du jeu l’urgence de ses actes, sa culpabilité, ses doutes. J’ai en tout cas adoré ce personnage, totalement humain dans ses actes et ses pensées, parfois ambigu, et surtout courageux. On ressent pleinement la difficulté de ses décisions, et ce mélange d’espoir et de désespoir qui le fait avancer dans sa quête.

Les trois autres protagonistes ne sont d’ailleurs pas en reste, chacun proposant un caractère attachant sans sombrer dans le stéréotype, voir les détournant parfois. Madison Paige est ainsi une journaliste parfois tête brûlée, mais sensible et humaine, sans cupidité. Norman Jayden, avec son aspect agent du FBI propret, est étonnant par les technologies avancées qu’il utilise pour enquêter, au point de perdre pied avec la réalité, et il est d’ailleurs accro à une drogue. Enfin, Scott Shelby, étrangement celui que j’ai le moins apprécié (mais apprécié tout de même) au début, a le rôle du détective privé classique, mais avec une ironie marquante et une sacrée audace. Quant au tueur, que l’on finit bien par rencontrer, il est pleinement inattendu, doté d’un passé solide, mais aussi d’une cruauté et d’une intelligence remarquables. Certains choix dans l’histoire le font paraître d’ailleurs encore plus méprisable et horrifiant. Tous ces personnages, possédant leur personnalité propre, sont ainsi loin d’être lisses ou prévisibles.

Les enchaînements de cette intrigue à multiples chemins sont très ingénieux et parfaitement bien pensés, nous faisant souvent passer d’une émotion à une autre, permettant des rapprochements plus intimes entre les personnages, ou au contraire de se concentrer sur les épreuves d’Ethan. On se retrouve très vite happé dans cette course contre la montre, sans s’en apercevoir, véritablement comme dans un film où on se retrouverait « metteur en scène » ou scénariste. Si j’ai presque obtenu la fin la plus heureuse la première fois, quelques rapides essais ont permis de débloquer deux autres fins alternatives, qui contrastent par leur côté amer, parfois ironique, parfois tragique. Le scénario est vraiment brillant, et s’il ne doit comporter que quelques faiblesses, ce sont pour des subtilités aux diverses fins, qui ne correspondent pas toujours logiquement aux divers choix effectués auparavant. Ce ne sont que de simples détails, de toute façon : toute variation dans le jeu ne peut pas être enregistrée à l’infini.

Un dernier mot pour conclure : même si d’autres jeux bien plus beaux sont sortis depuis, Heavy Rain est graphiquement magnifique, et les émotions des personnages sont souvent très bien rendues. Cela contribue amplement à faire plonger le joueur dans une atmosphère mature et noire, parsemée de nombreux thèmes (le deuil, la vengeance, la relation père-fils, la mort…). Mais surtout, la question principale qui en ressort, est jusqu’où irait-on pour sauver une personne qu’on aime ? A travers les épreuves imposées par Ethan, un monsieur-tout-le-monde qui nous ressemble, cette interrogation nous invite aussi à réfléchir sur ce que nous ferions dans pareil cas, et sur la notion de sacrifice.

 
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Publié par le 31 mars 2017 dans Jeux vidéos

 

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Musiques du moment (2)

Un autre aperçu des musiques qui tournent en boucle ces derniers jours… avec surtout des chansons déjà connues mais que je redécouvre après un long temps sans les écouter !

Je connaissais Try bien avant qu’elle ne soit utilisée – hélas – dans la BO du dernier Fifty Shades of Grey. Si le clip est un peu kitsch à sa manière, la musique, la voix de Nelly Furtado, et surtout les paroles, ont fait que cette chanson est l’une des plus émouvantes et poignantes que je connaisse. « All I know is everything is not as it’s sold, but the more I grow the less I know. And I have lived so many lives, though I’m not old. And the more I see, the less I grow. » Elle exprime à la fois le doute face aux changements de vie, la compréhension que les autres n’approuvent jamais un style d’existence qui n’est pas bâti à leur image, ou encore, le fait de changer, ou encore comment l’expérience accumulée peut être belle et douloureuse. Try est sans aucun doute une chanson mélancolique, mais avec tout de même un joli espoir à la fin.

C’est là une musique et une scène que les fans du Fantôme de l’Opéra connaissent bien, mais qui est toujours aussi parfaite et romantique. La mise en abîme du trio final du Faust de Gounod sert à merveille ce moment-clé du téléfilm de 1990, avec Charles Dance et Teri Polo. Elle reflète aussi superbement la relation existant entre Christine et Erik dans cette version, et puis, quelles voix, tout simplement.

Chanson-phare créée spécialement pour le film Batman le défi, par Siouxsie and the Banshees et Danny Elfman, Face to face a un magnétisme et une aura envoûtants, indéniable. Tout dans le mystère, le sensuel de la musique, sert à illuminer ce qu’on pourrait nommer le coeur de ce film, la scène où Bruce Wayne et Selina Kyle, au bal, découvrent qu’ils sont Batman et Catwoman, se demandant si d’amants ils vont devoir passer à ennemis. Tout est dans le jeu des masques pour cette belle scène de cinéma, et Face to Face ne pouvait l’accompagner plus parfaitement, avec autant de symbolisme et de lectures possibles.

Bon, il y a deux chansons à sauver dans Mozart l’opéra-rock : « L’Assasymphonie » et celle-ci, « Le Bien qui fait mal », qui sont évidemment chantées par le même protagoniste. Salieri fait tellement figure de personnage frollien, en même temps ! Outre cela, les paroles sont assez joliment travaillées, et le rythme évoque parfaitement le côté torturé du personnage.

Il s’agit plus d’une playlist que d’une chanson à probablement parler. Le Youtubeur à l’origine de cette initiative arrive à trouver des chansons qui collent très bien à certains thèmes (Cabaret, femme fatale, etc) et cette playlist a tourné en fond pendant un moment. Les différentes musiques font plonger dans une atmosphère de film noir particulièrement agréable, en passant par des artistes très variés, plaisants à découvrir.

 
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Publié par le 23 mars 2017 dans Musique, maestro

 

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