Lectures de février 2018

La disparue de la cabine n°10 (The Woman in Cabin 10), Ruth Ware – VO 2016, VF 2018

Le topo : Laura est journaliste et se retrouve embarquée sur une croisière pour son travail, peu après avoir été agressée chez elle. Elle se retrouve être alors la seule passagère à avoir vu une jeune femme dans la cabine 10, et la seule à avoir entendu les bruits d’un assassinat…

Le résultat : La disparue de la cabine n°10 est un petit polar, sans prétention, ni lourdeur, avec un petit côté maritime qui m’a bien plu, personnellement, autant que de voir l’héroïne avoir mon propre surnom. L’intrigue est intéressante, et à défaut d’y trouver une tension maladive, l’ensemble est suffisamment bien mené, et écrit dans un style correct, pour arriver rapidement au bout. Ce n’est certainement pas le polar de l’année, mais son contexte est quand même plutôt sympa, avec une héroïne assez agréable – quoique souffrant de paranoïa – ou encore les coulisses de l’équipage d’un navire, et la troupe des invités ayant tous des attitudes parfois critiquables. Il suffit à faire passer un moment de lecture plaisant. Et, en tant que lectrice trop occasionnelle de romans policiers, je n’ai pas vu le retournement venir, ainsi que le dénouement, peut-être un peu superficiel.

La catégorie : Si vous avez envie d’un thriller assez léger, ni noir ni sanglant, et que vous n’avez pas le mal de mer.

Les loyautés, Delphine de Vigan – 2018

Le topo : Divers points de vue s’enchaînent autour d’un jeune garçon, au collège : son meilleur ami qui l’accompagne dans ses verres d’alcool, sa professeur qui le soupçonne d’être maltraité à la maison, la mère du meilleur ami qui le voit comme une mauvaise influence…

Le résultat : L’auteure traite – avec une certaine justesse et finesse – plusieurs thèmes autour de ce jeune adolescent, figure à laquelle sont reliés tous les autres personnages : alcoolisme, enfance perdue, divorce, harcèlement, sexisme, etc. La diversité des points de vue est aussi intéressante, bien qu’on n’y sente pas un traitement particulier selon le personnage, et le thème des loyautés – celle d’une prof envers un élève, d’un ami pour un autre, d’une mère envers son fils – est assez fascinant quand on y pense. Jusqu’où va notre loyauté envers quelqu’un, et envers nous-mêmes ? C’est un peu la question du roman. Mais en-dehors de cela, je n’ai pas retrouvé la poésie mélancolique de Vigan que j’avais aimé dans un autre de ses romans (Les heures souterraines) ni même un réel intérêt pour les personnages ou leur histoire. Un roman bien mineur et anecdotique.

La catégorie : Beaucoup de bruit pour… juste ça.

Millénium Blues, Faïza Guène – 2018

Le topo : La narratrice, Zouzou, revient sur sa vie, depuis les années 1990 jusqu’à notre époque actuelle, mêlant épisodes de sa vie et événements marquants advenus en France. Elle dresse ainsi le portrait de son existence, avec ses hauts et ses bas, ses évolutions, ses origines étrangères, mais surtout, le portrait de nombreuses gens de la génération Y.

Le résultat : Il y a de fortes chances que les gens de ma génération se retrouvent un peu, de temps à autre, dans ce livre, ne serait-ce que par les événements publics que de nombreuses personnes auront connus (attentats, coupe du monde 98, canicule de 2003, etc.). Mais aussi parce que l’auteure retrace avec justesse les doutes, la candeur et les désillusions de cette fameuse génération Millénium ou Y. Musiques, amitiés, amours, travail, études, famille, rien n’y échappe, ni les épreuves du quotidien et de la vie, ni les petites joies et les victoires. Le tout est porté par une plume assez lucide, parfois drôle, nostalgique ou grave, et aussi par l’affection visible que Faïza Guène porte à ses personnages ; et ça ne manquera pas d’évoquer quelques échos dans certaines vies, ou même repenser à des moments des dernières années, qu’on a presque déjà oublié.

