Starmania, ou la dystopie mécanique (1979-1989)

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Opéra-rock cultissime de Luc Plamondon et Michel Berger, il est peu probable de ne pas en connaître une chanson, tant certaines sont passées dans la culture collective : Le blues du businessman, Ziggy, SOS d’un terrien en détresse, ou encore Le monde est stone. Créé en 1979, vingt ans avant Notre-Dame de Paris qui sera une autre réussite franco-québécoise, Starmania a connu assez de succès pour être joué de façon intermittente pendant trente ans, adapté de façon symphonique pour en faire un opéra, et pour qu’on parle encore d’un film à venir (bien qu’il ait peu de chance d’arriver, depuis le temps). Entre sa version originale de 1978-1979, s’écoule une dizaine d’années au bout desquelles Plamondon et Berger décident d’une nouvelle mouture pour adapter le spectacle. On passe ainsi d’une cinquantaine de chansons à environ trente-quatre, de trois heures à deux heures.

La plupart des gens ne gardent de l’opéra-rock que les chansons principales, qui sont assez universelles pour ne pas en dire bien long sur l’histoire. C’est aussi cette version de 1988 qui est enregistrée et donne la seule vidéo du spectacle en entier, de manière donc « réduite ». Ce n’est pas un reproche : malgré le kitsch évident des costumes, du plateau, la présence forcément handicapante des micros portés à la main par les chanteurs et la musique synthétique (on n’aime ou on n’aime pas), c’est une chance de pouvoir observer une des mises en scène de l’époque, de garder une trace de cet opéra-rock, tout simplement. Car il faut bien l’avouer, en écoutant la version de 1979, il y a quand même des chansons (parfois supprimées) dont on aurait aimé voir la mise en scène et donc le sens complet. Il y aura donc forcément des comparaisons entre ces deux versions dans cet article, sans passer par les suivantes – que je n’aime pas trop écouter pour ma part, j’en trouve la musique bien moins rythmée. Je cherche surtout à donner un aperçu de l’histoire de cet opéra-rock, qu’on ne connaît pas forcément, et de ses thèmes. Difficile de brosser un portrait complet…

 

L’histoire en « quelques » lignes :

Le récit se situe avant les années 2000, dans un monde futuriste et hyper-industrialisé. La surface de la Terre semble n’être plus que décombres et la population vit sous terre, dans des villes-capitales souterraines. Une bande de zonards menée par Johnny Rockfort devient terroriste quand Sadia, un travesti, les incite à lutter directement contre Zéro Janvier, un riche constructeur de gratte-ciels qui se présente aux élections de présidence de l’Occident. Les élections, les attaques terroristes, sont tantôt relatées par le présentateur Roger-Roger, tantôt par Cristal, l’animatrice de Starmania, émission qui présente des vies hors du commun. Johnny finit par passer dans cette émission : Cristal tombe amoureuse de lui et ils s’enfuient, cherchant à combattre la société en place et à commettre un attentat contre Zéro Janvier. Mais Sadia retourne sa veste en vendant les Étoiles Noires – le groupe terroriste – à Zéro Janvier pour qui elle travaillait depuis le début. Le spectacle s’achève sur Johnny en prison après la mort de Cristal dans une fusillade ; Zéro Janvier, marié à l’ex-sex-symbol Stella Spotlight, remporte les élections qui mèneront à un État totalitaire. Toute l’action est commentée par la « serveuse automate », seul personnage lucide, Marie-Jeanne, amoureuse de Ziggy, disquaire qui finira par travailler pour Zéro Janvier.

Du portrait d’un futur industriel et hyper-médiatisé

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Starmania fourmille de thèmes toujours d’actualité, peut-être même encore davantage maintenant, et qui à l’époque de sa création, dessinait un futur plus que glauque, plus ou moins concret désormais. On pourrait ne serait-ce que songer à l’omniprésence du béton et des matières artificielles, des villes tentaculaires aux gratte-ciels vertigineux, au pouvoir des médias et plus particulièrement de la télévision, pouvoir symbolisé tantôt par Cristal, par Zéro Janvier, par Roger-Roger ou encore Stella Spotlight. Le monde alentour semble oppressé, dominé par la consommation et dénué de liberté d’expression. La société elle-même semble soigneusement structurée et organisée, ne laissant guère de place à des idées différentes, ou autre chose que ce qui est déjà programmé par des images de propagande. Marie-Jeanne se qualifie ainsi de serveuse automate et proclame « qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on dit à la télévision », en nous montrant d’autres facettes de l’histoire. On peut déjà relever que seuls l’Occident et le Tiers-Monde sont soulignés comme des territoires distincts, le premier riche et urbain, sans présence de nature, le second en déficit total. Quant à la Terre, ses ressources seront bientôt épuisées puisqu’on parle d’aller vivre ailleurs, ne serait-ce que dans le discours électoral de Zéro Janvier, frappant de similarité avec les pires paroles politiques d’aujourd’hui : « Quand nous aurons vidé le fond des mers, nous serons prêts à vivre ailleurs que sur Terre, notre prochaine capitale sera une station spatiale ; cessons de nous ruiner avec le Tiers-Monde qui nous remerciera bientôt avec des bombes. »

Les Étoiles Noires font donc rapidement figure d’anarchistes, de bandes de jeunes voulant seulement perturber l’ordre public, y compris en « kidnappant » Cristal pour se servir d’elle afin de lancer un message à la télévision. Sans doute Sadia voulait-elle frapper de façon encore plus politique, elle qui est en rupture avec son milieu intellectuel d’origine. Mais Johnny et Cristal lui échappant, ce ne sera qu’un slogan « Au secours, j’ai besoin d’amour » – qui reflète le seul désir sain de plusieurs personnages et plus précisément ce qui manque réellement dans cette société. La télévision, et les médias dans un sens plus large, sont parfois sources de vérité : par Cristal, ou Roger-Roger, qui ne manque pas d’essayer de piéger Zéro Janvier en l’opposant au Grand Gourou Marabout, l’autre candidat aux élections dans la version de 1979. Quand Roger-Roger l’interviewe avec une fausse naïveté dans celle de 1989, il tâche de démontrer la volonté de Zéro Janvier d’instaurer un État totalitaire. Quant à Starmania, l’émission qui présente des destins hors du commun – Zéro Janvier, Johnny Rockfort, Ziggy échouant à l’admission – elle ne fait que monter à la tête de ceux qui y participent, leur donnant des illusions de pouvoir qui se retourneront contre eux, ou alors l’appui médiatique nécessaire pour arriver à leurs fins.

