Lectures de juin 2017

L’amie prodigieuse (L’amica geniale) – Elena Ferrante, 2011

Le topo : Le premier tome de la saga consacrée à la vie de deux jeunes filles du Naples des années 50, dans un quartier pauvre subissant la crise économique. On suit le quotidien d’Elena Freco et de Raffaella « Lila » Cerrante, toutes deux jeunes enfants puis adolescentes, au milieu des autres personnages hauts en couleur qui peuplent le quartier, les rivalités entre familles, l’apprentissage des deux héroïnes à l’école et leur découverte de l’âge adulte…

Le résultat : L’amie prodigieuse fait partie de ces romans où il faut dépasser les cinquante pages et quelques avant d’être happé, sans trop savoir pourquoi. Mais on n’arrête plus de tourner les pages, pour découvrir la vie d’Elena et de Lila, les rebondissements qui ponctuent leur existence, paraissant parfois surréalistes pour un quartier populaire de Naples et un récit historique. Pourtant, la façon dont cela est raconté, les détails à chaque situation, nous y font croire et plonger très vite dans cette ambiance de l’Italie des années cinquante. A cela, on peut supposer que la partie semi-autobiographique de l’œuvre n’y est pas étrangère. On ressent, au-delà de l’écriture simple et fluide, du vécu, ce qui permet sans doute au livre d’être aussi agréable à lire et fascinant, dans ce récit du quotidien. Peu importe la véritable identité de l’auteur se cachant sous le pseudonyme d’Elena Ferrante et qui fait débat : de quel droit devrait-on imposer à un écrivain de sortir d’un anonymat volontairement choisi, alors que par cet effacement il valorise son œuvre ? La seule chose qui compte est l’agréable moment de lecture passé avec ce livre, l’évasion qu’il provoque et la plongée dans un autre pays, à une autre époque, de façon réaliste et sincère. Et ce en compagnie de personnages parfois crus et durs, mais attachants, même quand ils ne sont qu’en arrière-plan.

13 Reasons Why (aussi publié sous le titre de Treize raisons) – Jay Asher, 2007

Le topo : Hannah Baker a mis fin à ses jours. Mais l’adolescente a laissé derrière treize cassettes audio, où elle s’exprime sur les treize raisons l’ayant poussée à cette extrémité. Par l’intermédiaire de Clay, lui-même désigné comme une des ces raisons, les enregistrements audio défilent et permettent de comprendre l’état d’esprit d’Hannah. Ou comment l’accumulation de moqueries, de harcèlement et de mal-être peuvent conduire à un tel geste…

Le résultat : Peut-être moins puissant que la série qui en a été adaptée, ce roman est pourtant tout aussi cru et perturbant, au point qu’il paraît difficile de comprendre comment la série a pu être accusée de faire l’apologie du suicide. La série est en effet très fidèle au livre, et pour autant que je me souvienne, jamais Treize raisons (premier titre français) n’a provoqué une telle polémique à la sortie de sa première édition, en 2007. D’ailleurs, la littérature adolescente et jeune adulte a l’art de sortir des textes parfois très difficiles et pourtant nécessaires. Ce roman y appartient totalement, relatant en parallèle l’écoute des cassettes par Clay, ses réactions, ses interrogations, lui qui a été un acteur de la chute d’Hannah ; et la voix audio de la jeune fille elle-même, décrivant petit à petit la spirale du quotidien qui l’a ensevelie. On y comprend comment l’indifférence et la méchanceté, volontaires ou non, de ses camarades de classe et des adultes, peuvent devenir terribles à supporter, et à quel point des actes banaux peuvent en vérité être violents. Toutefois, loin d’être une vengeance, les cassettes d’Hannah lui servent surtout de dernière confession, de dernier sursaut de vie, mais qui n’aura pas suffi à la détourner de la noirceur. Pour le portrait de l’adolescence tourmentée, quotidienne et durement réelle qui en est faite, et la prise de conscience de Clay de l’importance des actes de tous les jours, 13 Reasons Why remplit parfaitement son but, sans mauvaise complaisance pour autant, et avec de l’espérance à la dernière page.

La légende Final Fantasy VIII – Rémi Lopez, 2016

Le topo : Un livre retraçant l’histoire de Final Fantasy VIII, sa création, ses nouveautés techniques, ses personnages, sa réception dans le monde du jeu vidéo, les multiples théories qui en sont nées.

Le résultat : Final Fantasy VIII est un des jeux vidéo de mon enfance, et il fait incontestablement partie de mon imaginaire et de la façon dont celui-ci s’est créé. Lire ce livre a été à la fois redécouvrir un univers dont les implications politiques, militaires et historiques m’étaient passées par-dessus la tête plus jeune, et également retrouver de nombreux souvenirs des moments où j’y jouais, ou l’affection pour certains personnages. Pour quiconque veut savoir plus en détails l’histoire du jeu (non seulement celle de l’intrigue, mais aussi son historique) le livre en fait une parfaite synthèse, avec l’histoire des différentes villes et des sorcières du jeu. Mais on y retrouvera aussi une réflexion sur ce qui a rendu ce jeu tantôt adoré, tantôt haï, puisqu’il mettait au centre de l’histoire une relation amoureuse, des jeunes adultes dans un univers plus occidental, et une importante intrigue se basant sur les théories temporelles. On ne peut également que lire avec intérêt les idées ayant permis la création des divers personnages, et les différentes théories sur l’univers : visant à en combler les lacunes, révéler l’identité du boss final du jeu ou à comprendre la succession des générations de sorcières. Le tout avec la conclusion que même des années après sa sortie, Final Fantasy VIII n’a pas cessé d’intriguer et de faire réfléchir les joueurs, avec ses thèmes mythiques d’amitié, d’amour et de destinée.

