Watching Challenge | Les films de mai 2018

Pour ce mois-ci du Watching Challenge organisé avec F. de l’O., je vous invite à (re)découvrir un film canadien oppressant, un biopic parlant de création littéraire, à rencontrer un ou deux personnages névrosés, et à vous plonger dans le cinéma argentin.

Cube, Vincenzo Natali, 1997 | Un film qui se passe en prison

Pour ce film, je triche un peu : il ne se passe pas vraiment dans une prison…et en même temps si. Voyez au bout du paragraphe s’il faut me donner un gage pour avoir un peu contourné le critère ! Cube est un film canadien qui s’est forgé une réputation culte au fil des années, comme d’autres films à caractère horrifique des années 90. Six personnes qui ne se connaissent pas se réveillent dans des pièces carrées et métalliques, avec une issue sur chaque côté, y compris au sol et au plafond. Mais les issues mènent à d’autres pièces identiques, si ce n’est qu’elles peuvent changer de couleur, ou être emplies de pièges mortels. Il faudra faire équipage pour espérer sortir du « Cube ».

Ce long-métrage est un de ceux restés ancrés dans ma mémoire, avec des souvenirs d’images lugubres et glaçantes, l’ayant vu trop jeune. Et je n’ai pas vraiment osé recroiser sa route, ni celle de ses suites. Le Watching Challenge m’aura permis de dépasser ces souvenirs d’enfance et même de voir la trilogie Cube entière. Le film, à tendance plus oppressante qu’horrifique, est un de ces huis-clos qui permettent de voir le délitement d’un groupe et de caractères, les personnages étant réduits à errer et à déchiffrer les mystères du Cube pour en sortir. Bien sûr, les personnalités des uns et des autres ne tardent pas à se révéler et à mettre en péril chacun. Le film a vieilli et n’oppresse plus vraiment, mais il demeure très intéressant dans son concept et sa construction. Chacun a un personnage bien campé, doté de qualités et de défauts, d’un passé, d’un métier, et ils sont indispensables les uns aux autres.

Curieusement, chaque protagoniste a un nom qui est une référence à une prison réelle dans le monde (Rennes pour la France, par exemple) et est vêtu d’un uniforme semblable à ceux de prisonniers. Les décors, des pièces cubiques aux aspects métalliques et froids, ne sont pas sans évoquer les barreaux des lieux pénitentiaires, où doivent cohabiter diverses personnalités. De plus, le film est une métaphore de l’oppression en société, et du conditionnement des uns et des autres dans celle-ci : c’est même cet aspect du scénario, par quelques dialogues jamais réellement explicités, qui le rend encore intéressant à regarder aujourd’hui. Les personnages ont besoin des uns et des autres pour survivre, mais ils échoueront lamentablement. Autre détail : le tournage ne s’est fait que dans une seule pièce du Cube, que l’équipe du film modifiait ensuite pour donner l’illusion d’une nouvelle pièce. De quoi donner véritablement le sentiment d’une prison. A noter que si Cube 2 est-en dessous du premier opus, Cube 3 pousse encore davantage la critique sur la société et le conditionnement humain, de façon intéressante.

Professor Marston and the Wonder Women, Angela Robinson, 2018 | Un film qui parle d’une de vos passions

Le biopic relatant la vie de William Marston, créateur de Wonder Woman mais aussi du prototype du détecteur de mensonges, a eu droit à un article entier, tant le film m’a plu. En vérité, ce n’est pas Wonder Woman qui attire mon intérêt ici, mais plutôt les processus de création littéraire, de la manière et du pourquoi une œuvre s’attire la censure, de la relation entre un écrivain et son travail, ses personnages. Je suis toujours curieuse de voir comment cela se passe derrière l’oeuvre, et la création derrière Wonder Woman, mêlant les événements de la vie personnelle de William Marston, ses découvertes psychologiques et techniques, ne m’a pas déçue. Bien que le film ne s’attarde pas sur le processus créatif en lui-même, il met en lumière les inspirations d’un auteur, la concordance entre sa vie et son œuvre, les nuances et les thèmes qu’il choisit d’y introduire, et aussi la séparation qu’il aimerait avoir entre sa vie privée et son œuvre. Il est tout aussi fascinant, mais triste, de voir comment la censure peut s’emparer d’une œuvre, pour quels motifs, en n’épargnant pas non plus son auteur. Pire, le film nous montre aussi comment Wonder Woman a fini dépossédée de toute allusion sexuelle, érotique, et a même perdu ses pouvoirs. Cela permet de voir comment une censure, au nom de la bienséance envers les enfants, du politiquement correct d’une époque, peut bel et bien dénaturer une œuvre et un personnage, en raison d’un manque d’ouverture d’esprit (créatif et d’opinion).

Happiness Therapy, David O. Russel, 2012 | Un film avec un personnage névrosé

Vous aurez même deux personnages névrosés pour le prix d’un. Happiness Therapy raconte comment Pat Solitano, après plusieurs mois passés en hôpital psychiatrique pour avoir agressé l’amant de sa femme, tâche de se réintégrer dans la société et de reconquérir sa femme. Logeant chez ses parents, il lit, fait du sport…et rencontre à un dîner Tiffany, une jeune femme souffrant des mêmes troubles mentaux que lui. Ils choisissent de s’entraider, notamment en préparant un spectacle pour un concours de danse.