Des liens à double-jeu des protagonistes

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C’est autour du pouvoir que gravitent la plupart des personnages, à part peut-être les deux « jeunes premiers », Johnny et Cristal, et c’est de là que naissent beaucoup de doubles jeux des personnages. Ceux-ci sont quasiment tous hypocrites, y compris dans leurs propres arias. Parfois il semble s’y mêler un peu de sincérité, mais peut-être seulement pour mieux arriver à leurs fins. Impossible de croire aux dires de Zéro Janvier en 1979 à cause de l’introduction du Blues du Businessman (« Masse médias, je suis entre vos mains, mais je vous le rends bien, je vous tiens dans ma main » ), là où on aurait presque pu douter dix ans plus tard. Car il n’est pas impossible que Le blues du businessman soit parfois réellement imprégné de regrets – même s’il semble complètement mépriser Cristal quand il se présente dans son émission. Le Grand Gourou Marabout finit obsédé par le pouvoir alors qu’il prônait la liberté et le retour à la nature – d’autant que son parti semble plus tenir d’une secte où trônent drogues, nihilisme et lavages de cerveaux. Il aurait été tellement intéressant de savoir la mise en scène de la chanson « Sex-shops, cinémas pornos » supprimée dans la version de 1989. Est-ce un délire de Stella Spotlight dû à la drogue et aux séances chez le Grand Gourou Marabout, ou bien l’expression paranoïaque de ses peurs et de son sentiment d’être dépossédée d’elle-même, par la société qui a créé son image ? Ce personnage, ex-star du cinéma porno ou star déchue, en tout cas sex-symbol, se met en scène à chaque chanson « J’ai peur de devenir folle, toutes les nuits je rêve qu’on me viole, moi qui suis sage comme une image ». Son mariage avec Zéro Janvier n’est qu’une manière de retrouver une image dans la société, de se sauver d’un suicide qu’elle effectuera probablement à la fin. On passe de « Devant la destinée, je vais me maquiller » quand elle reçoit la proposition de Zéro Janvier à ses chansons finales, empreintes de désespoir et de désillusion : « Devant mon miroir j’ai rêvé d’être une star, j’ai rêvé d’être immortellement belle, ce soir j’irai voir à travers le miroir si la vie est éternelle » et un remix du Blues du Businessman et de Nos planètes se séparent : « A quoi ça sert de vivre, s’il faut vivre sans amour / Pour pouvoir dire pourquoi j’existe » .

Sadia n’est pas en reste car elle est probablement un des personnages les plus intéressants de l’opéra-rock. C’est au moins un homme travesti, bien que joué par une femme , ou même probablement une femme trans : « Si vous pouviez me voir toute nue, me voir sous toutes mes coutures, messieurs vous ne seriez pas déçus ». Il est intéressant de noter que Sadia est toujours désignée par « elle », une « étudiante fille à papa qui veut faire la révolution » et qui en réalité travaille pour Zéro Janvier. Ses attirances sexuelles, tout comme son genre réel, restent troubles : elle séduit Johnny et jalouse Cristal, avant de mettre Ziggy dans sa poche, qui est ouvertement homosexuel. « Je suis tout ce que vous voulez, je suis tout ce que vous pensez, je suis vos désirs secrets, je suis le sexe démystifié, je suis la violence personnifiée ». Sadia représente en un seul personnage un être androgyne, ambigu, presque un fantasme se pliant au regard des autres sur elle pour ensuite mieux les manipuler. On ne sait pas très bien ses motivations ou ses désirs, mais elle ne laisse pas indifférent – Marie-Jeanne la détestant visiblement. Son but n’aura été que de pousser les Étoiles Noires à répandre la terreur dans la population, pour mieux assurer une victoire électorale à l’Etat policier de Zéro Janvier. Cristal aura sans doute été un grain de sable imprévu dans ses plans, puisqu’elle perd son pouvoir sur Johnny. Mais ses dernières chansons montrent à quel point elle est un être chaotique et incontrôlé : « I’ve got the whole world in my hand / On est tous des morts en vacances / La mort est une femme qui danse avec l’amour / Ne soyez pas surpris qu’elle vous tire dans le dos ». Opportuniste, Ziggy est vite attiré par elle et profite de ses influences pour être ce qu’il « voulait » (le personnage change de métier à chaque version !) : disc-jockey à Naziland, la discothèque que possède Zéro Janvier – le nom parle pour lui-même. Quant aux autres personnages, Johnny est manipulé de toutes parts, Cristal devient martyre. Marie-Jeanne et Roger-Roger sont des regards lucides mais impuissants sur le monde. Nul doute sur leur manque de doubles-jeux – ce qui les rend moins complexes pour moi – mais ils permettent de mieux se rendre compte des différents enjeux de l’opéra-rock, et représentent un idéal, le désir d’une vie sincère non brisée par la loi des apparences.

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Des portées symboliques et politiques

S’il y a bien une chose qui relie tous ces personnages, c’est la solitude écrasante, dévorante qui parcourt tout l’opéra-rock et qui le rend par ailleurs si déprimant et pessimiste, en plus de la vision noire du futur qu’il offre. Le seul couple sincère reste Johnny et Cristal ; le premier finit en prison après avoir vu mourir la deuxième (selon les versions, fusillée, projetée en haut d’une tour, étranglée par Zéro Janvier). Ziggy et Sadia se servent l’un de l’autre, pendant que Marie-Jeanne aimait Ziggy sans espoir, puisqu’il laisse son amie sans regret pour Sadia : « Je viens te dire que je m’en vais, Sadia m’a fait engager à Naziland / Qu’est-ce que vient faire Sadia dans cette histoire/ Elle a des amis au pouvoir » . Zéro Janvier et Stella Spotlight, malgré le prétendu romantisme du début, n’ont qu’une relation utilitaire et de surface : « Voyez où peut mener le désir d’être une star/Tu seras ma victoire, je serai ton pouvoir », ou encore la chanson Ego trip « Faut pas mélanger l’amour et le métier / On est jamais contents tous les deux en même temps ». Cette relation n’empêche pas Stella de vouloir mettre fin à ses jours : « A quoi ça sert de vouloir monter si haut, à quoi ça sert de vouloir être si beau, s’il ne reste plus rien, à la fin du show, que la chaleur d’un spotlight sur la peau » . Les personnages se font dévorer par des idéaux perdus d’avance, des libertés inaccessibles, des amours inexistantes et par un pouvoir oppressant.