La catégorie : La littérature française aime beaucoup parler des sujets de société et/ou d’actualité, et de son quotidien parfois nombriliste, mais pour une fois, c’est bien fait et avec une plume vraiment jolie.

Momo, Jonathan Garnier & Rony Hotin – 2017

Le topo : Les aventures et petites histoires de Momo, une gamine partie en vacances chez sa grand-mère dans un village portuaire.

Le résultat : Cette BD est certes résolument écrite pour la jeunesse, mais un adulte peut la lire sans déplaisir. Les aventures de Momo sont celles d’une enfant de 5 ans, encore un peu effrayée du monde autour d’elle, et qui pourtant n’a pas sa langue dans sa poche et a une fâcheuse tendance à faire des escapades, ou à ne pas écouter sa mamie – dont l’éducation monoparentale est vue d’un assez mauvais œil par le village. Les dessins et les couleurs rendent les personnages assez attachants, surtout Momo qui est quand même une tête brûlée têtue, il faut le dire. Mais on croise aussi d’autres personnages qui l’accompagneront dans sa vie et ses brusques aléas sombres, comme le présage la fin de la BD. Les petites histoires relatées n’ont rien d’extraordinaire, c’est simplement le quotidien de l’héroïne et son apprentissage de la vie, mais cela peut renvoyer à certains souvenirs d’enfance sans déplaisir.

La catégorie : Madeleine de Proust.

Point cardinal, Léonor de Recondo – 2017

Le topo : Laurent a une vie épanouie, entre le travail, sa femme, ses enfants, ses loisirs. Pourtant, quelques heures par semaine, il s’échappe pour se travestir en femme dans un bar-club. Laurent s’est toujours sentie femme au fond d’elle, et ce roman, c’est le récit de sa transition, aussi bien morale que physique.

Le résultat : Point cardinal est un roman que j’ai beaucoup aimé, d’autant que je prête une attention particulière au traitement LGBT dans la littérature. Il me semble que c’est le roman le plus juste, le plus exhaustif, sans pathos, sans clichés, que j’ai pu lire sur la transidentité qui est le cœur même du récit. On verra chaque étape de la transition de Laurent, de sa féminisation, le changement de son style vestimentaire, ses démarches pour l’état civil, son coming-out à sa famille, au travail, et jusqu’au début des opérations physiques. Et l’histoire étant dite principalement de son point de vue, mais en passant aussi par celui de sa famille, on partage ses doutes, ses rejets, ses impulsions, son raisonnement, ses émotions souvent à fleur de peau, on comprend mieux comment les proches peuvent réagir face à cette révélation, en bien ou en mal, avec rejet ou support… Et cela écrit avec un style fin, fluide, sans erreur, sans préjugé, non, juste avec beaucoup d’humanité, de compréhension et de respect. C’était ce qu’il fallait pour un sujet encore peu connu et trop tabou.

La catégorie : Les romans nécessaires et qu’il faudrait mettre dans toutes les mains.

Une case en moins (Marbles) Ellen Forney – VO 2012, VF 2013

Le topo : Cette autobiographie de la dessinatrice Ellen Forney retrace sa découverte de sa bipolarité et les années de combat qu’elle a dû fournir, pour parvenir à vivre avec. C’est aussi une réflexion sur la créativité et la façon dont elle peut être liée à diverses maladies mentales chez bien des artistes, et sur l’aspect peu connu de cette maladie.

Le résultat : Avec son dessin, ce roman graphique parvient bien à exprimer les états d’âme et les hauts et les bas d’Ellen Forney. En plus du texte, retraçant ses émotions, ses projets, ses moments avec une psy, ses amis, sa famille, elle y évoque la dépression ou les périodes d’hystérie par lesquelles elle passe, tout le temps où elle ne parvient pas à trouver un traitement équilibré pour sa bipolarité. Et cela est exprimé très justement par ses dessins, souvent organisés comme une BD traditionnelle, mais aussi par des dessins embrouillés, fouillis, denses, ou au contraire blancs avec quelques lignes ou des figures symboliques. Et cela parvient à donner un petit aperçu de la bipolarité vécue au quotidien. L’auteure y relate aussi ses recherches sur la relation entre créativité artistique et troubles mentaux, sans pour autant y donner une réponse claire, en évoquant des figures aussi célèbres que Van Gogh ou Virginia Woolf. Pour un des premiers romans graphiques que je lis, il est parfois drôle, parfois triste, mais en tout cas subtil, très évocateur par ses dessins, et c’est peut-être un des meilleurs moyens pour comprendre cette maladie, en lisant ce roman qui sert de catharsis à son auteure.