Le film a été nommé pour plusieurs Oscars, à sa sortie, permettant à Jennifer Lawrence d’empocher celui de la meilleure actrice. Mais les nominations aux Oscars ne font pas toujours les qualités d’un film pour tout le monde. Happiness Therapy aurait pu commencer bien, car la scène de rencontre entre Pat et Tiffany est brillante d’ironie et de décalage : tous deux échangent avec enthousiasme sur les effets de leurs traitements médicamenteux respectifs, sous le regard médusé des autres invités. Mais le film ne continue pas sur cette lignée un peu dérangée, à part pour la scène de danse finale (en gros c’est les trois scènes qu’on retient du film avec peut-être le rencard au diner des deux personnages), et s’aventure davantage vers la comédie dramatique classique. C’est bien dommage, car le film offrait des sujets intéressants, avec la relation père-fils entre Pat et son père (Robert de Niro) aussi maniaque que l’autre est bipolaire. On aurait pu aussi trouver une bonne représentation de cette maladie mentale, qui, si elle est malgré tout bien jouée par Jennifer Lawrence (qu’on ne reconnaît pas trop au début, chapeau donc) et Bradley Cooper, n’est pas non plus aussi mise en avant qu’elle aurait pu l’être. Bref, Happiness Therapy est parti avec de bonnes intentions mais s’est perdu en chemin dans un film romantique classique, lui ôtant toute originalité, même si les protagonistes principaux ont leur dose de folie et de crises.

Les Nouveaux Sauvages, Damián Szifrón, 2014 | Un film produit par un pays dont vous n’avez jamais vu aucun autre film

Si j’ai déjà eu l’occasion de croiser plusieurs fois le cinéma espagnol, ce n’est pas le cas de celui argentin. J’ai donc saisi l’occasion pour découvrir Les Nouveaux Sauvages, dont j’avais eu quelques échos positifs à sa sortie et à sa présentation à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, en 2015. Le long-métrage se découpe en six histoires, chacune portant sur les mêmes thèmes : la vengeance et le moment où la civilisation chez l’homme laisse place à la barbarie.

Ainsi, le premier récit nous montre des passagers d’avion se rendant compte qu’ils connaissent tous la même personne, qu’ils ont humiliée à un moment ou à un autre : et qu’ils ne sont dans cet avion que pour en subir un crash assassin. L’ouverture est à la fois absurde, drôle au début, avant que les coïncidences n’en deviennent fatales et glaçantes. Le deuxième épisode, relativement classique, nous fait découvrir la vengeance de deux serveuses envers un homme, en l’empoisonnant, qui a ruiné la vie de la mère de la plus jeune serveuse. La troisième histoire montre le duel et la poursuite entre deux automobilistes sur une autoroute, jusqu’à la mort. La quatrième histoire démontre le côté administratif et absurde de la société, en mettant en scène la vengeance d’un homme lassé de voir sa voiture mise sans cesse à la fourrière. Je suis incapable de vous raconter la cinquième histoire, qui m’a bien entendu énormément passionnée et à laquelle je n’ai rien suivi (une intrigue de meurtre accidentel à couvrir et d’assurance quelconque). Le sixième récit nous montre le mariage d’un jeune couple, au moment où la femme découvre que son mari l’a trompée.

La construction des Nouveaux Sauvages en elle-même est originale, avec ces six récits se passent en Argentine, même si on regrette l’absence de véritable lien entre toutes les historiettes. J’ai reconnu par moments le jeu à la fois débridé et en même temps grave, absurde, du cinéma hispanique en général, et aussi le côté à la fois burlesque, délirant, de certaines situations qui virent à la tragédie. D’ailleurs, le concept du film, à nous montrer ces minuscules moments anodins, accumulés, qui font péter un câble à la plus normale des personnes, est vraiment bien trouvé. Il est seulement dommage que les segments du film soient inégaux, et que la mise en scène ne m’a pas semblé très particulière. Ce film n’est pas assez délirant pour en rire, et pas assez dramatique pour avoir une révélation. Mais son apogée est certainement la quatrième histoire, qui est à la fois la plus satirique, absurde, et révélant bien ce qu’on a sûrement tous eu envie de faire une fois dans notre vie devant une situation administrative kafkaïenne…

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2 réflexions sur “Watching Challenge | Les films de mai 2018

  1. Je crois que je n’ai jamais vu les Cube, mais tant mieux s’ils font partie des films d’horreur qui ont quelque chose d’intéressant à dire. Au passage, ce n’est pas grave pour la prison, j’ai moi-même aussi triché parfois, à ce moment-là.

    Pour le film sur Wonder Woman, j’imagine qu’il doit être de la même lignée que The Hours ou Saving Mr Banks ?

    J’ai beaucoup entendu parler de Happiness Therapy, mais je me suis jamais laissé tenter. Même s’il y a Robert de Niro, je suis pas fan du reste du casting, et puis, j’avais effectivement peur que ça tourne comédie dramatique/romantique.

    Pour les nouveaux sauvages, le type film à sketchs, me rappelle certains films italiens vus avec Mastroianni. En dehors de ça, je ne connaissais pas du tout.

    Des découvertes, donc.

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    1. Il faudrait établir des gages. 😛

      My Wonder Women serait définitivement plus sur la lignée de Saving Mr. Banks, je pense, que de The Hours (qui a quand même un côté super dépressif).

      Tu avais raison d’avoir peur pour Happiness Therapy. Objectivement, le film n’a pas de grands reproches à se faire, donc pas étonnant qu’il ait eu autant de nominations aux Oscars. Encore faut-il aimer la comédie dramatique/romantique, ce qui est pas vraiment mon style. Et c’est vrai que je n’étais pas particulièrement fan des acteurs non plus.

      Oui, je crois que le film à sketches est une tradition assez italienne/hispanique. C’est une construction plutôt sympa que j’ai découvert pour la première fois, en fait, avec ce film. Peut-être y en aura-t-il d’autres à l’avenir. Tu as le bon mot pour la fin. red

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