Ce dernier mérite aussi d’être souligné : Starmania tient aussi sa vision du futur par la présidence de Zéro Janvier. Celle-ci est particulièrement édulcorée en 1989 par rapport à la version originale, dans ses discours et ses paroles à Stella. Zéro Janvier n’est qu’un autre avatar de tous les hommes politiques autoritaires qui se transforment en dictateur, tant en mots qu’en apparence, froide et dénuée d’émotions : « Nous bâtirons le nouveau monde atomique / Assurons la survivance de la race blanche / Je suis pour l’Occident l’homme de la dernière chance ». Ses chances de gagner ne sont que plus assurées car en plus d’être probablement le plus riche homme de l’Occident, il possède également une grande influence sur l’armée et n’hésite pas à se marier à Stella, star en pleine déchéance, pour assurer son image dans le show-business. Autant de choses qui, réunies dans une seule main, mènent à la dictature ; par ailleurs, les sonorités musicales de ses discours évoquent des consonances militaires, grâce à des chœurs censés représenter la population.

Des fins ouvertes

Starmania présente aussi la particularité d’avoir des fins relativement ouvertes. Le sort de Cristal, Johnny et Zéro Janvier, sont un peu près fixés : mort, prison, présidence. Marie-Jeanne ? Avec sa dernière chanson Le monde est stone et son sentiment de détresse, difficile de savoir ce qu’elle souhaite faire : exil sur terre ou suicide. Ziggy et Sadia finissent probablement ensemble, mais il me semble difficile que Sadia tienne longtemps son rôle de marionnette pour Zéro Janvier au vu de son caractère indomptable. Quant à Stella, si elle semble sur le point de mettre fin à ses jours dans plusieurs versions, celle de 1988 la montre tout de même rester aux côtés de Zéro Janvier pour la chanson finale. Les fins paraissant parfois évoluer au fil des versions, il est difficile de trancher exactement sur les dernières minutes ; la version enregistrée et mise en scène de 1988 elle-même reste très ouverte. Ce qui n’est pas plus mal, car ainsi le spectacle reste toujours d’actualité. Les thématiques qui en font sa force n’ont été ici qu’effleurées, mais cela devrait néanmoins suffire pour montrer à quel point cet opéra-rock trouve encore des résonances aujourd’hui, voire encore plus qu’avant, bien qu’on puisse parfois le considérer comme kitsch. S’il devait sortir aujourd’hui pour la première fois, qu’est-ce qui n’en serait pas censuré, tant l’univers et les personnages dépeints sont terriblement proches de nous ? L’opéra-rock interpelle forcément : « Si vous voulez savoir la morale de l’histoire, rentrez chez vous et regardez-vous dans votre miroir ». Une fois qu’on commence à voir plus loin que les chansons principales et avec tout leur contexte, cela n’en devient que plus intéressant…notamment en voyant toutes les richesses et différentes interprétations tant dans les paroles, que dans la tonalité des chansons, de la version originale et des suivantes.

 

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J’aurais voulu être un artiste

Pour avoir le monde à refaire
Pour pouvoir être un anarchiste
Et vivre comme un millionnaire
Et vivre comme un millionnaire

J’aurais voulu être un artiste….
Pour pouvoir dire pourquoi j’existe.


30 réflexions sur “Starmania, ou la dystopie mécanique (1979-1989)

  1. Ton analyse de Starmania, dans cette version enregistrée (et la seule qui existe si j’ai bien saisi), est vraiment extraordinaire ! Je n’avais jamais lu une analyse aussi poussée et aussi approfondie de l’opéra rock de Plamondon et Berger, et je suis vraiment admirative… J’aime beaucoup Starmania, et mais je n’en connais guère que les deux versions audio, la version originelle avec Daniel Balavoine et l’autre bien connue enregistrée à Mogador avec l’incontournable Bruno Pelletier et son look à la Mad Max… Hélas, difficile de se faire une idée précise des détails du synopsis et du devenir des héros d’une version à l’autre, et il est vraiment très intéressant de voir à quel point le destin des protagonistes est soumis à l’inspiration de l’époque ou du metteur en scène… ? je reste curieuse de cette version enregistrée, que je pense encore dispo d’occasion, en VHS… Une occasion de ressortir le magnétoscope du grenier… ^_^
    Encore bravo pour ton article si passionnant !

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    1. Coucou ma chère Clelie !
      Oui, c’est bien cela, en fait il n’existe qu’une seule version enregistrée du spectacle, qui date de 1989, qui est surnommée « Edition Rouge ».
      Il est vrai qu’il y a assez peu, je trouve, d’informations disponibles autour de Starmania (à part la page Wikipedia en fait…) et je trouve ça dommage d’autant qu’il y a vraiment matière à creuser. Et je trouve qu’avec cet article je n’ai fait qu’effleurer, en plus ! (ça méritera peut-être une partie 2…)
      Mais c’est vrai que les versions CD qu’on écoute le plus sont souvent avec juste les chansons principales, et il est difficile de se faire une idée de l’histoire globale et de ce que veulent les héros sans toutes les autres chansons de transition, contrairement à Notre-Dame par exemple.
      Et oui, je trouve ça assez étrange, que toutes les moutures aient à chaque fois assez de différences pour donner une idée différente de l’histoire. Bon l’histoire globale reste la même, mais y a pas mal de choses qui restent assez bizarres parfois. La version originale est vraiment beaucoup plus politique et agressive que celle enregistrée en 1989…et il paraît que par exemple Cristal a un rôle qui varie de faible à important selon les metteurs en scène….c’est tellement dommage qu’il n’y y ait pas plus de traces des mises en scènes ! Pour la version enregistrée, tu peux la trouver en cassette d’occasion, sur Youtube aussi. Il existe quelques DVDs (rareees) qui coûtent un prix fou sur Internet, contrairement à la VHS. Fais juste attention si tu le vois en entier pour la première fois, j’avoue que quand je l’ai vu, ça avait un bon côté déprimant à la fin…je suis contente que ça t’ait passionnée en tout cas ^^