La catégorie : Les romans nécessaires et qu’il faudrait mettre dans toutes les mains.

Personne ne gagne (You can’t win), Jack Black – VO 1926, VF 1932

Le topo : Personne ne gagne est l’autobiographie du criminel Jack Black, un cambrioleur américain né en 1871. Au travers de son existence, on découvre pourquoi il s’est tourné vers le vol et la criminalité, ses errances dans une Amérique et un Canada bien loin de nous, emplis de vagabonds, de casinos, d’opium, d’anciennes villes en expansion ; mais aussi ses années en prison, ses procès, ses fréquentations, son changement de vie final.

Le résultat : J’ai mis du temps à venir au bout de Personne ne gagne, m’arrêtant dans ma lecture à plusieurs moments, puis la reprenant en me demandant même pourquoi je m’étais arrêtée, tant le récit de Jack Black est passionnant et décrit une Amérique aujourd’hui disparue, aux mœurs et aux habitudes différentes, bref, un vestige d’une période historique qu’on ne voit plus, où l’immigration était très présente. Sans particulièrement me prendre d’affection pour l’auteur, j’ai néanmoins été assez fascinée par sa vie et ses multiples aventures, ses succès et ses échecs, ses errances pour éviter de se faire prendre ou reconnaître, ses vols où « personne ne gagne, ni le voleur, ni la victime, ni la police », son éthique relativement droite pour un criminel, comme son refus de tuer ou d’utiliser véritablement une arme à feu. Factuelle et peu dans l’émotion, cette autobiographie est claire et sans concession, Jack Black ne cherchant pas à s’adoucir, ni à se trouver des excuses. Mais la fin du livre le voit dresser une réflexion très juste sur le système des prisons, de la loi, la peine de mort, où toute peine et torture donnée à un criminel ne peut que le faire replonger, la violence n’engendrant que la violence et la haine envers le monde entier, ainsi que la société. « Ils ne voient que les crimes et jamais les raisons qui poussent les criminels à agir ; il ne voient que ce qu’ils sont devenus et jamais ce qui a fait d’eux ce qu’ils sont. » Jack Black lui-même ne change de vie que grâce à l’influence de personnes ayant bien voulu lui donner sa chance, alors qu’il était quasiment au bout du rouleau, épuisé par sa vie de méfaits.

La catégorie : Les autobiographies surprenantes qui plaisent malgré tout, et qui donnent toutes les couleurs d’une époque, d’une vie, d’une société.

Un extrait des albums lus ce mois-ci…

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2 réflexions sur “Lectures de février 2018

  1. Je ne peux parler que du Point Cardinal. Je l’ai lu en une seule fois, même si c’est à cause de la SNCF… Mais en tout cas, c’est le signe qu’il est prenant. J’ai hésité à le relire pour en refaire un article, mais j’ose pas vraiment publier ce genre de trucs. Quoiqu’il en soit, oui, je rejoins ta critique. Il était vraiment bien, surtout pour les personnes concernées, je pense. Le seul reproche qu’on peut faire, c’est que, à partir d’un certain point, la transition semble très rapide et simple, et sans doute trop, même si c’est une volonté d’être optimiste.

    Aimé par 1 personne

    1. Il se lit très rapidement, autant niveau du style, que du sujet en lui-même. Et puis il est vraiment bien traité, oui, même si je ne pensais plus à cette vitesse de la transition, c’est vrai. C’est éventuellement le seul côté moins positif du roman.
      Après, tu avais bien fait les LGBT dans la pop culture, donc pourquoi pas, mais à toi de voir.

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