The Wicked + The Divine : Commercial suicide, tome 3 (VO) – Kieron Gillen, 2016

Le topo : Douze dieux se réincarnent en des jeunes gens destinés à être des pop stars, afin de transmettre leur art et un certain éveil à la conscience sur Terre. Une humaine du nom de Laura enquête sur eux, en même temps que les dieux commencent à être tués les uns après les autres…

Le résultat : Ce troisième tome se diffère des autres, car il est une « pause » dans l’intrigue principale. Bien que celle-ci continue à se dérouler en arrière-plan, on s’attarde plus sur une histoire liée à une divinité différente à chaque fois : Amaterasu, Tara, Sekhmet, Odin, Morrigan et trois journalistes enquêtant sur les dieux. Chaque histoire est également illustrée par un artiste différent, ce qui donne une ambiance propre à chaque divinité, et parfaitement adaptée. Un moyen efficace de s’appesantir davantage sur des personnages qui étaient là en second plan, de comprendre leurs motivations ou bien leur passé. Et bien qu’ils ne soient pas mes protagonistes favoris, j’ai particulièrement apprécié les récits de Tara et Sekhmet. On y apprend pourquoi Tara s’exclue elle-même des autres dieux. Elle se montre extrêmement touchante dans le fait de regretter que son potentiel artistique personnel, présent avant sa transformation en divinité, soit lacéré par le monde entier qui n’aime que son côté divin et ne demande que cela, niant la personne qu’elle est. Quant à Sekhmet, c’est bel et bien pour la façade entièrement amorale et animale qu’elle présente, qu’elle se montre intéressante. Déesse de pierre sans émotions, déesse de destruction qui se moque entièrement du monde, on éprouve tout de même quelque pitié envers un être qui n’a aucun cœur et aucune âme, mais qui ne s’en rend même pas compte. Les réflexions sur la mortalité sont aussi bien plus présentes et pesantes dans ce tome.

The Wicked + The Divine : Rising Action, tome 4 (VO) – Kieron Gillen, 2016

Le résultat : Présentant des retournements de situation qui peuvent parfois en être exaspérants par leur manque de surprise, le quatrième tome de la série The Wicked + The Divine se démarque certes par ses moments d’action, plus présents qu’auparavant. On accueille avec plaisir l’arrivée de Perséphone, même si sa présence est très théâtrale, et la progression dans l’intrigue globale se fait avec un plaisir de découverte. Certes, rien n’est peut-être très surprenant, au final, mais il est plaisant de voir une guerre entre dieux qui ne soit pas due à un manichéisme certain, et de voir que la diversité des genres, des appartenances sociales et des cultures est toujours aussi appuyée. C’est peut-être le tome se rapprochant le plus des comics habituels de super-héros.

 

Jeux vidéo : Une histoire du 10e art – Philippe Tomblaine, 2015 / Start : La grande histoire du jeu vidéo – Erwan Carlo, 2013

Le topo : Retracer l’histoire du jeu vidéo, en passant par le développement des consoles et des ordinateurs, par les changements sociaux que le jeu vidéo a impliqué, tout en s’arrêtant sur les plus grands titres qui ont marqué cet univers, de Pong, Pac-Man et Mario à Nathan Drake ou Final Fantasy.

Le résultat : Décrire séparément ces deux ouvrages aurait été un peu redondant. Tous deux retraçant l’histoire du jeu vidéo, depuis les toutes premières machines (ordinateurs, salles d’arcades, Atari 2600) jusqu’aux plus récentes, et en s’arrêtant sur les créateurs derrière des licences aussi mythiques que Mario Bros ou Tetris. En expliquant les raisons du succès de ce nouveau divertissement, on remonte les décennies, on découvre l’affrontement sur le marché des consoles Nintendo et Playstation, dans un milieu qui a aussi vu la disparition rapide d’autres consoles n’ayant pas remporté le succès escompté. Sans oublier, bien entendu, un arrêt sur images des titres de jeux célèbres, ou des grandes licences qui perdurent encore jusqu’à aujourd’hui. Le livre de Philippe Tomblaine se révèle sans doute plus exhaustif sur l’histoire des consoles et leur réception par le public, leurs conséquences sociales, que l’ouvrage d’Ewan Carlo, qui fait le choix de valoriser les descriptions de jeux vidéo cultes, des différents genres ou encore l’histoire de ce marché et de cette création artistique en France. Les deux sont en tout cas d’excellents ouvrages pour découvrir le sujet, avec sans doute une préférence pour celui de Philippe Tomblaine.

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2 réflexions sur “Lectures de juin 2017

  1. Je crois que tu lis plus de livres en un mois que moi en un an, en ce moment. :red: Alors, je suis d’accord avec ton avis de 13 Raisons, et c’est toujours intéressant d’apprendre l’existence de ces bouquins sur FF, ou les jeux vidéos.

    Aimé par 1 personne

    1. Ca dépend des périodes ! des fois il y a des fortes envies, ou nécessités, de lecture… Pour les FF, je crois qu’ils ont fait au minimum les bouquins 6 à 9, peut-être le 10. C’est assez sympa à lire, chez cet éditeur, en tout cas (le même que pour Resident Evil et Silent Hill). Et oui, c’est bien de voir qu’il y a de la bonne documentation sur le sujet ^^

      Aimé par 1 personne

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