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  2. Merci pour ton analyse très pertinente de ce splendide opéra rock, précurseur du genre. Puisqu’en France les comédies musicales n’ont commencées à fleurir qu’après le succès de notre dame. (Faut-il rappeler le bide commercial de la légende de Jimmy).
    Pour ma part je préfère la version de 1979 nettement plus engagée et plu rythmée que la seconde version. Je pense d’ailleurs que de tels textes feraient scandale aujourd’hui.
    J’apprécie notamment la présence des adversaire de Zéro Janvier qui ont totalement disparu dans les version de 89.
    Enfin j’aimerais revenir sur ton analyse du destin de Marie-Jeanne. Pour moi la mise en scène de 1989 ne laisse aucun doute sur le suicide de cette dernière qui se rendant compte a quel point elle a été manipulée par Ziggy tombe dans une dépression qui lui sera sans doute fatale.

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    1. Merci beaucoup pour ta lecture et ton commentaire ! Il est vrai que les comédies musicales de maintenant n’ont pas du tout le même engagement politique, et si on remontait Starmania aujourd’hui, elle serait vraiment d’actualité et même très acide…ce qui serait génial ! J’ai également une préférence pour la version de 1979, plus développée et plus agressive. (et je dois écouter la légende de Jimmy, d’ailleurs !)
      Oui, en effet, c’est ce qui paraît logique pour Marie-Jeanne. On peut supposer qu’elle erre dans des ruines, dans un état assez dépressif, comme Stella d’ailleurs, et sa dernière chanson, le suicide est donc bien possible. Pas un destin joyeux pour ces deux-là…

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      1. La légende de Jimmy est une très belle comédie musicale aussi… Très noire également… Je t’encourage vivement à l’écouter 😉

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  3. Moi qui ai put avoir le spectacle d’un dvd et qui le regarde assez souvent j’avoue que cette version de 1989 m’a beaucoup plus. Peut-être parce que je ne connais pas du tout celle de 1979.
    En tout cas cette analyse, pour ce qui concerne la version dite rouge est juste.
    Il serait sympa de refaire un spectacle avec les chansons d’origine non censuré car il y a de forte chance que les chansons soient censuré de nos jours.

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    1. Ce dvd est en effet très rare. La version de 1989 est excellente de toute manière, comme celle de 1979. Elles sont juste différents, l’originale de 79 plus crue, plus engagée peut-être, beaucoup plus violente dans son idéologie. Mais celle de 89 a également ses qualités, ses belles voix, et sa mise en scène. J’imagine que les chansons d’origine auraient vraiment, vraiment beaucoup de mal à passer aussi pour certains thèmes, mais on peut toujours espérer !

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  4. Merci beaucoup pour cette analyse que je trouve pertinente… Je connais bien cette version 1989, que j’avais beaucoup écoutée à l’époque en CD (le CD comprenait toute la bande audio, pas seulement les chansons). Je me suis ensuite procuré la cassette VHS , et maintenant j’ai pu revoir l’ensemble du spectacle sur YouTube. Il y a d’un coté la beauté des chansons et des voix de leurs interprètes (Réjane Perry notamment mais tous seraient à citer), les jeux de scène de qualité et la musique que je trouve pour ma part excellente. Il y a aussi le message délivré et là, il faut avouer que c’est difficile de faire mieux en deux heures de temps… sans parler du coté visionnaire (des personnages réels comme S. Berlusconi ou D. Trump, étaient annoncés par le personnage fictif de Zéro Janvier). Des phrases comme « qui nous remerciera bientôt avec des bombes [le tiers-monde] » ou « je suis pour l’Occident l’homme de la dernière chance », me semblent tout à fait pertinentes et pourraient décrire notre réalité d’aujourd’hui. Mais les terroristes d’aujourd’hui n’ont pas le fond humain et la sensibilité d’un Johnny Rockfort…

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    1. Merci à vous pour votre commentaire ! Ce spectacle, ses chansons, sont vraiment mythiques et encore plus emplies de sens aujourd’hui. Même s’il y a un côté kitsch, les messages sont bel et bien, très politiques aussi, mine de rien. L’opéra rock serait encore plus d’actualité aujourd’hui, à voir ce qu’ils en feront avec la reprise du spectacle dans une année ou deux. Mais malheureusement, les rêveurs comme Johnny se font bel et bien rares… et puis c’est un caractère vraiment violent côté messages. J’espère qu’il n’y aura pas de modification malvenue.

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  5. Bonjour !
    Très très intéressant comme analyse !

    Je suis une grand fan de Starmania, et j’ai quand même 2 choses sur lesquelles j’ai un avis un peu différent – pas forcément le bon, hein, c’est ouvert à discussion 🙂

    1 – SADIA
    Pour moi, la chanson Travesti n’est pas à prendre au pied de la lettre. Pour moi, Sadia est bel et bien une femme, mais elle joue sur tous les tableaux pour en venir à ses fins.
    Elle ne chante pas sa chanson pour elle-même, et les autres peuvent l’entendre aussi. Du coup, pourquoi ne pas envisager qu’elle laisse ouvertes toutes les possibilités pour manipuler le plus de monde ? Que ce soit Johnny ou encore Ziggy, elle doit pouvoir fasciner tout le monde pour pouvoir les manipuler à sa guise.
    Et, bien entendu, cette chanson est le sous-entendu ultime du double-jeu qu’elle joue pour Zéro Janvier. Je suis d’accord qu’elle pousse aux exactions les étoiles noires pour asseoir le discours totalitariste de Zéro Janvier ; elle est bien trop intelligente pour n’agir que par jalousie. Zéro Janvier au pouvoir, les étoiles noires ne sont plus utiles. Si ce n’était qu’une affaite de jalousie, elle aurait eu bien d’autres possibilités pour se débarrasser de Cristal et récupérer son pion 🙂

    2 – Stella
    Je ne me suis jamais dit qu’elle était actrice porno. Pour moi c’est une starlette. Bien sur, elle dit qu’elle est une figure de magazine « sur qui on éjacule » et son dernier film est le seul où « on ne la verra pas toute nue ». Néanmoins, je ne pense pas qu’elle soit dans le cinéma porno à strictement parler.
    Je pense qu’elle voulait être connue et adulé et qu’elle a finalement fait tout ce qu’on lui disait pour ça : être nue dans ses films, poser dans les magazines, créer un personnage en somme ; que les hommes désirent, mais qui ne « vaut rien ». Car finalement, elle n’attire que le mépris du plus grand nombre. On en voit malheureusement beaucoup aujourd’hui, des jeunes filles qui rêvent de gloire, suivent des conseils peu avisés, s’exhibent nues et finissent méprisées, oubliées, broyées et recrachées par le système.
    Quant à la chanson sex shops, cinémas porno, je partage votre questionnement. J’aurais bien aimé voir la mise en scène. Je l’ai écoutée et lue attentivement et j’ai l’impression qu’elle est surtout le signe que Stella est border-line (s’il en fallait un autre) elle est sévèrement droguée et je pense qu’elle a un sentiment de persécution et des hallucinations.
    Elle imagine un homme la suivre, mais est-ce vraiment le cas ? Car si ça l’était, il se retrouve avec elle dans l’ascenseur et pourtant rien n’arrive. Du coup je me questionne.
    Je pense qu’elle se sent effectivement violée, dans tout son être. Elle ne s’appartient plus. Elle a tellement donné, qu’elle n’a plus rien. Sa vie, son corps, son âme sont publics, appartiennent à la ville, elle n’est plus et ne ressent plus qu’un viol de tout ce qu’elle est. Et je pense que la pauvre fille, même si ce n’est pas explicité, finira effectivement de l’autre coté du miroir assez vite.

    enfin en tous les cas, c’est génial de voir que beaucoup d’entre nous sont fans de Starmania, et conscients du message si fort qu’il véhicule et qui résonne tellement à notre époque.
    (Comment ne pas voir du Zéro Janvier dans ce chez Donald Trump, avec sa Stella d’épouse ^^)

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour !
      Merci pour ton chaleureux commentaire passionné ! Je suis ravie que cette analyse t’ait plu, encore qu’elle reste assez en surface, mais il y a tant à creuser et tant d’interprétations différentes comme tu le soulignes bien !

      En ce qui concerne Sadia, ton avis est très intéressant ! J’avoue que c’est probablement le personnage qui pose le plus problème et qu’on a beaucoup de mal à cerner. Elle est vraiment un personnage égocentrique qui cherche à atteindre ses objectifs avant tout. Et il est fort probable qu’elle cherche à manipuler tout le monde. Je pense que ça va bien avec le type de personnage, comme tu dis, de vouloir être fascinant et de mettre tout le monde dans sa poche : idem, je pense qu’elle n’agit pas que par jalousie, c’est vraiment secondaire. Après tout, elle charme Jimmy, mais tout de même avec une certaine distance. La serveuse automate ne raconte que son point de vue à elle, qui prend un parti romantique et non directement politique. Après, je ne sais pas si Travesti est à prendre vraiment au pied de la lettre. Est-elle une femme ou véritablement un travesti (voire une trans : « si vous pouviez me voir sous toutes mes coutures, messieurs vous ne seriez pas déçus ») ? Je ne sais pas. Et je ne sais plus où je l’ai lu, mais je crois qu’il y avait au début des hommes auditionnés pour ce rôle, mais qui n’ont pas été pris, laissant cela à la créatrice du rôle, qui exultait plus de violence que les chanteurs eux-mêmes choisis à la base. Si on se base sur ça, c’est vraiment un travesti ? Peut-être. Mais ton avis dessus, sur le fait que ce soit plutôt une femme, est aussi pertinent, notamment parce que ça lui permet de manipuler encore plus avec sa chanson. Il faudrait pouvoir poser la question à Luc Plamondon ! Cette ambiguité ne rend le personnage que plus intéressant.

      Pour Stella (qui est mon personnage favori, en fait) je n’avais jamais envisagé qu’elle soit une starlette qui a mal viré, plutôt qu’une actrice porno. Ton opinion là-dessus est donc particulièrement pertinente et donne une toute nouvelle ouverture au personnage, peut-être encore mieux en fait : ça explicite davantage Les adieux d’un sex-symbol, et ça rend le personnage encore plus tragique. Le trajet qu’elle aurait pris et que tu décris, est encore plus triste, et expliquerait même encore davantage pourquoi elle se raccroche à Zero Janvier, a encore des sortes d’illusions (qui passent certes bien vite) et la fin vers laquelle elle se tend. En fait, je préfère largement cette vision à celle d’une ex-actrice porno ! Peut-être faudrait-il creuser davantage encore avec le parallèle « Boulevard du crépuscule », que je n’ai jamais vu mais qui n’a sûrement pas été pris au hasard. Si elle était une starlette, alors elle a subi une perte d’estime de la part des spectacteurs et aucun renouvellement n’a été possible, comme dans ce film.
      Je pense comme vous, Sex shops, Cinémas porno, est probablement un gros délire dû à la drogue, et qui fait mauvais mélange avec la paranoïa que le personnage a déjà. Dommage qu’il ne reste rien de cette mise en scène, mais j’adhère totalement à ce que vous dites sur le fait qu’elle ne s’appartienne plus et qu’elle a tout donné, pour tout perdre, au final. Pas étonnant qu’elle envisage de se tuer, à la fin, car même si elle acquiert une victoire de surface avec Zero Janvier, elle reste ce qu’elle a toujours été : instrumentalisée et exhibée aux regards, jamais véritablement elle-même. Merci pour cette belle nouvelle vision du personnage, quand je réécouterai la musique, ou reverrai le spectacle, j’essayerai d’envisager avec ce nouveau point de vue.

      Oui, Starmania est quand même dans le coeur de beaucoup de gens, comme Notre-Dame de Paris, même si ce dernier est bien moins engagé et politique. Et je crois qu’on ne peut entendre Starmania en entier (si on n’écoute que les chansons-titres, aucun sens ne se fait) sans se prendre une grosse claque (et une déprime aussi), ne serait-ce qu’aujourd’hui. Il y a tant d’échos avec notre monde actuel et ça date de 40 ans…c’est très effrayant et très puissant en même temps, y compris avec les similarités avec certaines personnalités d’aujourd’hui ! On a rarement vu un opéra rock avec un message aussi puissant et universel.

      Savez-vous que normalement, il a été officiellement confirmé que Starmania reviendrait sur scène pour ses 40 ans ? Pour 2018 ou 2019, je pense. Ce serait un réel plaisir de découvrir enfin le spectacle, même s’il risque de faire peut-être scandale. J’espère qu’il ne sera pas épuré.

      Encore merci pour cette discussion très intéressante 🙂

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      1. Oui effectivement ! j’ai vraiment hâte de voir ce que ça va donner. C’est une œuvre qui peut tellement être d’actualité, qu’une interprétation récente avec une mise en scène revue peut vraiment être passionnante.
        A voir avec quels artistes, mais j’espère secrètement que ce sera des artistes peu ou pas connus, pas des têtes d’affiche, mais de jeunes artistes qui permettrait d’apporter de la fraîcheur et de la sincérité aux rôles. Enfin… attendons de voir ! 😀

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      2. Ça serait vraiment passionnant, à condition qu’ils ne censurent pas, ce que j’espère de tout coeur. Et des inconnus seraient bien entendu les bienvenues, comme cela a été le cas pour Notre-Dame de Paris. Ah, vivement le revival !

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  6. Bonjour, ceci est très intéressant… je suis en train d’écrire un livre sur Starmania qui sort en octobre. Pouvez-vous me contacter au *********. J’ai une question à vous poser. Merci à vous.
    François

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  7. Bonjour, je viens de lire vos commentaires passionnants, merci.

    Ma question est simple : existe t’il une version audio intégrale de l’opéra rock originale de 1979 (avec Daniel Balavoine, Fabienne Thibeault, etc) ?

    J’ai compris que pour la version vidéo c’était rappé, quel dommage…

    Merci beaucoup et bravo pour votre article

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  8. Bonjour ! je reviens sur ce site…
    Le sujet est vraiment inépuisable.
    Connaissez-vous « Megalopolis » album de Herbert Pagani, qui semble avoir fortement inspiré « Starmania »?
    A bientôt

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    1. Bonjour,
      En effet, je vois qu’il y a toujours de nouvelles découvertes ! Je ne connais pas du tout Megalopolis, mais en cherchant rapidement je viens de lire que Plamondon n’aurait pas osé Starmania sans cet album. Décidémment, cette oeuvre a une sacrée génèse ! Avez-vous écouté l’album ? Est-il aussi visionnaire que Starmania ?
      A bientôt et merci pour votre message !

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      1. Bonsoir, j’ai découvert « Megalopolis » chez ma mère (fan de Pagani) et j’y ai prêté une attention distraite. Récemment j’en ai écouté quelques extraits. Je dirais, comme cela, qu’il s’agit d’une oeuvre novatrice (mais sans doute Pagani a t’il lui aussi puisé son inspiration quelque part) mais un peu « brute », sans doute remarquable mais aussi bien plus datée que Starmania (en tout cas pour la version qui nous intéresse ici). On pense au film de Jean Yanne, « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil ». L’album contient cependant des chansons très connues de Herbert Pagani, comme « chez nous ». Je pense que si HP avait eu le temps de retravailler son oeuvre (mais il est mort jeune), cela aurait forcément donné quelque chose de plus abouti et qui aurait pu ressembler au Starmania 1989.

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      2. Je ne connais pas du tout ce film, et je crois n’avoir jamais entendu parler du chanteur non plus. D’après le résumé, il y a visiblement des ressemblances troublantes, même si ce n’est pas aussi abouti que Starmania. Que ces musiques aient été créées durant la même décennie montre bien les sujets qui préoccupaient l’esprit, et que cela se recroise dans les thèmes n’est pas innocent !

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  9. Je ne sais pas pourquoi d’un seul coup, il y a quelques jours je me suis mise à réécouter Starmania en boucle.

    J’aime beaucoup votre analyse, même si elle me retire un espoir que j’avais, de voir une fois en image la version de 1979 qui est celle que je connais.

    Pour ce qui est de Marie-Jeanne… le fait que son caractère soit moins « complexe » que celui d’autres personnages – dont l’incernable Sadia – ne me choque pas. C’est d’une certaine manière la narratrice pleine de désillusion et d’impuissance dans un monde qui sombre dans la folie. Elle a quelque très belles chansons, dont notamment Les uns contre les autres, qui trouvent une belle résonance.

    Par contre, avec un mauvais coton, ce n’est pas précisément le genre de musique qui remonte le moral, mais ça a un effet de catharsis. Les messages qu’il porte sont aussi vrais sinon plus vrais encore aujourd’hui qu’il y a 40 ans.

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    1. Merci pour votre message. Malheureusement, en effet, je crois qu’il n’y a que très peu de moments filmés de la version de 1979, si intrigante.
      En effet, après, Marie-Jeanne est moins complexe que d’autres mais ça ne me dérange pas. La description que vous en faites est tout à fait juste, c’est une narratrice, désillusionnée et impuissante, mais elle est en même temps attachante et fait passer beaucoup de choses. De tous les personnages, c’est uniquement Crystal que je supporte le moins. Marie-Jeanne a un très beau rôle.
      Je confirme effectivement que Starmania tournait en boucle dans les moments de déprime chez moi, fut un temps. Ça ne remonte pas du tout le moral, mais on y trouve en effet un certain soulagement, tellement les chansons sont universelles, et mettent des mots, de la musique, sur nos états d’âme – sans parler de l’actualité !

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  10. J’en ai fait une version avec ma chorale et ç’ a été une redécouverte totale pour moi ! Certes, je connaissais les chansons phares mais je ne m’étais jamais intéressée à l’histoire de cette tragédie musicale! Et bien, quelle claque ! C’est encore diablement moderne dans sa critique sociale et politique !

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    1. Oui, tout à fait ! Elle est encore très moderne, très efficace, peut-être encore plus d’ailleurs. Et c’est vrai que ça fout une sacrée claque d’en découvrir l’histoire intégrale…bien plus sombre que les chansons phares déjà pourtant un peu déprimantes…quelle chance d’avoir pu en faire une version avec ta chorale, ça devait être une superbe expérience !

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  11. Bonjour,

    Je trouve votre analyse très intéressante ! Je me suis récemment intéressée à cet opéra rock (enfin depuis plus d’un an, mais plus en profondeur depuis quelques mois), et je suis ravie de voir des articles d’aussi bonne qualité dessus !
    Je trouve tous les personnages fort intéressants, tous ambigus, qui essayent tant bien que mal de survivre tout en suivant leurs propres principes, même s’ils semblent pour nous discutables : j’ai appris au fil des écoutes de la version de 1979 à les apprécier, mêmes les plus détestables comme Zéro Janvier.

    En effet, je pense qu’il est le résultat d’une société qui ne laisse pas de place pour les artistes, mais uniquement pour les personnes travaillant en bureaux, faisant de lui un homme amer qui cherche le pouvoir pour avoir réussi au moins une chose dans sa vie, en dépit de ses rêves.

    Stella, à ses cotés, est aussi très complexe, bien que dans la version de 1989 elle perd beaucoup de personnalité il me semble, car avec la disparition de « sex shops, cinémas pornos », et des disputes entre elle et son futur mari à propos de ses séances chez le gourou marabout, elle perd de son coté paranoïaque et droguée, restant juste une ex sex symbole qui a peur de vieillir et d’être oubliée.

    Marie Jeanne et Sadia sont mes deux personnages préférés : si la première est pure, et plutôt simple à comprendre (une personne mal dans sa peau et ne trouvant pas l’amour, qui veut juste s’enfuir loin de la ville et de ses problèmes pour vivre une vie simple où elle « cultivera ses tomates »), la seconde est effectivement très mystérieuse. Est-elle véritablement un travesti ? ou bien elle se décrit comme tel pour choquer les gens, ou pour se rendre forte dans un monde souterrain violent ? Ses motivations non plus ne sont pas explicites, chacun peut donc interprété le personnage comme il le souhaite : même si elle est manipulatrice, hautaine, méchante, bref « la violence personnifiée », elle intrigue et fascine.

    Johnny aussi est intriguant : on le sens à la fois très insouciant comme dans « banlieue nord » ou son interview avec « enfant de la pollution » en 79, où il parle avec légèreté, il y a quand même des passages où on le sens conscient de la misère du monde (« Y a plus d’avenir sur la Terre, Qu’est-ce qu’on va faire? »), et encore plus avec « SOS d’un terrien en détresse » (bien que je trouve que la chanson apparaît un peu de nulle part dans le spectacle 79). Il trouve au final une personne qui le comprend, et qui lui ressemble beaucoup (Cristal aussi semble heureuse et superficielle, mais n’en est pas moins mal dans sa peau).

    Le seul personnage avec lequel j’ai du mal est Ziggy, qui se range aux cotés de la personne qui pourra lui être la plus utile, alors que Marie Jeanne, même si elle comprend dès le départ que son amour est voué à l’échec, reste auprès de lui quitte à souffrir en étant simplement son amie : il l’a blesse alors encore plus en partant au Naziland devenir DJ, alors que son rêve de départ étant soit d’être danseur, soit d’être batteur de rock (style musical laissé d’ailleurs de coté au profit du disco).

    Cet opéra rock est tout de même très avant-gardiste : un jeune homme gay, une femme qui se travesti (et pour certain considéré comme transgenre), des femmes badass, et pour Stella assumant leur sexualité (si elle est en effet actrice porno, elle l’assume tout comme le fait d’avoir des fantasmes, et d’en être un elle même), des personnages mal ans leur peau, voir dépressifs, des terroristes dans le rôle dans gentils, et de l’autre coté soit un homme étant près à tout pour sa vision de l’occident, soit un écolo ayant mal tourné et proposant des orgies lors de ses « séance de groupe-thérapie », la victoire du multimillionnaire…

    Je trouve dommage que les extraits vidéos de 79, car ils existent vu que certains ont été diffusé sur france3, ne sont pas disponibles au grand public, et je ne connais aucun moyen de pouvoir les obtenir. Mais le cd est déjà pas mal et permet d’avoir un petit aperçu de ce que c’était.

    Pour finir, je dirais qu’il est dommage que peu de personnes connaissent réellement Starmania, mais uniquement les chansons phares citées dans votre article, en dépit de l’histoire qu’il y a derrière. Cela pourrait pourtant être un bon support de réflexions.

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    1. Bonjour Salomé,

      Starmania demeure en effet un opéra rock qui résonne toujours actuellement, signe de ses thèmes forts et justes ! Mille mercis pour ton compliment et pour ton long commentaire, vraiment très intéressant ! C’est toujours super d’avoir de nouvelles visions, de nouveaux avis sur Starmania, tant il peut être interprété de plusieurs façons.

      Je te rejoins, je trouve aussi tous les personnages intéressants, ambigus ; et assez humains pour qu’on se retrouve tous plus ou moins en eux. Ils sont à la fois tragiques et humains : chacun incarne un idéal, chacun a ses désirs, mais ils finissent tous broyés par le pouvoir ou son illusion, ou par le côté amer de la société dans laquelle ils vivent. C’est vrai, Zero Janvier est un des plus discutables, mais il est assez fascinant et est tout à fait semblable à un homme politique d’aujourd’hui. Il aura plus ou moins de subtilité selon les versions, mais il joue beaucoup avec son image ; ses rêves se sont probablement dissous au fur et à mesure des années pour en faire un homme très froid et arriviste. Pas forcément ce dont il aurait rêvé, certes, mais il s’est perdu en chemin avec une certaine bonne volonté de sa part. Ta vision d’un homme qui a dû rejeter ses rêves et devient amer sans possibilité de retour en arrière, est tout à fait juste !

      C’est un de mes personnages préférés avec Stella. Elle aussi a un côté très tragique, très humain : les gens n’ont gardé d’elle que son image de cinéma, illusoire, au point d’oublier sa vraie personnalité. Il me semble qu’elle aussi a été pas mal malmenée par l’industrie du cinéma…et elle n’arrive guère non plus à trouver quelqu’un qui l’aime véritablement au-delà de son image de star, en dépit de ce qu’affirme Zero Janvier. En fait, les personnages me semblent en constant double jeu, double image, si bien qu’on peut parfois les trouver totalement dévoués à leur égoïsme et leur propre intérêt, ou au contraire obligés de continuer avec ce masque, car leur vrai moi est toujours nié ou repoussé par les autres. En tout cas, je trouve Stella très touchante (même si je l’aime un peu moins dans la version de 79) surtout dans la version de 89 et assez fragile. Elle a un côté désespéré et lucide qui ressort plus, moins « starlette » que dans la version de 79.

      J’aime aussi énormément Sadia (troisième personnage favori, les autres viennent après). Je serais assez d’accord avec toi sur le fait qu’elle est trans, plus que travesti : je pense que Michel Berger et Luc Plamondon n’ont pas osé, à l’époque, parler aussi ouvertement de transidentité. Sadia est elle aussi à complet double jeu : comme elle travaille pour Zero Janvier, elle sait bien entendu comment manipuler, comment arriver à ses fins. A mon sens, elle instrumentalise beaucoup les autres et ne montre peut-être pas de pointe d’amour, ne serait-ce qu’un instant, contrairement aux autres personnages. En tout cas, elle est vraiment libre d’interprétation comme tu dis, tant dans ses motivations que dans son genre et son identité sexuelle. (Le spectacle avait déjà beaucoup d’audace de montrer Ziggy gay et Sadia « travesti ») Elle est chaotique, et suit toujours ses propres intérêts sans souci du bien, du mal, de l’ordre, de la justice. J’apprécie aussi pas mal Marie-Jeanne, qui au fond nous représente tous dans un monde déshumanisé, où les rapports sociaux deviennent froids…ses chansons sont d’une tristesse tellement authentique.

      Johnny, pour moi, est une marionnette. Même si ses intentions, ses idéaux, sont relativement bons, il est tout de même très contaminé par la violence, il est paumé, il suit un groupe de terroristes, mais quelque part si on lui avait proposé un autre parti en parlant dans son langage, celui des banlieues, peut-être aurait-il suivi l’autre côté ? Mais il devient plus sensible et plus lucide au fur et à mesure du spectacle, grâce à Cristal. (Effectivement, sa chanson SOS d’un terrien en détresse est un peu comme un cheveu sur la soupe dans la version de 79 ! Celle-ci était un peu trop longue et trop compliquée, sans doute.) Je n’ai guère d’affection pour Cristal, malheureusement, mais il n’en demeure pas moins que son rôle est assez pur et innocent, idéaliste, tout en ayant quelques faiblesses propres : c’est assez aisé de s’identifier à elle et à sa volonté de changer le monde.

      Ziggy est aussi un personnage secondaire qui me laisse un peu dubitative. Je pense qu’il comprend au fur et à mesure du spectacle, qu’il ne réussira ses rêves que s’il s’allie aux puissants. Il bascule donc du côté des oppresseurs, si on peut dire, là où Cristal faisait par exemple le chemin inverse. Je pense qu’il n’est pas mauvais par nature, mais il abdique et se range là où il pourra s’en sortir le mieux (suivant un peu la voie de Sadia). En tout cas, il trahit Marie-Jeanne, c’est certain. (et tu as bien repéré qu’il change de rêve/métier de version en version ! sans doute pour suivre l’évolution du temps).

      Tu as tout à fait raison sur le côté avant-gardiste de l’opéra-rock, et c’est sans doute pour cela que Starmania nous parle toujours aujourd’hui, en restant aussi passionnant à décortiquer. IL y a tout ce côté libération sexuelle dans les années 70/80 qui ressort, toute la vision du futur, cynique, pollué, automatisé, sans âme (pauvre Marie-Jeanne !) et tout ce clivage écologie/urbanisme extrêmes, terrorisme et société autoritaire. Je pense même que Starmania n’a jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui. Il fourmille de thèmes et de personnages passionnants.

      Je ne savais pas pour les extraits vidéos de 79 diffusés sur France 3. C’est vraiment regrettable qu’ils ne soient pas disponibles, j’aurais beaucoup aimé savoir la mise en scène totale de la version de 79, même si je trouve celle de 89 très épurée, tragique, minimaliste et encore plus parlante. Mais il y a des subtilités en 79 qui se perdent en 89. Par contre, je n’ai guère envie de voir la 3e version des années 90, qui m’a l’air assez peu fidèle et très kitsch. Il y a aussi des chansons qui ont été complètement retirées de la version de 79, comme l’air de l’extraterrestre (que tu peux trouver sur Youtube) qu’on aurait pu entendre à la fin du spectacle.

      Je suis tout à fait d’accord avec toi. Beaucoup de gens ne retiennent de Starmania que la chanson de Ziggy, ou SOS d’un terrien en détresse. J’étais aussi dans ce cas au début : les chansons sont tellement universelles qu’elles passent très bien hors contexte, tout en évoquant bien la solitude et la tristesse. Mais alors, quelle claque quand on prend la peine de découvrir toute l’histoire et tous les personnages derrière ! Et c’est là la vraie force de Starmania. C’est une telle tragédie noire et futuriste, que c’est dommage de la réduire à ses chansons phare. Il y a tant de thèmes dans l’opéra-rock. J’espère qu’une version sur scène verra à nouveau le jour et permettra à beaucoup de gens de découvrir sa véritable histoire. 🙂

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      1. Merci beaucoup de votre réponse très complète aussi !
        Je poste un commentaire vite fait pour partager une vidéo, tirée justement du documentaire de France 3, avec les quelques passages filmés de 79 :

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      2. Merci beaucoup pour ce lien ! Ces extraits donnent encore plus envie de voir l’intégralité du spectacle…la mise en scène fait très futuriste et hantée par la technologie, les écrans. C’est une rareté précieuse ! Merci encore pour ces images. Quel dommage qu’il n’ait pas été davantage capté…

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